Médoc, France : fouille d'un tumulus préhistorique

Médoc, France : fouille d'un tumulus préhistorique

 

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Le site du Tumulus des Sables se trouve dans la petite ville de Saint-Laurent-Médoc, à 40 kilomètres au nord-ouest de Bordeaux. Il a été découvert par accident en 2006 lorsque des enfants curieux, en fouillant dans le jardin d’enfant d'une maternelle, ont retiré des restes humains du sol.

Les archéologues ont été amenés sur place et, à partir de l'ancien fouillis de poteries et d'os retrouvés, le site a été rapidement identifié comme un tertre funéraire, une zone de terre surélevée située au sommet d'une tombe. L’association d’un tertre, d’une faible élévation, de restes humains disloqués et de céramiques a orienté en 2010 l’équipe d’archéologues vers l’identification d’une sépulture collective appartenant à la culture campaniforme.

L’étude du site a révélé une première occupation funéraire à la fin du néolithique. Le lieu accueillait une trentaine d’individus. Une vidange partielle de la première sépulture a été effectuée comme en témoigne la découverte de nombreux vestiges.

Les sépultures étaient accompagnées de mobiliers funéraires. Les archéologues ont mis à jour des vases en céramique, des points de flèches et de rares éléments en cuivre. La parure était constituée de perles en dentales (un petit coquillage marin en forme de tube), en calcaire, accompagnées de boutons en os.

 

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L'équipe des scientifiques à l'œuvre sur le site du tumulus des Sables à Saint-Laurent en 2010. Patrice Courtaud, anthropologue au laboratoire de l’université Bordeaux 1, et Antoine Chancerel, conservateur de patrimoine au Musée national de préhistoire aux Eyzies-de-Tayac (24), entourés d’étudiants qui viennent du monde entier, ont procédé à un enregistrement méticuleux de chaque vestige. PHOTO P. V. VALLADE PIERRE

 

9 ans après le réenfouissement du site pour rendre le terrain à la maternelle, les études biochimiques sont enfin publiées en avril 2019 :

Le monticule funéraire préhistorique situé dans le sud-ouest de la France a été utilisé et réutilisé par des habitants pendant plus de deux millénaires consécutifs, selon une analyse des os et des dents du site. Mais des céramiques remontant au néolithique moyen - vers 5500 ans avant notre ère - et jusqu'à l’âge du fer - vers 1000 ans avant notre ère - ont également été découvertes sur le site, montrant que le site a été habité ou visité pendant près de 4500 ans.

Il s'avère donc que le site a été occupé et réoccupé sur une longue période, en particulier par une civilisation s'étant répandu dans toute l'Europe, l'une des premières probablement, d'après le style de poteries découvertes et quelques dents humaines :

Une grande partie de la poterie de la butte était dans le style distinctif de Bell Beaker: des coupes trapues qui ressemblent à des cloches renversées. Des coupes à cloches ont été trouvées dans toute l'Europe - de l'Espagne et du Royaume-Uni à l'Allemagne et à l'Europe centrale - et souvent dans des tombes.

« C'est l'une des premières cultures qui se répand dans toute l'Europe », déclare Hannah James, spécialiste en archéologie à l'Australian National University.

En France, la période des céramiques en cloches a duré de 2500 à 1800 avant notre ère.

 

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la céramique Bell Beakerware a été le premier artefact culturel à se répandre en Europe. Crédit : GALLAY, A ET HOUOT, A, 2006. DES ALPES AU LÉMAN: IMAGES DE LA PRÉHISTOIRE.

 

Les restes d'au moins 20 adultes et 10 enfants - aucun squelette complet - ont été exhumés du Tumulus des Sables, et ils ont tous été supposés appartenir à cette époque. En effet, une étude antérieure avait daté deux fragments d'os dans cette période.

Avec tout enchevêtrés dans la butte, déterminer quels artefacts appartiennent à quels individus a été impossible. " Tout est mélangé ", dit James.

 

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Zone funéraire - Plan de synthèse de la répartition des vestiges et des éléments architecturaux - Auteur(s) : Courtaud, Patrice (MCC). Crédits : Courtaud, Patrice, MCC (2007)

 

Dans la présente étude, publiée dans le Journal of Archaeological Science Reports, James et ses collègues font état de huit autres personnes, en étudiant les dents de sept adultes et d'un enfant.

Six des dents provenaient de la période du Bell Beaker, mais une était beaucoup plus ancienne - elle était de entre 3650 et 3522 avant notre ère - et une beaucoup plus jeune - entre 1277 et 1121 avant notre ère -, ce qui suggère que le monticule avait été utilisé pendant plus de 2000 ans pour des cérémonies funéraires.

On ignore comment la culture du Bell Beaker s'est répandue en Europe. Les facteurs possibles sont la migration, le commerce ou la transmission du savoir-faire technologique. Les découvertes du tumulus complètent le tableau, mais ne le rendent pas nécessairement plus clair.

 

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Amas principal en cours de dégagement - Auteur(s) : Courtaud, Patrice (MCC). Crédits : Courtaud, Patrice, MCC (2007)

 

En analysant les isotopes de strontium, de carbone, d'azote et d'oxygène dans les dents, James et ses collègues ont pu brosser un tableau du régime alimentaire des enfants enterrés sur le site et de l'endroit où ils ont grandi.

Les ratios d'isotopes de carbone et d'azote dans huit dents indiquent un régime alimentaire terrestre dépourvu de fruits de mer, bien que le site se trouve à une distance de marche de l'estuaire de la Gironde et de l'océan Atlantique.

Des isotopes de strontium ont été analysés dans les dents de 18 adultes et sept enfants, et une analyse isotopique de l'oxygène a été réalisée chez 15 d'entre eux - 14 adultes et un enfant.

Tous les adultes sauf un semblent avoir grandi localement, la signature des valeurs de strontium et d’oxygène pour les dents étant identique à celle des échantillons locaux de sol et d’animaux. Celui correspondant à une enfance passée ailleurs, l'a fait dans une région à climat plus froid.

Cela suggère que, à Saint-Laurent-Médoc, les membres de Bell Beaker étaient moins mobiles, plutôt sédentaires, que dans les autres sites de Bell Beaker. En Allemagne, en Autriche, en République tchèque et en Hongrie, près de deux tiers de personnes originaires de l'extérieur de la région ont été enregistrées.

Alors que les datations au radiocarbone montrent que le site a été utilisé pour des sépultures du néolithique jusqu'à l'âge du fer, ces résultats montrent la réutilisation complexe de ce tertre funéraire par une population essentiellement locale sur une période d’environ 2000 ans.

L’Aquitaine recèle une trentaine de sites campaniformes. La découverte à Saint-Laurent-de-Médoc s’inscrit dans l’étude de l’occupation humaine du début de la protohistoire. En Médoc, la connaissance du campaniforme repose principalement sur la découverte de matériel en cuivre isolé sur la côte du Nord-Médoc et sur le site littoral de la Lède du Gurp. La connaissance de ces sites funéraires s’appuie sur des découvertes plus anciennes, comme le tumulus du Bernet à Saint-Sauveur, celui de Barbehère à Saint-Germain-d’Esteuil.

De par sa conservation, le tumulus des Sables constitue un site majeur pour la compréhension des pratiques funéraires au campaniforme.

Autres données : 

2007 : Les sondages extérieurs placés au sommet de l’élévation ont révélé une structure empierrée, dont la nature et la fonction restent incertaines. L’absence d’os humains et d’éléments campaniformes semble, à ce jour, exclure une utilisation funéraire.

 

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Dépôt funéraire récolté dans la sépulture - Auteur(s) : Courtaud, Patrice (MCC). Crédits : Courtaud Patrice, MCC (2009)

 

Le tumulus des Sables demeure toujours une tombe non mégalithique mais la problématique se renouvelle par l’information (bien isolée, il est vrai) qui viendrait vieillir le monument d’un millénaire et la présence d’un aménagement tout proche en pierres. Le sépulcre n’ayant, semble t-il, jamais eu de superstructures autres qu’en matériaux périssables, on pouvait penser qu’il s’agissait d’une construction relativement éphémère à l’échelle du Néolithique. Peut-être faut-il envisager la destruction d'un monument ancien, puis un réaménagement, ou bien considérer qu’une structure en bois puisse perdurer pendant plusieurs siècles ? Comme toutes les autres sépultures collectives utilisées au Campanifome, le tumulus des Sables participe à l’interrogation concernant la relation entre le mobilier, les défunts et la sépulture. (extrait de la notice de 2007 de Patrice Courtaud, Elsa Cieselski et Antoine Chancerel - voir lien ci-dessous).

2008 : La présence d’une céramique attribuée au Néolithique final pourrait témoigner d’une utilisation funéraire initiale.

De nouvelles données ont été apportées par la fouille du secteur sud, qui dessine une chronologie plus complexe qu’envisagée jusqu’alors. À l’idée d’une sépulture collective en matériaux périssables ayant pu être l’œuvre des seuls Campaniformes, se substitue celle d’un édifice plus vaste et probablement plus ancien dont les parties extérieures pourraient avoir été bâties au Néolithique final. Dans cette nouvelle perspective, l’interprétation générale revient à un cas de figure plus classique de réutilisation d’un site funéraire par les Campaniformes. On en ignore pour le moment les modalités précises en raison de la présence exclusive de leurs mobiliers dans la couche sépulcrale. Il est impossible de dire en effet actuellement s’il y a eu vidange partielle ou complète, reprise architecturale ou réinstallations dans une ruine, simple superposition des dépôts funéraires ou si d’autres processus ont été mis en œuvre.

 

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Bouton campaniforme en « V » trouvé sur le site - Auteur(s) : Jugie, Ph (musée national de préhistoire des Eyzies). Crédits : Jugie, Ph. musée national de préhistoire des Eyzies (2008)

La configuration de la construction d’origine – anté-campaniforme – est encore loin d’être claire, mais relève très certainement d’un modèle architectural atypique. Dans ce secteur sud, figure un petit contingent d’ossements humains, parfois brûlés, où prédominent les éléments résistants (dents et fragments de diaphyses d’os long), et qui sont intimement mêlés à des fragments de céramiques au statut de mobiliers en position secondaire. Il est assez tentant de voir dans cette nappe de vestiges la trace soit de matériaux amenés sur le site, par exemple pour construire un tertre aujourd’hui très largement érodé, soit d’une vidange d’une structure funéraire interne, soit même du mélange des deux.

2009 : La chambre sépulcrale, qui s’étend sur une quinzaine de m2, livre encore de nombreux vestiges osseux qui, à l’exception des plus petits - éléments des extrémités et dents - sont fortement fragmentés. Il ne fait plus aucun doute que ce lieu funéraire a été fréquenté initialement à la fin du Néolithique, ce qui corrobore les pratiques funéraires reconnues pour les Campaniformes dans ce contexte. L’une des interrogations concerne l’architecture néolithique. Elle n’est pour l’instant documentée par un aucun indice. Nous pensions que la zone cendreuse, sous la couche funéraire dans la bande 44 pouvait témoigner de la combustion d’une structure en bois, mais elle semble ne pas trop s’étendre en dehors de ce secteur.

 

Le secteur sud a été largement ouvert notamment au sud et à l’ouest, ceci sur un peu plus de 100 m2. Un empilement de dalles constituerait le vestige d’un parement à la fonction encore obscure. Les observations les plus discriminantes entre les deux secteurs sont la forte présence de pierres, le nombre important de tessons et d’éléments de parure. On remarque une forte dispersion des pièces lithiques et à l’inverse une relative concentration des éléments de parures et de poteries.

Des boutons en « V » de petites tailles, une perle en variscite, un denticulé et quelques lamelles en silex viennent compléter la collection. En revanche au nord, les vestiges sont nombreux et variés avec des artéfacts en silex avec quelques outils (talon de hache, quatre pointes de flèches à ailerons et pédoncules, etc.) de la parure (perles discoïdales en stéatite, dentales) et surtout de nombreux tessons de céramique très altérés pour la plupart et qui témoignent de la présence de nombreuses poteries qui se situent dans une fourchette chronologique large entre le Néolithique récent et final.

 

Medoc tumulus8Pas obligatoirement pillé mais possiblement détruit et réutilisé par la culture campanile...

 

 

Sources : 

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S2352409X1830662X?via%3Dihub

https://cosmosmagazine.com/archaeology/two-millennia-pile-on-at-burial-mound

https://www.sudouest.fr/2010/09/06/le-tumulus-des-sables-une-decouverte-majeure-177789-739.php

https://journals.openedition.org/adlfi/7591 - 2007

https://journals.openedition.org/adlfi/2597 - 2008

http://aquitaine.culture.gouv.fr/dossiers-thematiques/300.-tous-les-dossiers-par-departements/03.-tous-les-dossiers-relatifs-a-la-gironde/2e1d3d07e1f7d481d5f324c1c89fdd89/notices/98d3fd37d0a862c58b27a196bd0bf8c2/

https://saint-sauveur-medoc.com/10-le-patrimoine?start=3

http://rymd007.free.fr/Bienvenus_sur_monsite/Fascinant_Medoc.html

 

Yves Herbo et Traductions, Sciences-Faits-Histoires, 04-05-2019

 

 

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