Dossier : Neanderthal

 

Krapina neanderthal museum

Voici un dossier regroupant tous les articles concernant l'Homme de Neanderthal présents sur ce site, servant de compilation de données récentes sur le sujet ainsi que les articles y faisant référence même si ce n'est pas le thème principal (des ajouts nombreux à venir).


 

Traces de l'Homme de Neandertal aux Amériques ?

 

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Archaic skull from Oleniy Island studied by Marija Gimbutas among other archeologists, showing the position of the mental foramen, the result probably of Neanderthal interbreeding.

 

Il y a un homme de Neandertal dans les archives des fossiles en Amérique. Et apparemment, un enregistrement de fossiles de Neandertal hybrides.

Aucune publication génétique n'a mis tous les éléments ensembles : la recherche génétique est encore dans le déni de la plupart des choses sur Neandertal. La preuve est dispersée et souvent méconnue, mais, à notre avis, il y a des preuves concluantes et visibles. Prenons l'article suivant :

Frank L'Engle Williams et Gail E. Krovitz"Ontogenetic Migration of the Mental Foramen in Neanderthals and Modern Humans" Journal of Human Evolution 47/4 (Oct. 2004) 190-219.

Le "petit trou du menton" (littéralement «mental foramen») est une caractéristique anatomique très marquée chez les Néandertaliens, une petite fossette dans la mâchoire inférieure du crâne sous les dents, ou de la mandibule. On le trouve de façon sporadique chez l'homme, où il est classé comme archaïque. Parmi les endroits où il a été identifié sont les îles Oleniy et la région de la Baltique, du Nord-Ouest de la Russie, dans Cro-Magnon, comme les types europoïdes et mongoloïdes, avec des tores occitaux «grands et massifs" ou des "bosses d'Anatolie" (Alexander Mongait, 1959; Marija Gimbutas, 1956 ); à Bakhehisarai en Crimée (Alexander Mongait, 1959), le Joman ou Ainu du Japon (Carleton Coon Stevens, 1962), et la «race des géants» continuellement mis au jour dans la côte Ouest, vallée de l'Ohio et sur de nouveaux sites archéologiques, des grottes en Angleterre et des monticules.

Des squelettes "géants" archaïques avec trou mentonnier, des bosses occipitales, une double rangée de dents et d'autres caractéristiques de Neandertal sont signalés, en fait, partout dans les Amériques. Fritz Zimmerman a rassemblé un grand nombre de preuves dans un nouveau livre intitulé Chroniques Nephilim, dont un petit extrait a été publié en Américain Ancien magazine, numéro 91, pp 24-27. Voici un des articles de journaux qu'il cite :

Nouvelles du soir (Ada, Oklahoma) 8 Novembre 1912. " Des hommes primitifs de taille gigantesque. "

" Onze squelettes d'hommes primitifs, avec le front en pente directement dans les yeux et deux rangées de dents à l'avant de la mâchoire supérieure, ont été découverts à Craigshill à Ellensburg, Washington. Ils ont été retrouvés à une vingtaine de pieds sous la surface et à une vingtaine de pieds en arrière de la surface de la pente, dans une formation rocheuse de ciment sur laquelle était une couche de schiste. Le rocher était parfaitement sec. Les mâchoires, qui cassent facilement, sont si grandes qu'elles iraient autour du visage d'un homme d'aujourd'hui. Les autres os sont aussi beaucoup plus grands que ceux d'un homme ordinaire. Le fémur est de vingt pouces (51 cm) de long, ce qui indique un homme de quatre-vingts inches de hauteur (plus de 2 mètres). Les dents de devant sont usées presque jusqu'aux mâchoires, à force, croit-on, de manger des aliments crus et de broyer des substances avec les dents. Le crâne incliné montre un stade extrêmement faible d'intelligence. " (YH : ce n'est pourtant pas du tout un critère d'intelligence...).

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The Thing

 

" Nous notons que la momie féminine, qui est un enfant connu sous le nom The Thing sur l'affiche d'une attraction en bordure de route sur l'autoroute 10 au nord de Tombstone, en Arizona, a une double rangée de dents. Il était censé être l'un des trois squelettes vendus à l'opérateur du site original pour 50 $ par un Chinois de passage. La chose est discutée dans plusieurs œuvres de David Hatcher Childress . (Mon fils et moi avons payé nos deux dollars et il l'a vu à Noël dernier lors d'un voyage sur la route.) "

Sources http://dnaconsultants.com/_blog/DNA_Consultants_Blog/post/Neanderthals_in_America/

Autres liens en relation : http://gianthumanskeletons.blogspot.com/2012/01/giant-human-skeletons-with-archaic.html

http://gianthumanskeletons.blogspot.com/2012/01/giant-human-skeletons-headlines.html

" Dans une nouvelle étude, publiée dans la revue Science, Svante Pääbo et ses collègues comparent le génome Dénisovien avec ceux des Néandertaliens et de onze hommes modernes du monde entier. Leurs résultats confirment une étude antérieure selon laquelle les populations modernes des îles de l'Asie du sud-est (Mélanésie, aborigènes d’Australie) partagent des gènes avec les Denisoviens. En outre, les génomes des populations d'Asie orientale et d'Amérique du Sud ont un peu plus de gènes en commun avec les Néandertaliens que ceux des européens ".

http://www.hominides.com/html/actualites/homme-denisova-la-famille-se-precise-0646.php

 

 

 

Neandertal en Sibérie aussi : 

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http://www.hominides.com/html/actualites/neandertal-siberie-est-0071.php

Outils néandertaliens : 

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Autre donnée : http://www.lepoint.fr/sciences-nature/neandertal-aurait-conquis-l-amerique-130-000-ans-avant-christophe-colomb-27-04-2017-2123185_1924.php

Traductions par Yves Herbo S-F-H 03-2013


 

Néanderthal savait faire de très belles parures

 

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Un enfant néandertalien, une des superbes « reconstructions » réalisées par Élisabeth Daynès, qui travaille avec des paléontologues. L'Homme de Néandertal est une espèce humaine qui a vécu 300.000 ans, en Europe, en Asie et en Afrique. Son nom vient de l'endroit où le premier squelette a été découvert en 1856 : la vallée de Neander, en Allemagne. Vallée se disant thal en vieil allemand, le h est conservé dans le nom latin Homo neanderthalensis et, par certains, dans le nom francisé. © Ph. Plailly/Eurelios

Qui a façonné les superbes parures et les outils finement taillés de la grotte du Renne, à Arcy-sur-Cure, caractéristique de la culture dite châtelperronienne ? Néandertal, comme semblent le montrer les dents associées ? Nos ancêtres, comme pousse à le croire la sophistication de ces créations ? Deux études ont tranché : c’est Néandertal. L’une est toute fraîche et basée sur des datations. L’autre a 1 an et s’appuie sur une analyse statistique. Mais les conclusions diffèrent…

Oui, c’est l’Homme de Néandertal qui a fabriqué les parures et les outils de la grotte du Renne, à Arcy-sur-Cure dans l’Yonne, France. C’est bien à Homo neanderthalensis que l’on doit cet art dit châtelperronien, une culture au sens que lui donnent les paléontologues, c’est-à-dire un ensemble de techniques et de styles pour fabriquer des outils, des parures, des pigments ou des peintures pariétales. C’est le résultat de datations effectuées sur 31 objets de cette grotte (dents humaines et outils en os) et sur un fragment de tibia trouvé à Saint-Cézaire (Charente-Maritime). L’équipe internationale réunie autour de Jean-Jacques Hublin, de l’institut Max Planck (Allemagne), où figurent des chercheurs du CNRS et de l’Inrap, a réalisé une filtration poussée du collagène puis une datation au carbone 14 effectuée à Mannheim, par spectrométrie de masse par accélérateur (SMA).

Restes humains et objets façonnés à la façon châtelperronienne datent tous de -35.380 à -40.970 ans : Néandertal était bien l’artisan habile qui a créé ces jolis objets, détaille la publication dans les Pnas. En 2011, une autre équipe, formée par François Caron, Francesco d'Errico, Pierre Del Moral, Frédéric Santos et João Zilhão, travaillant sur cette même grotte, parvenait à la même conclusion grâce à une étude statistique de la répartition de tous ces restes dans les couches de terrain. La messe est dite.

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Des objets découverts dans les couches châtelperroniennes de la grotte du Renne à Arcy-sur-Cure (Yonne). 1-11 : objets de parure ; 12-16 : pigments rouges et noirs avec traces d’abrasion ; 17-23 : outils en os. Image extraite de la publication parue le 29 juin 2011 dans la revue Plos One. © 1-11 Vanhaeren, 12-16 Salomon, 17-23 d’Errico/Vanhaeren


Mais cela n’empêche les paléontologues de se questionner sur les mystérieux rapports qu’entretenaient les deux Homo de l’époque, sapiens et neanderthalensis, qui ont longuement cohabité en Europe jusqu’à la disparition du second, vers -28.000 ans. Aujourd’hui, le résumé de l’article cosigné par Jean-Jacques Hublin parle d’imitation : Néandertal, fasciné par Homo sapiens, fraîchement débarqué en Europe, aurait fait comme lui.

L’explication ne convainc pas du tout Francesco d'Errico, de l'université de Bordeaux-1. Pour lui, comme il l’explique à Futura-Sciences, ces nouvelles datations confirment que Néandertal est bien l’auteur de ces techniques châtelperroniennes mais pas qu’il s’agit d’imitations car cette culture apparaît bien trop tôt. Il n'est pas facile en effet de démêler l'écheveau de la grotte du Renne...

De Néandertal à Cro-Magnon : une stratigraphie difficile à déchiffrer

L’énigme dure depuis que le paléontologue André Leroi-Gourhan a exploré cette grotte, au milieu d’un site riche, dont les falaises calcaires ont été visitées en plusieurs endroits par d’innombrables générations. Entre 1949 et 1963, l’équipe de Leroi-Gourhan a mis en évidence une succession d’occupations entre -45.000 et -28.000 ans. Dents humaines, ossements d’animaux, outils en pierre et en os, parures et peintures pariétales : on trouve une longue série de témoignages de multiples époques.

Les niveaux les plus anciens témoignent du Moustérien, une culture attribuée sans controverse à l’Homme de Néandertal. Les couches les moins anciennes, du temps de l’Aurignacien et du Magdalénien, sont, sans équivoque, celles d’Homo sapiens, c’est-à-dire l’Homme moderne.

Entre les deux, la couche de la controverse : le Châtelperronien. Intermédiaire entre le Paléolithique moyen et le Paléolithique supérieur, la culture châtelperronienne a été décrite pour la première fois par l’abbé Breuil après des fouilles près du village de Châtelperron (Allier).

 

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La stratigraphie de la grotte du Renne, où se superposent des époques successives, témoins des activités humaines du Paléolithique : le Moustérien, le Châtelperronien, le Châtelperronien tardif (later) et le Protoaurignacien. Avec les mouvements de terrain et de matériaux qui ont eu lieu, verticalement et horizontalement, cette archive est aujourd'hui d'une lecture délicate. © J. J. Hublin et al./Pnas


Néandertal : imitateur ou créateur ?

Dans la grotte du Renne, les parures et les outils finement taillés appartiennent à cette culture mais les dents humaines, elles, sont néandertaliennes. Conclusion des uns : l’Homme de Néandertal a fabriqué ces délicats objets. Conclusion des autres : impossible : durant tout le Moustérien, ces Néandertaliens n’ont pas fait évoluer leurs techniques, restées frustres et n’ont donc pas pu améliorer brutalement son art. Si des dents se trouvent au même niveau, c’est parce que le hasard des mouvements verticaux à l’intérieur du sol a déplacé ces objets jusqu’à les rendre voisins. La réponse réside donc dans les datations précises de tous ces objets. De nombreuses fouilles ont été effectuées depuis une quinzaine d’années mais sans permettre de conclusions définitives car il reste peu de choses.

Les interprétations ont largement divergé. Jean-Jacques Hublin, par exemple, estimait déjà, en 1997, que les objets châtelperroniens découverts avec des restes de Néandertaliens pouvaient avoir été fabriqués par Homo sapiens mais échangés lors de rencontres amicales. Pour Francesco d’Errico, tout cela ne colle pas. « Les dates du début du Protoaurignacien sont trop récentes par rapport au début du Châtelperronien » nous explique-t-il. Autrement dit : Néandertal fabriquait déjà des objets sophistiqués avant d’avoir pu admirer l’art aurignacien de l’Homme moderne. Pour lui, on fait dire à des datations ce qu’elles ne peuvent pas dire. La méthode au carbone 14 n’est pas utilisable avec les outils en pierre et les restes organiques sont bien trop fragiles. « Il suffit d’un peu de matériel contaminant pour vieillir ou rajeunir une pièce de quelques milliers d’années… »

C’est pourquoi l’étude publiée en 2011 et à laquelle il a participé portait sur la répartition de tous les éléments au sein des couches stratigraphiques et analysait les probabilités pour retrouver les associations (outils, ossements, restes d’activités…) constatées sur le terrain. Le résultat étant qu'il est fort peu probable que le hasard ait réuni ces restes de la manière dont on les a trouvés.

Quoi qu'il en soit, les deux méthodes convergent : Néandertal ne s’est pas limité aux frustres silex taillés qu’on lui attribue depuis longtemps. Notre défunt cousin, dont il a longtemps été dit qu’il ne pouvait même pas parler, reste encore mal connu…

Source : http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/paleontologie/d/neandertal-savait-faire-de-tres-belles-parures_42302/#xtor=RSS-8

YH traductions - SFH 11-2012


 

Les neandertaliens européens mieux outillés que les premiers hommes modernes

 

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Depuis les découvertes en 2005 des deux plus anciens cranes qualifiés à 100% d'hommes modernes, en Afrique, Ethiopie et datés assez précisémment de -195.000 ans avant maintenant (OMO1 et 2), certaines datations, migrations et possibles interactions entre différents genre d'hominidés et l'homme moderne est devenu évident. Ainsi, les datations de ce qu'on appelle l'Homme de Fiorensis, descendant direct des Erectus nous apprennent qu'il vivait encore il y a moins de 20.000 ans. La disparition totale du neandertalien est encore un mystère, même si on sait maintenant qu'une partie au moins s'est probablement assimilée à l'homme moderne (moins de 4% de l'ADN des européens actuels), mais il est maintenant certain que plusieurs sortes d'hominidés ont probablement croisé la route de l'homme moderne. Jusqu'à encore très récemment, le dogme scientifique (et devant effectivement tenir compte d'un soudain développement technique vers - 40.000 ans) était que c'était l'homme moderne qui avait eu le premier l'idée de techniques plus sophistiquées dans la taille de la pierre, mais aussi du cuir et de la peau (par exemple). 

Une nouvelle étude parue dans les PNAS de la célèbre Académie des Sciences Américaine vient complètement infirmer ce dogme. Cette recherche internationale, à laquelle plusieurs chercheurs français ont participé, dont Marie Soressi, associée à l’institut Max Planck à Leipzig (Allemagne), prouve que l'homme de Néandertal a façonné des outils en os bien avant que l'Homme moderne n'ait encore posé les pieds en Eurasie. Il est impossible d'après ces datations que ce dernier ait pu jouer le moindre rôle de professeurs envers les néandertaliens, comme l'affirmait jusqu'à présent un dogme tenace.

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Les lissoirs mis au jour dans deux sites néandertaliens en France. Leur bout arrondi suggère qu'ils ont servi à travailler des matériaux tendres et non rigides comme de la pierre. Les auteurs ont de leur côté façonné des outils similaires qu'ils ont testés sur des peaux, et ont montré que lorsqu'ils cassaient, ils laissaient des fragments identiques à ceux récoltés. Cela sous-entend qu'ils devaient bien être conçus dans ce but. © Projets Abri Peyrony et Pech-de-l'Azé

Et ce sont des lissoirs à peaux façonnés, datés de plusieurs manières de - 51.000 ans, qui affirment le haut degré de technicité des néandertaliens...

La plupart du temps, les outils en os sont identiques à ceux fabriqués en pierre. La principale différence provient bien sûr de la différence de propriétés entre ces matériaux. Rarement de textures identiques, l'os à l'avantage de pouvoir plier parfois sans rompre. C'est la raison pour laquelle (et encore très récemment), l'os a été principalement utilisé pour les lissoirs, des outils conçus pour lustrer et imperméabiliser les peaux. L'os de cerf, de rennes ou d'élan sont les plus propices.

Le lien entre l'outil trouvé à Pech-de-l'Azé en Dordogne, France il y a une dizaine d'années et le métier de la peau a été établi lorsque Marie Soressi a envoyé ce fragment pour analyse auprès d'un fabriquant de produits de luxe parisien qui travaille le cuir. La compréhension de l'utilisation de l'objet préhistorique bien arrondi à son extrémité a sauté aux yeux du personnel, puisqu'il a recours lui-même à ce type d'objets pour travailler le cuir, encore de nos jours !

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Shannon McPherron, elle aussi de l’institut Max Planck, a mené une équipe qui a déterré trois autres fragments d'outils similaires à une trentaine de kilomètres, sur le site de l’abri Peyrony. Pour les auteurs, il n’y a aucun doute : les lissoirs rapportés de leurs fouilles ont bien été façonnés par des Néandertaliens. Les objets alentours sont typiques de notre cousin, tandis qu’on ne relève aucune trace d’une occupation par les Hommes modernes. Les analyses au radiocarbone ont permis de dater ces lissoirs. Le premier découvert remonterait à 51.000 ans. Les autres étaient situées dans des couches âgées entre 48.000 et 41.000 ans.

Mais (pour l'instant et officiellement, contesté bien sûr), le plus vieux site occupé par des Hommes modernes en Europe occidentale jusque-là mis au jour daterait de 42.000 ans, bien que des spécialistes pensent que leur arrivée est plus ancienne de quelques millénaires (vers -48000). Difficile malgré tout de croire qu’ils aient pu enseigner leur technologie à Néandertal 9.000 ans plus tôt. Sauf bien sûr si les hommes modernes et les néandertaliens se soient en fait rencontrés bien plus tôt, en Afrique ou dès les débuts de la première migration de l'homme moderne (dont nous ne sommes pas sûrs)... l'homme moderne étant déjà là et bien formé il y a -195000 ans en Afrique, on peut aussi avoir des doutes sur son manque de performance pendant cette si longue période en Afrique... les récentes découvertes en Afrique du Sud devraient d'ailleurs bouleverser plusieurs données "établies" jusqu'à présent...

On peut déjà noter que Harold Dibble, boursier à l'université de Pennsylvanie (USA), et non impliqué dans cette recherche, était jusque ici plutôt sceptique au sujet des capacités techniques des Néandertaliens, mais il a avoué dans Science Now que les nouvelles données étaient plutôt convaincantes. Jean-Jacques Hublin, aussi de l’institut Max Planck et qui pense que l'Homme moderne est arrivé en Europe vers - 48000 ans, dit que la théorie n'est pas à jeter à la poubelle et que la datation de -51.000 ans pourrait être légèrement surestimé, ce qui permettrait aux Hommes modernes d'être bien les professeurs des néandertaliens (un tenace du dogme).

Quoiqu'il en soit, les capacités techniques des néandertaliens et leur intelligence sont bien plus évoluées qu'admis jusqu'à présent.  Les anthropologues sont aussi d'accord pour considérer maintenant que les néandertaliens devaient posséder un langage complexe, tout comme l'homme moderne...

Sources : http://www.pnas.org/content/early/2013/08/08/1302730110  + http://www.futura-sciences.com/magazines/terre/infos/actu/d/paleontologie-neandertal-aurait-il-appris-homme-moderne-travailler-os-48312/#xtor=RSS-8

Le rapport avec de belles photos des fouilles et des schémas. Attention, assez gros et met un moment à se charger (il y a un supplément avec les artéfacts sur le site des PNAS) : pnas-201302730si.pdf

Yves Herbo-SFH-08-2013.


 

Des analyses génétiques des Néandertaliens et des Denisoviens révèlent une autre espèce inconnue

 

L'homme préhistorique s'est entrecroisé de façon effrénée entre Néandertaliens, Denisoviens et une autre espèce inconnue. Cette nouvelle espèce mystérieuse semblerait indiquer un monde proche de celui du "Seigneur des Anneaux" avec différentes créatures (issues de ces croisements). Les analyses du génome du groupe humain de Néandertal, tout comme celles de celui dénommé Denisoviens révèlent que la bonne et longue entente sexuelle semble avoir inclus un autre mystérieux ancêtre de l'homme.

Ces analyses ont été présentées à une réunion de la Royal Society de Londres, et elles comprenaient  des «extraits» du mystérieux ADN - ni Homme ni Néandertal, ni Denisovien. Elles suggèrent que le croisement était endémique et plus largement entre les groupes humains vivant en Europe et en Asie 30.000 années plus tôt qu'on ne le pensait, disent les scientifiques.

Les résultats proviennent d'une nouvelle analyse de l'ADN à partir d'une Denisovienne, une hominidé découverte après les analyses d'ossements et de dents trouvés dans une grotte de Sibérie, et publiée dans la revue Nature.

La nouvelle étude des génomes a été réalisée par David Reich de la Harvard Medical School. Il a dit : « les Denisoviens semblent plus distincts de l'homme moderne que l'homme de Néandertal. Il a ajouté : « les Denisoviens portent une ascendance venant d'une population archaïque inconnue, sans lien avec les Néandertaliens », disent de nouveaux rapports scientifiques.

Mark Thomas, un généticien évolutionniste à l'University College London, qui était présent lors de la présentation, a dit : " c'est ce qui commence à me faire penser que nous sommes à la recherche d'un monde du type " Seigneur des Anneaux " - qu'il y avait de nombreuses populations d'hominidés. " (YH : sans oublier les "Hobits", les petits Hommes de Flores)

Cela vient après les virus anciens hérités de Néandertaliens qui ont été trouvées dans l'ADN de l'homme moderne.

Les scientifiques étudient les liens possibles entre les « rétrovirus endogènes », qui sont contenus dans l'ADN, et les maladies modernes telles que le sida et le cancer.

Les chercheurs ont comparé l'ADN de l'homme de Néandertal et celui des Denisovans à celui obtenu à partir de patients atteints de cancer.

Ils ont trouvé des preuves de virus de Neandertal et Denisovien dans l'ADN moderne, ce qui suggère qu'ils proviennent d'un ancêtre commun il y a plus d'un demi-million d' années.

Les Néandertaliens ont coexisté avec nos ancêtres en Europe pendant des milliers d'années, mais appartenaient à une autre sous-espèce humaine. Ils ont finalement disparu il y a environ 30.000 ans.

Environ 8% de l'ADN humain est constitué de rétrovirus endogènes ou VRE, qui sont des séquences d'ADN laissées par les virus qui passent de génération en génération.

Ils font partie des 90 pour cent du génome, parfois appelé ADN « poubelle», qui ne contient pas de codes d'instructions pour fabriquer des protéines.

 

L'analyse a inclus des « extraits » du mystérieux ADN ni humain, ni de Neandertal

Le Dr Gkikas Magiorkinis, du Département de zoologie de l'Université d'Oxford, qui a co-dirigé la recherche, a dit : « Je ne voudrais pas le considérer comme un 'junk' parce que nous ne savons pas ce qu'il fait encore. Dans certaines circonstances, deux « virus indésirables » peuvent se combiner pour causer la maladie. Nous l'avons vu à maintes reprises chez les animaux déjà. Un VRE a été démontré causer le cancer lorsqu'il est activé par des bactéries chez des souris dont le système immunitaire est affaibli.

L' équipe d'Oxford envisage maintenant de chercher des liens possibles entre ces virus anciens, appartenant à la famille HML2 des virus et le cancer ainsi que le VIH / sida.

« Comment les patients ayant le VIH répondent à HML2 est lié à la vitesse à laquelle un patient va vers le sida, il y a donc clairement un lien là-bas, » a déclaré le Dr Magiorkinis.

« Les patients VIH ont également à risque beaucoup plus élevé de développer un cancer, pour des raisons qui sont mal comprises. Il est possible que certains de ces facteurs à risques soient génétiques, et peuvent être partagés avec HML2.

« Ils deviennent également réactifs dans le cancer et l'infection au VIH, de sorte que pourraient s'avérer utiles en tant que cible thérapeutique dans le futur. "

Le co- auteur, le Dr Robert Belshaw, de l'Université de Plymouth, a déclaré : « En utilisant le séquençage de l' ADN moderne de 300 patients, nous devrions être en mesure de voir dans quelle l'ampleur ces virus sont dans la population moderne.

« Nous nous attendons à ce que des virus sans effets négatifs se soient propagés dans la plupart de la population moderne, car il n'y aurait pas de pression évolutive contre eux.

« Si nous constatons que ces virus sont moins fréquents que prévu, cela peut indiquer que les virus ont été inactivés par chance ou qu'ils augmentent la mortalité, par exemple grâce à une augmentation du risque de cancer.

L'étude, publiée dans la revue Current Biology, a été financée par le Wellcome Trust et le Conseil de recherches médicales.

Est-ce que les Néandertaliens ont donné le langage à l'homme moderne ?

Néandertalien - reconstitution - Spy, Belgique

Des scientifiques prétendent que notre langue moderne peut être retracée jusqu'à l'homme de Néandertal qui vivait il y a un demi-million d'années.

La recherche semble indiquer de plus en plus que nos proches cousins, les Néandertaliens, étaient beaucoup plus semblables à nous qu'on ne l'imaginait. Des chercheurs néerlandais soutiennent que le dernier ancêtre commun que nous partagions avec les Néandertaliens il y a environ un demi-million d'années, possédait la parole et un langage commun avec l'homme moderne.

Ils croient que les origines de la langue moderne sont dix fois plus anciennes qu'on ne le pensait.

Les scientifiques de l'Institut Max Planck aux Pays-Bas sont intéressés par les implications pour la compréhension actuelle de la diversité linguistique de nos jours.

L'opinion populaire est qu'ils parlaient en grognements primitifs, mais homme de Neandertal a habité avec succès de vastes étendues de l'ouest de l'Eurasie pendant plusieurs centaines de milliers d'années, au cours des âges difficiles et des périodes interglaciaires plus douces.

Les chercheurs en psycholinguistique Dan Dediuand et Stephen Levinson ont déclaré que loin d'être des brutes lentes, leurs capacités cognitives et leur culture étaient comparables à la nôtre.

Le duo, qui s'est penché sur les résultats passés en détail, fait valoir que le langage et la parole essentiellement modernes sont une ancienne fonctionnalité de notre lignée qui remonte au moins à l'ancêtre le plus récent que nous avons partagé avec les Néandertaliens et les Denisovans (une autre forme de l'humanité qui est surtout connue à partir de son génome).

Leur interprétation de la preuve rare contredit un scénario populaire bien considéré par la plupart des scientifiques des langues, qui pensent que notre langue moderne a commencé avec l'arrivée soudaine de la modernité vraisemblablement due à une ou quelques mutations génétiques qui ont donné naissance à la langue.

Source : DailyMail

 

Yves Herbo Traductions-S-F-H, 11-2013


 

Génétique : Heidelbergensis n'est pas l'ancêtre de Néandertal

 

Homo heidelbergensis2 mini

Les théoriciens de l'évolution et pour certains, leur logique d'évolution linéaire avaient commencé à ancrer dans les esprits une succession d'évolutions d'un genre humain X parvenant jusqu'à nous. La théorie était (et est encore pour beaucoup) un beau tableau ordonné avec une séparation quelque part d'abord d'un primate inconnu et non encore identifié en deux branches, l'une donnant l'australopithèque et l'autre les grands singes. De l'Australopithèque, une ou plusieurs branches aurait créée (s) diverses possibilités adaptatives (plusieurs sortes d'Australopithèques donc suivant les régions) donnant à leur tour diverses espèces : Homo Rudolfensis, Homo Habilis, Homo Ergaster, Homo Robustus, Homo Antecessor...). On note aussi ici une toute autre espèce, très mystérieuse et dont la nomination comme "hominidé" n'est pas obligatoirement reconnue par tous : les Paranthropus, très rares. La théorie actuelle fait de Homo Habilis l'ancêtre de Homo Erectus, qui mènerait lui (éventuellement) à l'Homo Heidelbergensis, puis à Homo Floresiensis, Homo Dénisoviens, Homo Neanderthalensis et Homo Sapiens.

Déjà, de plus en plus d'anthropologues commencent à repousser purement et simplement du genre Homo et mêmes des genres "hominidés" tous les Australopithèques. Pourquoi ? Tout simplement parce que le concept de les prendre pour des ancêtres du genre Homo ne repose que sur 1 fait : il est parfaitement bipède, sa démarche ressemblait à celle de l'Homme grâce à la disposition de son bassin. Absolument rien d'autre ne le distingue du genre primate et singe, juste sa démarche... ce qui n'est pas suffisant.

" Les paléo-anthropologues admettent donc aujourd'hui que l'australopithèque n'est pas un maillon entre les grands singes et l'homme, comme on le supposait auparavant dans la théorie classique de l'évolution. Comme les grands singes (chimpanzé, gorille, orang-outan), ils sont trop éloignés de l'homme pour ce qui est du cerveau et du corps pour en faire des ancêtres du genre humain.

En 1978, en Tanzanie, sur le site de Laetoli, une série d'empreintes de plusieurs animaux ayant marché sur un sol meuble (cendre volcanique) a été retrouvée par l'équipe de Marie Leakey. Parmi ces empreintes, celles de 2 (ou 3 ?) êtres bipèdes sont bien visibles : ce sont deux pistes de pas parallèles s'étendant sur une vingtaine de mètres. La taille des traces indique que les individus faisaient environ 1,20 m de haut. La piste de gauche est faite de petites empreintes : femelle ou jeune, on ne sait pas ; les grandes empreintes de droite semblent dues à deux individus mâles, l'un ayant peut-être marché dans les pas de l'autre. En raison de la datation, les paléontologues disent qu'il s'agit d'empreintes d'Australopithèques.

La découverte du premier primate bipède a mis en émoi le monde entier. Aux vues de cette bipédie, à une époque où la théorie classique de l'évolution était considérée comme un "fait" admis, les chercheurs ont pensé trouver les traces de l'ancêtre de l'homme. Cependant, au cours des années qui ont suivi, de nombreux ossements d'australopithèques ont été dégagés et c'est ce nombre de fossiles qui a permis d'établir avec certitude les caractéristiques simiesques des australopithèques.

Réflexion sur le poids de la théorie évolutionniste

Un élément a fortement joué dans l'idée que les Australopithèques pouvaient être les ancêtres de l'homme : c'est la théorie de l'évolution. C'est en effet parce que beaucoup croient en cette théorie que l'on a cherché pendant des décennies les fameux "chaînons manquants" entre les espèces, supposées dériver les unes des autres. L'idée que l'homme descend du singe est un pré-supposé qui oriente les paléo-anthropologues dans leur interprétation des ossements retrouvés. L'exemple de l'homme de Néanderthal en est une autre illustration.

L'homme de Néanderthal a été décrit jusque dans les années 70-80 comme un homme presque singe, un pré-homme en quelque sorte. Les crânes de cet homme ont de fortes arcades sourcilières. Pour certains scientifiques, c'était forcément un caractère « primitif » qui faisait de lui une brute mi-homme, mi-singe, voûtée et simple d'esprit. Cette idée a été répandue par Gabriel de Mortillet, préhistorien de la fin du XVIIIème siècle, anticlérical avéré. Pour les tenants de l'évolution, un chaînon entre les singes et l'homme avait été trouvé. Plus exactement : entre certains grands singes et certains hommes. En effet, pendant l'entre-deux guerre, époque où le racisme était de mise, on a dessiné des arbres "généalogiques" des différentes races humaines. L'homme blanc été montré comme "descendant" du chimpanzé et de Cro-Magnon (le premier homo sapiens identifié comme tel), tandis que l'homme noir aurait été issu d'une lignée parallèle venant du gorille et passant par Néanderthal. Et, pour forcer la réalité à rejoindre la théorie Darwinienne, l'on a fait force reconstitutions "animalisantes" de ce dernier. Aujourd'hui, heureusement, la rigueur scientifique a prévalu sur les préjugés et l'on reconnaît Néanderthal comme le vrai homme qu'il est.

A l'inverse, dans les représentations qui ont été faites de l'australopithèque et que l'on retrouve encore dans certains livres ou documentaires, on a volontairement humanisé ce singe, au point d'en faire un "presque homme", toujours pour les mêmes raisons. Depuis les années 2000, cependant, la prise en compte des données scientifiques a été faite par la majorité.

Il faut donc faire très attention à ce qui est présenté comme étant une vérité prouvée : même en science, nos préjugés et croyances l'emportent souvent sur les faits réels et une vérité ne l'est que pour la génération qui y croit. "

Et cela vient encore d'être confirmé par les dernières découvertes faites (12-2013 la publication) avec la réussite du décodage de l'ADN de Homo Heidelbergensis... qui modifient à nouveau ce beau tableau des ancêtres éventuels de Homo Sapiens.

 

Homo 1

 

Reconstitution Homo heidelbergensis - Homme de Sima

" C'est un exploit scientifique sans précédent. A partir d'un os découvert dans une grotte espagnole, des scientifiques ont reconstitué l'ADN d'un être humain vieux de 400 000 ans. Jamais personne n'avait percé les secrets d'un code génétique si ancien.

Nous ne sommes probablement pas des descendants de "cet homme de Sima" (baptisé ainsi car trouvé dans le Sima de los Huesos (le "gouffre des os") à Atapuerca, dans le nord de l'Espagne). Mais cette prouesse pourrait permettre de remonter suffisamment dans le temps pour suivre les traces de nos ancêtres, s'enthousiasme une étude publiée mercredi 4 décembre dans la revue Nature (en anglais).

Entre l'Homo heidelbergensis, le Néandertalien et le Dénisovien

 

Homo heidelbergensis2

Un crâne d'homo heidelbergensis, trouvé dans la grotte "Sima de los Huesos", près de Burgos (Espagne) en 1992 (CESAR MANSO / AFP)

 

Ces fossiles humains sont classés par les spécialistes parmi les Homo heidelbergensis, bien qu'ils possèdent aussi des traits typiques des Néandertaliens. L'analyse de leur ADN montrent qu'ils sont en fait liés aux Dénisoviens : un groupe d'hominidés appelés aussi "hommes de Denisova", proches cousins de Néandertal et de l'homo sapiens (l'humain moderne), qui ont transmis certains de leurs gènes aux habitants actuels de l'Asie du sud-est, en particulier aux Papous, en Nouvelle-Guinée.

Mais attention, s'il partage bien des traits avec les Dénisoviens, cet "homme de Sima" en a divergé quelque 700 000 ans avant notre ère, souligne l'étude. Ainsi, cette prouesse "ouvre la voie à l'analyse des gènes des ancêtres des Néandertaliens et des Dénisoviens", résume Svante Pääbo, directeur de l'Institut Max Planck (Allemagne) et mondialement connu pour ses travaux sur la génétique des hominidés. Jusque-là, le plus ancien génome humain séquencé était âgé de "seulement" 70 000 à 80 000 ans. " - Extrait Par Francetv info avec AFP

Voilà plein d'informations intéressante dans ce petit extrait d'article. On nous dit à la fois que les Dénisoviens sont des cousins des Neandertaliens et Sapiens, et que les Heidelbergensis proviennent d'une branche qui s'est séparée des Dénisoviens il y a 700.000 ans... et que cet exemplaire espagnol en est un dernier représentant, qui s'est donc mélangé aussi avec Neandertal entre 500.000 ans et 400.000 ans (datation de ces ossements). Néandertal étant supposé être apparu vers -300.000 ans (une autre branche des dénisoviens possible ?), disparus vers -30.000 ans et Sapiens apparu vers -200.000 ans, il est maintenant admis que les Dénisoviens ont vécus au moins entre -1 millions d'années et - 30.000 ans, et se sont mélangés avec Sapiens de l'Asie du Sud-Est et à Néandertal ailleurs. Et les Heidelbergensis, que sont-ils devenus ? On voit qu'ils proviennent d'une divergence d'avec Dénisovien il y a 700.000 ans (due à migrations, changements climatiques, mutation subite, croisement avec une race X ?), mais on estime qu'il a disparu complètement il y a 200.000 ans (juste à la "naissance" de Sapiens donc...), après s'être largement mélangé avec Néandertal... qui disparaît lui à peu près en même temps que les dénisoviens, il y a 30.000 ans.

Le tableau "darwinien" serait donc maintenant quelque chose comme - Homo Erectus (apparu en Afrique ou Asie (mêmes datations) vers -2 millions d'années) vers Homo Antecessor, (apparu en Europe (?) vers -1.2 million d'années, vers Dénisoviens apparus vers - 1 million d'années (ou Antecessors et Dénisoviens sont les mêmes en fait, ces derniers ayant migrés vers le Caucase et l'Asie après ?), vers Heidelbergensis (issus donc il y a 700.000 ans des Dénisoviens), qui ne donne donc pas Neandertal vers -350.000 ans et n'ont aucun rapport avec les Sapiens qui apparaissent subitement il y a -300.000 ans (Maroc) et qui n'ont donc aussi que des cousins néandertaliens et dénisoviens, trouvés dans l'ADN de certains humains modernes (mais pas tous).

Mais notons aussi que les faits génétiques reconnus pour l'instant (en attente de plusieurs vérifications et contre-vérifications), basés sur l'ADN mitochondrial, sont ici détaillés : http://acces.ens-lyon.fr/evolution/evolution/enseignement-de-levolution/analyses/adn-mitochondrial

Le séquençage possible de Heidelbergensis est très exceptionnel dans le sens ou l'on n'avait pu séquencer jusqu'à présent que des fossiles datant de -80.000 ans maximum (donc des néandertaliens, des sapiens et un os de dénisovien) et aucun provenant éventuellement d'Erectus. On espère que les analyses pourront donc remonter jusqu'à l'erectus qui devait prédominer avant les 700.000 années trouvées pour la séparation de Heidelbergensis... et prouver encore plus que Erectus est bien l'ancêtre commun à tous les hominidés suivant, y compris Sapiens.. ou l'infirmer... donc pour l'instant, il semble plutôt que Heidelbergensis ait eut Dénisovien comme ancêtre, s'est croisé avec Néandertal et a disparu sans laisser de gènes chez un descendant.

Yves Herbo, Sciences, Faits, Histoires, 04-05-2014


 

Les Néandertaliens étaient des marins

 

neandertalien-spy.jpg

Reconstitution de l'Homme de néandertal trouvé à Spy (Belgique)

 

Il semble bien que les Néandertaliens aient battu les humains modernes sur les mers. De plus en plus de preuves suggèrent que nos cousins ​​disparus ont sillonné la Méditerranée dans des embarcations il y a 100.000 ans - et tout le monde n'est pas convaincu qu'ils n'étaient seulement que de (très) bons nageurs...

Les Néandertaliens vivaient autour de la Méditerranée il y a 300.000 ans. Leurs outils moustériens particuliers en pierre se trouvent sur ​​le continent grec et, curieusement, ont également été trouvés sur les îles grecques de Leucade, Céphalonie et Zante. Cela pourrait être expliqué de deux manières : soit les îles n'étaient pas des îles à l'époque, ou alors nos lointains cousins ​​ont navigué sur l'eau en quelque sorte.

Maintenant, George Ferentinos de l'Université de Patras, en Grèce dit que nous pouvons écarter la première hypothèse. Les îles, dit-il, ont été coupées du continent bien longtemps avant que les outils ont été mis sur elles.

Ferentinos a compilé des données qui montraient que le niveau de la mer se trouvait 120 mètres plus bas il y a 100.000 ans, parce que l'eau a été beaucoup plus retenue sur les calottes de glace de la Terre. Mais le fond marin au large la Grèce d'aujourd'hui tombe à environ 300 mètres, ce qui signifie que lorsque les Néandertaliens étaient dans la région, la mer aurait été au moins avec 180 mètres de profondeur (Journal of Archaeological Science, DOI: 10.1016/j.jas.2012.01.032) .

Ferentinos pense que les Néandertaliens avaient une culture maritime depuis des dizaines de milliers d'années. Les humains modernes sont censés avoir pris les mers il y a seulement 50.000 ans, lors du passage à l'Australie...

Fig.1. Lower Palaeolithic to Mesolithic sites in the Ionian Islands and Greek mainland Fig.2. Structural map of the southern Ionian Islands shelf showing the major tectonic… Fig.3. Predicted relative sea-level curve (dashed line) in central Aegean Sea compared… Fig.4. Air-gun profile S5 across the Kefallinia basin showing the basin controlled by… Fig.5. 3

Fig.6. 3 Fig.7. 3-D time–space models of palaeo-shoreline configuration in the southern Ionian…  Fig.8. Palaeoshoreline reconstruction when the sea level was at−80 and−120m showing…

 

Les voyages à destination des îles grecques du continent étaient assez courts - de 5 à 12 km - mais selon Thomas Strasser de Providence dans le Rhode Island College, les Néandertaliens ne s'arrêtent pas là. En 2008, il trouve des outils de pierre semblables en Crète, qui, dit-il ont au moins 130.000 ans. La Crète a été une île depuis quelques 5 millions d'années et est à 40 kilomètres de son plus proche voisin - suggérant des voyages beaucoup plus ambitieux...

Strasser accepte que les Néandertaliens étaient marins bien avant les humains modernes, dans la Méditerranée au moins. Il pense que les premiers hominidés ont fait un usage beaucoup plus important de la mer que ce qu'on suspectait, et ont peut-être utilisé les mers comme une route, plutôt que de les voir comme un obstacle. Mais les détails restent perdus dans l'histoire. Toutes les embarcations ont été vraisemblablement fabriquées à partir de bois, qui a pourri depuis longtemps. Le plus ancien bateau connu de la Méditerranée, une pirogue du lac de Bracciano en Italie, date de seulement 7000 ansFerentinos spécule que les Néandertaliens ont peut-être fait quelque chose de semblable.

Il y a une explication plus simple pour savoir comment ils ont atteint les îles, dit Paul Pettitt de l'Université de Sheffield, au Royaume-Uni : peut-être qu'ils ont nagé là-bas (? !)Pettitt souligne également que les outils sur les îles n'ont pas été chimiquement datés, de sorte que les estimations de leur âge sont entièrement basées sur leur style.

Même si Ferentinos dit juste, les Néandertaliens n'étaient probablement pas les premiers hominidés de mer. Des outils de pierre ayant des millions d'années (? !) ont été trouvés sur l'île indonésienne de Flores, là où un autre hominidé a été découvert (Nature, DOI: 10.1038/nature 08844). Quelque chose, peut-être l'Homo erectus primitif, a traversé la mer de Flores avant les Néandertaliens même plus évolués...

by Michael Marshall  traduit par Yves Herbo

 

Yves Herbo traductions, S.F.H, 03-2012 - up 06-12-2014


 

Neandertal était un marin graveur mais Erectus aussi avant ?

 

trouvé dans une grotte en Crete

La preuve en est maintenant faite en plusieurs endroits : nos cousins et aussi prédécesseurs (ils sont apparus vers - 500.000 ans avant maintenant et ont disparu vers -40.000 à -30.000 ans), il ne faut pas l'oublier, néandertaliens étaient très proches de l'homme moderne, tant au niveau de ses outils de pierre qu'au niveau de ses vêtements et ornements (plumes, cuir, etc), mais aussi en ce qui concerne une certaine forme d'art (ou de gravures, traces), mais aussi de vie et coutumes : ils étaient de bons marins, possèdaient probablement des pirogues aussi et enterraient également leurs morts, vivaient en famille, etc... l'industrie moustienne nous révèle en effet une bonne évolution de la taille de pierre et des outils, qui a probablement été transmise ou copiée par Homo Sapiens Sapiens et l'Homme Moderne qui les a trouvé, déjà créés, lors de ses propres migrations. Mais que dire des nombreux outils d'Erectus, datés de 700.000 ans et trouvés en Crète ?...

Les exemples sont maintenant multiples :

Il ne se passe pas un mois sans qu’une nouvelle étude ne vienne rappeler à quel point notre cousin l’homme de Neandertal, loin d’être le rustre qui a longtemps été dépeint, jouissait en réalité de facultés cognitives évoluées. Et de toute évidence, cette nouvelle étude ne fera pas exception.

Et pour cause, puisqu’une étude menée par une équipe de préhistoriens dans une grotte située sur le site italien de Riparo Bombrini (nord-ouest Italie) révèle que Neandertal organisait son espace de vie d’une façon particulièrement méticuleuse et ordonnée.

En effet, les travaux menés par Julien Riel-Salvatore, professeur adjoint d'anthropologie à l'Université du Colorado (Denver, Etats-Unis) et ses collègues indiquent que les différents endroits de cette grotte étaient utilisés par ses habitants néandertaliens pour des activités bien distinctes.

Ainsi, le niveau supérieur de la grotte (elle en comporte trois) était dédié à l’abattage et à la découpe du gibier. Un constat effectué à la suite de la découverte de nombreux ossements de bêtes en ce lieu précis.

Concernant le niveau intermédiaire de la grotte, qui regroupe les traces d’occupation humaine les plus denses, l’espace se subdivisait en deux zones, chacune étant destinée à des activités différentes : l’avant de la grotte était réservé à la fabrication des outils ainsi que les nombreux artefacts retrouvés à cet endroit l’indiquent. Alors que l’arrière de la grotte, une zone dans laquelle très peu de débris de pierre y ont été retrouvés contrairement à l’avant de la grotte, abritait un foyer situé à un mètre de la paroi.

La raison de cette répartition au sein du niveau intermédiaire ? Elle est probablement double. D’une part, le fait de fabriquer des outils dans un endroit bien éclairé (le devant de la grotte) était de toute évidence indispensable. Et d’autre part, la présence de débris de pierre sur le sol représentait probablement un danger pour les habitants. D’où la nécessité de disposer, autour du foyer (qui était probablement l’un des lieux les plus fréquentés de la grotte), d’un sol exempt de ces artéfacts.

Quant au niveau inférieur de la grotte, sa fonction n’est pas encore très claire pour les préhistoriens, car la zone accessible est réduite. Le seul constat qu’ils ont pu dresser de son exploration est la présence, comme au niveau intermédiaire, d’une plus grande quantité de débris de pierre à l’entrée de la grotte.

Par ailleurs, il est à noter que des pigments d’ocre ont été retrouvés dans les différents niveaux de la grotte. Rappelons que cette argile colorée a déjà été découverte dans d’autres grottes préhistorique (lire « Un atelier de fabrication de pigment vieux de 100 000 ans découvert en Afrique du Sud »).

Si cette étude présente un indéniable intérêt scientifique puisqu’elle permet aux préhistoriens de pénétrer plus avant dans l’intimité domestique de l’Homme de Neandertal, il faut toutefois mentionner que la propension de ce dernier à organiser son espace de vie avait déjà été mise en évidence par de précédentes études, qui avaient notamment révélé l’existence de lieux, au sein de l’habitat néandertalien, spécifiquement dédié à la taille d’outils en pierre.

Ces travaux ont été publiés dans l’édition de décembre 2013 de la revue Canadian Journal of Archaeology, sous le titre « A Spatial Analysis of the Late Mousterian Levels of Riparo Bombrini (Balzi Rossi, Italy) ». http://www.journaldelascience.fr/homme/articles/homme-neandertal-etait-tres-ordonne-3361

Des gravures abstraites réalisées par Néandertal ?

Des motifs géométriques abstraits découverts dans une grotte de Gibraltar, attribués à l'Homme de Néandertal, pourraient indiquer que ce dernier était capable de produire des représentations abstraites. Des stries horizontales et verticales, gravées dans la roche. Telle est la découverte réalisée dans la grotte néandertalienne de Gorham (Gibraltar), par une équipe internationale de préhistoriens.
 
Art abstrait neandertal
 
Des lignes horizontales et verticales, gravées sur la paroi d'une grotte de Gibraltar, auraient été réalisées par l'homme de Néandertal il y a 39 000 ans au moins. Ces motifs auraient été gravés de façon intentionnelle par leurs auteurs. Crédits : Musée de Gibraltar

Selon les auteurs de la découverte, ces gravures - clairement non figuratives - auraient été réalisées par notre cousin Néandertal, il y a 39 000 ans au moins.

Cette découverte suggère-t-elle que l'homme de Néandertal était lui aussi capable de produire des représentations abstraites ? C'est en tout cas ce qu'affirment ces paléoanthropologues, dans un article publié le 2 septembre 2014 dans les Comptes rendus de l’académie américaine des sciences (PNAS), sous le titre "A rock engraving made by Neanderthals in Gibraltar".

 

Au terme d'une étude approfondie de ces gravures, qui a notamment consisté à les modéliser en 3D sur la base de photos, les auteurs de l'étude sont parvenus à la conclusion que ces motifs n'étaient pas le produit involontaire d'activités utilitaires, telles que la découpe de viande par exemple.

Ces stries gravées dans la roche témoignent-elles pour autant véritablement d'une intention artistique, ou bien ne pourraient-elles pas avoir été réalisées à d'autres fins, comme par exemple servir de système de comptage ? Si, sur ce point, il est évidemment impossible de se prononcer, on sait toutefois qu'au cours du Paléolithique, l'homme moderne gravait des traits sur des os pour effectuer des tâches de comptage (peut-être pour compter la quantité de gibier tué).

En attendant, si les intentions véritables de l'auteur de ces stries demeurent encore bien floues, les auteurs de l'étude sont parvenus à définir avec une certaine précision les circonstances au cours desquelles ces stries ont été gravées. Il apparaît ainsi que les auteurs de ces motifs géométriques ont utilisé une ou plusieurs pointes de silex, qu'ils auraient fait passer sur la roche de 188 à 317 fois.

Selon les auteurs de l'étude, cette découverte confirme encore un peu plus que les capacités cognitives de Néandertal étaient probablement très proches de celles de l'homme moderne. Une proximité qui n'est bien évidemment pas nouvelle, puisque de nombreuses autres découvertes effectuées au cours de ces dernières années avaient déjà démontré son existence (lire "L’homme de Neandertal enterrait bel et bien ses morts"). - http://www.journaldelascience.fr/homme/articles/gravures-abstraites-realisees-neandertal-4094

L’homme de Neandertal enterrait bel et bien ses morts
 
Homme neandertal chapelle saints
 
En Europe, l'homme de Neandertal enterrait déjà ses morts avant l'arrivée de Homo sapiens. Crédits : PLoS
 

En Europe, avant l'arrivée de Homo sapiens, l’homme de Neandertal enterrait déjà ses morts. Telle est la conclusion d'une étude publiée le 16 décembre 2013 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences.

Ce résultat provient d'une longue étude menée durant 12 années sur un squelette néandertalien vieux de 50 000 ans, bien connu des paléoanthropologues. Et pour cause, puisqu'il s'agit de l'Homme de la Chapelle-aux-Saints, un homme de Neandertal dont les ossements ont été découverts en 1908 par des prêtres dans la grotte de La Bouffia Bonneval, située sur la commune de la Chapelle-aux-Saints (Corrèze, France).

Agé de 50 à 60 ans environ, ce néandertalien était un véritable vieillard au regard de l'espérance de vie moyenne qui était probablement celle de ses congénères. Un vieillard qui, selon les analyses menées au cours des dernières décennies, ne se déplaçait probablement que très difficilement, et n'avait pu vraisemblablement survivre jusqu'à cet âge avancé que grâce à la solidarité de ses pairs.

En effet, l'Homme de la Chapelle-aux-Saints souffrait d'une arthrite au niveau des vertèbres cervicales, d’une déformation à la hanche gauche, et d'un genou fortement endommagé. De surcroît, il était totalement édenté et ce depuis longtemps, suggérant qu'il ne parvenait à se nourrir que grâce à ses congénères qui lui mâchaient préalablement sa nourriture.

Pour parvenir à ce résultat, les auteurs de l'étude ont minutieusement étudié la fosse dans laquelle a été retrouvé l'Homme de la Chapelle-aux-Saints. Après de longs et patients travaux, ils sont arrivés à la conclusion que l'ensevelissement du squelette ne pouvait pas résulter d'un phénomène naturel, mais bien plutôt d'un acte intentionnel. Dans ce travail, les scientifiques se sont notamment intéressés à la structure géologique du lieu dans lequel a été retrouvé le squelette, notamment constituée de calcaire mou et d'argile. Selon les chercheurs, la conformation de ces couches de calcaire et d'argile suggère une origine non naturelle.

En réalité, les paléoanthropologues supposaient depuis longtemps que l'Homme de la Chapelle-aux-Saints avait été intentionnellement enterré par ses pairs. Mais jusqu'ici, les preuves manquaient encore pour confirmer cette hypothèse. Cette nouvelle étude vient donc confirmer que ce néandertalien a bel et bien été inhumé.

Ce résultat est-il si surprenant que cela ? En réalité, pas tant que cela. En effet, de précédentes découvertes réalisées au Proche-Orient et au Moyen-Orient au cours de ces dernières décennies avaient déjà montré que Neandertal enterrait très probablement ses morts.

On se souvient ainsi des ossements de ces neuf néandertaliens découverts dans la grotte de Shanidar (Irak), datés de 44 000 à 60 000 ans. L'un d'entre eux, appelé Shanidar IV par les paléoanthropologues, était vraisemblablement un personnage important qui avait été enterré avec tous les égards dus à son rang. Découvert allongé en position fléchie, les pollens de huit fleurs différentes avaient été retrouvés à ses côtés, montrant que des fleurs avaient été disposées à côté de son corps.

Un autre néandertalien retrouvé dans cette même grotte de Shanidar, surnommé Nandy, présentait quant à lui de nombreuses fractures consolidées, suggérant qu'il avait bénéficié de la solidarité de ses semblables durant sa convalescence. Ce dernier résultat n'est pas une preuve directe de son inhumation volontaire, mais il suggère en revanche que les néandertaliens de l'époque disposaient des facultés cognitives suffisantes pour se préoccuper du bien-être de leurs pairs.

Cette nouvelle étude a été publiée le 16 décembre 2013 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, sous le titre « Evidence supporting an intentional Neandertal burial at La Chapelle-aux-Saints ». - http://www.journaldelascience.fr/homme/articles/homme-neandertal-enterrait-bel-bien-morts-3391

 

Une pierre gravée vieille de 30 000 ans découverte en Chine

Pierre gravee chine 30000ans

Crédits : Laboratory of Human Evolution, Institute of Vertebrate Paleontology and Paleoanthropology, Chinese Academy of Sciences, Beijing (China) / Institute of Archaeology of Ningxia Hui Autonomous Region, Yinchuan (China)

En analysant via microscopie électronique un assemblage d'outils de pierre du Paléolithique découvert il y a 32 ans dans un site archéologique du Nord Ouest de la Chine, des préhistoriens chinois ont découvert l'existence d'un outil de pierre gravé, vieux de 30 000 ans.
 

« Une découverte accidentelle ». Tels sont les mots utilisés par le préhistorien Peng Fei, chercheur au laboratoire d'évolution humaine de l'Université de l'Académie des Sciences Chinoise (Beijing, Chine), pour commenter la publication de son article "An engraved stone artifact found at the Shuidonggou Paleolithic site, northwest China" dans le no26 du Chinese Science Bulletin.

Et pour cause, car c'est en analysant des outils de pierre déjà bien connus des chercheurs chinois, puisque découverts en 1980 sur le site paléolithique de Shuidonggou, situé au nord-ouest de la Chine, que Peng Fei et ses collègues ont eu la surprise de découvrir que l'une des pierres taillées présentait de minuscules incisions, tracées avec une étonnante régularité. Des gravures qui, après analyse de ces chercheurs, semblent bel et bien avoir été intentionnellement créées par l'homme, il y a 30 000 ans environ.

Or, cette découverte est un petit évènement pour les paléoanthropologues chinois. En effet, si de nombreux objets gravés par l'homme datant du Paléolithique ont été retrouvés en Europe Occidentale en Afrique, c'est en revanche la première fois qu'une pierre intentionnellement gravée par l'homme et datant du Paléolithique est retrouvée en Chine.

 

Pierre chine

L'hypothèse d'un système de comptage

Quelle est la signification de ces gravures ? Si les chercheurs ne peuvent pour l'instant se prononcer de façon définitive, ils émettent en revanche l'hypothèse que ces incisions ont peut-être servi comme système de comptage. En effet, l'étude approfondie de ces gravures a permis de montrer qu'elles avaient été réalisées dans un court intervalle de temps, comme si son auteur avait souhaité comptabiliser un évènement survenant de façon récurrente dans un court intervalle de temps.

Quoi qu'il en soit, cette découverte renforce de façon décisive l'hypothèse que les hommes du Paléolithique Supérieur qui résidaient dans l'actuelle Chine étaient déjà dotés de facultés cognitives avancées. En effet, les préhistoriens corrèlent habituellement la production d'objets gravés à la faculté de recourir à l'abstraction et à la symbolisation.

 

Et avant Homo Sapiens Sapiens et Néandertal, c'est aussi Erectus qui a gravé la pierre ! :

 

Coquillage gravure abstraite erectus java 500000ans

 

Ci-dessus, le coquillage sur lequel des gravures abstraites ont été réalisées il y a 500 000 ans environ. Crédits : Wim Lustenhouwer, VU University Amsterdam

Des paléoanthropologues ont découvert un coquillage sur lequel des gravures abstraites ont été réalisées il y a 500 000 ans environ. Ces motifs auraient été gravés par Homo erectus.
 

C'est une découverte pour le moins étonnante : un coquillage, sur lequel des motifs abstraits ont été gravés il y a vraisemblablement 540 000 à 430 000 ans, a été découvert par une équipe internationale de paléoanthropologues.

Selon les auteurs de cette découverte, ces gravures auraient été réalisées par Homo erectus : en effet, le coquillage a été mis au jour sur l'île de Java. Or, à cette époque, Homo erectus était le seul représentant du genre Homo présent dans cette partie du monde. (YH : ? nous en sommes si sûrs que ça ?...)

Comment a été réalisée cette découverte ? Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le coquillage n'a pas été découvert récemment. En effet, il faisait partie d'une collection appartenant au Muséum d'Histoire Naturelle de la ville néerlandaise de Leyde, ou il dormait depuis… 1891. Découvert par le néerlandais Eugène Dubois à la suite d'une expédition sur l'île de Java, le coquillage n'avait à l'époque pas retenu son attention.

Mais une question se pose : et si ces gravures avaient été réalisées après la découverte du coquillage en 1891, au lieu d'avoir été réalisées il y a près de 500 000 ans ? Pour éliminer cette hypothèse, les auteurs de cette découverte ont réalisé des tests microscopiques du coquillage. Lesquels montrent que ces gravures ont été réalisées avant que la coquille n'est été enfouie dans la terre, puis érodée au cours du temps.

S'il est bel et bien avéré que ces gravures ont été réalisées délibérément, alors la découverte serait de taille. En effet, les gravures abstraites les plus anciennes connues à ce jour datent toutes de moins de 100 000 ans (voir les articles au-dessus et ci-dessous !)

Yves Herbo : Déjà, les spécialistes n'en sont toujours pas revenus d'avoir découvert un nouvel hominidé, l'Homme de Florès (dit le "Hobit" à cause de sa petite taille), probablement (?) issu de l'Homo Erectus primitif... mais se retrouvant donc... sur une île... Déjà, la découverte du classique Homo Erectus sur des îles comme Java, mais aussi dans le Pacifique, en avait surpris certains, même si d'autres ont tempéré ceci par le fait que ces îles étaient assez probablement dans ces lointaines périodes (1 million à 800.000 ans) reliées aux continents puisque la mer était beaucoup plus basse... il n'empêche que cela n'a pas été le cas partout vu les profondeurs, et que des traces d'hommes préhistoriques ont belle et bien été découvertes sur des îles éloignées de plusieurs dizaines de kilomètres et même avec des profondeurs de mers estimées à 400 mètres aujourd'hui... même le voyage de l'homme moderne, il y a 50.000 ans vers l'Australie, demeure bien mystérieux de nos jours, car de telles techniques de naviguation ne s'acquièrent pas en quelques années mais bien en plusieurs centaines et milliers, tout comme notre propre civilisation...

Neandertal en amerique

Néandertal en amérique ?

Des outils de -700.000 à -130.000 ans trouvés... en Crète !

Des preuves trouvées par les fouilles effectuées entre 2008 et 2009 sur le littoral sud de la Crète entre Plakias et Agios Pavlos et confirmée récemment par le ministère grec de la Culture et du Tourisme après étude par les scientifiques. De très nombreux outils ont été découverts sur des terrasses marines datées de 130 000 ans avant maintenant au minimum. Tous ces outils peuvent être associés à l'Homo Erectus ou l'Homo Heidelbergensis et s'étalent en datation de - 700 000 ans à - 130 000 ans. Cette découverte implique que ces lointaines races d'Homo possédaient déjà l'art de naviguer puisque la Crète est une île depuis au moins 5 millions d'années et qu'une grande partie de ces outils taillés dans la pierre ont été déterrés sur des anciennes plateformes maritîmes (elles-mêmes taillées ?) datées de - 130 000 ans minimum... C'est la plus ancienne naviguation au monde attestée à ce jour. Il serait intéressant de découvrir un traçage sur la provenance de ces ancêtres au fil des âges, via des fossiles de pollen ou autres techniques... Et cela accélère d'autant la propagation tôt du genre Homo partout dans le monde, surtout là où il n'y a pas ou peu de glace.

C'est une équipe gréco-américaine multi-disciplinaire dirigée par Thomas Strasser (American School of études classiques à Athènes), qui a mis au jour ces pierres taillées paléolithiques, principalement des haches, dans les vestiges de plateformes marines. Mais les implications sur leur présence (alors que les plus anciennes traces découvertes en Crète remontaient à seulement - 9 000 ans jusqu'à présent !) attestent en plus de capacités cognitives et techniques supérieures à celles attribuées jusqu'à présent aux premières espèces humaines. Selon Thomas Strasser et la grecque Eléni Panagopoulou, ces fouilles jettent une nouvelle lumière sur l’histoire «de la colonisation de l’Europe par des hominidés venus d’Afrique», jusque-là considérée comme s’étant faite à pied. 

“L’approche d’un peuplement de l’Europe seulement par la terre doit clairement être repensée (…) il y a peut-être eu des routes maritimes empruntées par des navigateurs sur de longues distances” écrivent ces chercheurs dans un article publié par Hespéria, le bulletin de l’Ecole américaine d’archéologie d’Athènes (que vous pouvez retrouvez sur le site : http://www.ascsa.edu.gr). Ils relèvent par contre ne pas pouvoir en l’état déterminer d’où venaient les hôtes paléolithiques de Crète, “une origine africaine ou proche-orientale étant aussi probable qu’une provenance d’Anatolie ou de Grèce continentale”, et n’ont n’a pas pu établir encore les raisons pour lesquelles nos ancêtres sont venus en Crète; ni quand ils sont arrivés exactement…

L’équipe d’archéologues a demandé l’autorisation de mener des fouilles plus approfondies dans la zone de la découverte.

 

Crète-dans une grotte

Dessin d'un bateau gravé sur pierre trouvé dans une grotte en Crète

Concrètement, cette découverte amène à penser que l'Humanité a évolué (et s'est emparée du monde) beaucoup plus rapidement et intelligemment qu'on ne le pense généralement, et que la probabilité de l'existence de civilisations également plus évoluées qu'on ne le pense techniquement  et moralement ont pu exister et disparaître par accidents catastrophiques ou même guerres sans pratiquement laisser de traces : la glaciation intense, les montées des eaux et volcanismes associés ont pu considérablement ralentir, et même anéantir de telles civilisations... dont certains commencent seulement à entrevoir la possible réalité. Ma propre reflexion (assez longue et au vu d'autres documents) m'amène à penser malgré tout que le peu d'évolution et différences des outils de pierre ici cités (entre - 700 000 et - 300 000 ans) et ailleurs, est significatif d'une culture "bloquée" techniquement qui utilise des outils apportés mais non inventés et évolutifs (même si il y a une certaine évolution technique dont les archéologues se sont servis pour inventer des différences culturelles, au fil du temps, il faut s'interroger justement sur ces évolutions qui interviennent espacées de plusieurs milliers d'années, comme si le simple fait de vouloir améliorer la taille d'une simple pierre (passer d'une simple face à du biface, penser à rendre une pierre plus pointue ou pieux adaptée à la main, etc) était impossible ou interdite ! : un peu comme des esclaves incapables ou forcés d'utiliser indéfiniment les mêmes outils et juste les réparer, les retailler, pendant une durée immense pour la vie humaine. Bon, ce n'est qu'un avis bien sûr, je ne partage pas les théories  "anunakis", bien qu'il y ait obligatoirement une certaine source réelle à tous les mythes et légendes, même s'il s'agit de mauvaises interprétations pouvant créer des cultes, mais il n'est pas stupide de se poser des questions...

 

Yves Herbo, Sciences, Faits, Histoires, 06-12-2014


 

l’Homme de Neanderthal s’ornait de plumes sombres

 

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L'Homme de Spy en Belgique, néandertalien

 

De méticuleuses analyses d’ossements montrent que l’Homme de Neanderthal pourrait avoir récolté des plumes d’oiseaux pour en faire des ornements personnels. Ce geste impliquerait un certain sens de la symbolique et donc l’existence de bonnes capacités cognitives.

Une nouvelle preuve démontrant l’existence de grandes capacités cognitives chez l’Homme de Neanderthal vient d’être révélée. Homo neanderthalensis aurait apprécié récolter des plumes d’oiseaux pour s’en servir d’ornements, ce qui souligne l’existence d’une symbolique dans sa culture. Ce résultat vient d’être publié dans la revue Plos One par Clive Finlayson du Gibraltar Museum.

Grâce à la compilation de données récoltées sur 1.699 sites archéologiques eurasiens, un lien fort a été établi entre la présence d'Homo neanderthalensis et la découverte de nombreux restes d’oiseaux, principalement des corvidés et des rapaces. Notre lointain cousin semblait donc avoir une préférence pour les volatiles au plumage sombre ou noir tels les corbeaux, les corneilles, les pies, les milans ou les faucons crécerelles.

Ces oiseaux ont-ils bien été capturés pour leurs plumes et non pour leur chair ? Très certainement. Les premiers indices le suggérant ont été découverts dans deux grottes situées à Gibraltar (Gorham et Vanguard). Durant des analyses de restes d’oiseaux, des traces laissées par des objets tranchants ont été trouvées sur des os d’ailes, des membres pourtant pauvres en viande. Par ailleurs, les marques ont été observées aux extrémités des structures alaires, là où se fixent les rémiges primaires, c’est-à-dire les plus longues plumes. Partant de cette découverte, des empreintes similaires ont été recherchées, et trouvées, dans d’autres sites habités par l’Homme de Neanderthal. Les chercheurs ne voient pas à quoi pouvait servir la récolte de ces plumes en dehors du contexte symbolique.

 

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Pourquoi les corvidés ? Leur chair est immangeable sans une très longue cuisson. De plus, ces oiseaux intelligents, qui, par exemple, savent utiliser des outils, ont été peu chassés dans le passé. Réponse : Neanderthal s'en servait pour fabriquer des ornements (YH : pourquoi seulement des ornements ? voir des costumes en plumes comme les Aztèques !). © Laures73, Flickr, CC by-nc-sa 2.0

Par Quentin Mauguit, Futura-Sciences

Yves Herbo : plusieurs scientifiques et la génétique du néandertalien semble prouver que notre lointain cousin était assez dépourvu de poils et même de couleur de peau assez pâle... ces plumes sombres pourraient être plus que de simples ornements symboliques, mais bien une façon de se protéger (y compris des rayonnements solaires plus importants avant la dernière glaciation), d'être plus discret. Les capacités cognitives du néandertalien sont en tout cas de plus en plus prouvées (y compris des bateaux/canoe et la navigation), la question pour certains archéologues serait aussi de reconsidérer probablement certains artefacts attribués à l'Homme Moderne qui seraient en fait d'origine néandertalienne (et peut-être d'ailleurs réutilisés aussi par l'Homme Moderne, y compris des outils voir des constructions/habitats... ).

SFH 09-2012

 

Néandertal : son intelligence proche de l'homme moderne se confirme de plus en plus

 

Outilosneandertalien 2014 2015

L'un des tout premiers outils en os découvert et affecté aux Néandertaliens - 55000 à 60000 ans avant maintenant, découvert en France, 2014

 

Cela fait déjà quelques années que je l'affirme (et je ne suis pas le seul) et la recherche scientifique est en train, lentement, de prouver ces affirmations issues de mûres réflexions logiques : non seulement les premiers hommes modernes, Homo Sapiens sapiens étaient beaucoup plus intelligents, non violents et très partageurs, mais également son cousin  Homo Neandertalensis, très proche et même peut-être d'autres (n'oublions pas qu'il y a aussi des Denisoviens et (d'après la génétique) probablement une autre race encore totalement inconnue)... Trois récentes publications vont en tout cas dans ce même sens et ajoutent leurs petites pierres à cet édifice repoussé il y a encore à peine 10 ans par la majorité des préhistoriens... :

La première de ces deux études s'est déroulée en France, mais par des chercheurs de l'université Canadienne de Montréal, à la suite de l'excavation en juin 2014 d'un outil en os de la grotte du Bison, localisée à Arcy-sur-Cure, en Bourgogne, France. Une découverte attendue par plusieurs chercheurs depuis un moment car, avec sa datation et son lieu, il est indéniable que cet outil ait été fabriqué par l'homme de néandertal, dont on n'avait jusqu'à présent trouvé que des outils en pierre...

Et mieux encore, il s'agit d'un outil à usage multiple, comme le décrivent les scientifiques, dont Luc Doyon qui confirme " C'est la première fois qu'un outil en os à usages multiples datant de cette période est découvert. Cela vient prouver que les Néandertaliens étaient en mesure de comprendre les propriétés mécaniques de l'os et savaient les exploiter pour fabriquer des outils, des capacités habituellement réservées à notre espèceHomo sapien ". Pour rester prudent, on peut dire que cela participe à la remise en question de la vision linéaire de l'évolution du comportement humain (ou de l'évolution tout court d'ailleurs). "Notre découverte est un témoin supplémentaire du travail de l'os par l'homme de Néandertal et participe au mouvement de remise en question de cette vision linéaire de l'évolution du comportement humain" continue Luc Doyon.

" Excavé dans un excellent état de conservation, il provient d'un fémur gauche de renne adulte ayant un âge estimé entre 55 et 60 000 ans avant le présent. L'observation des traces présentes sur l'outil nous permet de retracer son parcours de vie. Néandertal ne chassait pas ses proies pour exploiter a priori l'os à des fins technologiques; la chasse visait d'abord l'approvisionnement en viande et en moelle, des ressources riches sur le plan énergétique. Ainsi, on observe sur l'outil des traces de dépeçage et des indices de fracturation de l'os pour l'extraction de la moelle. Des stigmates d'arrachement suggèrent l'utilisation du fragment osseux pour le réaffûtage des outils en pierre taillée. Finalement, des négatifs d'enlèvement et un important poli témoignent de la transformation et de l'utilisation de l'os en racloir. "

" La présence de cet outil dans un contexte où l'industrie en pierre taillée abonde laisse croire à un choix opportuniste et à une modification intentionnelle du support par les Néandertaliens, affirme Luc Doyon. On a longtemps pensé qu'avant Homo sapiens, les espèces n'avaient pas les capacités cognitives nécessaires pour la production de ce type outil. Cette découverte réduit l'écart pressenti entre les deux espèces et nous empêche donc d'affirmer la supériorité technique de l'une sur l'autre."

Luc Doyon, Geneviève Pothier Bouchard et Maurice Hardy ont publié, le 15 décembre 2014, l'article "Un outil en os à usages multiples dans un contexte moustérien", dans le Bulletin de la Société préhistorique française. M. Doyon et Mme Pothier Bouchard sont affectés au Département d'anthropologie de l'Université de Montréal. M. Hardy, qui a dirigé les fouilles archéologiques à la grotte du Bison, est affilié à l'Université Paris X - Nanterre.

Source : http://www.techno-science.net/?onglet=news&news=13557

 

La deuxième et troisième publications concernent aussi les Néandertaliens et est toute aussi explicite car il s'agit-là de preuves concernant leur utilisation probable pour des raisons liées au symbolisme - un caractère intelligent seulement porté par Homo Sapiens sapiens jusqu'à présent... et ce sont les très sérieux PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America) et PloS One ("Presumed Symbolic Use of Diurnal Raptors by Neanderthals" - Eugène Morin, Véronique Laroulandie) qui les publient.

 

Griffes rapacesprehistoriques

Griffes de grands rapaces diurnes trouvées en France et en Italie dans des habitats du Paléolithique moyen. © Véronique Laroulandie

Ces archéologues de la préhistoire nous décrivent des serres de grands rapaces diurnes datant du Paléolithique moyen (il y a environ 300.000 à 40.000 ans) et sur lesquelles figure des traces de désarticulation laissées par les couteaux de pierre utilisés à cette époque. L'auteur de ces traces serait l'Homme de Néandertal, ce représentant du genre Homo qui se distingue de nous, « Homme anatomiquement moderne » Homo Sapiens sapiens, par l'association de plusieurs caractères morphologiques. Cette association de caractères physiques spécifiques a totalement disparue pour des raisons encore inconnues il y a environ 28.000 ans... laissant l'Homme moderne seul de son genre sur cette planète.

L'essentiel des matières usinées par l'homme de néandertal n'était en effet jusqu'à présent que de la pierre. De l'os (Renne) vient d'être ajouté au panel de ses capacités d'usinage. On sait aussi qu'il utilisait de la teinture, puisque des produits colorants ont été trouvés en maints endroits, mais on ne sait trop l'usage qui en était fait. Il semble que la plume était aussi une matière utilisée (et possiblement colorée) par les néandertaliens. Cette fois-ci, ce sont des serres, des griffes de rapaces qui font l'objet de cette publication. Les difficultés en ce qui concerne l'homme de néandertal sont de pouvoirs affirmer avec certitude qu'il faisait certaines choses de façon symbolique (et/ou artistique d'ailleurs), et non juste de façon fonctionnelle, utilitaire - la différence entre briser un os et des griffes pour en sucer la moelle et retirer une griffe pour l'attacher avec d'autres et s'en faire un collier par exemple...

Et il semble bien que les preuves s'accumulent pour que la deuxième possibilité fasse aussi partie des conceptions du néandertalien, tout comme celles de l'homme moderne...

Dans l'article " Late Neandertals and the intentional removal of feathers as evidenced from bird bone taphonomy at Fumane Cave 44 ky B.P., Italy", approuvé donc récemment aux PNAS, les auteurs Marco Peresania, Ivana Fioreb, Monica Galab, Matteo Romandinia, et Antonio Tagliacozzo nous racontent que les néandertaliens gravaient des signes sur des serres de rapaces...

Il s'agit par exemple de stries de découpes observées sur les os des ailes du faucon Kobez (Falco vespertinus), du gypaète barbu (Gypaetus barbatus) et du vautour moine (Aegypius monachus). Elles ont été étudiées sur le site de Fumane en Italie et publiées dans cet article des PNAS. Ces marques résulteraient du prélèvement des grandes plumes des rapaces, lesquelles pourraient avoir été investies d’une fonction symbolique. (YH : on a vu dans un autre article qu'on soupçonnait l'homme de néandertal de se vêtir avec des plumes).

 

Journal pone 0032856 g002

Stone tool incisions on terminal phalanges of diurnal raptors from Middle Paleolithic occupations in France.
A) example of a fully fleshed golden eagle digit. B–G show cutmarked terminal phalanges from layer 52 at Combe-Grenal (B–C, golden eagle) and layers Jbase (D–E, white-tailed eagle) and I/J (F–G, white-tailed eagle) at Les Fieux. The black bars correspond to 1 cm. Philippe Jugie took the Combe-Grenal photographs, the others were taken by V.L. - doi:10.1371/journal.pone.0032856.g002

 

Citation : " Les fossiles sur lesquels se fondent les deux articles précédemment cités contribuent au débat et se placent eux aussi parmi les discrets indices qui s'accumulent sur de telles pratiques culturelles. Avec le temps, la kératine qui couvre les serres s'est enlevée, seule la partie osseuse des dernières phalanges acérées est aujourd'hui conservée. Mais l'analyse détaillée des surfaces osseuses et le recours à des référentiels expérimentaux révèlent parfois des traces susceptibles de nous renseigner sur les gestes pratiqués.

 

La plus ancienne de ces serres a été trouvée sur le site de Combe-Grenal, en Dordogne. Elle appartient à un aigle royal (Aquila chrysaetos) et provient d'une couche archéologique datée d'environ 90.000 ans. Elle porte une strie de désarticulation, ce qui indique qu'elle a été séparée du reste de la carcasse. Dans ce site qui compte pourtant plusieurs centaines d'ossements, cette serre est le seul vestige rapporté à ce puissant rapace diurne. (YH : un unique ornement possible donc car si les serres avaient été utilisées comme hameçons par exemple, nous aurions d'autres exemplaires - et nous ne savons d'ailleurs pas si les néandertaliens pèchaient dans les rivières puisqu'il ne semble pas y avoir de traces d'os de poissons dans toutes ces grottes...).

Entre 60.000 et 45.000 ans environ, d'autres gisements en France et en Italie livrent des découvertes comparables. Les grottes Mandrin dans la Drôme, celles de Rio Secco et Fumane ,localisées dans les Préalpes italiennes, ont chacune donné un seul reste d'aigle royal. A chaque fois, il s'agissait de griffes incisées.

 

Griffes rapacesprehistoriques2

Stries de découpe sur la serre d'aigle royal de Mandrin. © Véronique Laroulandie

 

Dans la grotte des Fieux située sur le Causse de Gramat dans le Lot, deux griffes de pygargue à queue blanche (Haliaeetus albicilla) montrent également des traces de désarticulation. Ce gisement compte aussi plusieurs phalanges de pied rapportées au Vautour moine dont une pénultième portant des stries vraisemblablement produites lors de la séparation de la griffe du reste de la carcasse. D'autres observations, réalisées il y a plusieurs dizaines d'années par Cécile Mourer-Chauviré sur les sites de Pech de l'Azé I en Dordogne ou à la grotte de l'Hyène dans l'Yonne, trouvent aujourd'hui des éléments de comparaison qui permettent de mieux apprécier leur signification.

Une utilité encore mystérieuse

Les modes d'acquisition de ces éléments anatomiques (directement par la chasse d'un rapace ou par ramassage sur un cadavre ou un squelette) sont difficiles à dire pour les archéologues. En l'état des connaissances, ces deux alternatives restent possibles et non exclusives. Dans le contexte plus récent du Paléolithique supérieur et notamment durant le Magdalénien, le matériel aviaire, ici plus abondant, indique par exemple que la Chouette harfang (Bubo scandiacus) était chassée pour sa viande, ses griffes et vraisemblablement ses plumes.

Quoi qu'il en soit, au Paléolithique moyen la sélection de serres de grands rapaces diurnes par l'Homme de Néandertal ne fait aucun doute. Et la récurrence des faits plaide en faveur d'une pratique qui dépasse l'acte individuel pour se placer à l'échelle du groupe. Bien sûr il serait tentant d'imaginer que ces serres symbolisaient la force des prédateurs ailés, ce qui est largement avéré en ethnographie. Malheureusement, les archives du sol sont souvent moins bavardes que ne pourraient le souhaiter les préhistoriens.

La recherche se poursuit donc et les découvertes matérielles et méthodologiques à venir nous en apprendront sûrement autant sur les modes de vie et de pensée de nos ancêtres que sur notre manière de les appréhender. " (fin de citation)

Cet article (tiré des publications américaines des PNAS et PloS One) a été rédigé par Véronique Laroulandie (CNRS, laboratoire Pacea, université de Bordeaux) et Ludovic Slimak (CNRS, laboratoire Traces, université Toulouse-Jean Jaurès), en partenariat avec la LPO (Ligue de protection des oiseaux).

Sourcehttps://www.futura-sciences.com/magazines/sciences/infos/actu/d/anthropologie-homme-neandertal-gravait-serres-rapaces-56753/#xtor=RSS-8

 

Yves Herbo, Sciences, Faits, Histoires, 15-01-2015


 

Des Néandertaliens dans un bateau ? : les preuves s'accumulent !

 

Spearheads mousterian neandertal mini

 

C'est au cours de l'année 1981 que des archéologues français avaient trouvés les premiers étranges artefacts de pierre dans l'île grecque de Nexos. Cette île, la plus grande des Cyclades, est bien connue pour ses différents types de trésors archéologiques, de ses magnifiques figurines en marbre blanc datées de 6500 ans à ses belles poteries de 3000 ans... mais moins pour ses secrets préhistoriques qui remontent de plus en plus loin au fur et à mesure des fouilles et des découvertes archéologiques...

 

Cycladic 4500bc

Culture Cyclade 1 : 4500 Av. J.C.

Cycladic 2600bcCulture Cyclade 2 : 2600 Av. J.C.

 

Les archéologues ont longtemps cru que les premiers à coloniser la région ont été les premiers agriculteurs, qui sont arrivés par bateau il y a environ 9000 ans. Seuls les Hommes modernes, qui avaient fait le saut de la subsistance des chasseurs-cueilleurs à l'agriculture organisée - une révolution majeure dans l'histoire de notre espèce, celle qui a vu une embardée en avant dans la complexité technologique et sociale - auraient pu accomplir la traversée de la mer d'après des à-priori pas toujours justifiés...

Mais les outils de pierre sur Naxos semblaient taillées par des gens du Paléolithique - des beaucoup plus anciens humains, peut-être pas membres de notre espèce du tout. " Les outils de pierre qu'ils ont trouvé sur le site ne ressemblaient en rien aux outils de pierre qui aient jamais été trouvés auparavant sur les sites préhistoriques dans les îles des Cyclades ", a déclaré Tristan Carter, un archéologue de l'Université McMaster à Hamilton.

Depuis 2013, Carter a co-dirigé une nouvelle série d'enquêtes sur Naxos. Lui et une poignée d'autres personnes travaillant dans la région ont commencé à fournir des preuves que les humains ont atteint les îles de la mer Égée il y a 250.000 ans et peut-être même plus tôt. Si ces dates sont confirmées, cela signifie que les premières personnes là-bas étaient Néandertaliens, ou leurs ancêtres probables, Homo heidelbergensis (Non, il s'agit probablement d'un néandertalien archaïque et pas une autre espèce) ou peut-être même l'Homo erectusMais ces hominidés archaïques (selon les critères donnés par la science) auraient du venir par bateau...

Chose impensable il y a encore peu de temps... mais d'autres découvertes, sur d'autres îles, ainsi que les preuves de comportements beaucoup plus sophistiqués que pensés auparavant chez neanderthal par exemple, voir erectus, sont en train, petit à petit, de repousser l'impensable, l'impossible...

Au cours des dernières années, bon nombre de ces à-priori sur le comportement des hominidés se sont émiettés. Les archéologues ont trouvé des indications, certaines sont encore contestées certes, que les Néandertaliens ont sculpté des symboles rupestres, peint leurs corps avec des pigments, se sont habillés de plumes, créé des instruments de musique et des bijoux, et ont intentionnellement enterré leurs morts - toutes des pratiques que l'on croyait notre exclusivité d'Homme Moderne. La plupart avec étonnement, les scientifiques ont démontré que les personnes vivant avec une ascendance européenne ou asiatique portent une petite quantité de l'ADN du Neandertal, preuve de métissages préhistoriques.

" La recherche au cours des deux dernières décennies, nous montre perpétuellement que tous ces personnages anciens sont plus capables, plus complexes que nous le pensions ", a déclaré Carter. " C'est tout au sujet de l'archéologie de l'ego en nous." Pourtant, il est le premier à dire que avec des enjeux si élevés, son équipe doit être extrêmement prudente dans la façon dont ils fonctionnent et ce qu'ils affirment: " Il va y avoir une barre très haute pour nous."

L'équipe française sur Naxos en 1981 n'a pas été le premier travail sur la mer Égée et les îles méditerranéennes à signaler des artefacts plus anciens que le Néolithique, puisque l'ère où a commencé l'adoption de l'agriculture est connue. Mais les découvertes anciennes étaient fragmentaires et n'ont jamais obtenu un bon scrutin (consensus).

Puis, en 1988, les archéologues ont commencé à creuser un abri sous roche effondré sur la rive sud de ChypreIls ont trouvé environ 1000 lamelles et des petits outils généralement associés à des personnes pré-néolithiques. " Il y avait beaucoup de scepticisme au premier abord ", a déclaré Alan Simmons, un anthropologue à l'Université du Nevada à Las Vegas qui a été impliqué dans le travail. " Mais une fois que nous avions toutes les datations au radiocarbone, c'est venu à être accepté." Le site a repoussé le peuplement de Chypre à il y a environ 12.000 ans - seulement quelques millénaires, mais assez pour briser la barrière du Néolithique et établir la présence de chasseurs-cueilleursAujourd'hui, la distance à la Turquie continentale est d'environ 75 kilomètres. Les niveaux de la mer ont fluctué et la traversée était autrefois plus courte, mais Chypre a toujours été une île.

Les découvertes sur Chypre ont renversé l'idée que les chasseurs-cueilleurs étaient incapables ou ne voulaient pas voyager par mer. Mais le débat était encore limité aux activités de notre espèce, les Homo sapiens...

En 2008, une équipe gréco-américaine d'archéologues a commencé à chercher sur la côte sud-ouest de la Crète pour trouver des artefacts pré-néolithiques. Ils en ont trouvé un grand nombre d'à peu près la même époque que ceux sur Chypre. Mais ils ont également trouvé des hachoirs de main en quartz brut et des couperets qui semblaient être beaucoup plus anciens. L'équipe a découvert des artefacts s'érodant sur une couche de terre qui datait d'il y a au moins 130.000 ans, et les outils eux-mêmes ressemblaient à ce que ces archéologues associent avec des sites d'hominidés archaïques sur le continent - ceux qui sont âgés d'au moins 250.000 ans...

" Cela a mis le chat parmi les pigeons ", a déclaré CarterComme Chypre, la Crète a toujours été une île. Le magazine Archaeology a déclaré que ces trouvailles étaient une des 10 découvertes les plus importantes pour 2010.

Les découvertes en Crète sont encore en train de bouger le terrain, avec des critiques faisant valoir que les conclusions des chercheurs ont sauté bien trop haut sur ce qu'ils ont réellement trouvé. Parce que la plupart des outils ont été découverts sur la surface, plutôt qu'enterrés dans des couches de sédiments, les artefacts ont été difficiles à dater définitivement. " Ce n'est pas assez. Ils doivent trouver de meilleures pièces, plus de pièces ", a déclaré Albert Ammerman, un archéologue qui a travaillé sur Chypre.

Des pièces de meilleure qualité et plus, c'est exactement ce que l'équipe de Tristan Carter recherche. Même pour ceux qui peuvent imaginer des hominidés marins, il faut plus d'un site pour renverser un paradigme de longue date.

Il y a deux ans, Carter et le codirecteur du projet Demetris Athanassoulis ont obtenu la permission de fouiller le site anciennement français sur Naxos, connu sous le nom Stelida.

" J'avais toujours eu un sentiment furtif, après avoir visité Stelida quelques fois au cours de mon doctorat, il y a de nombreuses lunes, que peut-être que ce site contenait ces nouvelles découvertes." Le site est difficile. Les chercheurs pensent que ce fut une carrière, où les gens sont venus pour récupérer le matériel pour fabriquer des outils en pierre pendant des centaines de milliers d'années. " C'est comme aller à une usine et ne voir que les trucs qu'ils ont jeté ", a déclaré Carter.

Après des années de travail, l'équipe de Carter a trouvé des tas d'artefacts, y compris les types d'outils distinctifs sur la Grèce continentale qui ont été exclusivement associés aux Néandertaliens et aux Homo heidelbergensis et pourraient être âgés de plus de 250.000 ans...

 

Spearheads mousterian neandertalThese Mousterian spearheads, a classic Neanderthal tool type, were excavated from the Stelida archeological site on the Greek island of Naxos by a team co-directed by Tristan Carter of McMaster University. The Stelida site is critical to resolving a major controversy over whether Neanderthals and other hominins were capable of voyaging by sea. Pointes de lances du Mousterien, un outil classique de Neanderthal, excavées du site de Stelida sur l'île grecque de Naxos. (STELIDA NAXOS ARCHAEOLOGICAL PROJECT) 

 

Mais ce ne sera pas suffisant pour convaincre les sceptiques: ils ont besoin d'artefacts enfouis dans des couches clairement définies de sol, qui peuvent être datés avec précision.

" Beaucoup de gens font," Aha! Vous avez prouvé que vous avez des marins du Neandertal ", dit Carter. " Nous avons toujours dit, tout d'abord, nous devons attendre jusqu'à ce que nous ayons vraiment, vraiment de bonnes dates scientifiques."

Carter se fonde sur une méthode dite de luminescence stimulée optiquement. Contrairement à la datation au radiocarbone, la luminescence stimulée optiquement fonctionne sur de très anciens dépôts de sol, mais cela prend des mois pour analyser les résultats des laboratoires. Les premiers ont daté certains des artefacts de Stelida à il y a au moins 50.000 ans. Mais l'équipe est toujours en attente des résultats des couches inférieures du site, où les outils de pré-néandertaliens possibles ont été trouvés.

Des dates solides sont importantes pour estimer les niveaux de la mer. Contrairement à la Crète et Chypre, Naxos n'est pas une "vraie" île: quand le niveau de la mer a chuté, elle a été reliée à ses voisines pour former une méga-île cycladique. La tectonique active de la région ne permet pas d'être certain : les modélisateurs sont en désaccord pour savoir si cette masse terrestre cycladique a été reliée au continent par moments, permettant aux hominidés d'atteindre ce qui est maintenant Naxos à pied...

Le voyage en mer est censé être un indicateur de la "modernité comportementale", l'ensemble des capacités qui nous distingue de nos primitifs cousins humains, maintenant éteints, et des primatesUne traversée de toute distance importante nécessite un outil de décision et la coopération nécessaire à la construction d'une embarcation, le savoir de la navigation pour piloter et, peut-être plus important encore, l'imagination et l'audace de concevoir le voyage en premier lieu.

D'autres chercheurs insistent pour que des bien meilleures preuves doivent être découvertes pour attribuer de tels comportements complexes aux Néandertaliens et d'autres hominidés: une réécriture d'un chapitre important dans l'évolution de notre genre. La découverte récente de constructions à l'aide de stalagmites par des néandertaliens au fond d'une grotte française participe fortement à ce changement de paradigme...

" Si des choses comme Erectus ont été délibérément voir de près autour des plans d'eau il y a 1,5 million d'années, ce serait une affaire suffisamment massive pour renverser notre compréhension reçue sur la façon dont ces créatures pensaient et se comportaient ", a déclaré Tom Leppard, spécialiste en archéologie à l'Université de Cambridge, et une voix prudente dans le débat, au sujet des découverte en Mer Egée.

 

 

Les découvertes d'un demi-monde loin de la mer Egée compliquent le tableau. En 2003, les archéologues sur l'île indonésienne de Flores ont trouvé des os appartenant à une espèce humaine comme un hobbit, qui mesurait seulement quatre pieds de haut (1m20) et qui a survécu jusqu'à il y a 18.000 ans, appelé Homo floresiensisDes outils de pierre découverts plus tard sur l'île ont été datés à aussi loin que il y a 1,1 million d' années...

Pour certains chercheurs, cela est une preuve claire que les origines de la navigation ont commencé bien avant l'Homo sapiens. Mais d'autres soutiennent que Flores est peut-être un court saut du continent. Quelques escapades au hasard en Indonésie et en mer Égée n'est pas une preuve d'un délibéré, établi voyage par la mer. Cela expliquerait pourquoi les artefacts paléolithiques de la mer Egée sont si peu nombreux: des millénaires d'habitation humaine aurait laissé une marque plus indélébile. Mais d'autres croient que les archéologues n'ont tout simplement pas été à leur recherche jusqu'à présent. Parce que la plupart qui travaillent dans la région sont des spécialistes dans les cultures qui ont produit ces figurines exquises d'ivoire et de poteries, " un grand nombre des archéologues ne sont pas vraiment formés pour chercher des éparpillements de roches cassées, essentiellement, parce que ce n'était pas très excitant," dit Alan Simmons.

Les artefacts peuvent ne pas avoir l'air très excitant, mais les implications le sont. Si hominidés archaïques pourraient atteindre les îles de la mer Égée en bateau, où ailleurs pourrait-on les trouver ? " Nous avons toujours regardé la mer comme une barrière ", a déclaré Simmons. " Mais ce que certaines personnes argumentent est peut-être qu'elle n'a pas été un obstacle - peut-être était-ce une autoroute."...

Sources : https://www.thestar.com/news/world/2016/12/27/neanderthals-in-a-boat-not-such-a-far-fetched-notion-after-all.html

 

Yves Herbo et Traductions fr, Sciences-Faits-Histoireshttps://herboyves.blogspot.com/, 26-01-2017


 

Découverte de la fille d'une Néandertalienne et d'un Dénisovien

 

Os denisoneanderiens

 

C'est une découverte extraordinaire qui vient d'être annoncée et publiée dans l'une des éditions référencées à comité de lecteurs préférées des scientifiques, Nature, par les auteurs Viviane Slon, Fabrizio Mafessoni et Benjamin Vernot du Département de génétique évolutive, Institut Max Planck d'anthropologie évolutive, Leipzig, Allemagne. Le type de découvertes rêvées par tous les archéologues, anthropologues et généticiens biologistes, celles qui confirment par des faits des analyses génétiques amenant jusqu'à présent de bonnes suppositions.

Voici le résumé de la publication : " Les Néandertaliens et les Dénisoviens sont des groupes éteints d'hominidés qui se sont séparés (d'après la génétique) il y a plus de 390 000 ans. Nous présentons ici le génome de 'Dénisova 11', un fragment d'os de la Grotte Dénisova (Russie) et montre qu'il provient d'un individu qui avait une mère néandertalienne et un père Dénisovien. Le père, dont le génome porte des traces d'ascendance néandertalienne, était issu d'une population apparentée à un Dénisovien retrouvé dans la grotte. La mère venait d'une population plus proche des Néandertaliens qui vivaient plus tard en Europe que d'un ancien Néandertalien trouvé dans la grotte Dénisova, suggérant que les migrations de Néandertaliens entre l'Est et l'Ouest de l'Eurasie se sont produites il y a 120 000 ans.

La découverte d'une progéniture de Néandertal-Dénisovan de première génération parmi le petit nombre de spécimens archaïques séquencés à ce jour suggère que le mélange entre des groupes d'hominidés du Pléistocène tardif était courant lorsqu'ils se sont rencontrés ".

 

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Fragment d'os de « Denisova 11 », découvert en 2012, par des archéologues Russes dans les montagnes de l'Altaï en Sibérie (grotte Dénisova). © Ian Cartwright - University of Oxford/Max Planck Institute/AFP

Quelques détails sur la découverte et la publication :

Un minuscule fragment d'os daté de 50 000 ans apporte aujourd'hui la preuve d'un accouplement entre ces deux espèces distinctes de la lignée humaine supposée, le genre "Homo", dont l'Homo Sapiens (Homme Moderne) en est un autre représentant, non éteint. « C'est la première fois qu'on trouve un descendant direct de ces deux groupes », explique à l'AFP Viviane Slon, de l'Institut Max-Planck d'anthropologie évolutionniste de Leipzig en Allemagne.

Ce que nous savons à ce jour d'après l'archéologie, c'est que l'Homme de Néandertal s'est éteint physiquement sur notre planète il y a environ 40.000 ans (plutôt il y a entre 28 000 et 24 000 ans dans le sud de l'Europe), pour une raison toujours inconnue, les suppositions faisant intervenir Homo Sapiens (Homme Moderne) dans cette extinction, mais d'autres hypothèses demeurent. Les Dénisoviens ont aussi disparu, mais l'on ne sait pas exactement quand, par manque de données archéologiques et génétiques, ni la ou les raisons de cette extinction évidemment.

 

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Fig. 1: Localisation des Néandertaliens (bleu), des Denisovans (rouge) et des anciens Humains Modernes (jaune) datant d'environ 40 ka ou plus tôt. (University of Oxford/Max Planck Institute)

 

Par contre, des analyses ADN (qui progresseront avec de nouvelles découvertes d'échantillons analysables), ont prouvé que l'Homme de Dénisova a laissé une partie de son génome à certains Homo sapiens (Homme Moderne). Ces résultats actuels démontrent qu'on trouve moins de 1 % du génome dénisovien chez les populations asiatiques et amérindiennes, et jusqu'à 5 % pour les aborigènes d'Australie ou les Papous de Nouvelle-Guinée. De la même manière, tous les Hommes Modernes, à l'exception des Africains, ont dans leur génome environ 2 % d'ADN légué par Néandertal, preuve des croisements qui ont pu se produire entre ces trois "espèces" (ou trois "cousins" dans un lointain passé, voir sur les dernières découvertes sur l'ancienneté de Homo Sapiens (Homme Moderne), notamment au Maroc, Libye, Egypte, Israel, Arabie Saoudite et régions préhistoriques voisines).

Ce croisement entre "cousins" (donc compatibles biologiquement d'après cette naissance) est avéré par un os de 1,5 centimètre, voir photo en haut) si petit qu'il a fallut attendre de longues analyses et méthodes pour que les chercheurs puissent affirmer qu'il avait appartenu à un hominidé. Cet os a été trouvé en 2012 dans la fameuse grotte Dénisova dans les montagnes de l'Altaï en Sibérie, près de la frontière moderne entre la Russie et la Mongolie. Entre 2012 et cette publication de 2018, les chercheurs ont découvert que cet os appartenait à une hominidée, qu'ils ont nommé « Denny », de sexe féminin, d'au moins 13 ans, qui vivait dans l'Altaï il y a plus de 50.000 ans (limite du C14). L'os viendrait de son fémur, de son humérus ou de son tibia.

 

Arbre denisoneanderien

Relationships and gene flow events between Neanderthal and Denisovan populations inferred from genome sequences. Ci-dessus un arbre représentant les événements de relations et flux de gènes entre Néanderthaliens et Denisoviens croisés avec les séquences des génomes connues de ces populations, avec en jaune un probable ancêtre commun X, en bleu Néanderthal, en rouge Dénisova et violet "DénisoNéander - Denny". (University of Oxford/Max Planck Institute)

 

Les résultats des généticiens sont la visualisation des chromosomes hérités par la jeune femme de son père et de sa mère. Pas de doute scientifique, ils lui ont été légués par une Néandertalienne et un Dénisovien... « J'ai d'abord pensé qu'il y avait eu une erreur en laboratoire », raconte Svante Pääbo, également chercheur à l'Institut Max-Planck et coauteur de l'étude. En quittant l'Afrique, les Néandertaliens se sont dispersés en Europe et dans l'ouest de l'Asie tandis que les Dénisoviens se sont dirigés vers l'Asie de l'EstYH : 1) Nous n'avons pour l'instant aucune preuve de la présence dénisovienne en Afrique ! 2) Ce pourrait-il que cette répartition géographique soit volontaire et donc concertée ? Ce manque de préjugés et apparente "amitié" entre deux espèces pourrait contredire les "résonnements" scientifiques modernes (qui sont peut-être de réels préjugés hérités des problèmes psychologiques agressifs de l'homme moderne) sur des comportements "sauvages" supposés lors de la préhistoire de l'humanité...

« Néandertaliens et Dénisoviens n'ont peut-être pas eu beaucoup d'occasions de se rencontrer. Mais quand cela arrivait, ils ne semblaient pas avoir de préjugés les uns envers les autres », note Svante Pääbo qui est à l'origine de l'identification de l'Homme de Denisova. « Ils devaient s'accoupler fréquemment, beaucoup plus que ce que nous pensions auparavant, sinon, nous n'aurions pas été aussi chanceux », ajoute-t-il.

 

Sources : Nature

https://static-content.springer.com/esm/art%3A10.1038%2Fs41586-018-0455-x/MediaObjects/41586_2018_455_MOESM1_ESM.pdf

https://www.afp.com/fr/infos/334/un-reste-fossilise-denfant-prouve-laccouplement-entre-deux-especes-humaines-doc-18i5ea3

https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/adn-fossile-croisement-especes-humaines-denny-avait-mere-neandertalienne-pere-denisovien-72525/

 

Autres données : https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/archeologie/des-cranes-de-denisoviens-enfin-decouverts.html

https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/archeologie/l-homme-moderne-apparition-entre-500-000-a-300-000-ans.html

https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/prehistoire-antiquite/un-ancetre-masculin-de-l-homme-moderne-est-ne-entre-340-000-et-208-000-ans.html

https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/archeologie/homo-sapiens-nouvelles-propositions-sur-son-evolution.html

https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/archeologie/des-paleo-rivieres-ont-peut-etre-servies-de-routes-d-anciennes-migrations-humaine-a-travers-le-sahara.html

https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/archeologie/l-homme-moderne-hors-d-afrique-il-y-a-177000-a-194000-ans.html

https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/archeologie/l-homme-moderne-homo-sapiens-a-bien-un-nouveau-cousin.html

https://www2.palomar.edu/anthro/homo2/mod_homo_2.htm

 

Yves Herbo (C) et Traductions, S-F-Hhttps://herboyves.blogspot.com/, 25-08-2018


 

Néandertalien utilisait du goudron de bouleau pour coller le bois aux pierres

 

Hommemodernevsneanderthal

 

Un outil de noyau de silex partiellement recouvert de goudron de bouleau ajoute aux évidences sur une pensée complexe de Neandertal.

Une équipe de chercheurs affiliés à plusieurs institutions néerlandaises a mis au jour un petit outil de découpe de Néandertal utilisant du goudron de bouleau. Dans son article publié dans Actes de la National Academy of Sciences, le groupe décrit l'outil et ce qu'il révèle sur la technologie de Neanderthal, beaucoup plus élaborée que supposée il y a peu de temps...

 

Hommemodernevsneanderthal

Comparaison entre un crâne d'Homme Moderne (à gauche) et d'un crâne de néandertalien.

 

Des travaux antérieurs avaient déjà mis au jour des preuves montrant que les Néandertaliens utilisaient du goudron de bouleau pour fabriquer divers types d'outils, dont la plupart impliquaient le transfert de pierres taillées à des manches en bois. Cette nouvelle découverte le confirme, puisque les chercheurs ont trouvé un outil sans poignée: un morceau de silex conçu pour être tranchant d'un côté et recouvert de goudron de bouleau de l'autre.
L'ajout de goudron de bouleau permettrait à l'utilisateur de tenir l'outil confortablement et de mettre beaucoup de pression dessus sans se couper la main. Les chercheurs notent que la création et l'utilisation de goudron de bouleau nécessitent un certain degré de réflexion complexe. L'opération en plusieurs étapes commence par la collecte du bois et sa combustion de manière à extraire le goudron. Le goudron ressemblant à de la gomme peut être utilisé pour lier des objets car il devient dur lors du refroidissement à la température ambiante.

 

Adhesifsneandertal

Carte de l’Eurasie occidentale avec les emplacements de recherche de produits chimiques et chimiques.
Adhésifs MP identifiés et datés par spectrométrie. On note l'utilisation du goudron de bouleau, du goudron de pin et de bitume pétrolifère, datés de 191 000 ans à 40 000 ans... (PNAS.org)

 

L'outil a été trouvé au large des côtes actuelles du Pays-Bas, face à la plage de Zandmotor, près de Hauge, avant l'arrivée de l'homme moderne - la datation au carbone du goudron a montré qu'il avait environ 50 000 ans. Les chercheurs ont noté qu'au moment de la création et de l'utilisation de l'outil, la zone où il avait été trouvé se situait aux limites du territoire de Néandertal, et toujours sous la mer du NordConnu sous le nom de Doggerland, la région était une toundra glacée avec très peu d'arbres.

 

Adhesifsneandertal2Des exemples de la mer du Nord du Paléolithique moyen découverts à partir du même
contexte en tant que la recherche Zandmotor. A, B) os frontal de Neandertal de la
Zeeland Ridges. C, D) Deux handaxes de MV2. Images courtoisie du National
Musée des antiquités, Pays-Bas (A, B, C), Frans de Vries / ToonBeeld et Remco
Mouthaan (D).​

 

Cela suggère que les Néandertaliens étaient plutôt déterminés à fabriquer de tels outils. Les chercheurs pensent que celui qu'ils ont découvert aurait pu être utilisé pour couper des plantes ou gratter des peaux d'animaux, afin d'éviter le froid. Ils notent que consacrer tant de temps et d’efforts à la fabrication d’un tel outil, qui n’était pas utilisé pour la chasse, donne à penser que le goudron de bouleau était utilisé plus largement par le Néandertalien qu’on ne le pensait. La plupart des exemples de ce genre auraient disparu depuis longtemps - l'outil trouvé par les chercheurs a survécu seulement parce qu'il était au fond de la mer du Nord pour la plupart de son existence.

La rareté des découvertes d'adhésif du Paléolithique moyen rend chaque nouvelle découverte cruciale pour améliorer notre compréhension des modes de vie néandertaliens. Nous démontrons que le goudron de bouleau faisait partie du répertoire technologique néandertalien. En outre, le savoir-faire complexe requis pour la production d'adhésifs dans le nord-ouest de l'Europe au cours des phases 4 et 3 de l'isotope marin a été maintenu, par des petits groupes menant une vie très mobile. Cela suggère un degré de spécialisation des tâches et confirme l'hypothèse selon laquelle le risque écologique conditionne le développement de technologies complexes ".

 

Adhesif zandmotorDessin du noyau de silex Zandmotor avec du goudron de bouleau. A) face dorsale, B) ventrale
côté. Cercle fermé: emplacement du point de percussion; hachures courtes: naturelles
face givrée; pointillé: goudron de bouleau (Dessin: Lykke Johansen, Dessins Archéologiques
et analyses).

 

La production d’adhésifs et d’outils multicomposants est considérée comme une technologie complexe et occupe une place prépondérante dans les discussions sur l’évolution du comportement humain. Cette découverte fournit des preuves sur les capacités technologiques des Néandertaliens et met en lumière les conditions actuellement débattues dans lesquelles ces technologies pourraient être maintenues. La datation par spectrométrie de masse par accélérateur C et la provenance géologique de l'artefact l'associent fermement à une multitude d'outils en pierre du Paléolithique moyen et à un fossile néandertalienLa découverte a été analysée en utilisant une spectrométrie de masse par chromatographie en phase gazeuse, pyrolyse, tomographie par rayons X et microscopie optique. L'objet est un morceau de goudron de bouleau, englobant un tiers d'un outil de silex. Cette découverte provient du nord-ouest de l'Europe et complète un petit ensemble d'adhésifs bien datés et chimiquement identifiés issus de contextes du Paléolithique moyen et de l'âge de pierre moyen. Associé aux données d'expériences et à d'autres adhésifs du Paléolithique moyen, il montre que les Néandertaliens maîtrisaient les stratégies complexes de production d'adhésifs et l'utilisation d'outils composites à la limite nord de leur territoire. Ainsi, une population nombreuse n'est pas une condition nécessaire à un comportement et à une technologie complexes ".

Le supplément à l'article principal de PNAS, avec les schémas et images : Pnas 1907828116 sappPnas 1907828116 sapp (733.93 Ko)

 

Sources : https://www.pnas.org/content/early/2019/10/15/1907828116

https://phys.org/news/2019-10-flint-flake-tool-partially-birch.html

 

Yves Herbo et Traductions, Sciences-Faits-Histoires, 29-10-2019


 

Des constructions en cercle vieilles de presque 180.000 ans découvertes dans une grotte française

 

Speleofacts foyer bruniquel mini

 

Cela fait déjà plusieurs années que j'appuie les faits et découvertes sur nos prédécesseurs (je n'affirme pas "ancêtres" comme certains car non prouvé) sur cette Terre, principalement sur le fait qu'ils n'étaient pas autant "arriérés" ou "préhistoriques", "hommes-singes" ou même "hommes des cavernes" que ce que la majorité des scientifiques croyaient sans réelles preuves, mais juste une certaine psychose de la supériorité (non justifiée) du genre "Homo Sapiens ou Homme-moderne"...

C'est bien sûr le cas pour notre cousin néandertalien avec ces nombreux articles (voir en bas de cet article) et découvertes récentes qui, petit à petit, ont mené à un fort changement de paradigme (et surtout les "a priori" rarement justifiés des scientifiques des 19ème et 20ème siècle) les concernant, la toute dernière découverte en France, absolument extraordinaire, enfonçant encore plus profondément le clou... mais j'en profite aussi pour affirmer qu'encore plus anciens, les "Homo Erectus" ont très probablement aussi leur part d'inventivité et de mystères que nous commençons aussi seulement à entrevoir...

C'est une récente publication scientifique, effectuée après près de 3 ans d'études, dans le très sérieux Nature qui bouleverse ainsi ce qui n'était après tout surtout que des hypothèses, des dogmes basés sur la fausse pensée que seuls les "hommes modernes" avaient des possibilités en matières d'arts, de constructions et de créativités...

C'est dans une profonde grotte située sur la commune de Bruniquel, une petite bourgade de 600 habitants qui surplombe l’Aveyron, perchée sur un piton rocheux, dans le Sud du Quercy, dans le Tarn et Garonne français. La grotte a été découverte en 1992 par un très jeune spéléologue (Bruno Kowalsczewski, 15 ans à l'époque, s'était en fait rappelé que son père lui avait parlé d'un courant d'air sortant d'un trou ou terrier à cet endroit, qu'il avait senti dans les années 50-60 !) qui a réussi  a se frayer un chemin sur les 330 mètres en grandes parties obstrués qui séparent la salle principale de l'entrée. Une entrée où il a d'abord découvert des restes de bisons, rennes, cerfs et plusieurs ours bruns... un peu comme un indicateur le menant à se glisser dans des couloirs et passages très étroits et difficiles, obstrués parfois par des coulées d'argiles qu'il déblaie et qui le mènent à une vaste cavité ornée par des draperies de stalactites et possédant un petit lac souterrain ! Et une surprise énorme qui le fera alerter les archéologues : sur 30 mètres carrés environ, des morceaux de stalagmites arrachés et découpés sont disposés en forme de cercle, couchés horizontalement pour la plupart et sur plusieurs couches, alors que d'autres sont disposés comme des étais pour soutenir cette construction étrange ! Puis il tombe sur un os d'ours brûlé, la trace de l'homme, indéniablement...

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Prise de mesures pour l'étude archéo-magnétique de la grotte de Bruniquel. Photo Etienne FABRE. SSAC

Bien sûr dans les années 1990, les scientifiques n'en reviennent pas... des premières analyses et datations ont été effectuées avec les seuls moyens à l'époque, le carbone 14 et ses limites qui sont atteintes avec l'os d'ours brûlé : -47.000 ans... le débat fait rage car on sait déjà à l'époque que seul neanderthal (à priori toujours) était déjà présent en France, la première apparition (à priori) de Cro-Magnon étant estimée à -40.000 ans... La première publication dans le magazine de spéléologie Spelunca (N° 60) raconte en détail la découverte et les premières spéculations et datations. La grotte Chauvet (avec une visite humaine la plus ancienne datée à 37.000 ans récemment) n'a pas encore été découverte, seule Lascaux avec son ancienneté estimée à -22.000 ans sert de référence pratiquement en matière de grotte encore à l'époque...

Mais dès 1996 et les publications dans la presse (Voir Libération), le débat fait rage entre les tenants de l'hypothèse d'un néandertalien plus intelligent, artiste et constructeur et les tenants de l'hypothèse d'un Cro-Magnon présent en France plus tôt que découvert jusqu'à présent (certains ne veulent pas renoncer à l'idée d'une suprématie de Homo Sapiens et aussi d'une certaine "évolution linéaire")... la description des lieux est un peu plus fournie : " pour y pénétrer, il faut d'abord se glisser dans un boyau étroit. Des éboulis et une pente plus tard, démarre une dégringolade vers l'inconnu: une vaste salle, étrange. Le sol ressemble à un cratère lunaire, creusé de dépressions. On dirait des jacuzzi, ce sont des bauges à ours, par dizaines. Des ossements traînent çà et là. De l'ours des cavernes, du castor, de la chauve-souris, du renne...

Les parois sont vierges, tout juste balafrées par des griffades d'ours, venus se nettoyer les pattes ou s'étirer comme de gros chats. La troupe s'avance dans un couloir. A plus de 250 mètres, encore une grande salle. Et là, au beau milieu, l'étrange structure apparaît. « Ça ressemble à un haricot avec un petit rond à côté, dit Michel Soulier, président du club de spéléo de Caussade. En tout cas, c'est du jamais vu sous terre : ici, des centaines de concrétions ont été arrachées, brisées, assemblées pour dessiner un quadrilatère de 4 m sur 5. En son centre, deux amas. A côté, une structure circulaire plus petite. Les spéléologues invitent à Bruniquel François Rouzaud, conservateur du patrimoine à la Direction des affaires culturelles de la région Midi-Pyrénées.... "

L'hypothèse d'une tente et comparaison avec des structures en os de mammouths découvertes en extérieurs sont effectuées à l'époque... car la datation de 47.600 ans est trompeuse et oblige à comparer ce qui est comparable aux mêmes dates (mais on sait maintenant que ces datations sont fausses : les structures sont beaucoup, beaucoup plus vieilles...)  

En Russie, en Ukraine et en Moldavie, des structures (de 45 000 ans environ) ­ mais à l'air libre ­ évoquent celle de Bruniquel. Là-bas, on a retrouvé des assemblages d'os de mammouths, dessinant aussi un quadrilatère, avec, au milieu, deux petits tas : des cale-poteaux. Le tout étant destiné à dresser une toile de tente, une peau de bête« Ce qui est troublant, c'est que la masse de nos concrétions est équivalente à celle des os de mammouths », dit François Rouzaud. Mais quelle idée de se monter une tente dans une grotte ? En ce temps-là, il faisait plus froid (YH : oui il y a -47.600 ans, et oui aussi à -176.000 ans : c'est la glaciation de Riss, bien qu'il y ait eu une période de douceur s'arrêtant vers -190.000 ans !) et peut-être l'homme de Bruniquel a-t-il cherché à se faire un petit chez soi, facile à chauffer. « On peut aussi imaginer qu'ils ont cherché à améliorer l'éclairage, la tente jouant le rôle d'un abat-jour... Plutôt un comportement de Cro-Magnon. » "

Puis la grotte est restée fermée, sur sa propriété privée à l’emplacement secret, pendant quinze ans...

C’est en 2011 seulement que Bruniquel a reçu la visite de Sophie Verheyden, chercheuse à l’Institut royal des sciences naturelles en Belgique. Elle est également intriguée par les étranges structures de stalagmites et demande l’autorisation de lancer de nouvelles études, car les techniques de datation ont fait beaucoup de progrès depuis les années 1990  : la méthode radioactive «uranium-thorium» permet désormais de remonter jusqu’à - 600 000 ans, et n’est pas limitée à la matière organique comme le carbone 14 : elle fonctionne également avec les minéraux sédimentaires comme les stalagmites et c'est donc l'idéal ici. Une nouvelle équipe se monte, composée de Sophie Verheyden, Jacques Jaubert et du directeur de recherche au CNRS Dominique Genty, avec comme premiers objectifs de faire un relevé de la grotte en 3D, de mesurer le magnétisme de la cavité pour repérer les matériaux brûlés et de carotter les stalagmites pour établir une bonne datation. Car le bris des stalagmites puis la reprise des concrétions et donc la création de nouvelles stalagmites au-dessus des anciennes va permettre une datation très précise, puisqu'il y a une interaction précise des humains sur les sédiments à un moment donné !

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Restitution 3D des structures de la grotte de Bruniquel telle qu’elle était avant les repousses stalagmitiques. (image X. Muth. Get in Situ, Archéotransfert, Archéovision. SHS 3D. Base photographique Pascal Mora)

 

Six carottes de deux centimètres de diamètres ont été effectuées sur des stalagmites comportant les différentes states, pour comparer les résultats, faire une moyenne et limiter les erreurs. Après une attente raisonnable des résultats de plusieurs laboratoires américain et chinois, la surprise est annoncée. La date de fin de pousse des stalagmites couchées et la date de repousse correspondent parfaitement. Sophie Verheyden appelle Jacques Jaubert pour lui donner la datation officielle. Les résultats sont tous très concordants et fiables, et l'âge donné est vertigineux : 176 500 ans avec une marge de + ou - 2000 ans !

Autant on sait que l'homme moderne, nommé aussi Homo Sapiens ou encore Homme de Cro-Magnon visitait des grottes pour y laisser des peintures ou y déposer des sépultures, s'y réfugier, on sait aussi qu'on n'a aucune preuve à ce jour de son existence en Europe avant 40 000 ans par rapport à maintenant (les premières traces de l'homme moderne étant en Roumanie pour l'Europe). Le seul qui est identifié pour une période aussi lointaine en Europe est l'Homme de Neanderthal, et encore c'est un néandertalien "archaïque". Un cousin disparu vers 35 000 ans dont on ne sait presque rien question mode de vie, sinon qu'il s'habillait tant de plumes que de peaux et cuirs, se tatouait, qu'il savait fabriquer des outils de pierre, utilisait le feu et pratiquait possiblement certaines formes d'art (découvertes très récentes) et de rites. Certaines reconstitutions le décrivent comme étant pale aux yeux bleus-gris et possiblement roux (néandertalien de Spy en Belgique), il aurait traversé plusieurs âges de glace pour finir par disparaître mystérieusement 10 000 ans après l'arrivée des hommes modernes en Europe...

La déduction est logique principalement à cause de l'identification de tous les ossements découverts avant 40.000 ans en France comme étant ceux de la race néandertalienne... est-ce vraiment fiable, est-ce que certaines datations ne devraient pas être effectuées avec les moyens modernes plus récents ? Est-ce que des comparaisons avec d'autres races découvertes récemment (Denisovien par exemple) ne devraient pas être tentées avant de tomber à nouveau dans la facilité de déduction ? La possibilité d'une autre race ou même d'une race encore inconnue (l'ADN semble montrer qu'il manque une race pour compléter le génome humain !) est-elle a exclure complètement d'emblée ? 

Bruniquel stalagmites cnrs 20160048 0007

Michel Soulier, SSAC

Les questions fusent : la présence de ces constructions, assemblages intelligents de stalagmites à 335 mètres de l’entrée de la grotte, dans une obscurité complète implique que ceux qui les ont faites, Neanderthal ou autre, maniait les torches en sous-sol bien avant l’homme moderne (rappel : on a trouvé des foyers vieux d'un million d'année en Afrique, donc Erectus avait déjà domestiqué le feu). « C’était probablement un groupe, un collectif avec des personnes qui éclairaient pendant que d’autres transportaient et agençaient les stalagmites », réfléchit Jaubert. Donc il y avait toute une organisation avec des rôles différents et répartis entre les individus. Une coordination, des échanges. Peut-être aussi une hiérarchie, un chef ou un "connaisseur" qui donnait des ordres ou des conseils. Sans oublier la phase préalable de recherche et de choix des matériaux pour monter la drôle de structure. Le travail fut complexe : il y a 400 «speleofacts» dans la cavité – un néologisme créé par les trois chercheurs pour désigner les spéléothèmes (concrétions minérales) transformées par ceux qui ont créé cet assemblage.

 

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Détail de «spéléofacts», structures aménagées composées de stalagmites brisées et agencées, noircis par le feu. (Photo Michel Soulier. SSAC)

 

Les visiteurs préhistoriques de la grotte « ont arraché des stalagmites, les ont basculées, sectionnées, fragmentées, tronçonnées voire même calibrées pour les disposer de manière circulaire ou les entasser dans les parties centrales de la structure, selon un plan qui était certainement prédéterminé. Les hommes ont déplacé entre 2,1 tonnes et 2,4 tonnes de matériaux. Ce n’est pas un acte anodin. Les bâtisseurs avaient certainement un objectif en amont, mais il est impossible de le connaître à l’heure actuelle. Par élimination, on peut supposer qu’il n’y a pas trop de raisons de type habitat (la tente ou cabane montée dans une grotte n'est pas une hypothèse retenue par les scientifiques), de raisons techniques ou alimentaires… On est progressivement acculés dans le domaine de l’immatériel, qu’on a du mal à appréhender pour ces périodes très anciennes. » De l’art ? Un rite ou un culte ? « C’est un terrain très dangereux, et il faut vraiment réfléchir à deux fois avant de lâcher un mot de ce genre. »

Pourtant, les preuves d'une intervention intelligente sont bien là : Dominique Genty détaille les différentes preuves : d’abord, la carte des anomalies magnétiques réalisée dans la grotte montre les différents endroits où de la magnétite a été créée en chauffant des minéraux. Cette carte coïncide avec les foyers relevés par les chercheurs en observant la calcite rougie ou noircie par le feu. Ensuite, il y a ce bout d’os qu’on a retrouvé coincé entre une stalagmite couchée et sa repousse« C’est de l’os carbonisé, conclut Genty. On l’a analysé avec un spectre infrarouge, et on sait qu’il a été chauffé à 300 ou 400 degrés. » Donc des hommes étaient là, avec leurs outils préhistoriques pour faire le feu, au moment où les stalagmites ont été installées. Enfin, ce n’est pas une preuve formelle mais les tronçons de stalagmite ont manifestement tous une taille similaire : il y a un calibre moyen pour les tronçons de la grande structure circulaire, et un autre calibre moyen pour les plus petites structures. Or « la nature ne calibre pas les stalagmites ».

Un seul problème pour l'instant, mais les fouilles doivent être très prudentes de peur de détériorer cette construction : aucune réelle trace de néandertalien dans la grotte, pas d'outils, d'empreintes laissées... mais ce n'est que le début, il va falloir des années pour tout étudier et répondre aux multiples questions : Les Néandertaliens (ou autres ?) sont-ils venus monter leur structure d’un seul jet, en une fois, ou sont-ils venus sur plusieurs saisons  ? Combien de temps faut-il pour organiser savamment deux tonnes de stalagmites à la lueur de torches, à 50 mètres de profondeur  ? « On s’est promis de se donner les moyens de répondre à cette question », affirment les trois chercheurs, qui devraient étudier Bruniquel de nombreuses années encore. Au programme de 2016, ils espèrent faire un peu d’archéologie expérimentale  : « Il faut trouver une grotte qui soit accessible, avec suffisamment de concrétions que l’on puisse bouger… On aimerait bien manipuler des spéléothèmes. ». Il serait en effet possible de reconstituer le travail accompli à cette lointaine époque.

Il serait aussi intéressant de dater la fermeture de la grotte, qui est bien moins accessible aujourd’hui qu’au paléolithique moyen, et puis revoir des empreintes et des griffures d’ours au fond de la grotte, dans une zone qui n’a pas encore été très explorée de peur de l’abîmer. Peut-être y a-t-il d’autres traces humaines de ce côté-là  ? C'est donc une découverte à suivre, avec probablement des réponses à certaines questions, qui vont encore plus probablement en amener d'autres...

Une donnée importante à retenir : il y a une vingtaine de "points de chauffe" (ou "âtres", "foyers", "torchères") et ils sont tous situés au-dessus des structures montrées et non pas sur le sol même...

 


Néandertal à Bruniquel par CNRS

 


IN English par yveshSFH

 


Bruniquel : une grotte qui change notre vision... par leparisien

 

Sources : http://www2.cnrs.fr/presse/communique/4563.htm, http://www.liberation.fr/, http://www.futura-sciences.com/

 

https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/archeologie/decouvertes-de-flutes-musicales-de-plus-de-42-000-ans-en-allemagne.html

 

Pour finir, je rappelle également la découverte de structures étranges en forme de cercles et de quadrilatères (un peu comme ces structures faites en stalagmites donc) en Afrique du Sud, donc l'âge estimé par certains chercheurs va jusqu'à 200 000 ans, donc assez proches de ces structures découvertes en France... un possible lien pourra-t-il être établi un jour ? Voici le lien vers un article qui est consacré à ces découvertes étranges en Afrique du sud (vers le bas de l'article), qui sont à priori attribués à l'homme moderne (mais réutilisées ?), sans fouilles réelles :

 

Africakahatu6

https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/preuves-autre-histoire/afrique-du-sud-des-outils-de-700000-ans-des-cites-de-200000-a-75000-ans.html

 

Yves Herbo, Sciences-Faits-Histoires Herbo Yves , 01-06-2016


 

Neanderthal : France, des dessins et un masque

 

Neanderthal roche cotard3

Décidément, nos cousins néandertaliens s'avèrent de plus en plus proches de l'homme moderne, on pourrait même considérer que ce dernier a beaucoup appris de lui à ses débuts. Une nouvelle étude française, à l'occasion d'un mémoire sur des parois de la grotte François d’Achon, du site moustérien de La Roche-Cotard (Langeais, Indre-et-Loire, France) nous apprend des choses intéressantes à ce sujet. Cet article en est directement issu (extraits) et me confirme personnellement mes soupçons, suivant ma compilation de données visible sur ce blog, voir les liens en bas de cet article. Notons qu'il vient aussi d'être découvert un nouveau squelette d'un néandertalien en Irak, un lien est présent à ce sujet en bas d'article.

En 1912, la grotte François d’Achon était découverte sur le site de La Roche-Cotard en Indre-et-Loire. Des observations récentes témoignent de la présence de traces sur les parois de la cavité, faites dans une matière qui semble malléable. L’hypothèse de traces réalisées aux doigts alors est émise (Marquet, 2013). Les traces paraissent organisées et seraient intentionnelles, leurs dispositions évoquent des formes géométriques. Mais surtout, le contexte archéologique est attribué exclusivement au Paléolithique moyen : serait-on face à des manifestations symboliques oeuvres de Néandertal ? Cette question est d’autant plus essentielle que ce sujet fait l’objet de découvertes récentes, à Gorham’s Cave sur le Rocher de Gibraltar (Rodriguez-Vidal et al., 2014), Krapina (Radovcic et al., 2015), Zaskalnaya (Majkic et al., 2017) ou Bruniquel (Jaubert et al., 2016). Ces découvertes soulignent la diversité des productions symboliques par l’homme de Néandertal. On note ici que les datations à Gibraltar affirment que les néandertaliens ne se sont pas éteints il y a 30 000 ans, mais étaient encore présents il y a environ 24 000 ans...

 

Krapina neanderthal museum

Musée de l'Homme de Neanderthal à Kaprina, Croatie. C'est le lieu du plus grand nombre de néandertaliens trouvé à ce jour : 900 ossements de 80 personnes au même endroit.

 

Toutefois, l’éventualité d’un véritable « dispositif pariétal », à un savoir qui semble organisé et structuré de productions graphiques sur les parois d’une grotte, est totalement inédite. Les dates récemment publiées (Hoffman et al., 2018), correspondant à des phases moustériennes, sur trois grottes ornées espagnoles dont les dispositifs auparavant attribuées au Paléolithique supérieur, restent pour le moment discutées et à confirmer (Pearce, Bonneau, 2018, Aubert et al., 2018).

Cette étude tente de répondre à de multiples questions, et a même effectué un travail d'expérimentation pour reproduire de nos jours la méthode employée pour ces traces pariétales. Les traces pariétales de la grotte François d’Achon peuvent-elles avoir une portée symbolique ? Si on admet la possibilité que Néanderthal a pu élaborer ces traces, comment peut-on l’affirmer ? Une investigation sur les modalités techniques et gestuelles de ces témoignages s’impose, de même que sur les procédés taphonomiques qui ont permis leur conservation mais qui peuvent également les dégrader. Quelles techniques peuvent être mises en pratique pour étudier ces traces pariétales ? Comment décrire les mécanismes qui affectent les parois et les traces ? Peut-on avoir des indices sur leur ancienneté et leur intentionnalité ?

Pour définir les traces, il faut examiner leur position dans l’espace de la cavité. Il est indispensable d’analyser leur forme afin de comprendre le geste qui a été réalisé et l’outil utilisé. De plus, la morphologie donne des clés sur les processus d’altération de ces marques. Ces processus sont étudiés au travers de la taphonomie, une discipline qui s’attache à expliquer les différents phénomènes qui affectent les vestiges au cours du temps (Efremov, 1940, Denys et Patou-Mathis, 2014). Elle suppose une connaissance du contexte géologique et karstique, et s’avère presque sans précédent en contexte orné. Cette étude se base sur plusieurs approches et tisse des liens solides entre différentes disciplines. Ce sujet est né naturellement à la suite de deux années de participation à la mission organisée sur le site de La Roche-Cotard. Ces investigations dans la cavité sont accompagnées d’observations géomorphologiques. Puis, nous avons élaboré un travail d’expérimentations archéologiques pour comprendre la réalisation des traces. Enfin, nous avons sollicité plusieurs disciplines afin d’analyser la matière qui constitue à la fois les traces et leur propre altération.

Nous tenterons ainsi de comprendre les traces pariétales de la grotte François d’Achon au travers de plusieurs méthodes : analyse spatiale et graphique, analyse taphonomique et expérimentations afin de mettre en évidence le degré d’intentionnalité et d’organisation, et par là même souligner la portée symbolique de ces graphismes, quasi-inédite pour Néandertal en contexte souterrain.

La Roche-Cotard est un lieu-dit entre les communes de Langeais et de Cinq-Mars-la-Pile en Touraine. Il est situé en rive droite de la Loire et désigne aussi le site archéologique préhistorique de La Roche-Cotard découvert sur le domaine. Il est composé de quatre locus : La Roche-Cotard I ou grotte François d’Achon, La Roche-Cotard II, III et IV :

Neanderthal roche cotard1

La grotte s’ouvre au sud par un grand porche et deux petits passages plus à l’ouest. Elle se décompose en quatre salles. L’ouverture principale de la cavité donne sur un espace longitudinal appelé « Galerie moustérienne ». Il est doté d’un passage permettant l’accès à la « Salle des Lemmings ». Le troisième espace au nord est soutenu en son centre par un pilier qui lui donne son nom : la « Salle du Pilier ». Au fond, un étroit boyau conduit à la « Salle de la Hyène ».

 

Neanderthal roche cotard2

 

Le site de La Roche-Cotard fait partie du Paléolithique moyen et présente une industrie lithique exclusivement moustérienne (Marquet, 1976 ; Aubry, 1992 ; Aubry et al. 2014). Le Paléolithique moyen en Indre-et-Loire est représenté par l’abri des Roches (Bordes et Fitte, 1950), l’abri Reignoux (Aubry et al., 2014), la Sablière Dupin et Céré-la-Ronde (Marquet, 2016) (Annexe 1). La présence d’Homo neanderthalensis est attestée dans la région par la découverte en 2002 d’un fragment de diaphyse fémorale dans la grotte Les Rochers-de-Villeneuve (Vienne) (Beauval et al., 2005). Le niveau archéologique est daté au 14C de 44 286 ± 962 ans calBP (CALPAL, version 1.5, courbe CalPal2007_HULU).

Les vestiges osseux issus de La Roche-Cotard présentent différentes espèces, certaines sont surreprésentées comme le boeuf ou le bison (Bos ou Bison), le cheval (Equus caballus) ou l’hyène des cavernes (Crocuta spelaea). Les restes fauniques découverts dans les quatre locus du site ont permis de procéder à des datations par radiocarbone. La plupart d’entre elles donnent des âges supérieurs à 40 ou 45 ka et se trouvent dans les limites de la méthode (Tableau 1).

La découverte de la grotte, par François d’Achon (1865-1920) fait suite à la construction d’une ligne de chemin de fer entre Tours et Nantes. Cette entreprise a conduit à entamer le versant de la Loire préservant encore la grotte (Journal des chemins de fers, 1847). Ces travaux ont marqué le paysage : la topographie révèle un découpage rectangulaire nettement visible dans le versant. Des fouilles ont été menées presque immédiatement après la découverte par François d’Achon et son équipe (Annexe 2). Deux excavations y ont été conduites de manière très localisée. A l'époque, René Verneau et l’abbé Henri Breuil ont constaté une ressemblance de l’industrie lithique avec le matériel de Combe-Capelle et des niveaux infra-moustériens de Laussal en Dordogne (De Clérambault, 1912b).

Une coupe a été réalisée à l’entrée de la grotte. Elle contribue à la compréhension géologique et géomorphologique du site (Marquet, 1976). Douze couches ont ainsi été identifiées. La stratigraphie montre des niveaux d’occupation anthropiques (couches 8 à 7a). Un foyer en cuvette a été creusé dans la couche 8. Les couches 7b et 7c présentent des informations et du matériel archéologique au sein de dépôts alluviaux bien stratifiés. Ce matériel est composé d’une industrie lithique attribuée au Moustérien (une pointe, et une dizaine de racloirs), ainsi que des fragments osseux. On observe ensuite une succession de dépôts alluviaux de la moyenne vallée de la Loire (couches 6c à 6a) et une couche correspondant à un limon de pente contenant des éclats gélifractés de silex (couche 5). Ces niveaux sont couverts par un remblai holocène correspondant aux interventions et déblais de fouilles de 1912 (couches 4 à 1).

 

Neanderthal roche cotard3

 

La richesse du niveau 7c tient à la découverte d’un objet composite particulier (Figure 9). L’âge obtenu par OSL de la couche dont il est issu est de 75 500±5 800 ans (MFGI/136.1, voir Tableau 1) (Marquet, 2016). Il s’agit d’un bloc de silex présentant un trou naturel, dans lequel une esquille osseuse est fichée. L’analyse tomographique qui a été réalisé montre que cette esquille est fixée par des petits graviers (Annexe 3). Il semble avoir été volontairement aménagé, sa morphologie s’apparente à une représentation anthropomorphe, voire à un « masque » (Marquet et Lorblanchet, 2000 ; Marquet et Lorblanchet, 2003). Cet objet unique témoignerait alors d’une construction figurative et symbolique encore extrêmement rare dans des niveaux d’occupations moustériens.

Néanmoins, le caractère symbolique de cet objet est discuté (Marquet, 2016). Francesco d’Errico en propose une interprétation fonctionnelle : " si l'on admet l'origine anthropique des modifications du bloc de silex, il est possible de considérer l'objet comme un poids ayant peut-être été utilisé pour fixer une tente, l'os enfoncé dans le trou facilitant la fixation d'une corde " (d’Errico, citation orale dans Nicoud, 2004). Paul Pettitt soulève aussi la question de l’intention de figuration d’un visage humain : « Nous pourrions également supposer que si la pièce avait une « fonction quotidienne » symbolique, elle aurait été brève compte tenu de la nature de l’occupation du site », il conclut néanmoins : « Quoi que l'analyse en cours révèle, l'oeuvre contribuera sans aucun doute à l'argument d’un comportement « moderne »» (Pettitt, 2003). Cet objet est considéré comme un unicum au Paléolithique Moyen interroge encore sur son interprétation et sa fonction réelle.

La campagne de fouilles entre 1975 et 1978 a permis la découverte d’un abri à l’est de la grotte (La Roche-Cotard III, LRCIII en Figure 8). Cet abri présente également un niveau moustérien : 33 pièces d’industrie ont été mises au jour. Il s’agit d’éclats de silex et d’un nucléus partiellement remonté (remontage de 10 pièces) (Aubry, 1992). En outre des blocs rocheux de taille homogène (10 à 20 cm) ont été disposés en deux ensembles sur le sol de l’abri (Figure 10). Cette répartition tend à témoigner d’une volonté d’aménagement de l’espace (Marquet, 1989 et 1990).

Un second abri est découvert en 2008 à l’occasion de l’ouverture d’un sondage (LRC IV en Figure 8). Une puissante stratigraphie a mis en évidence des variations climatiques témoignant d’un paléo-environnement de type toundra pour les couches les plus profondes à un climat tempéré suivant les couches supérieures (Etheve et Perinot, 2010). Du matériel archéologique a été mis au jour dans la partie moyenne de la stratigraphie. Ce matériel contient des silex taillés, des os brisés, brûlés et parfois travaillés (Marquet, 2013). La couche d’occupation a été datée par OSL et donne un résultat à 86 200±6 500 ans.

Cet état des lieux met en évidence le caractère exclusivement moustérien des occupations anthropiques du site de La Roche-Cotard. Les dates obtenues, 36305 ± 1167 calBP par 14C (SaCA 28354) (CALPAL, version 1.5, courbe CalPal2007_HULU) à 189,4 ± 14,9 ka par OSL (MFGI/126.5), et la nature du matériel retrouvé, confirment l’occupation exclusive du site par Néandertal, aussi bien autour qu’à l’intérieur de la cavité.

C’est au cours de la campagne en 2008 que l’étude des parois de la grotte a été entreprise. Des marques anthropiques ont été observées sur les parois de la grotte François d’Achon : un seul graffito moderne a été noté et est daté de 1992 selon son inscription. Toutefois, ce sont surtout des « tracés digitaux organisés » (Lorblanchet, 2008), des « tracés, que nous qualifierons de digités » (Marquet, 2013) qui feront l’objet d’une attention particulière. Il semble que par l’organisation spécifique de ces traces, il s’agit d’une production à portée symbolique. Elena Man-Estier et Patrick Paillet sont venus examiner les parois en 2009. Ils ont découvert des traces similaires dans la Salle du Pilier ainsi que des taches rouges dans le boyau conduisant à la Salle de la Hyène.

Notre problématique consiste dans un premier temps à comprendre l’origine des traces pariétales observées. Ces traces semblent avoir été réalisées au doigt sur les parois tendres de la grotte. La question de leur intentionnalité est immédiatement soulevée car ces traces paraissent organisées, particulièrement soignées et donc intentionnelles.

Jean-Claude Marquet émet l’hypothèse que ces stigmates aient pu être réalisés avec d’autres outils : « des tracés faits avec les doigts ou avec un instrument à extrémité souple et de la taille et de la forme d’une extrémité de doigt » (Marquet, 2013). Il observe que ces traces ont été effectués dans une couche superficielle de sédiment limono-argileux couvrant la paroi. Les recherches conduites depuis 2008 ont permis d’établir un premier inventaire des traces géologiques, animales et anthropiques sur les parois de la grotte. Une couverture photographique, photogrammétrique et topographique complète des parois de la grotte a été réalisée. La « Galerie Moustérienne » et la « Salle des Lemmings » présentent uniquement des marques géologiques et animales, alors que le diverticule à l’ouest a montré des taches rouges pouvant être anthropiques, ainsi que dans le boyau conduisant à la « Salle de la Hyène ». Ces taches colorées feront l’objet d’une étude plus poussée dans les prochaines missions. (YH : l'utilisation de l'ocre rouge semble avéré par les néandertaliens en plusieurs endroits).

 

Neanderthal roche cotard4Figure 12: Essai d’interprétation des traces du panneau à représentation circulaire (Marquet, 2014)

 

La « Salle du Pilier » est la plus riche en traces anthropiques, c’est pourquoi nous avons choisi d’étudier cet espace dans le cadre de ce mémoire. Les quatre principaux panneaux de cette salle ont fait l’objet d’une première étude (Marquet, 2014) : un panneau à représentation circulaire (Figure 11 et Figure 12), un panneau triangulaire (Figure 13 et Figure 14), un panneau rectangulaire (Figure 15) et un à ponctuations (Figure 16 et Figure 17) (Marquet et al., 2014).

 

Neanderthal roche cotard5Figure 14: Relevé des traces du panneau triangulaire (Marquet, 2013; relevé J. Esquerre-Pourtere et S. Hesse) (YH : je note que ces dessins au doigt pourraient être associés à des gravures sur pierres visibles juste au-dessus (têtes animales et anthropomorphes érodées en partie), mais c'est une simple opinion).

 

Neanderthal roche cotard6Figure 16: Panneau de ponctuations (Marquet, 2014)

Neanderthal roche cotard7YH : je note que le panneau rectangulaire (figure 15) ne comporte pas de tentative de relevé dans l'étude. Il est vrai qu'il présente un certain nombre d'étrangetés pas encore compatibles avec nos connaissances actuelles des néandertaliens.

 

Neanderthal roche cotard8YH : Voici une interprétation beaucoup plus osée que celle des scientifiques au sujet de l'art néandertalien, dont l'étude n'en est qu'à ses débuts, et je ne suis pas dessinateur. On sait que les néandertaliens gravaient aussi des choses (sur os et pierres), il n'y a pas de raison valable qu'ils ne l'aient pas aussi fait ici, mais il s'agit surtout d'interprétations bien sûr. Les études vont progresser au fil du temps et nous en saurons plus dans quelques années à ce sujet... Je pense aussi que nos cousins, comme les premiers hommes modernes d'ailleurs, avaient de bonnes notions des reliefs (3D) et des jeux de lumières (ombres, éclairage raz, etc...). La question de l'éclairage dans ces salles sombres n'est pas posée dans les études les concernant, mais la découverte de plusieurs "lampes à huile ou à graisse" dans des grottes préhistoriques plus récentes me paraît aussi un bon indice...

 

L’originalité de ces marques tient à la géométrie de leur organisation mais aussi à leur contexte archéologique, attribué au Moustérien. Leur particularité tient aussi à la nature du support sur lequel elles ont été réalisées. La connaissance de ce support est déterminante pour appréhender l’intentionnalité du geste des auteurs de ces traces.


Contexte géologique de la grotte

Pour comprendre la manière dont ces marques anthropiques ont été mises en place, il est essentiel de détailler le contexte géologique et géomorphologique de la grotte. En effet, les marques sont le résultat de l’enlèvement d’une couche superficielle couvrant la paroi. La connaissance de l’environnement géologique est donc primordiale si l’on souhaite comprendre le geste qui a été réalisé et son intentionnalité. Cela permet également d’expliquer la répartition des traces, leur préservation et leur altération.

La grotte se situe en Touraine, une région formée de couches consécutives d’origine marine ou continentale déposées depuis 250 Ma sur un socle plus ancien (Paléozoïque) composé de schistes, granites et roches métamorphiques déformées pendant l’érection de chaînes de montagnes successives (Macaire, 2010 ; Nehlig, 2010). À partir du Mésozoïque, le Bassin Parisien subit des cycles de transgression-régression, la mer l’envahit et se retire à plusieurs reprises. L’étage correspondant au Cénomanien est représenté en Touraine par des dépôts sableux épais et marnes verdâtres, recouvert du Turonien au Campanien par des craies et calcaires sableux blanchâtres à jaunâtres contenant des silex (Figure 18).
 

L’étage du Turonien supérieur, aussi appelé « tuffeau jaune » présente des concrétions siliceuses à ciment de calcédonite. Cela forme des nappes de cherts au sein du dépôt (Marquet, 1997). Cet étage est couvert par un calcaire tendre, finement grenu, riche en quartz et glauconie issu de la mer sénonienne (Figure 19). Ces derniers étages géologiques forment l’environnement géologique de la grotte. Au-dessus, des formations argilo-siliceuses sont elles aussi riches en silex, mais non calcaires.
Au Cénozoïque, le Bassin est toujours sujet à des cycles marins et différents processus continentaux. Au Pliocène, la mer se retire et la grotte commence à se creuser. Au Quaternaire, les processus continentaux se poursuivent et sont sujets aux cycles glaciaires-interglaciaires. On observe la présence de limons majoritairement éoliens qui vont ruisseler sur les versants C’est aussi à cette période que la grotte François d’Achon est enfouie sous ces dépôts du versant.

 

Neanderthal roche cotard9Figure 35: Répartition en plan des différents panneaux (Infographie : M. Calligaro). YH : notons qu'il est précisé dans l'étude d'un plafond s'est effondré, les salles devaient être plus sombres à l'origine, bien qu'une partie des panneaux soient éclairés par l'entrée principale.

La cavité est formée à l’interface des étages Turonien supérieur et Sénonien. Le Turonien supérieur, ou « tuffeau jaune » est un étage calcaire hétérogène et perméable (Couderc, 1968). Il présente, comme mentionné précédemment, des nappes de cherts (blocs siliceux principalement formés de calcédoine) au sein de bancs de calcaire dur et de craie sableuse (Figure 20: phase 1). Généralement la circulation de l’eau y est rare. L’eau est bloquée par ces différents bancs, notamment par les argiles et tables à silex (Figure 18) (Camus, 2017).

Les parois de la grotte sont majoritairement constituées de tuffeau, une roche sableuse particulièrement tendre qui est le support des traces pariétales anthropiques. Ces parois présentent aussi des altérations qui jouent un rôle prédominant dans la mise en place et la préservation des traces. C’est au sein de ces dégradations de la paroi que les traces ont été réalisées, et ce sont également des phénomènes d’altération qui nous permettent d’apprécier leur ancienneté et d’observer leur état de conservation. Son appellation « tuffeau » vient du latin tofus signifiant pierre spongieuse. C’est une roche blanchâtre à jaune particulièrement tendre. On le désigne par tuffeau blanc ou tuffeau jaune suivant sa qualité dans le domaine de la construction. Il résulte de la cimentation et du tassement d’organismes fossiles (lamellibranches, échinodermes, bryozoaires) et de fragments rocheux (quartz, micas, glauconie, opale cristobalite, argiles, tourmaline, staurotide, andalousite) (Platroz, 2006).

On distingue trois zones dans le tuffeau : le coeur qui reste inaltéré, la zone intermédiaire et la zone superficielle qui est la surface d’altération (Brunet-Imbault et al., 1998). Ces zones sont
observables à différents endroits de la paroi sous forme de couches. Les traces analysées peuvent parfois traverser ces trois couches.

Je passe ici (YH) sur la mise en place d’un protocole d’observation et d’analyse détaillé et ambitieux, expérimental. " Nous avons, pour ce faire, initié en parallèle trois axes de recherche : l’analyse graphique des traces, celle de leur évolution et de leur altération, et enfin leur compréhension technique et gestuelle au travers d’un processus inédit d’expérimentation ". Vous pourrez découvrir l'ensemble de ce mémoire dans le lien donné en bas de l'article.

Le panneau n°1 (L. 36 x l. 25 cm) (Figure 36, Figure 37) de notre étude se situe à l’entrée de la Salle du Pilier. Il est présent sur une zone légèrement convexe de la paroi. Il est très érodé et les traces sont difficilement lisibles. Il s’organise en 15 traces larges (de 14 mm à 25 mm) quasiment parallèles entre elles. Elles sont rectilignes et légèrement obliques. Cela forme une série de bandes allant du plafond de la grotte vers le sol. La profondeur des traces est très faible (moins de 1mm) et leur fond est un peu plus clair que les bords donnant ainsi une luminosité au panneau. La section des traces est légèrement courbe voire quasiment plane compte tenu de l’érosion du panneau. Toutefois la partie supérieure est mieux conservée : on distingue plus nettement le départ arrondi de chacune des traces. Quatre traces semblent plus isolées en bas à droite du panneau. Deux d’entre elles ont la même morphologie que le groupe qui occupe la majorité de la surface du panneau. Un peu plus bas, on observe deux autres traces plus fines (1mm à 2mm). Elles se distinguent nettement du reste de l’organisation du panneau. Leurs sections en V paraissent indiquer l’utilisation à cet endroit d’une autre technique ou d’un autre outilOn note la présence de fossiles en saillie dans ces zones d’altération. La partie basse du panneau, la plus érodée présente des concrétions blanches de calcite. Toujours en bas du panneau, les deux traces à sections en V semblent avoir une couleur de fond de trace plus claire. Pour permettre la profondeur, la succession des traces verticales a été réalisée sur une surface déjà altérée de la paroi. Il s’en dégage un panneau losangique en volume et formé de zébrures. La position du panneau dans l’espace de la cavité peut expliquer son érosion avancée.

Le panneau n° 2 (L. 21 x l. 96 cm) est disposé sur une surface irrégulière de la paroi : convexe en partie haute et plane en partie basse. Il se compose en plusieurs groupes de traces (Figure 38 et Figure 39). Un premier ensemble de 4 longues traces est positionné à l’horizontal, créant une figure linéaire dans l’organisation graphique du panneau. On retrouve cette disposition dans un groupe plus court en-dessous de ce premier ensemble, et à droite avec un autre groupe de longues traces parallèles. Ces traces ont une section bien courbe et facilement lisible dans la partie haute du panneau. En effet, la partie basse est beaucoup plus érodée et les traces deviennent fantomatiques. On note la présence de nombreux petits enlèvements punctiformes de matière. Les traces paraissent là aussi réalisées dans une couche d’altération épaisse qui existait sur la surface originelle de la paroi. L’altération qui vient dans un second temps affecte l’épaisseur de la zone superficielle du bas du panneau. On remarque le dynamisme donné par ces longues stries parallèles qui émane du panneau. Les ponctuations qui les entourent semblent être en relation avec ces longues bandes.

Le panneau n° 3 (L. 50 x l. 60) (Figure 40 et Figure 41) est sur une surface plane de la paroi. Il est organisé en une succession de traces linéaires et verticales pour la majorité d’entre eux. Les traces se recoupent abondamment, rendant parfois difficile la lecture les bords qui permettent de distinguer une trace par rapport à l’autre. Toutefois, on peut observer que les traces ont une section bien courbe allant de 5 mm à 28 mm. Par ailleurs, deux traces, situées en haut à gauche viennent traverser perpendiculairement le grand groupe vertical. On retrouve à nouveau la présence de ponctuations notamment au bas du panneau. Comme dans le panneau n°1, on retrouve cet effet de zébrures serrées pour former une plage homogène. Il existe aussi une récurrence des bandes dynamiques déjà constatées sur le panneau n°2. Ces bandes vont d’ailleurs en direction du panneau n°4. Il existe peut-être une relation de mouvement entre ces différents panneaux qui suit le cheminement proposé dans la Salle du Pilier.

Le panneau n°4 (L. 33 x 54 cm) (Figure 42, Figure 43) se positionne à droite d'un épaulement de la paroi dans une zone légèrement concave. Les traces profondes (1 à 4 mm) sont réalisées dans une matière épaisse. Il présente deux groupes de quatre traces parallèles jointes en haut du panneau. Ces deux groupes sont légèrement courbes, de même que la large trace qui vient clore le bas de la figure. Il s’en dégage une allure générale circulaire de l’ensemble. On note la présence de deux traces fines à section anguleuse qui traverse diagonalement le panneau. L’une est très longue (30 cm) tandis que la seconde est plus courte (8 cm) et se situe au centre du panneau. La succession des traces parallèles forme à nouveau une plage unifiée. Les stries en relief sont adoucies par un mouvement général plus circulaire. Comme nous l’avions remarqué précédemment, deux lignes dynamiques, et la nappe de points à droite du panneau les lie avec le précédent panneau.

Le panneau n° 5 (L. 48 x 27 cm) se situe sur une partie relativement convexe et en saillie de la paroi nord de la Salle du Pilier (Figure 47, Figure 48). Il est composé de traces verticales à section en U, et sont parallèles entre eux. Une certaine symétrie et un rythme émanent du panneau : les réserves de film d'altération entre les différents groupes de traces laissent apercevoir des formes triangulaires. Un caractère répétitif se dégage dans la quantité de traces par groupes (chaque groupe est constitué de 3 à 4 traces). Par ailleurs, le groupe en partie centrale du panneau se démarque des autres par des bords saillants procurant un effet de symétrie de l’ensemble. Trois traces se distinguent : elles ont une section en V et sont beaucoup plus fines que les autres. Tout à droite du panneau, on remarque aussi la présence d’une trace d’un type qui n’a pas été décrit jusque-là. Il s’agit d’un écrasement de matière qui forme une section plate, voire rectangulaire. Ces dernières traces peuvent avoir été réalisées par une autre technique ou un autre outil que sur l’ensemble du panneau.

Le panneau n°6 (L. 32,5 x 23 cm) (Figure 52, Figure 53) est positionné sur une surface plano-convexe au fond de la Salle du Pilier. Il est niché juste sous le plafond Sénonien et se compose de 27 traces. Elles sont quasiment toutes verticales et parallèles entre elles. La partie supérieure est érodée et ne permet pas d’observer dans la majorité des cas le début de la trace. Leur juxtaposition et leur densité donne une impression forte de régularité. Il s’en dégage une organisation nettement rectangulaire. Les traces tout à gauche ont une section anguleuse qui donne au panneau un aspect incisif général. Toutefois, après une observation fine, la majorité des traces ont en réalité une section courbe. On peut toutefois noter que de fines traces à section en V sont là aussi présentes au bas du panneau. À la manière des panneaux précédents, les bandes serrées de hachures réalisées sur la zone superficielle de la paroi ont formé une surface bien délimitée. Cette zone superficielle est pourtant quasiment absente ici. On peut imaginer que sa position dans l’espace ait favorisé son érosion, ne laissant que le coeur de la roche.

L’ensemble de traces qui vient clore le cheminement est le panneau n°7 (L. 76 x l. 102,5 cm) (Figure 57 et Figure 58). Il est situé en partie basse de la paroi mais toujours dans le registre IV. Il témoigne d’une organisation très différente de ceux préalablement cités. Il comprend un total de 156 traces. Ce sont des traces que nous avons déjà repérées dans des panneaux précédents. Il s’agit pour chacune de ponctuations réalisées dans la matière. Cette nappe de points est très concentrée vers le haut du panneau et se diffuse en direction du sol.

Si on considère l’ensemble de ces sept panneaux, il est évident que la majorité des traces ont une section courbe et forment des lignes parallèles en différents groupes. La présence de traces très courtes et circulaire créée des nappes de ponctuations dispersées dans les panneaux. Ces plages de points sont aussi représentées par un panneau à lui tout seul qui vient fermer la circulation au fond de la salle. L’organisation graphique qui se dégage de chacun des panneaux est indiscutable. Les ensembles forment de manière générale des successions parallèles de traces verticales et linéaires en zébrures denses. La courbure et la circularité sont elles aussi représentées par les ponctuations, les quelques vagues au sein panneau (comme pour le panneau n°3), et la silhouette générale du panneau n°4.

Il existe un premier lien technique dans la réalisation des panneaux : le geste répété pour former des bandes dans le creux de la matière altéré est présent sur 6 de nos panneaux (n°1, 2, 3, 4, 5 et 6). Le second geste technique est celui de la formation de la ponctuation qui se disperse comme un fil conducteur jusqu’au dernier panneau. Autre fil conducteur, la présence de bandes dynamiques et plus horizontales, elles ont peut-être une fonction de lien entre les différentes étapes de cheminement.

De manière formelle, on note cependant des choix différents dans l’organisation propre à chaque panneau. Leur silhouette générale présente une allure géométrique à chaque fois différente, elle peut être losangique, triangulaire, circulaire ou rectangulaire. Cela soulève la question de la connaissance des formes géométriques classiques et de leur utilisation (YH : par les néandertaliens).

Si la présence de traces faites au doigt n’est pas inédite en contexte préhistorique, à Rouffignac, Montespan, Chauvet notamment, et le plus souvent en contexte argileux (Jaubert, 2010 ; Van Gelder, dans Clottes, 2012), celles de la grotte François d’Achon sont véritablement originales tant par leur structures, leur organisation que par leur support.

Les résultats de l’analyse spatiale montrent qu’il existe une régularité dans la disposition des traces. Il semble même qu’un cheminement se dégage au sein même de la structure de la grotte. L’aménagement de l’espace, en contexte moustérien, a déjà été observé comme à Bruniquel (Jaubert et al., 2016), ou même à La Roche-Cotard III (Marquet, 1990). Ici l’espace semble rythmé par un dispositif pariétal utilisant les volumes et la matière de la grotte. Ce dispositif est organisé en panneaux. La régularité des panneaux se voit dans l’espace de la grotte, suivant l’architecture et la morphologie naturelle de la grotte, scandant l’espace dans un cheminement bien délimité.

L’ordonnancement géométrique des panneaux de traces utilise deux types de graphies : la ligne, la courbe. La ligne est représentée par les traces verticales mais aussi les compositions angulaires (panneau n°6) ou en bandes juxtaposées (panneau n°5). La courbe peut être représentée par les ponctuations (panneau n°7) ou par l’aspect d’une composition en lignes légèrement obliques comme dans le panneau n°4. Les formes géométriques sont souvent les tout premiers indices de conception graphique, la ligne est retrouvée par exemple dans la grotte de Gorham (Rodríguez-Vidal et al. 2014) dans un contexte moustérien. Seules les quelques traces isolées questionne l’intentionnalité de leur présence.

Ces enregistrements ont généré un volume de données très conséquent, qui nécessite un temps de traitement long. Une nouvelle mission mériterait d’être organisée dans un futur proche. Néanmoins, avec ces résultats il est d’ores et déjà possible de valider l’hypothèse de tracés intentionnels par leur organisation au sein de la grotte et leur structuration par panneaux, et que ces tracés sont réalisés au doigt, par comparaison morphologique.

(...) En effet, nous (hommes de notre époque) avons tendance à considérer le symbolique comme ce que l’on voit, David Le Breton (Le Breton, 2007) que la vue prend l’ascendant sur les autres sens dans nos sociétés : « elle est la première référence. Mais d’autres sociétés, plutôt que de « vision » du monde, parleraient de « gustation », de « tactilité », d’« audition » ou d’ « olfaction » du monde pour rendre compte de leur manière de penser ou de sentir leur relation aux autres et à l’environnement. » (Le Breton, 2007 ; de Beaune 2018). L’image est donc porteuse du symbole. Or dans le couple « main-graphie » d’André Leroi-Gourhan, il s’agit là du geste. Nous savons l’importance du geste dans les manifestations symboliques humaines. Cette approche anthropologique mériterait d’être développée et approfondie, d’autant plus que l’on connait l’importance du lien entre image et support dans les grottes ornées. Elle ouvre probablement de nouvelles pistes d’investigation.
 

Conclusion
Les tracés pariétaux de la grotte François d’Achon apportent un matériau nouveau, mais certainement majeur, aux débats scientifiques actuels autour de l’expression symbolique de Néandertal, tout particulièrement en contexte souterrain.

 

Nous avons tenté de comprendre si les manifestations symboliques pouvaient donner des indices dans la structuration de l’espace, dans l’organisation géométrique des tracés. Si on suit un schéma visuel, ils paraissent en effet exister dans un dispositif pensé et élaboré au préalable. Or, nous avons vu aussi la possibilité d’une dominante tactile plutôt que visuelle, susceptible d’ouvrir un autre champ de perception. À ce stade, nous n’avons inclus dans le dispositif pariétal que les tracés réalisés aux doigts, or nous l’avons vu, des taches colorées ont également été découvertes sur les parois. Il serait pertinent de mettre en parallèle notre étude et une analyse de ces taches.

La grotte François d’Achon porte donc des tracés faits aux doigts parfaitement inédits en contexte moustérien. Leur organisation au sein de la grotte tend à montrer qu’il existe bien un fil conducteur dans ce dispositif, et ce fil est peut-être le sens qui lui est attaché. Si l’art préhistorique a pour intention de signifier, de transmettre, de donner un sens, alors on est en droit de se demander si la grotte François d’Achon porte bien des traces de cet art préhistorique (YH : supposé, ou une autre forme d'art plus "sensitif").

Dans les annexes :

Neanderthal roche cotard10

Un mémoire et études de Morgane Calligaro
Tuteur/s :
Éric Robert, Département Homme et Environnement, UMR 7194 Histoire Naturelle de
l’Homme préhistorique, CNRS-MNHN-UPVD
Patrick Paillet, Département Homme et Environnement, UMR 7194 Histoire Naturelle de
l’Homme préhistorique, CNRS-MNHN-UPVD

Lien de la publication (téléchargeable en pdf) :

https://www.academia.edu/40253443/Des_trac%C3%A9s_pari%C3%A9taux_oeuvres_de_N%C3%A9andertal_Analyse_graphique_et_taphonomique_des_parois_de_la_grotte_Fran%C3%A7ois_dAchon_site_moust%C3%A9rien_de_La_Roche-Cotard_Langeais_Indre-et-Loire_France

Autres articles sur le même sujet :

En Irak (02-2020) : " Le chercheur qui a dirigé ces enquêtes originales, Ralph Solecki de l'Université Columbia à New York, a affirmé que c'était la preuve que les Néandertaliens avaient enterré leurs morts avec des fleurs. Cet «enterrement de fleurs» a captivé l'imagination du public et a déclenché une controverse de plusieurs décennies. L'interprétation florale a suggéré que nos parents évolutionnaires étaient capables de sophistication culturelle, remettant en question l'idée - répandue à l'époque - que les Néandertaliens étaient inintelligents et animalistes. Ralph Solecki est décédé l'an dernier à l'âge de 101 ans, n'ayant jamais réussi à effectuer de nouvelles fouilles sur son site le plus célèbre, malgré plusieurs tentatives." :

https://www.bbc.com/news/science-environment-51532781

 

Yves Herbo, Sciences-Faits-Histoires, 28-02-2020


 

Un paléoanthropologue insiste sur l'intelligence des néandertaliens

 

Joaozilhao

Le paléoanthropologue portugais João Zilhão

 

João Zilhão : « Les Néandertaliens n'étaient ni stupides ni éteints »

Le paléoanthropologue portugais rejette l'idée répandue que ces anciens Européens étaient une espèce différente avec des capacités cognitives inférieures. Les Néandertaliens sont difficiles à ne pas appeler l'espèce humaine qui a habité l'Europe pendant des centaines de milliers d'années jusqu'à ce qu'ils disparaissent mystérieusement il y a environ 40 000 ans (?).

(YH : En fait, le plus récent squelette de néandertalien date officiellement de 35 000 ans, c'est à dire que les premières peintures pariétales attribuées aux hommes modernes, tout comme les premières statuettes "Vénus" avaient déjà été créées ! - La science penche maintenant pour une réelle disparition de Néanderthal entre il y a 35 000 et 30 000 ans - mais a-t-il réellement disparu, ou une espèce hybride "néandertalo-CroMagnon" a-t-elle été absorbée en final par ce dernier ? Mais des recherches conduites de 1999 à 2005 dans la grotte de Gorham à Gibraltar suggèrent que les Néandertaliens y ont vécu jusqu'à −28 000 ans, voire −24 000 ans, ce qui est toujours contesté, en particulier d'ailleurs par Joäo Zilhäo).

C'est ainsi qu'il présente la plupart des articles populaires au grand public, et probablement peu d'anthropologues seraient mal à l'aise avec la description. Mais nous en avons trouvé un qui le fait. Pour João Zilhão (Lisbonne, 1957), chercheur ICREA à l'Université de Barcelone, cette première phrase est pleine d'erreurs. Le chercheur défend depuis des années que les Néandertaliens et ce que nous appelons l'homme moderne sont en fait la même espèce et que les deux populations se sont mélangées intensément, c'est pourquoi en Europe chacun de nous porte un pourcentage important du génome néandertalien (jusqu'à 30% , de 2 4%, dans votre ADN. " Ce sont nos ancêtres ", dit-il. Cela l'a amené à réfléchir à des découvertes, autrefois très controversées, comme le garçon de Lagar Velho au Portugal en 1998 ou les restes squelettiques trouvés dans une grotte roumaine, la Pestera cu Oase, en 2003-2005, dans laquelle il croyait avoir vu un grand métissageZilhão est également convaincu de l'intelligence et des capacités cognitives des Néandertaliens. Il ne trouve aucune raison de penser qu'ils étaient inférieurs. Ils ont même été les premiers à peindre de l'art rupestre, - https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/prehistoire-homme-neandertal-t-il-peint-premieres-fresques-rupestres-monde-70276/ - comme l'ont conclu des recherches impressionnantes publiées dans la revue "Science" en 2018. Les dernières découvertes sur cette population humaine fascinante semblent le prouver. YH : notons tout de même qu'en 2019, les datations de 64 000 ans pour ces peintures ont été contestées et même en fait la méthode de datation au Uranium-Thorium en entière pour les grottes ! : https://www.hominides.com/html/actualites/datation-u-th-art-parietal-remise-en-cause-1386.php

Mais d'autres recherches et contextes semblent tout de même bien confirmer que néandertalien avait les mêmes capacités que l'homme moderne, bien avant lui, par exemple ci-contre issu du CNRS et en bas de cet article : https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/archeologie/neanderthal-france-des-dessins-et-un-masque.html

 

Krapina neanderthal museum

néandertaliens reconstitution 1 (Musée de l'Homme de Neanderthal à Kaprina, Croatie)

 

- C'est un héritage du 19ème siècle, continue João Zilhão, lorsque le premier fossile néandertalien a été trouvé, et il continue d'être répété. Mais les Néandertaliens n'étaient pas une espèce différente mais une petite population périphérique d'Europe qui a fini par être absorbée il y a environ 40 000 ans. Le concept de comparer les Néandertaliens à nous porte en lui une notion anti-évolutionnaire, la notion que nous avons été créés il y a 200 000 ans comme nous le sommes aujourd'hui, et ce n'est pas le cas (YH : les plus anciens Homo Sapiens sont maintenant datés de 300 000 ans, au Maroc : https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/archeologie/l-homme-moderne-apparition-entre-500-000-a-300-000-ans.html).

-Mais l'hypothèse des deux espèces est dominante :

- Je sais, c'est dans notre métier depuis plus de trente ans. Comment définissez-vous si deux populations différentes sont des espèces différentes ? Pour la différence morphologique ? Dans le cas des Néandertaliens, à cause de leur menton inexistant, des sourcils très prononcés et du gros nez ? Regarde les chiens ... Un pékinois et un grand danois sont des espèces différentes ? Il n'y a pas de corrélation entre la différence morphologique et la différence génétique. Ce qui se passe, c'est que l'humanité est aujourd'hui très homogène, car elle a connu une incroyable expansion démographique depuis le néolithique, il y a 10 000 ans, et plus encore depuis l'ère industrielle. Aujourd'hui, dans les populations de chimpanzés, la variation entre deux membres d'une même bande de 60 ou 80 individus d'une forêt dans une région d'Afrique est plus grande que celle entre les humains, tout compris. (YH : il y a tout de même une certaine variété actuelle existante, pour un même génome, comparez un pygmée africain et un norvégien par exemple...).

 

Neandertal reconstitution1

néandertalien reconstitution 2

 

- Alors, quelles sont les différences entre les deux groupes de population ?

- Nous devons être ouverts à la possibilité que les différences entre un fossile européen et un fossile africain soient dues à la distance géographique. Plus il y a de fossiles, plus il est difficile de maintenir le concept selon lequel nous parlons de groupes discrets qui diffèrent très clairement.

- Et que nous dit la génétique ?

- La génétique nous dit que les Néandertaliens et les Africains (je préfère les appeler cela au lieu de l'homme moderne) se sont mélangés intensivement (YH : la première fois vers - 65 000 à - 50 000 ans d'après la génétique, au Moyen-Orient), pas occasionnellement, et qu'il y avait un flux génétique entre les continents. Les aborigènes de Tasmanie sont isolés depuis 10 000 ans et n'ont certainement pas évolué vers une autre espèce. Eh bien, il n'y a pas eu de période au cours des 1,5 million d'années précédentes d'une situation d'isolement similaire en Europe, en Afrique et en AsieEntre l'humanité, il y a toujours eu un flux et elle est restée une espèce unifiée, beaucoup plus diversifiée dans le passé car il y avait moins de monde. Les populations régionales pouvaient tirer leurs propres caractéristiques qui sont restées pendant des dizaines de milliers d'années.

- Il a reçu de grandes critiques pour avoir défendu ce mélange de populations.

- Après les découvertes du garçon de Lagar Velho au Portugal ou les fossiles de Roumanie, pour moi des exemples de ce mélange, les généticiens m'ont tout raconté mais enjolivé. Mais en 2018, le premier descendant direct d'une mère néandertalienne et d'un père Denisovan est apparu. Les conclusions de cet article semblent être tirées mot à mot de ce que moi et mon collègue Erik Trinkaus (anthropologue américain) avons écrit il y a quinze ans à la suite de nos découvertes.

- Proposer pourquoi les Néandertaliens se sont éteints est donc quelque chose d'inutile.

- Est-ce que quelqu'un dit que les Indiens Onas de Tierra del Fuego ont disparu ? Ils ont été exterminés, il y a eu un génocide, mais il y avait un mélange et leurs gènes sont toujours là dans les populations de l'île, ils ont contribué à l'humanité qui vit aujourd'hui. Et les Néandertaliens pareils. S'ils se sont mélangés à d'autres êtres humains, nous les avons aussi comme ancêtres.

- vont-ils changer les idées en la matière ?

- Lorsque vous étiez étudiant, il y a 40 ans, la question s'est posée que le plus ancien ancêtre commun aux humains, aux chimpanzés et aux gorilles était un fossile appelé Ramapithecus. Et qu'un autre fossile contemporain, appelé Sivapithecus, était l'ancêtre des orangs-outans. Eh bien, aujourd'hui, nous savons qu'ils sont femelles et mâles d'une seule espèce ancestrale de l'orang-outan. Donc, pour l'amour de Dieu ... Il n'y a pas de problème parce que nous parlons de primates, mais en ce qui concerne les humains, il semble que changer les idées coûte plus cher ...

- Et la renommée des Néandertaliens pour être intellectuellement inférieurs ?

- Le préjugé selon lequel les Néandertaliens ont disparu pour être plus stupides que les autres est très fort. Il a été généré au XIXe siècle et continue d'être installé dans l'opinion publique et scientifique. De plus, c'est un concept basé sur la notion qu'il existe une corrélation entre la forme du crâne et la psychologie ou l'intelligence. Une pseudo-discipline scientifique appelée phrénologie a été créée autour de cela. Personne ne l'a avalé depuis plus d'un siècle ... Moins en paléontologie, qui continue de dire que les Néandertaliens, parce qu'ils avaient un crâne différent, devaient aussi avoir une cognition différente et être moins intelligent. Mais pourquoi ? Si les données archéologiques apprennent le contraire !

 

Neandertalien spy 2

néandertalien reconstitution 3 (Spy, Belgique)

 

- Les choses qu'ils ont faites ...

- Bien sûr. Comment savons-nous, avant l'invention de l'écriture, que les humains ont un langage ? Que les constructeurs de Stonehenge ou les peintres d'Altamira avaient du langage ? Pour ce qu'ils ont fait. Donc, s'il existe une culture matérielle ou des comportements qui impliquent nécessairement un niveau d'intelligence, nous appliquons ces mêmes critères à toutes les populations humaines d'il y a 100 000 ou 50 000 ans, quelles que soient leurs caractéristiques anatomiques. Par le même standard, il n'y a pas de différences.

- Alors, pouvez-vous me donner un exemple de cette intelligence ?

- Différentes découvertes de pendentifs et d'objets d'ornementation corporelle d'il y a 115 000 ans en Europe et, surtout, les résultats publiés dans «Science» il y a deux ans qui démontrent que les Néandertaliens ont peint l'art rupestre il y a 65 000 ans dans des grottes de la péninsule (La Pasiega en Cantabrie, Maltravieso à Cáceres et Ardales à Málaga). Il n'y a pas d'art rupestre en Afrique avant 65 000 ans et là, les pendentifs les plus anciens ont entre 70 000 et 80 000 ans. Les données sont les données. Si les gens ne veulent pas apprendre d'eux, c'est leur problème.

- Lorsque l'art néandertalien est devenu connu pour la première fois dans "Science", il a dit qu'il aimerait " voir les visages de certains lorsqu'ils lisent les journaux ". De qui parlait-il ?

- Dans un premier article que nous avons publié dans «Science» en 2012, nous avons montré que les disques rouges de la grotte de Castillo (Cantabrie) avaient plus de 40 800 ans, donc ils auraient pu être peints par les Néandertaliens. Les chefs intellectuels de l'école de pensée qui dit que les Néandertaliens étaient une espèce différente ont réagi en disant: l'homme, vous avez démontré l'antiquité, mais depuis que le contact entre les Néandertaliens et les hommes modernes s'est produit il y a 40000 ou 42000 ans, cela ne signifie pas que ils l'ont fait. Cela peut être un indicateur que des hommes modernes comme nous étaient alors capables de faire de l'art sur la péninsule ibérique. La réaction des défenseurs de ce point de vue a été que pour accepter que les Néandertaliens pouvaient le faire, il devait y avoir de l'art il y a plus de 50 000 ou 60 000 ansEh bien, nous l'avons montré.

- Il serait plus que satisfait.

- Oui, car je pense que nous avons résolu un problème. Les scientifiques sont humains et nous aimons avoir raison, mais nous aimons surtout savoir comment les choses se passent réellement. De plus, on n'est pas un pire scientifique pour se tromper. De l'erreur vient l'avancée de la connaissance. Des progrès très importants ont été réalisés dans notre domaine au cours des 20 dernières années, car il y a eu un débat très intense. Maintenant, je pense que cette question est clarifiée, que voulez-vous de plus.

Avons-nous une idée de ce que ces symboles de l'art néandertalien représentaient ?

- Non. La seule chose que nous pouvons dire, c'est que personne ne pénètre dans une grotte, dans l'obscurité absolue, pour lever la main ou peindre quelque chose pour le sport. Ces personnes sont entrées pour laisser leur empreinte pour une raison bien particulière: religieuse, sociale ... on ne le saura jamais. C'est une question qui peut peut-être être traitée du point de vue de la littérature. J'ai lu beaucoup de romans de fiction préhistoriques et parfois ces écrivains ont des intuitions qui aident le scientifique, pourquoi pas ? Mais c'est un point sur l'art auquel nous n'avons pas à répondre, nous pouvons seulement dire où il se trouve, quels matériaux ont été utilisés et d'où ils ont été tirés, comment cela a été fait, quelle chronologie il a, quels autres types de comportement avaient ces gens, comment ils vivaient, quels animaux ils chassaient ... Maintenant, pourquoi une personne d'il y a 65 000 ans se rend à Maltravieso pour laisser son empreinte de main, nous ne le savons pas.

- Pouvaient-ils avoir des croyances religieuses ou surnaturelles ?

- Une sorte de pensée de cette nature l'a sûrement fait, car ils ont enterré leurs morts. Il est probable qu'ils avaient des notions liées à la place de l'être humain dans la nature peu différentes de celles qui existent dans les sociétés de chasseurs de religion animiste. Peut-être que les peintures étaient liées à une sorte de cérémonie ou à des croyances sur le monde souterrain. Mais c'est de la spéculation, même si c'est la plus logique.

- Il y a quelques jours à peine, la découverte d'un autre squelette de Néandertal enterré à Shanidar (Irak) a été annoncée.

- Nous savons depuis plus de cent ans que les Néandertaliens ont enterré leurs morts, mais ceux qui se sont consacrés à propager qu'ils étaient une espèce différente ont tenté de le remettre en question. Cependant, il existe des dizaines de cas connus. Le récent article conclut que c'est vrai dans le cas de la grotte Shanidar (YH : voir aussi en bas de cet article : https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/archeologie/neanderthal-france-des-dessins-et-un-masque.html). Mais déjà en 2014, il avait été constaté que lors de la première sépulture connue de Néandertal (La Chapelle-aux-Saints, en France, découverte en 1908), la tombe avait été délibérément creusée pour y déposer le corps. Regardez, c'est la preuve que, tout comme nos ancêtres humains d'il y a 50 000 ans n'étaient pas des imbéciles, les archéologues d'il y a 50 ou 100 ans ne l'étaient pas non plus.

- Et dans quelles autres capacités les Néandertaliens et l'homme moderne étaient-ils comparables ?

- il ne vous est pas étrange de parler d'un homme "moderne" se référant à quelqu'un d'il y a 50 000 ans ? Je préfère parler des Africains. Néandertaliens et Africains. Si on les compare, il y a des différences morphologiques, mais pas dans la décoration, la cuisine, l'utilisation du feu ... La preuve la plus ancienne d'enterrement et d'utilisation d'ornements personnels se trouve en Europe chez les Néandertaliens, pas en Afrique. À la suite de cela, je ne peux pas dire que les Africains étaient stupides, non ? Cela ne me viendrait pas à l'esprit.

- D'autres études suggèrent que les Néandertaliens n'étaient pas brutaux, mais plutôt compatissants.

- Rien de plus ou moins que les chimpanzés. Ils s'occupent également des leurs. Les mères s'occupent des enfants malades ... Il y a beaucoup de choses absurdes qui ont été dites à propos des Néandertaliens qui les rendraient plus éloignés des humains que les chimpanzés eux-mêmes.

- Comment pensez-vous que Néandertal est toujours utilisé comme insulte ?

- La définition zoologique de l' Homo neanderthalensis, elle date de 1864 et a été proposée par le naturaliste britannique William King. Il a soutenu que les Néandertaliens auraient une intelligence moins développée, même que ce que nous trouvons parmi ceux qu'il a dit être les gens les plus primitifs de la Terre, les Islanders d'Andaman. Et il considérait ces Islanders si au bord de la stupidité que vous ne pouviez pas être plus primitifs qu'eux et toujours être humains. Cela fait partie d'une vision dans laquelle l'évolution égalait le progrès et les races humaines n'étaient pas égalesLes Anglais étaient évidemment les plus évolués, tandis que les Africains et les soi-disant peuples primitifs étaient les représentants vivants d'un ancien État primitif dont les peuples civilisés auraient pu remonter, mais pas les autres. À ce jour, personne n'ose dire des choses de ce type à propos d'un autre groupe humain, et s'il le fait, il est immédiatement et à juste titre qualifié de raciste, mais à propos des fossiles, il semble que cela puisse continuer à se dire sans problème. Bien sûr, ils ne peuvent pas se défendre, ils n'ont pas d'avocats ni de députés au Parlement (rires). Du point de vue de la psychologie sociale, il est très confortable d'utiliser les fossiles comme une sorte de miroir, de regarder d'où nous venons et jusqu'où nous avons pu aller, à quel point nous sommes grands et bons. Mais il y a le Covid-19 pour nous rappeler que, sur Terre, nous ne gouvernons pas mais ce sont les bactéries et les virus...

YH : c'est exact, les bactéries et virus sont les plus anciennes vies de l'univers, avec des milliards d'années d'existance quand on voit de quand date l'univers et les premières étoiles, planètes... d'ailleurs, en tant qu'auteur d'anticipation, je me suis déjà demandé à quelle point cette évolution sur plusieurs milliards d'années auraient pu créer une sorte d'intelligence collective bactérienne !... Bon, je ne suis pas d'accord à 100 % sur tous les propos du scientifique interviewé ici, notamment sur son blocage aux - 40 000 ans pour la disparition de néanderthal, ni sur sa certitude de l'apparition du genre homo en Afrique (même si je ne suis pas contre non plus, ce n'est pas très important en fait !), car même la science n'en est pas certaine à 100 % tant les découvertes actuelles peuvent changer les choses sur ce point et d'autres. Et nous ne connaissons toujours pas ce fameux ancêtre duquel nous et d'autres se seraient séparés, ni le génome d'Homo Erectus par exemple, ou d'Homo antecessor...

 

Source : https://www.abc.es/ciencia/abci-zilho-neandertales-eran-tontos-extinguieron-202003150159_noticia.html

 

https://www.bbc.com/news/science-environment-51532781

https://fr.wikipedia.org/wiki/Homme_de_N%C3%A9andertal - la page wikipedia est assez complète et à jour.

 

Yves Herbo et Traductions, Sciences-Faits-Histoires, 21-03-2020


 

Neanderthal pêchait en mer il y a 100 000 ans

 

Neanderthals figueirabrava portugal

 

Les Néandertaliens ont été les pionniers de l'exploitation des ressources marines: étude de l'université de Barcelone publiée dans Science.

La revue Science a publié une étude menée par le chercheur de l'ICREA João Zilhão de l'Université de Barcelone sur les fouilles des grottes de Cueva de Figueira Brava, au Portugal, qui ont été utilisées comme abri par les populations néandertaliennes il y a environ 86 000 à 106 000 ans. L'étude révèle que la pêche et la cueillette de coquillages ont contribué de manière significative à l'économie de subsistance des habitants de Figueira Brava. La pertinence de cette découverte réside dans le fait que jusqu'à présent, il y avait peu de preuves que ces pratiques étaient courantes chez les Néandertaliens.

Concernant les conséquences de cette étude, João Zilhão note qu' " un modèle influent sur nos origines suggère que la consommation commune de ressources en eau, riches en Oméga3 et autres acides gras qui favorisent le développement des tissus cérébraux, auraient accru les capacités cognitives de l'anatomie moderne c'est-à-dire les humains qui, en Afrique, étaient contemporains des Néandertaliens et sont généralement considérés (YH : à ce jour) comme les seuls ancêtres de l'actuel Homo sapiens. ". Mais les résultats de la fouille de Figueira Brava révèlent que si cette consommation commune de ressources marines a joué un rôle important dans le développement des compétences cognitives, elle l'a fait pour toute l'humanité, y compris les Néandertaliens, et pas seulement la population africaine qui s'est propagée plus tard. "

Zilhão, membre du Séminaire d'études et de recherches préhistoriques (SERP-UB), cite " des preuves qui se sont accumulées au cours de la dernière décennie pour montrer que les Néandertaliens avaient une culture matérielle symbolique ". Il y a deux ans, en 2018, les revues Science et Science Advances ont publié deux études co-dirigées par João Zilhão rapportant qu'il y a plus de 65000 ans, les Néandertaliens faisaient des peintures rupestres dans au moins trois grottes de la péninsule ibérique: La Pasiega, Maltravieso et Ardales ( Science ).

De plus, il y a plus de 115 000 ans à Cueva de los Aviones (Murcie, Espagne), ils utilisaient des coquilles marines perforées et des restes d'ocre comme pendentifs et conteneurs de coquilles avec des résidus de mélanges complexes de pigments ( Science Advances ). Ces découvertes " soutiennent une vision de l'évolution humaine dans laquelle les variantes fossiles connues, telles que les Néandertaliens en Europe et les contemporains anatomiques africains devraient être comprises comme des restes de nos ancêtres, et non comme des espèces différentes supérieures-inférieures ", note Zilhão.

Cinquante pour cent de l'alimentation des habitants de Figueira Brava était constituée de ressources côtières: mollusques (patelle, moule et palourde); crustacés (crabe brun et crabe araignée); poissons (requin, anguille, dorade, rouget), oiseaux (canard colvert, macreuse commune, oie, cormoran, fous de Bassan, cormoran, pingouin, aigrette, huard) et mammifères (dauphin, phoque). Ils chassaient en outre des cerfs, des chèvres, des chevaux, des aurochs et d'autres petites proies telles que des tortues. Parmi les autres plantes carbonisées se trouvaient des oliviers, des vignes, des figuiers et d'autres espèces du climat méditerranéen, parmi lesquelles la plus abondante était le pin parasol, brûlé pour la chaleur et la cuisson. Les forêts de pins étaient exploitées comme jardins d'arbres fruitiers: des pins matures, bien que fermés, étaient prélevés sur les branches et stockés dans la grotte, où le feu pouvait les ouvrir.

YH : on peut noter ici que les poissons cités nécessitent tous la navigation en mer, de simples canoes suffisant à priori.

 

Neanderthals figueirabrava portugal2

Exposition horizontale d'un fond de coquille de moule. Crédits: João Zilhão

 

L'étude fournit également d'autres résultats suggérant le biais inhérent au concept des Néandertaliens en tant que peuples du froid et de la toundra, experts en chasse aux mammouths, rhinocéros, buffles et rennes. " La plupart des Néandertaliens auraient vécu dans les régions du sud, spécialement en Italie et dans la péninsule ibérique, et leur mode de vie aurait été très similaire à celui de Figueira Brava ", note Zilhão.

Une autre découverte importante de l'étude est la familiarité des humains avec la mer et ses ressources en tant que quelque chose de plus ancien et plus large qu'on ne le pensait auparavant. « Cela pourrait probablement aider à expliquer comment, il y a entre 45 000 et 50 000 ans, les humains pouvaient traverser la mer de Timor pour coloniser l'Australie et la Nouvelle-Guinée, puis, il y a environ 30 000 ans, les îles les plus proches du Pacifique occidental », explique Zilhão.

YH : autrement dit : ils connaissaient la navigation et l'ont légué à notre humanité il y a très longtemps...

La grotte de Figueira Brava est située à 30 kilomètres au sud de Lisbonne sur les pentes de la Serra da Arrábida. Aujourd'hui, il est situé directement sur le front de mer, mais à cette époque, il était jusqu'à deux kilomètres de la côte.

 

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Ressources marines de Figueira Brava. A. patelles, B. palourdes, C. crabe, D. vertèbres de dauphin, E. vertèbres de requin. Crédit: AC M. Nabais, D Antunes et al. 2000, EJP Ruas

 

Jusqu'à présent, on a toujours soupçonné que cette consommation augmentait les capacités cognitives des populations humaines en Afrique. " Entre autres influences, cela pourrait expliquer l'apparition précoce d'une culture de gens modernes qui utilisait des artefacts symboliques, tels que la peinture corporelle à l'ocre, l'utilisation d'ornements ou la décoration de récipients en œufs d'autruche avec des motifs géométriques ", explique Hoffmann. " Un tel comportement reflète la capacité humaine de pensée abstraite et de communication par le biais de symboles, qui a également contribué à l'émergence de sociétés humaines plus organisées et complexes ". YH : et il parle des néandertaliens donc, qui apparaissent de plus en plus comme étant un homme moderne précoce...

Les résultats récents de la fouille de Figueira Brava confirment maintenant que si la consommation habituelle de la vie marine a joué un rôle important dans le développement des capacités cognitives, cela est aussi vrai pour les Néandertaliens que pour les humains anatomiquement modernes. Hoffmann et ses co-auteurs ont précédemment découvert que les Néandertaliens ont fait des peintures rupestres dans trois grottes de la péninsule ibérique il y a plus de 65 000 ans et que les coquilles perforées et peintes doivent également être attribuées aux Néandertaliens.

La densité de la nourriture marine reste comparable à celle observée dans le Mésolithique régional et le dernier interglaciaire d'Afrique du Sud et du Maghreb et dépasse les deux derniers dans le cas des crabes et des poissons. Figueira Brava documente également une économie du pin parasol avec une récolte saisonnière et un stockage sur site des cônes pour une consommation différée des noix.

Quant à savoir pourquoi des sites similaires n'ont pas été trouvés ailleurs, Zilhão et ses collègues spéculent que d'autres sites néandertaliens ont été emportés lorsque le niveau de la mer a augmenté à la fin de la dernière période glaciaire, en particulier ceux d'Europe côtière. Si tel est le cas, il peut être difficile de trouver des preuves supplémentaires ailleurs.

En 2008, le paléoanthropologue Chris Stringer et ses collègues ont publié des preuves montrant que les Néandertaliens vivant sur deux sites de grottes à Gibraltar utilisaient des ressources alimentaires marines, mais « il y avait des critiques à l'époque que ce comportement était probablement rare et sporadique chez les Néandertaliens, par rapport au matériel beaucoup plus riche des premiers humains modernes contemporains vivant près des côtes de l'Afrique australe », a expliqué Stringer, un chercheur du Museum of Natural History au Royaume-Uni qui n'était pas impliqué dans la nouvelle étude, dans un e-mail à Gizmodo.

 

Neanderthals figueirabrava portugal

© Image: P. Zilhão et al., 2020 / Science Le site de Figueira Brava sur la côte atlantique du Portugal.

 

Les Néandertaliens ramassaient des coquillages, qu'ils utilisaient comme bijoux et pour fabriquer des outils. La nouvelle découverte à Figueira Brava est importante parce que c'est la preuve la plus complète à ce jour pour montrer que les Néandertaliens vivaient constamment des ressources marines, au moins dans la côte ibérique. La nouvelle découverte démontre également des similitudes de comportement frappantes entre les Néandertaliens et les premiers humains modernes.

" Le signal variable mais cohérent de ces comportements à travers plusieurs couches archéologiques à Figueira Brava fournit des preuves solides d'adaptations côtières systématiques et à long terme par les Néandertaliens pendant le Pléistocène ", a écrit l'archéologue Manuel Will de l'Université de Tübingen dans un article d'accompagnement de Science Insights. La nouvelle étude " réfute la théorie selon laquelle les Néandertaliens n'étaient pas en mesure d'extraire efficacement diverses ressources océaniques en grandes quantités ", a déclaré Will, qui n'était pas impliqué dans la nouvelle recherche. Il a ajouté une note de prudence: " un site archéologique ne fait pas de modèle." YH : mais ce n'est pas le seul, justement...

Il y a aussi cette publication de février 2020, sur un site néandertalien de l'Italie :

Fouillée en 1949, Grotta dei Moscerini, datée du MIS 5 au début du MIS 4, est l’un des deux sites néandertaliens italiens ayant livré un large assemblage de coquillages retouchés (n=171) issus de 21 couches. L’autre est Grotta del Cavallo, couche L, dans le sud de l’Italie (n=126). Huit autres sites moustériens en Italie et un en Grèce ont également des outils sur coquille, mais en très petit nombre. Les outils sur coquille sont fabriqués sur des valves de Vernis Callista chione, une espèce de palourde. L’idée générale que les valves de Callista chione ont été recueillies par Néandertal sur la plage après la mort du mollusque est partielle. A Moscerini 23,9% des spécimens ont été recueillis vivants en plongée par les Néandertaliens, directement sur le fond marin. Des données archéologiques provenant de sites situés en Italie, en France et en Espagne confirment que la collecte des coquillages et la pêche en eau douce était une activité courante des Néandertaliens, comme l’indiquent les études anatomiques récemment publiées par E. Trinkaus. L’analyse lithique fournit des données pour montrer la relation entre les outils en pierre et les outils sur coquille. Plusieurs couches contiennent des pierres ponces dérivées des éruptions volcaniques dans l’île d’Ischia ou le Campi Flegrei (avant la méga-éruption de l’Ignimbrite Campanienne). Leurs bords arrondis indiquent qu’elles ont été transportées par les courants marins vers la plage à la base de la séquence de Moscerini. Leur présence dans les couches d’occupation au-dessus de la plage est discutée. L’hypothèse la plus plausible est qu’elles ont été recueillies par Néandertal. La preuve irréfutable que les Néandertaliens ont recueilli des pierres ponces est fournie par une grotte en Ligurie. L’utilisation de ponces comme abrasif est bien documentée dans le Paléolithique supérieur. Nous démontrons que l’exploitation des ressources aquatiques immergées et la collecte des ponces, communes au Paléolithique supérieur, faisaient partie du comportement de Néandertal bien avant l’arrivée des hommes modernes en Europe occidentale.

https://antet.hypotheses.org/tag/neandertal

 

Sources : https://science.sciencemag.org/content/367/6485/eaaz7943

https://phys.org/news/2020-03-neanderthals-marine-resource-exploitation.html

https://www.classicult.it/tag/portugal/?lang=en

 

liens sur erectus :

https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/archeologie/homo-erectus-plus-sophistique-que-prevu.html

https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/preuves-autre-histoire/recentes-decouvertes-historiques.html

https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/archeologie/un-crane-fossile-jette-le-doute-sur-l-ascendance-humaine-moderne.html

 

Yves Herbo et Traductions, Sciences-Faits-Histoires, 09-04-2020


 

Néandertaliens dans les paysages pré-Pyrénées

 

Roca dels bous lleida espagne 1

 

Analyser le paysage des pré-Pyrénées habitées par les Néandertaliens

 

Le chercheur Alfonso Benito Calvo, chef de la ligne de recherche Géomorphologie et processus de formation au Centro Nacional de Investigación sobre la Evolución Humana, est l'auteur principal d'un article qui vient d'être publié dans la revue Quaternary Research qui analyse la formation de Roca dels Bous (Lleida , Espagne), qui était habitée par des Néandertaliens, en relation avec l'évolution qui a eu lieu de ce paysage dans les pré-Pyrénées au cours des 60 000 dernières années.

Dans le document, les processus intervenus pendant l'occupation néandertalienne de ce site moustérien dans les gorges de la rivière Segre (Sant Llorenç de Montgai) ont été étudiés à l'aide de techniques géomorphologiques 3D utilisant des drones, ainsi que des datations stratigraphiques, statistiques et de luminescence ( OSL).

" Le paysage que nous voyons aujourd'hui est très différent de celui habité par les Néandertaliens. Roca dels Bous n'était pas un point de vue dominant la vallée. Au contraire, les données indiquent qu'il se trouvait à côté du fond de la vallée, et les Néandertaliens avaient les ressources offert par la plaine inondable de la rivière Segre, qui était plus large qu'elle ne l'est actuellement ", explique Benito Calvo.

 

Roca dels bous lleida espagne

Roca dels Bous. Crédits: A. Benito Calvo

 

Reconstruire comment le paysage de cette zone a évolué est essentiel pour comprendre les schémas d'occupation néandertalienne sur ce territoire, qui a servi de lien entre le reste de l'Europe et la péninsule ibérique en reliant les hautes terres des Pyrénées au bassin de l'Èbre.

L'accumulation de dépôts gravitationnels associée aux niveaux archéologiques s'est produite à des taux de 0,16–0,44 m ka-1 , entre 55 et 47 ka, coïncidant avec le stade 3 des isotopes de l'oxygène marin (MIS3). Une comparaison plus détaillée avec les courbes climatiques disponibles suggère que les couches de RB datées se sont potentiellement déposées pendant les phases froides dans MIS3. Ce travail fournit de nouvelles preuves basées sur le paysage pour examiner le contexte paléoenvironnemental de la présence néandertalienne dans le sud-est des Pré-Pyrénées, une région importante dans le débat concernant la disparition de Néandertal en Europe occidentale autour de 40 ka."

 

Location of terrace deposits and samples in a 5 km radius of roca dels bous


 

Le site Roca dels Bous est situé à 9,66 km au nord de la ville de Balaguer, dans la province de Lleida, dans le nord-est de l'Espagne, au-dessus de la rivière Segre, à une hauteur de 286 m (938,32 pi) dans les contreforts des Pyrénées. 

Le principal objectif du projet est d'étudier l'organisation de la population du Paléolithique moyen supérieur, les facteurs critiques qui ont conduit les Néandertaliens à l'extinction et une éventuelle interaction humaine néandertalienne - homme moderne.

Dans une lettre de 1973, Emili Sunyer reconnaît la séquence moustérienne présente sur les pentes des Pyrénées de Lleida. Les sondes d'excavation ont produit des artefacts de silex et de quartzite particulièrement typiques des Néandertaliens du Paléolithique moyen . Dans la séquence d'excavation, qui a atteint une profondeur de 1,5 m (4,92 ft), des os de divers animaux de différents écosystèmes qui faisaient partie du régime alimentaire des groupes néandertaliens ont été trouvés. Des fossiles de bois (cerf élaphe), de prairies (chevaux sauvages) et de rochers (chèvres sauvages) sont documentés, ce qui implique que Roca dels Bous pourrait avoir été ou faire partie d'un écotone.

 

Neanderthal figure1 1

Les sites néandertaliens sont nombreux dans cette région, leur population était probablement plus importante que supposée à cette époque.

 

Le petit nombre d'artefacts et de restes d'animaux et l'absence de couches de foyer continues suggèrent que Roca dels Bous a servi d'abri temporaire à de petits groupes de chasseurs, plutôt qu'à un établissement permanent. Le centre d'intérêt de la recherche a changé sur la proportion de la mobilité des Néandertaliens qui dépendait des schémas de migration de leurs proies. Cependant, l'emplacement central du site a été souligné dans une publication de 2014, car il permet un contrôle efficace des mouvements saisonniers des animaux, en particulier les équidés (cheval et âne sauvage) et les cerfs, entre la dépression de l'Èbre et les Pyrénées.

 

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Le site néandertalien

 

La séquence des dates du radiocarbone suggère que les Néandertaliens ont survécu plus longtemps dans la péninsule ibérique, où un petit groupe s'était retiré bien après l'arrivée des humains modernes dans le reste de l'EuropeLa présence de Néandertal après 30 000 BP sur les sites archéologiques de la Méditerranée occidentale et du Portugal a été confirmée. Environ 40 000 BP, une nouvelle tradition techno-économique - et peut-être sociale - différente de la culture de Néandertal Mousterien était apparue dans le nord de la péninsule ibérique. Cette culture a été associée à des humains anatomiquement modernes, qui sont arrivés en Europe via la Méditerranée orientale et se sont rapidement répandus sur tout le continent.

Roca dels Bous est le premier site archéologique en Espagne, qui dispose d'un musée interactif et d'une exposition, qui font partie du parc archéologique de Sant Llorenç de Montgaian. Les visiteurs peuvent faire des visites interactives à travers des photos, des dessins, des vidéos, des cartes et des applications 3D. Par triangulation laser, l'archéologue peut enregistrer l'emplacement exact des résultats.

 

Sources : Quaternary Research : https://www.cambridge.org/core/journals/quaternary-research/article/reconstructing-mousterian-landscapes-in-the-southeastern-pyrenees-roca-dels-bous-site-prepyrenees-ranges-spain/5981495AB181C37CF38C60708C3C9FDA#

les données sont téléchargeables au format word/excel.

https://phys.org/news/2020-05-landscape-pre-pyrenees-inhabited-neanderthals.html

Wikipedia EN

 

Visite éducative sur les lieux

 

Yves Herbo et traductions, Sciences-Faits-Histoires, 18-05-2020


 

Autres liens portant à réflexions :

https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/preuves-autre-histoire/une-decouverte-archeologique-tenue-secrete-en-nouvelle-zelande-jusqu-en-2063.html

https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/archeologie/des-gravures-prehistoriques-racontent-une-histoire-cosmique.html

https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/archeologie/des-peintures-rupestres-en-indonesie-redessinent-l-image-des-premiers-arts.html

https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/archeologie/madagascar-evolution-des-decouvertes-et-de-la-realite-archeologique.html

https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/preuves-autre-histoire/recentes-decouvertes-historiques.html

 

Yves Herbo  Compilation de données mise à jour le 27-11-2020, à suivre pour d'autres données.

Pour rappel, depuis sa création mi 2011, ce blog, tenu par un seul auteur et écrivain, (et qui s'appelait Sciences-Fictions-Histoiress jusqu'en 2017, puisque l'auteur est aussi écrivain de livres d'anticipation), a pour principal objectif la compilation de données sur différents thèmes, dont l'archéologie ancienne. Il est évident (et Albert Einstein a également compilé diverses données le précédant pour finalement trouver sa fameuse équation) que certaines données peuvent avoir des liens ténus, voir fausses, mais ce n'est pas tant la preuve que l'idée ou l'hypothèse qui peut être intéressante. La science moderne a un peu trop tendance a vouloir effacer ou dédaigner des "découvertes contestées", par manque de preuves fermes (qui existent rarement en fait quand on voit les problèmes de datations avec le carbone 14, encore de nos jours) mais surtout parce que les sites contestés font rarement l'objet de poursuites en investigations sérieuses (pas de bourses attribuées ni de volontaires souvent). Et l'un des objectifs est qu'elle ne soit pas perdue irrémédiablement, car des données s'effacent de la mémoire et de la toile internet chaque jour. Et la connaissance humaine ne doit pas effacer même ses erreurs, mais en tirer leçon et s'en souvenir. Aucune science n'est figée et les exemples sont très nombreux de revirements complets et d'annulations de théories admises par la majorité (Néandertalien n'est plus un homme-singe de nos jours, mais un quasi-humain par exemple, la planète Pluton a bien des satellites malgré sa petite taille, on commence bien à découvrir de vrais continents engloutis, par exemples parmi tant d'autres...). L'auteur n'a pas de parti-pris et ne soutien aucune thèse ou hypothèse, affirmations ou écrits traduits ou non, par rapport à d'autres, dans tous les thèmes abordés. Il peut lui arriver de se poser des questions et d'émettre des idées, sans plus. C'est de l'information et de la compilation de données pour améliorer la réflexion et les conserver, permettant éventuellement d'envisager d'autres hypothèses en fonction des rapprochements. Sans plus et pas moins. Certaines personnes n'ayant pas la compréhension (ou l'historique et réel objectif de l'auteur), ou étant même mal intentionnées, ont arbitrairement (et sans grande réflexion) voulu mettre ce long travail bénévole dans une "case" "alternative" ou même "ésotérique". L'erreur est humaine, dit-on... tant pis pour eux, cela ne touche ni la volonté, ni les objectifs de l'auteur... qui continuera à traduire et à parler de publications très scientifiques ou non, contestées ou non ou d'hypothèses passées et présentes...


 

 

France : un bébé néandertalien de 2 ans enterré avec égard

 

Neandertalien

Enfant néandertalien, reconstitution

 

Nous ne savons pas si c'était un garçon ou une fille. Mais cet enfant, un Néandertalien, n'a atteint l'âge que d'environ deux ans. Même si la majorité des spécialistes penchent maintenant vers des enterrements volontaires et organisés par les néandertaliens, les scientifiques qui peuvent encore avoir des doutes doivent maintenant prendre en compte cette nouvelle étude des ossements de ce site célèbre du sud-ouest de la France, La Ferrassie.

Cette courte vie, vécue il y a environ 41 000 ans, est la dernière découverte de ce site connu, puisque les restes de plusieurs Néandertaliens y ont été retrouvés, y compris la découverte la plus récente, l'enfant, connue uniquement sous le nom de La Ferrassie 8.

Lorsque les vestiges antiques ont été découverts pour la première fois - la plupart à divers stades du début du XXe siècle - les archéologues avaient supposé déjà que les squelettes représentaient des sépultures intentionnelles, les Néandertaliens déposant leurs parents décédés au repos sous la terre. Néanmoins, les partisans d'un plus grand anthropocentrisme (centré sur l'homme moderne), se basant aussi sur le fait que les techniques archéologiques et à la tenue de registres utilisées dans le passé, étaient des méthodes désuètes et peu fiables, se posent encore la question de savoir s'il s'agissait vraiment de cérémonies funéraires : si les néandertaliens enterraient leurs morts comme ça ou si il y avait réellement un rite derrière. 

Avec un tel mystère en tête, une équipe dirigée par des chercheurs du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et du Muséum national d'histoire naturelle en France a mené une réévaluation approfondie des vestiges antiques de La Ferrassie 8, qui ont été conservés au musée pendant près de 50 ans après avoir été découverts entre 1970 et 1973.

" La découverte et le contexte de ce squelette ont généralement été considérés comme mal documentés, mais en fait cette carence provient d'un manque de traitement nécessaire des informations et des matériaux de La Ferrassie liés à l'avant-dernière phase de fouille (1968-1973) ", les chercheurs écrivent dans leur nouveau papier.

" En effet, une énorme quantité de données restait non évaluée avant notre étude actuelle. "

 

Dans le nouveau travail, les chercheurs ont examiné les cahiers et les journaux de terrain utilisés par l'équipe de fouille d'origine, ainsi que l'analyse des os de La Ferrassie 8. Ils ont également effectué de nouvelles fouilles et analyses sur le site de l'abri troglodyte de La Ferrassie où les restes de l'enfant ont été retrouvés.

Les résultats de leur approche multidisciplinaire suggèrent que - malgré la nature médiocre des recherches antérieures sur le prétendu enterrement de La Ferrassie 8 - les vieilles conclusions étaient correctes: l'enfant a été enterré.

 

Neandertal children fig1(A) Vue zénithale du modèle 3D de la zone de fouille LF8 après la campagne de terrain 2014, avec (B) les différentes fouilles réalisées dans la zone: la partie la plus à l'est (x = 50-100) a été fouillée en 1970 (vert), la partie la plus à l'ouest en 1973 (rouge) et la zone indiquée dans le carré noir en 2014. Cette dernière zone comprend une colonne d'environ 20 × 60 × 80 cm dans la zone la plus à l'ouest et la surface de la partie sud de la zone fouillée en 1973 L'emplacement de la représentation schématique des restes du LF8 est indiqué. (C) Représentation schématique des vestiges du LF8 (modifié de 43et documentation originale), y compris la position des différentes parties anatomiques, dans lesquelles nous avons ajouté les restes de corne (en rouge) en fonction des informations spatiales disponibles. ( D ) À gauche: Profil nord de la zone LF8 après les fouilles de 2014 (les numéros des photos indiquent une division stratigraphique dans laquelle la couche la plus haute serait équivalente au complexe L2B-L2Bj de Delporte). Centre : La profondeur à laquelle les échantillons OSL ont été prélevés dans ce profil. À droite :Nuage de points W – E (XZ) des résultats de 1970–1973. Notez l'inclinaison vers le bas ouest-est des éléments trouvés dans les couches L2B, L2Bj et M1, l'inclinaison inverse est-ouest vers le bas des éléments trouvés dans la couche M2, et l'absence de découvertes archéo-paléontologiques entre les éléments trouvés dans la couche M2 et celles des couches sus-jacentes, ainsi que la partie basale stérile de M2 ​​vers l'est (surlignée en gris). Les découvertes archéo-paléontologiques (trouvées dans la couche qui contenait l'enfant en 1970 - points verts - et 1973 - points rouges) s'étendent sur c. 120 cm dans l'orientation E – W, ​​c. 50 cm dans l'orientation N – S et une extension verticale régulière de c. 25 cm, en tenant compte du fait que les découvertes, lorsqu'elles sont tracées en groupe, montrent une inclinaison de 15 ° vers l'ouest. Ici, nous montrons également l'emplacement du fragment de dent de Néandertal (LF13) découvert en 2014 dans la couche de saleté des fouilles précédentes. Les points jaunes correspondent aux échantillons utilisés pour la chronologie radiocarbone et les points bleus correspondent aux échantillons OSL. Nous résumons également ici les âges au radiocarbone en cal BP (95,4%) et les dates OSL.

 

« Les données combinées anthropologiques, spatiales, géochronologiques, taphonomiques et biomoléculaires analysées ici suggèrent qu'un enterrement est l'explication la plus parcimonieuse de LF8 », expliquent les auteurs.

" Nos résultats montrent que le LF8 est intrusif dans une couche sédimentaire plus ancienne (et archéologiquement stérile). Nous proposons que les Néandertaliens creusent intentionnellement une fosse dans des sédiments stériles dans lesquels l'enfant LF8 a été déposé."

En arrivant à cette conclusion, l'équipe a confirmé que les os bien conservés avaient été posés de manière non éparpillée, en restant dans leur position anatomique, la tête levée plus haut que le reste du corps, même si la configuration du terrain était inclinée, à un angle différent (suggérant une élévation artificielle par les mains de Néandertal).

De plus, il n'y avait aucune marque animale sur eux, ce que l'équipe considère comme un autre signe probable d'un enterrement rapide et intentionnel. Surtout par rapport à l'état altéré de divers restes d'animaux trouvés dans les environs.

« L'absence de marques de carnivore, le faible degré de perturbation spatiale, la fragmentation et l'altération suggèrent qu'ils ont été rapidement recouverts de sédiments. Nous ne pouvons trouver aucun processus naturel (c'est-à-dire non anthropique) qui pourrait expliquer la présence de l'enfant et des éléments associés dans une couche stérile avec une inclinaison qui ne suit pas l'inclinaison géologique de la strate. Dans ce cas, nous proposons que le corps de l'enfant LF8 a été déposé dans une fosse creusée dans le sédiment stérile », expliquent les chercheurs.

Ce n'est pas la première étude de ces derniers temps à revendiquer de nouvelles preuves que des Néandertaliens enterrent leurs morts, et ce ne sera probablement pas la dernière. L'équipe française dit qu'il est temps que les normes analytiques nouvelles et améliorées d'aujourd'hui soient appliquées aux différents restes squelettiques de La Ferrassie 1 à 7, nous donnant une évaluation actualisée de la façon dont ils ont également été enterrés.

Voici un extrait de l'étude :

Neandertalien-enterrementFrance FerrassieNeandertalien-enterrementFrance Ferrassie (4.31 Mo)

 

Sources : https://www.nature.com/articles/s41598-020-77611-z?utm_medium=affiliate&utm_source=commission_junction&utm_campaign=3_nsn6445_deeplink_PID100052172&utm_content=deeplink

www.sciencealert.com/a-new-skeleton-at-the-flower-burial-site-is-shedding-light-on-neanderthal-funerals

 

Cet article va rejoindre le dossier déjà bien étoffé de l'Homme de Neandertal : https://www.sciences-faits-histoires.com/pages/pages/dossier-neanderthal.html

 

Pour rappel, depuis sa création mi 2011, ce blog, tenu par un seul auteur et écrivain, (et qui s'appelait Sciences-Fictions-Histoires jusqu'en 2017, puisque l'auteur est aussi écrivain de livres d'anticipation), a pour principal objectif la compilation de données sur différents thèmes, dont l'archéologie ancienne. Il est évident (et Albert Einstein a également compilé diverses données le précédant pour finalement trouver sa fameuse équation) que certaines données peuvent avoir des liens ténus, voir fausses, mais ce n'est pas tant la preuve que l'idée ou l'hypothèse qui peut être intéressante. La science moderne a un peu trop tendance a vouloir effacer ou dédaigner des "découvertes contestées", par manque de preuves fermes (qui existent rarement en fait quand on voit les problèmes de datations avec le carbone 14, encore de nos jours) mais surtout parce que les sites contestés font rarement l'objet de poursuites en investigations sérieuses (pas de bourses attribuées ni de volontaires souvent). Et l'un des objectifs est qu'elle ne soit pas perdue irrémédiablement, car des données s'effacent de la mémoire et de la toile internet chaque jour. Et la connaissance humaine ne doit pas effacer même ses erreurs, mais en tirer leçon et s'en souvenir. Aucune science n'est figée et les exemples sont très nombreux de revirements complets et d'annulations de théories admises par la majorité (Néandertalien n'est plus un homme-singe de nos jours, mais un quasi-humain par exemple, la planète Pluton a bien des satellites malgré sa petite taille, on commence bien à découvrir de vrais continents engloutis, par exemples parmi tant d'autres...). L'auteur n'a pas de parti-pris et ne soutien aucune thèse ou hypothèse, affirmations ou écrits traduits ou non, par rapport à d'autres, dans tous les thèmes abordés. Il peut lui arriver de se poser des questions et d'émettre des idées, sans plus. C'est de l'information et de la compilation de données pour améliorer la réflexion et les conserver, permettant éventuellement d'envisager d'autres hypothèses en fonction des rapprochements. Sans plus et pas moins. Certaines personnes n'ayant pas la compréhension (ou l'historique et réel objectif de l'auteur), ou étant même mal intentionnées, ont arbitrairement (et sans grande réflexion) voulu mettre ce long travail bénévole dans une "case" "alternative" ou même "ésotérique". L'erreur est humaine, dit-on... tant pis pour eux, cela ne touche ni la volonté, ni les objectifs de l'auteur... qui continuera à traduire et à parler de publications très scientifiques ou non, contestées ou non ou d'hypothèses passées et présentes...

 

Yves Herbo et Traductions, Sciences-Faits-Histoires, 21-12-2020

 


 

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Date de dernière mise à jour : 21/12/2020