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Réunion du groupe Bilderberg annuelle : Chut les médias !

Réunion du groupe Bilderberg annuelle : Chut les médias !

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La réunion du groupe Bilderberg vient de se dérouler dans le même silence médiatique que d’habitude.

Le groupe Bilderberg est un G20 puissance 10 où se retrouve chaque année en toute discrétion l’élite mondiale de la politique, de la finance, de l’industrie, des médias, des institutions supra-nationales etc... Chacun retourne ensuite à ses fonctions avec les directives à mettre en application.
 

Ce groupuscule anti-démocratique ultra-puissant n’est pas étranger à l’organisation de la crise de la dette actuelle qui est un bon moyen d’asservir les populations en les appauvrissant, le but à peine dissimulé étant l’instauration d’un GOUVERNEMENT MONDIAL où la classe moyenne aurait disparu au profit de 2 castes : l’une dirigeante, l’autre miséreuse.

Pourquoi tant de silence à chacune de ces réunions (depuis 1954 !) ? Pourquoi ce black-out médiatique quand un G8 déclenche toute une armada journalistique ? C’est pourtant là que se prennent les grandes décisions pour l’avenir du monde, cela sans consultation du 1er concerné : LE PEUPLE.

Vous avez dit "démocratie" ?

[...] (prononcez 3poings2crochets) nous en dit plus à travers ce titre "Killing Bilderberg".

Il s'agit d'une création musicale à textes originale : Bonne écoute ! Bon visionnage !

http://www.myspace.com/3poings2crochets 
http://3poings2crochets.bandcamp.com/

http://seeker401.wordpress.com/2011/03/27/bilderberg-to-meet-in-switzerland-june-9-12/

SFH 06-2012

OVNIs et la pathologie de la Raison d’Etat

OVNIs et la pathologie de la Raison d’Etat

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Extrait d'un film de l'armée française sur un OVNI - 1952

Après un article sur Roswell et un autre sur les témoignages d’anciens militaires (dont de nombreux hauts gradés) américains organisés par le National Press Club, il me semble intéressant de revisiter la question des OVNIs en essayant de comprendre pourquoi les Etats, et les Etats-Unis en particulier, sont si frileux en la matière. Je pointe les USA car c’est le pays qui semble être le plus “visité”, qui dispose de la technologie militaire et scientifique la plus avancée, et dont les services concernés (militaires et NASA) sont les plus autistes, attachés à une dénégation systématique du phénomène qui relève soit de la pathologie clinique, soit de raisons qui nous sont actuellement inconnues.

Pour situer le sujet, voici un excellent documentaire réalisé par James Fox intitulé “Out of the Blue”, faisant vraiment le tour de la question à l’aide de nombreux témoignages très crédibles.

Face à la vague de témoignages qui secouent l’opinion américaine à la fin des années 40 et début des années 50, l’USAF lance un programme de recherche sur les OVNIs baptisé Blue Book. 15 ans plus tard et après moultes circonvolutions, cette étude est publiée en 1968 sous le nom de Rapport Condon. C’est un chef-d’oeuvre d’enfumage, donc acclamé par la presse, totalement à côté de la plaque et dont la conclusion est “rien d’utile en termes scientifiques n’est sorti de 21 années de recherche sur les OVNIs. L’analyse attentive des faits tels que nous les connaissons nous mène à conclure que la continuation d’études poussées en matière d’OVNIs ne peut se justifier par l’espoir de faire avancer la science.” Cette conclusion est sans doute recevable en soi, mais elle ne répond pas à la question initiale qui était de savoir si certains phénomènes pouvaient être objectivement attribués à des objets volants de nature inconnue et donc, vu la supériorité technologique américaine de l’époque, éventuellement de nature extra-terrestre.

Une étude autrement plus sérieuse fut menée en France et remise à Jacques Chirac et Lionel Jospin en 1999, le Rapport Cometa. Elle fut au même moment publiée par le magasine VSD, garantissant ainsi son non-enterrement pour raison d’Etat. Ce rapport se fonde sur un grand nombre de témoignages (dont de nombreux militaires) et d’analyses depuis 1977, mais passe également en revue des récits historiques de l’Antiquité à nos jours. Ses conclusions sont à l’opposé de celles du rapport Condon : “Le problème des OVNIs ne peut pas être éliminé par de simples traits d’esprit caustiques et désinvoltes… (ces études) démontrent la réalité physique quasi-certaine d’objets volants totalement inconnus, aux performances de vol et au silence remarquable, apparemment mus par des intelligences… Des engins secrets d’origine bien terrestre ne peuvent expliquer qu’une minorité de cas… Force est donc de recourir à d’autres hypothèses… L’hypothèse extraterrestre est de loin la meilleure hypothèse scientifique ; elle n’est certes pas prouvée de façon catégorique, mais il existe en sa faveur de fortes présomptions, et s'il elle est exacte, elle est grosse de conséquences

Cette étude, il faut le rappeler, fut conduite par le Centre National d’Etudes Spatiales (CNES) et préfacée par le Général Bernard Norlain, ancien directeur de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale. On est donc pas chez les bisounours et autres soucoupistes à la petite semaine.

Venons-en à la question de la Raison d’Etat, qui est d’ailleurs adressée dans le rapport Cometa. Certains ne souviennent peut être de l’extraordinaire déclaration de Ronald Reagan, en tant que Président des Etats-Unis lors de la 42 ème assemblée générale des Nations Unies en septembre 1987 : “Dans notre obsession avec les antagonismes du moment, nous oublions souvent tout ce qui unit les membres de l’humanité. Peut-être avons-nous besoin d’une menace externe, universelle, pour nous obliger à reconnaître cette nature commune. Je pense parfois à quelle vitesse nos différences disparaîtraient si nous devions faire face à une menace extérieure à ce monde.” Mais comme le note le rapport Cometa, “pour les dirigeants politiques comme pour les scientifiques, s’intéresser officiellement aux OVNIs et aux extraterrestres c’est d’abord risquer le ridicule face à des commentateurs et à des médias qui manient régulièrement l’omission, l’ironie destructrice et même le mensonge.

Nous avons ici identifié les deux faces du problème : d’une part ce que les dirigeants politiques savent vraiment (nous y reviendrons), et d’autre part ce qu’il leur est possible de dire face à des médias de masse et un monde politico-médiatique totalement imperméable à toute évaluation intelligente de cette problématique. On fait déjà tout un plat lardé d’hypocrisie et de désinformation sur le cannabis, alors les extraterrestres…

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Que savent les responsables politiques ? Peut être que Reagan avait quelque chose de précis en tête lors de son discours de 1987 aux Nations-Unies, mais on a plutôt le sentiments qu’en fait les élus ne savent pas grand chose : Jimmy Carter et Bill Clinton, en qualité de Présidents, ont tous deux essayés de sonder ce que les services américains savaient vraiment sur les OVNIs, et ont du essuyer des fins de non recevoir. Eisenhower, dans son discours de départ de la présidence américaine en janvier 1961, disait notamment ceci : “Au sein des conciles gouvernementaux, nous devons être en garde contre l’acquisition, volontairement ou non, d’un pouvoir trop important par le complexe militaro-industriel. Le potentiel pour une désastreuse montée en puissance d’un pouvoir mal placé existe, et continuera d’exister. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison (militaire + industriel, ndt) mettre en danger nos libertés et processus démocratiques. Rien n’est assuré. Seule une citoyenneté alerte et instruite peut garantir le bon rapport entre l’énorme machine militaro-industrielle et nos paisibles objectifs et méthodes, de manière à ce que liberté et sécurité puissent prospérer ensemble.” Tout est dit, et le danger ainsi pointé par Eisenhower est, depuis longtemps mais de toute évidence depuis le 11 septembre 2001, une réalité absolue.

Le somptueux navet qu’était Independance Day avait le mérite de mettre en scène la méconnaissance totale d’un président américain, pourtant élu, beau et courageux, des secrets et des opérations spéciales gérés par ses services de sécurité nationale – en l’occurrence, la captation et l’étude d’une soucoupe volante crashée à … Roswell, of course. Cette imperméabilité entre la politique et les officines pathogènes dotées de moyens illimités remonte à la création de la NSA en 1952. Ces services secrets extrêmement puissants et autonomes, associés aux vastes intérêts du complexe militaro-industriel, du pétrole et de la finance, constituent cet Etat Profond dont j’ai proposé une introduction dans ce billet. Là où se prennent les vrais décisions, d’où sont tirées les ficelles et d’où est apparu l’Etat Prédateur, la captation par ces forces occultes de l’appareil d’Etat à leur profit.

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C’est donc dans cette logique qu’il faut, sans doute, comprendre l’inexistence politique sur la questions des OVNIs : non seulement politiciens et scientifiques ont peur du ridicule s’ils font mine de s’y intéresser, mais surtout ils ne savent pas grand chose et “on” leur fait vite comprendre qu’ils n’ont pas intérêt à y mettre le nez. Ceci vaut, en tous cas, pour les Etats-Unis où l’assassinat de JFK est l’exemple absolu. L’impossibilité, volontaire ou non, pour Obama de sortir du sillon sécuritaire (lire par exemple Obama resigne pour le Patriot Act) est à mon avis un signe des pressions que subit un exécutif a priori non aligné sur les intérêts de l’Etat Profond. Cette omerta existait aussi en URSS bien sur, et de nombreuses informations intéressantes sont apparues suite à la chute du mur.

Nous avons en Europe la chance de disposer d’une plus grande ouverture et de rapports crédibles, mais on est encore loin de traiter en place publique la question des OVNIs, de leur nature et de leurs effets, par exemple sur le contrôle des installations de missiles nucléaires. Cette question est d’ailleurs à l’origine du rapport Cometa, dont le titre officiel est “Les OVNIs et la Défense, à quoi doit-on se préparer ?“.

En conclusion, étant donné que le phénomène OVNI ne peut plus, objectivement, être balayé sous le tapis et que si les officines au sein des services secrets, des armées, des agences telles la NASA en savent en fait beaucoup sur ces phénomènes, s’ils ont peut être en leur possession des restes d’OVNIs voir des spécimens biologiques ET, comment reprendre le contrôle de ce qui est in fine financé par les citoyens et imposer notre droit absolu à accéder à ces informations ? Faudra t’il détruire cet Etat Profond, cette mafia psychopathe pour accéder à la connaissance – connaissance peut-être révolutionnaire, dans tous les sens du terme ? Et pour ce faire, il suffit au fond d’appliquer le conseil d’Eisenhower, le pire cauchemar de l’Etat Profond et du dogme sécuritaire : une citoyenneté alerte et instruite.

Sources : http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/ovnis-et-la-pathologie-de-la-118144, 

http://area51blog.wordpress.com/2012/06/08/ovnis-et-la-pathologie-de-la-raison-detat/

SFH 06-2012

Une perte de trading record pour la banque JPMorgan

Une perte de trading record pour la banque JPMorgan

jpmorganbk.jpg JPMorgan annonce une perte de deux milliards de dollars © Reuters Dylan Martinez

Après l'annonce d'une perte de deux milliards de dollars en raison d'opérations de trading hasardeuses, l'action de la banque JPMorgan a fortement chuté à l'ouverture de la bourse de New York. Une affaire qui pose également des questions sur la réglementation bancaire.

C'est la plus grosse perte de courtage depuis la crise des subprimes en 2008. La banque américaine JPMorgan a annoncé deux milliards de dollars de perte en raison d'opérations risquées sur le marché. Deux milliards de dollars partis en fumée, et le bilan pourrait s'alourdir dans les prochaines semaines. En cause notamment, des paris risqués initiés par un trader français surnommé "London Whale" (la baleine londonienne) et rebaptisé depuis cette affaire "Voldemort".

Ces paris, qui ont mal tourné, ont entrainé une baisse importante de l'action de JPMorgan à l'ouverture de Wall Street le 11-05-2012. En revanche, selon les analystes, la banque devrait traverser cette crise sans trop de dommages. Des dommages il pourrait y en avoir sur le moral de la place new-yorkaise.

La banque est depuis longtemps opposée à toute réglementation accrue du système financier. Elle est notamment très opposée au cœur de la réforme, la règle Volker. Elle prévoit d'interdire aux banques de faire du courtage en propre et aussi de limiter drastiquement leurs activités dans les produits dérivés en raison de l'opacité de ce marché.

par Baptiste Schweitzer pour France Info.

Yves Herbo : Voilà encore une nouvelle preuve qu'absolument rien n'a été fait en réalité pour empêcher le cycle infernal des crises économiques (admit par tous les économistes sérieux) engendrées par le "libéralisme" (qui se conclu plutôt par une dictature financière si on réfléchit un tout petit peu !) à tout va depuis plusieurs années de recommencer encore et encore... 

Cette banque, J.P. Morgan, a reçu une forte aide de l'état américain à hauteur de 25 milliards de dollars suite aux "problèmes" des subprimes de 2008 (créés et engendrés par ces mêmes banques sans aucun risque réel) avec (cerise sur le gâteau) 0% de capital garanti obligatoire ! 

Voici la liste des principales banques américaines ayant reçu l’aide publique (donc accroissement des dettes des citoyens) de l’état américain (que ces banques remboursent grâce aux intérêts de la même dette américaine, grecque, européenne et autres qu'elles ont déjà dans leurs comptes en fait, et qu'elles font accroître !), vous pouvez trouver la même liste pour toutes ces banques privées de tous les pays qui ont augmenté les dettes publiques... Où est l'égalité de traitement et la "concurrence" si on regarde le nombre d'entreprises privées qui ne sont pas "sauvées" par le même système en question... le libéralisme, c'est uniquement pour les banques mais tous les autres doivent se concurrencer à mort ? (ce qui amène à des arrangements et fausse concurrence constatée, et alignements de prix, non baisse des prix et coûts mais augmentation au contraire !)...

Bank of America: 45 milliards reçus du fonds TARP (capital exigé dans le cadre du stress test : 33,9 milliards de dollars)
Citigroup: 45 milliards reçus du fonds TARP (capital exigé dans le cadre du stress test: 33,9 milliards de dollars)
JP Morgan Chase: 25 milliards reçus du fonds TARP (capital exigé dans le cadre du stress test: 0 milliards de dollars)
Wells Fargo: 25 milliards reçus du fonds TARP (capital exigé dans le cadre du stress test: 13,7 milliards de dollars)
Goldman Sachs: 10 milliards reçus du fonds TARP (capital exigé dans le cadre du stress test: 0 milliards de dollars)
Morgan Stanley: 10 milliards reçus du fonds TARP (capital exigé dans le cadre du stress test : 1,8 milliards de dollars)
US Bancorp: 7 milliards reçus du fonds TARP (capital exigé dans le cadre du stress test: 0 milliards de dollars)
GMAC: 5 milliards reçus du fonds TARP (capital exigé dans le cadre du stress test: 11,5 milliards de dollars)
Capital One: 4 milliards reçus du fonds TARP (capital exigé dans le cadre du stress test: 0 milliards de dollars)
American Express: 3 milliards reçus du fonds TARP (capital exigé dans le cadre du stress test: 0 milliards de dollars)

Autrement dit : croyez-vous réellement que les gouvernements élus possèdent réellement un quelconque pouvoir concernant leurs propres portes-monnaie et ceux des citoyens ? Et même les présidents élus ? Et si ils ont un quelconque pouvoir comme ils l'affirment, en quoi il consiste puisque rien n'est réellement fait et nous en avons la preuve ici... Sauf s'il y a complicité bien sûr (donc corruption étendue et très grave (et pas seulement chez  les grecs ou autres montrés du doigt, mais bien au niveau européen (et mondial évidemment). Regardez vos élus, citoyens, ou vos responsables des contrôles financiers... un grand nombre on déjà eu affaire à la justice pour détournements et autres, d'autres sont des banquiers de profession et obligatoirement intéressés par une forte collaboration avec quelques individus-clés au niveau financier, dans leur propre intérêt et nécessairement au détriment des citoyensc, bien qu'ils soient élus... et également souvent nommés à des postes-clés quand ils ne sont pas élus ! 

Quel était le discours de Mr Sarkozi avant sa défaite récente ?

- il faut soutenir la croissance (*), diminuer le coût de fonctionnement de l'Etat, rembourser les dettes, récupérer de l'impôt partout et en inventer de nouveaux (ce qui a toujours été fait : un exemple comme la vignette automobile créée à l'origine pour soutenir les retraites...hum...et qui a duré bien longtemps après pour d'autres "motifs"... et pour quels résultats ? ). On peut déjà noter d’emblée que, bien qu'ayant une dette publique déjà énorme à son élection de 2007, le précédent président s'est empressé de l’accroître en s'accordant à lui-même et à son équipe une substantielle augmentation de salaire. Le monde était pourtant déjà en forte crise financière et il n'y a pas eu de réelle pause entre les crises des complices mafieux de Bernard Madoff, celle des subprimes et celle des "dettes publiques"... puis on a continué le travail de sape de l'Etat français en démantelant et privatisant ses acquis (construits et payés par les citoyens) ou n'en conservant qu'une majorité symbolique... on a augmenté les délégations de responsabilités de l'Etat vers les Régions, on diminue les fonctionnaires-employés (pas ceux aux postes-clés, bien sûr : autant de députés, sénateurs, secrétaires d'Etat sont réellement nécessaires ? Ne sont-ils pas volontaires, leur salaire doit-il être si élevé ?...)... on diminue les impôts d'un côté mais on augmente les TVA ou autres quotas pour annuler l'effet en réalité, on attaque les quelques gouttes que représentent les aides sociales mais on aide les puissants et les riches à jouer en bourse... on détourne l'attention sur les quelques profiteurs ou même sur la "sécurité" locale en ne parlant pas des beaucoup plus grands profiteurs que l'on retrouve proches des vrais pouvoirs publiques et privés, pas du côté des simples citoyens...

Quel est le discours de Mr Hollande, nouvel élu ?

- il faut soutenir la croissance(*), diminuer le coût... inutile de trop continuer... il s'agit pratiquement du même discours si on lit un peu entre les lignes, dit de façon différente... il y a-t-il une quelconque tentative de reprise en main du système monétaire scriptural (90% des transactions mondiales) par l'Etat français ? Non bien sûr : cet Etat est appelé à disparaître physiquement pour ne devenir que "virtuel" : le "pouvoir" de la France sera de plus en plus et est déjà soumis à l'entité Europe via sa banque centrale qui, on l' a vu encore très récemment avec la Grèce, est elle-même plus ou moins dépendante du bon vouloir du FMI et des agences de cotations (le tout étant à majorité composé d’intérêts privés et détenu par les mêmes qui jouent avec les intérêts de l'argent créé... et surendettent les Etats). Historiquement, on l'a déjà remarqué avec le soutien et signatures de tous les gouvernements (y compris de gauche) concernant l'Europe libérale confirmée par Maastricht puis les autres accords, il est plus facile de faire accepter des "choses" pas très justes, voir même inégalitaires, par des gens de gauche plutôt que par des gens de droite... le libéralisme, l'invention de nouvelles taxes et "subventions" (CSG/CRDS, etc...) pour nourrir un gouffre nommé "trou de la sécu" depuis des générations de citoyens, les 35 heures (désirées par 85 % des citoyens à l'époque) non réellement appliquées et bradées entreprise par entreprise, sont bien des oeuvres de "gauche"... mais, voyez-vous réellement la différence ? Comment une réelle démocratie peut-elle exister avec des "opposants" ayant une telle proximité d’intérêts à ne rien changer en réalité ? 

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Pour mémoire, voici les développements sur la "crise" de 2008-Madoff et connexes, vous allez retrouver, curieusement, des noms d'entreprises très connues (et ayant bénéficié des aides publiques !) affiliées à cette escroquerie mondiale (et qui a fonctionné des années puisqu'on était déjà au courant des risques en  2003...) :

Irving Picard, l'administrateur judiciaire chargé de liquider la société de Bernard Madoff estime à environ 2000 le nombre de personnes ou entreprises qui ont gagné de l'argent grâce à Madoff et a accusé environ 1000 d'avoir profité indûment de ce système, parmi eux la famille Levy qui a négocié un arrangement de 220 millions de dollars30,31,32Carl Shapiro (en) et sa famille qui vont restituer 625 millions de dollars33 et la banque suisse UBP avec qui un accord de recouvrement pour un montant de 500 millions de dollars avait été passé.

Le 17 décembre 2010, le procureur fédéral de New York, Preet Bharara, a annoncé qu'un accord avait été trouvé avec les héritiers de Jeffry Picower, l'un des principaux bénéficiaires de la fraude et complice de Madoff selon un rapport du syndicat de faillite, pour restituer les 7,2 milliards de dollars demandés par Picard34.

Irving Picard a déclaré que « Madoff n'a pas agi seul pour commettre la plus grande fraude financière de l'histoire », il a annoncé qu'il réclamait 6,4 milliards de dollars à la banque américaine JPMorgan Chase, principale banque du fonds de Bernard Madoff, 2,5 milliards de dollars à la banque suisse UBS35 et neuf milliards de dollars à la banque britannique HSBC36. Il a également porté plainte contre Citigroup concernée à hauteur de 425 millions de dollars, BNP Paribas pour environ 400 millions de dollars, Capital ResearchABN AMROBBVANomuraMerrill LynchOppenheimer Acquisition Corp (en)Vontobel Asset ManagementPictet & CieLombard Odier, Legacy Capital, le groupe Tremont, la MassMutual Holding LLCNotz & Stücki, la banque israélienne Bank Hapoalim, la société de gestion suisse Genevalor Benbassat & Cie ainsi que 4 membres de la famille de Madoff à qui il est demandé au total 198,74 millions de dollars et deux dirigeants de fonds rabatteurs, Frank Avellino et Michael Bienes qui ont géré le premier fonds rabatteur de BLMIS alimentant le début de la fraude pyramidale, plusieurs membres de leurs familles et des fonds d'investissement qu'ils contrôlaient pour recouvrer 900 millions de dollars37,38,39,40.

En tout, il aura déposé plus de mille plaintes civiles, pour un montant avoisinant les 50 milliards de dollars41.

Source : wikipedia + sources liées.

(*) croissance = cf = http://yvesh.e-monsite.com/blog/economie-memoire-d-un-piege/

Théories du libéralisme déstructrices : " Deux obligations péremptoires sont ainsi affirmées. La première est la croissance : un simple ralentissement de croissance est une catastrophe économique. La seconde est la compétitivité, mot qui, dévoyé de son sens de “courir ensemble” désigne maintenant une rivalité de tous les instants qui serait inévitable.

Il n'est pas nécessaire d'être économiste pour constater le résultat. La croissance sans limites est insoutenable, ses conséquences sont déjà telles que c'est l'équilibre biologique de la planète qui est compromis. Ce que n'entrevoyaient que quelques esprits lucides il y a quelques décennies apparaît aujourd'hui à l'évidence : on ne peut plus continuer cette course aveugle. “Aucun arbre ne peut monter jusqu'au ciel” !

Quant à la compétitivité, elle débouche sur un profond déséquilibre social. Cette guerre économique permanente qui impose d'être le meilleur en n'importe quoi, déshérite les perdants trop peu combatifs … ou qui n'ont pas eu la chance de naître parmi les privilégiés. À force de favoriser “les meilleurs" au détriment de tous les autres, le formidable progrès des connaissances et de leurs applications technologiques a été mis au service d'une infime minorité, tandis que près de 840 millions d'êtres humains (YH : en 2003) souffrent de malnutrition, n'ayant même pas un lopin de terre à cultiver de leurs mains pour survivre. "

SFH 05-2012

MONEY un film qui rend compte de la crise du système bancaire

MONEY un film qui rend compte de la crise du système bancaire

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L'association Réséda est composée de quelques journaliste indépendants indignés de la manière dont la « grande » presse rend compte de la crise du système bancaire, monétaire et financier. Elle a donc décidé de monter une série de vidéos à partir de personnalités non « orthodoxes », afin de mieux comprendre la situation actuelle.

Elle prépare en outre, avec une société coopérative de production, un DVD qui reprendra le même thème avec pour objectif de le vendre à des télés et de l'utiliser comme support dans des réunions militantes.

 

Pour aider à la réalisation d'un futur film, devenez souscripteurs en envoyant une participation d'un multiple de 10 euros (chèque libellé à l'ordre de l'association Réséda) :

Association Réséda
Appartement 6
11/13 Boulevard Jeanne d'Arc
95 100 ARGENTEUIL

Pour plus d'informations, écrivez à :
reseda.association@laposte.net

Source : http://rustyjames.canalblog.com/

SFH 05-2012

Incursion dans un domaine trop réservé : la monnaie - Part 9

Incursion dans un domaine trop réservé : la monnaie - Part 9

 

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VI

Annexe : Quelques remarques pratiques


Le réseau bancaire

Sur le plan pratique, cette transformation de la monnaie ne soulève aucune difficulté, surtout à l’ère de l'informatique, logiciels de statistiques et de comptabilité étant maintenant d'usage courant.

Comme la monnaie scripturale l'est depuis longtemps, la nouvelle monnaie est créée par l'augmentation de l'avoir d'un compte, et, inversement, elle est annulée par la diminution de cet avoir. La nouveauté est que ces inscriptions, à quelque niveau que ce soit, ne peuvent être effectuées légalement que par des institutions publiques ayant pour seule fonction de tenir les comptes des individus et des entreprises. Cette monnaie n'étant qu'un pouvoir d'achat, et ne pouvant être placée ou créée afin de rapporter un intérêt, elle a une valeur nominale à sa création, elle n'est pas transférable d'un compte à un autre, elle reste sur le même compte jusqu'à son annulation. Les banques ne sont donc plus des intermédiaires de placement, elles n'ont plus le pouvoir de favoriser des clients en “multipliant le crédit“ contre remboursement avec prise d'intérêt à leur profit. En d'autres termes, elles ne gagnent pas d'argent en le manipulant : en gérant les comptes elles effectuent un service public, comme ceux, par exemple, de l'état civil ou de la sécurité sociale, et obéissent à une Banque Centrale dont les décisions émanent du seul pouvoir politique élu.

Tout citoyen a un compte ouvert à son nom, tenu par la banque de son choix. Ce numéro de compte personnel peut être son numéro d'identité sociale, ce qui assure que tout le monde a un compte et un seul. Et cela dès la naissance, même si tant que le titulaire n'est pas adulte, celui qui en a la charge utilise son compte pour l'entretenir et veiller à son éducation.

 

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Le financement de la production

Aujourd'hui, pour se procurer des moyens de production, un entrepreneur a recours au crédit, en général par l'intermédiaire d'une banque commerciale. Avec une monnaie “qui ne peut pas rapporter”, il n’y a plus d’investisseurs privés vivant de l’intérêt tiré de telles avances, et c'est aux pouvoirs publics qu'il incombe de fournir les moyens de production.

Quelles différences cette transformation de la monnaie entraîne-t-elle ?

Il n’y en a pas au premier stade : dans les deux cas, que ce soit à son banquier ou au service économique compétent, l'entrepreneur doit chiffrer ses besoins et convaincre que son projet est sérieux en estimant le résultat qu'il en escompte.

Mais dans le premier cas, le banquier est seul juge, et son seul souci est de s'assurer que s'il avance la somme demandée, il a assez de chances d'être remboursé et d'avoir en plus les intérêts qu'il exige. Alors que dans le second cas, le service économique, parce qu'il est public et non plus intéressé à titre privé, va pouvoir prendre en considération d'autres critères, comme les effets sur l'environnement, le bruit, la santé, les déchets, la pollution, et la préservation du patrimoine commun, etc. On peut donc imaginer la création dans chaque commune de conseils chargés de publier les projets et d'amener le public intéressé à venir en débattre. On voit que dans la mesure où il ne s'agit plus seulement de faire du profit, il devient possible de réfléchir ensemble aux conditions dans lesquelles la production s'effectue. Cette consultation publique peut mener à débattre des modes, des méthodes et des rythmes de production, de leurs impacts, du choix des sites, des énergies, des matières premières, de la nature des déchets et de la façon dont ils sont éliminés, etc. Et même de ce que devient l'entreprise si elle échoue, afin d'éviter ces friches industrielles déplorables qu'on voit trop souvent aujourd'hui et dont personne n'assume la responsabilité.

Dans les deux cas encore, lorsque le projet est accepté, la somme allouée est inscrite au compte de l'entreprise, compte qui sera débité au fur et à mesure que l'entrepreneur s'en servira pour acheter ses matières premières et pour produire comme prévu.

 

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C'est ensuite que les choses changent.

Quand il s’agit d’un prêt en monnaie capitaliste, l'entrepreneur est réputé propriétaire des richesses produites et il faut qu’il trouve à les vendre car c'est avec l'argent de cette vente qu'il rembourse la somme prêtée, qu'il en paie les intérêts, qu'il acquitte des charges, des impôts et des taxes. Quand il réussit à tirer assez de sa vente pour que le solde soit positif, malgré, éventuellement la publicité qu'il paye aussi, il a un bénéfice. Sinon, c'est lui qui est le perdant.

Au contraire, si la somme lui a été allouée en monnaie distributive l'entrepreneur n'a pas à la rembourser, ni à payer des intérêts, ni de la publicité, ni des charges, ni des impôts, ni des taxes car il n'est pas propriétaire des richesses produites. Il s'est engagé par contrat à les livrer aux détaillants pour être mises en vente aux prix établis. Il rend donc un service public en produisant ce qu’il s’est engagé à produire.

Considérons maintenant le renouvellement des processus de production.

Avec la monnaie capitaliste, l'entrepreneur peut espérer accumuler assez de bénéfices pour pouvoir avancer une part de plus en plus importante de ses moyens de production, donc avoir de moins en moins besoin de prêts et, par conséquent, être de plus en plus libre de produire comme bon lui semble… à condition de pouvoir vendre de plus en plus. Quand elle a atteint une certaine taille, l'entreprise devient une affaire partagée entre des actionnaires qui sont en commun propriétaires des moyens de production et des richesses produites ; leur seul souci est donc sa rentabilité financière car l'entreprise est un placement, et toutes les questions telles que les méthodes de production, les conditions de travail et les pollutions engendrées ne sont, encore et toujours, considérées que dans l'optique de diminuer les coûts de production à seule fin d'augmenter d'autant le retour attendu des sommes investies. Même l'utilité des produits, voire les dangers qu'ils peuvent présenter, n'ont plus d'importance pourvu qu’une bonne “communication” publicitaire parvienne à séduire la clientèle ! Les clients, comme les employés, sont mis au service des investisseurs qui ont ainsi la main-mise sur la production.

La monnaie distributive permet de transformer cette logique, la relation entre producteurs et consommateurs ne reposant plus sur la soumission des uns aux autres, par intérêt. La compétition fait place à la coopération dont les conditions sont posées quand s'établit, par concertation, le contrat de production qui relie l'équipe des producteurs à la société dans laquelle ils vivent, et dont font aussi partie les clients pour lesquels ils s'engagent à produire.

Pendant la durée d'un contrat, le compte de l'entreprise est réalimenté automatiquement pour une production continue. À échéance, l'entrepreneur et son équipe sont amenés à présenter leur bilan afin que le public ait son mot à dire s'il y a demande de renouvellement, pour que certaines conditions puissent être, au besoin, modifiées.

 

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La participation citoyenne

Le service économique habilité à créer la monnaie nécessaire pour que les entreprises de production puissent fonctionner joue donc, avec la nouvelle monnaie, le rôle que jouent seuls les investisseurs et les actionnaires quand la monnaie est capitaliste.

En créant de la même façon la monnaie nécessaire à faire marcher les services publics, cette institution se substitue au fisc : la monnaie distributive supprime tout prélèvement d'impôts ou de taxes quelconques puisque ce n'est plus nécessaire. Ce qui ne signifie pas que tout est possible, puisque le flux de monnaie distributive est défini, donc limité, par celui de la production.

Par l'intermédiaire de cette monnaie c'est donc la population dans son ensemble qui investit dans ses entreprises et met son patrimoine à leur disposition, et c'est elle qui décide des grandes orientations concernant la production et la distribution des richesses ainsi produites.

La société s’engage ainsi dans une voie diamétralement opposée à l’idéologie libérale qui exalte les égoïsmes en prétendant que lorsque chacun n’agit qu’en fonction de son seul intérêt personnel, il en résulte le bonheur pour tous grâce au miracle accompli par la fameuse et mythique “main invisible” … !

L'organisation démocratique rendue possible

Les tâches à remplir dépendent d’abord des grandes orientations de la politique économique. En ce qui concerne la production des biens, deux positions extrêmes risquent peu d'être adoptées dans une économie démocratisée : ni l’idéologie aberrante de la croissance, cette course en avant d’une société de consommation qui détruit les ressources non renouvelables et compromet la vie sur la planète, ni le retour à l’âge des cavernes par un refus systématique de l’emploi de toute technologie.

La sagesse des nations portera vraisemblablement vers un juste milieu entre l'utilisation optimale du patrimoine commun de sciences et de réserves naturelles pour permettre au maximum l'épanouissement de chacun, et le souci de ne pas compromettre la possibilité pour les générations futures de faire encore mieux, en développant les connaissances.

Rappelons en outre que la monnaie distributive ne favorise pas la prolifération de gadgets inutiles : quand la vente n’est pas motivée par le profit du fabricant et du vendeur, personne n’a plus intérêt à pousser le gogo à les accumuler.

Pour ces raisons, et la mise au point de machines programmées ne cessant de se perfectionner, la production des biens matériels, surtout au stade final, demandera de moins en moins d’heures de travail humain. Les emplois nécessaires se situeront donc surtout dans la recherche et dans le développement de services.

 

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Comment se répartir ces tâches ?

La répartition actuelle est opérée par le marché : quiconque ne trouve pas une fortune inépuisable dans son berceau est contraint de vendre ses qualités personnelles et son énergie le plus cher possible sur le marché du travail, et sa vie en dépend. Ce système, on le constate, mène, dès que l’emploi devient rare, à la précarité et à l’exclusion pour une partie de plus en plus importante de la population. Parce qu’elle est basée sur l’égoïsme qu’elle encourage, cette pseudo-société est donc, là encore, un échec au point de vue humain. La monnaie distributive permet de refonder la société en la basant sur la solidarité, en remplaçant cette foire d’empoigne par un contrat à long terme entre la société et chacun de ses membres et qu'on peut ainsi résumer : la société garantit à tout citoyen un revenu décent pendant toute sa vie, celui-ci se sent obligé de contribuer, par son activité, dans la mesure de ses moyens et en fonction des nécessités, à faire que la société puisse garantir à tous ce niveau de vie suffisant.

S’appuyant sur un principe aussi clair, une démocratie moderne a les moyens, en définissant les modalités de son application, de laisser aux individus eux-mêmes le choix de leurs activités, pariant sur leur diversité et sur le fait qu’une tâche est d’autant mieux remplie qu’elle a été choisie et correspond donc aux aspirations et aux aptitudes de celui qui s’y engage.

La finalité de l’éducation, reflet de la société, en est radicalement transformée : il ne s’agit plus de former des employés disciplinés et des clients boulimiques, mais de futurs citoyens, capables de réfléchir, juger, critiquer et prendre des responsabilités, et, quel que soit le temps nécessaire pour cela, de les aider à révéler leurs talents, à trouver leur propre voie, puis de leur donner la formation dont ils ont besoin pour les développer, avec un maximum de culture générale, clé de leur autonomie de pensée. Conscient des besoins de la société qui lui a assuré une telle formation, un jeune deviendra citoyen à part entière en s’engageant dans l’activité de son choix. Il pourra pour cela s’associer à d’autres pour partager les tâches d’une entreprise agréée et dont les moyens seront par conséquent financés comme on l’a vu ci-dessus. Il faut admettre qu’un tel engagement puisse être pris pour une durée limitée, donc fasse l’objet d’un contrat “civique”, à l’issue duquel le citoyen aura la possibilité d’en demander le renouvellement ou de modifier son contrat, ou d’en proposer un autre, ou de prendre une année “sabbatique” pour convenance personnelle, ou pour suivre une nouvelle formation, éventuellement vers une activité différente.

Il est prévisible qu’au moins au début, l’opinion refusera l’idée que pleine liberté soit laissée à tous les individus et que tous les revenus soient égaux. Il appartiendra donc à chaque région de prévoir certains quotas, ou certaines normes, telles que des minima de services ou des maxima de vacances, annuels ou sur des périodes plus longues. N'entrons pas ici dans des détails, car il n'est pas question de figer quoi que ce soit. Notre propos n'est pas de présenter “un paquet tout ficelé” qui serait la panacée, mais de présenter ce qui paraît comme les clés d'un autre développement, d'une dynamique ouverte à toute évolution, débarrassée des dogmes et des impératifs qui sont aujourd'hui imposés alors qu'aucune éthique ne les justifie.

YH : il est à noter que les civilisations précolombiennes d'amériques centrale et du Sud ont, pendant plusieurs millénaires appliqué un système sans monnaie liquide (sauf éventuellement pour commercer avec "l'étranger") aucun, et sur des espaces immenses. Assez proche de ce système, les citoyens commandaient chaque mois leurs listes de besoins familiaux et professionnels, et chaque citoyen assurait sa tâche pour produire et fournir les besoins de tous, qui étaient regroupés en communautés et mis à disposition pour continuer à produire et vivre. Evidemment, une famille royale et des prêtres profitaient du système et dirigeaient, mais ce principe est assez facilement remplaçable par un gouvernement démocratique si on y réfléchit un peu... il est prouvé que la grande dynamique agricole des Incas par exemple, leur a permis d'améliorer leurs technicités et d'augmenter le nombre de personnes affectées à la recherche, astronomie, chimie, etc...

 

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Sources : http://www.france.attac.org/  et multiples références


Yves Herbo 23-10-2014, MAJ 31-03-2020

Un autre dossier regroupera les articles sur d'autres propositions d'organisation de la société et recherches sur l'Histoire montrant des exemples et possibilités adaptables au monde moderne...

Incursion dans un domaine trop réservé : la monnaie - Part 7

Incursion dans un domaine trop réservé : la monnaie - Part 7

 

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V)
Les monnaies parallèles

Par définition, tout moyen de paiement est une monnaie. Mais la monnaie nationale d'un pays étant la seule que tout ressortissant est tenu par la loi d'accepter en paiement, toute autre monnaie utilisée est une monnaie parallèle (44), quels que soient la raison pour laquelle elle a été créée, les modalités de sa création et de distribution, son unité de compte, l'extension de son usage et quelles que soient ses méthodes de contrôle.

Les bons d'achat et autres monnaies “affectées”

La plus répandue des monnaies parallèles, et de très loin, est constituée par les bons d'achat.

Ces monnaies affectées à un usage précis, et restreint, peuvent être créées sous forme de bons destinés par un gouvernement à une catégorie de population. Ce mode de distribution sélective introduit donc une discrimination entre les membres de la société et fait apparaître qu'elle est “à plusieurs vitesses”.

Ces bons peuvent être remis aux pauvres, c'est le cas des "Food stamps" aux États-Unis. Cette distribution, destinée à leur apporter un secours alimentaire, impose donc aux pauvres une démarche humiliante : ils doivent faire une demande d'aide et la justifier en faisant état de leur trop modestes revenus (ou d'absence de revenus) ; elle peut même être pernicieuse, par exemple Milton Friedman eut l'idée de distribuer des bons d'enseignement grâce auxquels l'État assure aux enfants des familles pauvres l'accès aux écoles les moins chères, donc un enseignement au rabais, et la sélection se fait sur les droits d'inscription, seules les familles riches pouvant payer les meilleures écoles. De tels bons permettent de privatiser l'école tout en proclamant que tous les enfants y ont accès.

Au contraire, des bons d'achat peuvent être distribués, en cas de pénurie, à des privilégiés pour leur réserver l'accès à certains produits devenus rares. Par exemple, des bons d'essence ont été émis en Italie, à l'intention des étrangers, à un prix plus bas que le prix à la pompe, quand celui-ci était particulièrement élevé. Il s'agissait d'attirer des touristes aisés.

Des sociétés spécialisées peuvent fabriquer et vendre un autre type de monnaies affectées, c'est le cas par exemple des tickets-restaurant. Ces sociétés en font l'avance aux employeurs qui versent une partie des salaires sous cette forme. Les employés qui les reçoivent ne peuvent donc pas dépenser leur salaire en se privant de nourriture. L'avantage pour les employeurs est double : d'une part, ils bénéficient de réductions fiscales et sociales quand ils les utilisent, et d'autre part, leurs employés ne peuvent pas se plaindre que leur salaire ne leur suffit pas pour se nourrir. Ces bons sont utilisés par 5 millions de salariés en France.

Internet permet maintenant l'utilisation de systèmes de points qui sont, de fait, des monnaies propres à certains sites dont les revenus proviennent d'une part des ressources publicitaires et d'autre part de la vente d'informations concernant les clients.

Mais les plus répandus des bons d'achat sont ceux que distribuent les commerçants à des clients qu'ils veulent attirer ou “fidéliser”. Pour “capter” le client (ou le duper ?), leur science du marketing leur fait inventer toutes formes de bons d'achat : chéques-cadeaux, tirages au sort, cartes de fidélité, avantages promis après plusieurs achats, etc. Presque toutes les enseignes de la grande distribution proposent des cartes de fidélité gratuites et tous les achats (ou seulement certains achats) donnent droit à des points qui s'ajoutent sur ces cartes et ouvrent ultérieurement un droit soit à des réductions, soit à des cadeaux, selon des barèmes qui varient avec la chaîne commerciale. Dans tous les cas il s'agit d'orienter la clientèle vers certains produits ou de la fidéliser à certaines marques ; il s'agit toujours de la pousser à l'achat, par exemple si les points acquis cessent d'être validés après un délai, fixé évidemment par la chaîne. Mais il peut arriver que le cadeau promis ne soit pas “disponible”…

Comme exemple de bons d'achat, examinons brièvement le cas des “miles” aériens, si répandus depuis peu qu'ils sont qualifiés de nouvelle monnaie mondiale (45). Créés en 1981 par la compagnie American Airlines, ces points sont portés sur des cartes personnelles de fidélité, offertes par des compagnies aériennes à leurs clients, et leur permettent d'obtenir des billets gratuits, proportionnellement aux distances parcourues sur leurs lignes. Par exemple, un vol Paris New-York en classe économique rapporte 7.280 miles (la distance parcourue exprimée en miles nautiques) et pour gagner ce même vol il faut avoir acquis sur sa carte 50.000 miles. Les compagnies aériennes ayant complètement intégré cet usage dans leur politique commerciale, elles vendent ces “miles” à leurs partenaires au sol (chaînes d'hôtel, loueurs de voitures, opérateurs téléphoniques, etc.) qui en distribuent, eux aussi, à leurs clients ; ceci permet d'évaluer le prix du stock actuel à quelque 765 milliards de dollars, soit plus que le montant total des pièces et des billets d'euros actuellement en circulation ! Autrement dit, ces miles constituent la deuxième monnaie mondiale en usage, après le dollar ! On a calculé que si cette création de monnaie parallèle continue à croître au même rythme, soit 20% par an depuis 1995, il dépassera le stock de billets verts (dollars américains) d'ici deux ans. (en 2003...)

 

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Epandage pour faire pleuvoir

Notons une particularité de cette monnaie mondiale : elle ne circule pas. Quand elle a servi une fois, elle est annulée.

Elle est tellement passée dans les moeurs aux États-Unis que des associations de consommateurs réclament le versement d'intérêt sur leurs miles, que le fisc songe à imposer ce complément de salaire dont bénéficient les salariés qui voyagent pour leurs entreprises (et qui sont souvent les mieux payés) et que dans certains procès en divorce les époux se partagent le compte de miles familial. Il y a même maintenant un marché noir de miles. Mais comme toute monnaie dont l'émission n'est pas confrontée avec une valeur physique, elle constitue une sorte de bombe à retardement : les compagnies ont beau faire des provisions sur les miles qu'elles émettent, pour anticiper ce que ces miles leur coûteront en billets gratuits, on a beau prévoir que la majorité des titulaires de bons n'en ont pas accumulé assez pour avoir droit à des billets gratuits, il n'empêche que le stock mondial de miles détenus sous cette forme par les quelque 89 millions de clients des compagnies aériennes était évalué par The Economist à 8.500 milliards en 2001. On peut calculer qu'il faudrait 23 ans pour vider toutes les cartes… et à condition de cesser d'en émettre !

L'usage des bons d'achat commerciaux, sous une forme ou sous une autre fausse le marché au moins de trois façons :

D'abord cette pratique neutralise la concurrence. Par exemple, un programme de miles aériens peut conférer à une compagnie une position dominante.

Ensuite cet usage brouille l'information sur les prix finalement payés : quel est le prix d'une minute de téléphone avec un portable qui fonctionne avec une carte qui vous fait tel et tel tarif dans certaines conditions et tel tarif tant telles autres ? Quel est le prix du litre d'essence quand tout achat de plus de 10 litres donne droit à un bon et que tant de bons donnent droit à un nettoyage gratuit et rien si le nombre de bons est insuffisant ? Et quel est le prix d'un vol payé par une société à tel de ses salariés qui va profiter de sa carte pour se payer un surclassement en classe affaires ? Plus grave : qui bénéficie des billets gratuits acquis grâce aux miles gagnés sur des billets professionnels payés par l'employeur ? Une telle question va encore plus loin quand l'employeur est l'État et le voyageur un député : deux députés allemands ont été poussés à la démission pour avoir utilisé ces miles gratuits pour des déplacements en famille.

Enfin l'usage de ces bons a un impact immatériel, voire moral : la clientèle devient une part du capital (immatériel) des entreprises et ces dernières calculent la valeur actuelle nette (VAN) d'un client par les profits qu'elles anticipent des achats qu'il fera s'il est ainsi fidélisé, par exemple, il est connu en “mercatique” qu'«augmenter de 5% le taux de fidélisation d'un client augmente sa VAN de 35 à 95 %»…

Les monnaies locales

Quand l'économie d'un pays est défaillante, la monnaie, que les économistes présentent comme un moyen d'échange, est perçue par ses habitants comme un frein à l'échange. Ce qui les conduit à chercher comment "s'en tirer” et ils réagissent au plan local, faute de pouvoir le faire à plus grande échelle. Dans pratiquement tous les cas, leur première initiative consiste à se passer de monnaie officielle (qui leur fait défaut) en inventant une monnaie privée, une monnaie parallèle qui leur est propre, qui n'est émise et contrôlée que par eux-mêmes, et qui n'a pas d'autre objectif que de leur permettre de vivre mieux, voire de survivre.

C’est donc en périodes de difficultés économiques que naissent des expériences de monnaies locales.

Un premier exemple est celui de la grande crise qui débuta par la chute de la Bourse de New York en 1929 et se prolongea par la Grande dépression jusqu'à la Seconde guerre mondiale.

Elle fut qualifiée de crise de surproduction ce qui, pour les économistes, ne signifie pas que tout le monde était pourvu de l’essentiel, mais que de grandes quantités de produits ne trouvaient pas d'acheteurs solvables, parce que les millions de chômeurs et leurs familles, qui en avaient grand besoin, n’avaient pas d’argent. C’était la première manifestation de ce que Jacques Duboin dénonça comme “la misère dans l'abondance” (46).

 

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 Jacques Duboin

 

La seconde a suivi la grande transformation néolibérale qui installa la dictature des marchés financiers sur l'économie.

L'après “grande crise”

Pour accélérer la consommation, Silvio Gesell imagina une monnaie fondante, c'est-à-dire des billets dont le pouvoir d'achat, s'il n'était pas dépensé au bout d'un certain temps, était systématiquement dévalué au rythme de 0,5% par mois, soit 6% l'an. Des expériences ont été entreprises, dont la première à Wörgel, un village montagnard d'Autriche, et la seconde en France, à Lignères-en-Berry, après la guerre. Toutes les deux se sont traduites par une remarquable relance de l'économie par la consommation et toutes deux ont reçu l'ordre de stopper sous prétexte que cette monnaie fondante était illégale.

Il n'est pas étonnant que la recrudescence du chômage dans les pays industrialisés ait suscité la réapparition de mouvements revendiquant une telle monnaie fondante pour relancer l'économie. Un système fonctionnant avec une telle monnaie a été expérimenté, par exemple, à Saint Quentin en Yvelines à partir du 1er janvier 1997.

*

Pour les fondateurs, en octobre 1934, du cercle économique WIR (Wirtshaft Ring Gesellschaft), cette même Grande Dépression était due à un manque d'approvisionnement en monnaie légale et il fallait éviter aux petites et moyennes entreprises d'en subir les conséquences. Il s'agit donc d’un système d'échange de marchandises entre entreprises, organisé dans un but lucratif par une sorte de chambre de compensation qui prélève une taxe sur chaque échange et se fait aussi payer ses services comme des informations, des facilités de crédit et même des activités de lobbying auprès des gouvernements afin de défendre les intérêts des entreprises adhérentes.
La monnaie de ce cercle de soutien mutuel ne peut être échangée qu'entre les entreprises qui en sont membres.

L'après “Trente Glorieuses”

Frappé par le nombre de personnes qui ne peuvent pas participer à la vie économique et sociale parce qu’ils manquent d’argent, Michael Linton crée avec quelques amis, en 1982, le premier système d’échanges locaux, en anglais Local Exchange Trading Systems (LETS) à Vancouver (Canada). Il sera imité d'abord en Australie, puis en Nouvelle-Zélande et au Royaume-Uni, etc. Il y a d'autant plus d'échanges dans un LETS qu'il a beaucoup d'adhérents, de sorte que l'enjeu est d'y attirer du monde.

 

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 Un denier sous l'Empire

 

En France, les SEL (système d'échanges local) se sont peu à peu éloignés du système des LETS, depuis la création du premier, qui eut lieu en Ariège en 1994. Ce sont des associations de personnes qui comptabilisent, à l'aide d'une unité de compte qui leur est propre, les transactions qu'elles font entre elles, transactions qui portent aussi bien sur des travaux ménagers, des réparations, des gardes d'enfants, la confection de plats cuisinés ou des cours de langue.

Offres et demandes sont recensées dans un catalogue auquel tous les membres d’un SEL ont accès. Il n'y a pas de billets en circulation, la comptabilité se fait dans une monnaie imaginaire, chaque SEL a la sienne, dont la valeur unitaire, parfois liée à la monnaie nationale mais le plus souvent au temps passé, fait l'objet d'un accord mutuel. Si Aurélie souhaite repeindre sa cuisine alors que Pierre offre de faire des travaux de peinture, elle lui confie le travail et ils conviennent entre eux qu'il y consacrera, par exemple, 10 heures. Si leur monnaie a pour unité de compte la minute, quand la cuisine sera repeinte, le SEL devra retrancher 600 unités du compte d’Aurélie et augmenter d’autant celui de Pierre. Il appartiendra alors à Aurélie de fournir un travail à un membre du SEL, pas forcément Pierre, et celui-ci aura droit à une aide de 10 heures de la part d’un membre du SEL. L'heure est comptabilisée sans tenir compte du niveau social ou professionnel de la personne qui rend le service. Rien ne garantit que le travail sera bien fait. Aucun recours n’est possible. Les membres sont invités à limiter leur endettement, mais un compte déficitaire n’est pas pénalisé d’un intérêt. Les comptes démarrent en général à zéro et les membres doivent limiter leur endettement à l'équivalent de -3.000 minutes, par exemple. Dans d'autres SEL, on offre d'emblée 5 heures au départ (300 unités) aux membres afin de leur éviter de démarrer sur un endettement.

Malgré l'existence de programmes informatiques adaptés, la comptabilisation des unités d'échange dans les SEL leur pose un problème vital car cette comptabilité s'avère très lourde et leurs responsables sont contraints à un travail répétitif. Or les travaux échangés dans un SEL sont par principe occasionnels, sinon il s'agirait de travail “au noir”. Le débat est de choisir entre convertir cette tâche en travail salarié, donc déclaré, ou inventer des systèmes moins lourds à gérer. Dans certains SEL, une grande partie des échanges n'est pas comptabilisée, et le système se dissout alors dans la bande de copains, mais perd aussi sa capacité d'accueillir régulièrement de nouveaux adhérents “en nombre", à la différence des SEL qui “comptent” dans les SEL leur pose un problème vital car cette comptabilité s'avère très lourde et leurs responsables sont contraints à un travail répétitif. Or les travaux échangés dans un SEL sont par principe occasionnels, sinon il s'agirait de travail “au noir”. Le débat est de choisir entre convertir cette tâche en travail salarié, donc déclaré, ou inventer des systèmes moins lourds à gérer. Dans certains SEL, une grande partie des échanges n'est pas comptabilisée, et le système se dissout alors dans la bande de copains, mais perd aussi sa capacité d'accueillir régulièrement de nouveaux adhérents “en nombre", à la différence des SEL qui “comptent”.

En 2003, en France, on estime à 350 le nombre de SEL et à 30.000 le nombre total de leurs membres, lesquels y trouveraient, non pas les moyens de vivre, mais le plus souvent un appoint, la possibilité d'acquérir un service auquel ils n’auraient pas accès sinon, et dont ils s’acquittent à la bonne franquette.

Le système des jardins d'échange universel (JEU) fonctionne à partir de carnets sur lesquels les membres notent leurs transactions, en binômes autonomes, ces carnets ne sont montrés qu'à la personne avec qui se fait l'échange, il n'y a aucun contrôle.

L'Ithaca-hour ou time-dollar est une monnaie locale née du refus des 30.000 habitants de la ville d'Ithaca (état de New-York) de se voir soumis aux effets de décisions prises de loin par de grands groupes ne se souciant guère de la survie des petites localités. Son but est donc de réorganiser localement l'économie marchande, de créer des emplois locaux et de faire circuler localement les revenus de sa population. Dans 30 villes des États-Unis, des communautés se sont formées pour bénéficier de ces time-dollars, monnaie non imposable qui permet d'avoir une aide d'une heure contre une heure passée à aider quelqu'un. Celui qui reçoit un service signe un certificat à celui qui le lui rend, l'ensemble de ces certificats est géré par une banque du temps (time bank) qui centralise les offres et les demandes de temps.

Sur le même principe, un groupe de femmes italiennes a créé à Bologne, en 1991, la première banque de temps italienne. Celle-ci comptabilise, en crédit ou en débit, les heures de femmes qui entendent valoriser leurs activités au quotidien, elle organise leurs emplois du temps en fonction des offres, des demandes et de leurs compétences. Ces banques du temps ont des liens très forts avec les administrations locales, qui sont même souvent à leur origine et qui leur fournissent au besoin finances et locaux.

Plus étendus sont les systèmes de troc en Amérique du Sud. En Argentine, dont les richesses naturelles sont immenses, les habitants se sont retrouvés, presque du jour au lendemain, sans pouvoir d'achat parce que leurs avoirs en monnaie nationale, sur leurs comptes en banque, leur ont été confisqués. Un très grand nombre d'entre eux ne survivent que grâce à ces systèmes de troc de biens, qu'ils avaient heureusement organisé avant la faillite. En 1995, à Bernal, une banlieue de Buenos Aires, des voisins échangent les surplus de leur potagers. Ils redécouvrent le troc. D’abord local, le système devient régional, puis national. En trois ans des milliers d’Argentins, victimes de la crise, et qui ne bénéficient ni d’assurance-chômage, ni d’allocations familiales, ni d’un équivalent du RMI, adhèrent à des clubs de troc où s’échangent des produits ou des services.

À la fois producteurs et consommateurs, les adhérents reçoivent de leur club un certain nombre de “creditos” (47), sorte de monnaie locale qui leur permet d’échanger les productions et services du club. Les échanges effectués en 1999 sont estimés à plus de 500 millions de dollars au total. Aujourd’hui, ces clubs s’appellent “noeuds” parce qu’ils se sont rassemblés en réseaux (Red de Trueque) étendus à toute l’Argentine et même à des pays voisins (Uruguay, Brésil, Nicaragua, Pérou, …). Ce ne sont pas des structures fermées : les gens peuvent passer d’un noeud à un autre. Ils sont de tailles diverses, de quelques dizaines d’adhérents à plus de mille. Au début, ils étaient issus de la classe moyenne, qui s'est muée en une classe de nouveaux pauvres. Avec l’extension de la crise, et pour en amortir sur eux les effets, ce serait plus de 6 millions d’Argentins qui, en 2002, auraient participé aux activités d’environ 8.000 noeuds.

Deux grands réseaux coexistent : le Réseau de troc solidaire (RTS) qui regroupe dix-sept provinces et le Réseau global de troc (RGT) qui compte le plus grand nombre d’adhérents.
Les pouvoirs publics ont dû tenir compte de l’importance de ces réseaux, si bien qu’en 2000 le troc a été déclaré d’intérêt national par le gouvernement. Qui plus est, de nombreuses municipalités acceptent maintenant que leurs administrés paient leurs impôts en créditos. Dans certaines villes des commerçants ou des fournisseurs de services classiques acceptent aussi des règlements en créditos. Leur principe est le suivant : au départ, un club émet un certain volume de monnaie “alternative” et la répartit équitablement entre ses membres, qui s'en servent pour faire des échanges entre eux. Si ces échanges se multiplient au point que les membres estiment qu'ils ont besoin de plus de monnaie, ils votent une augmentation, par exemple de 10 unités par membre.

Un contrôle attentif de cette inflation s'est avéré nécessaire, afin d'éviter que l'unité monétaire se trouve dévaluée. Les pouvoirs publics, en particulier ceux de la ville de Buenos Aires, ont accepté d'appuyer ce système à condition que sa monnaie ne soit pas convertible en monnaie officielle.
Mais on s'est aperçu que les participants avaient du mal à ne pas confondre la monnaie des “nodos” avec la monnaie traditionnelle et il faut insister sur la non-pertinence de la valeur numéraire dans le système d'échange, qui, en fait, correspond surtout à la valeur du travail. Enfin, pour éviter les inconvénients des contrefaçons, il est recommandé que les grands échanges interclubs se fassent en produits plutôt qu'à l'aide de monnaies différentes. On s'interroge sur l'intérêt de systèmes mixtes alliant paiement alternatif et paiement traditionnel.

La multiplication des monnaies locales ne va pas sans inconvénient : elle facilite la falsification massive des billets (48) par des réseaux mafieux, et émettre inconsidérément des créditos conduit à une inflation galopante comme celle que connaît l’économie classique.

 

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C’est ce qui se passe dans le RGT. Heloisa Primavera (49), qui travaille avec les réseaux depuis 1996, dénonce surtout une «falsification de principe» car l’inflation que connaît le RGT «est le résultat de la sur-émission de créditos dans ce réseau qui provoque une sur-liquidité sur le marché». Elle reproche au RGT de «détruire la dynamique économique et sociale du troc en inondant le pays de ses billets afin de créer un réseau national centralisé, à la monnaie incontournable. Le résultat est fâcheux : la monnaie est déconnectée de l’économie réelle. Comme un certain peso… La juste correspondance entre niveau de production et volume de créditos en circulation est rompue, le crédito perd alors de sa valeur et surtout la confiance des usagers»(50). C’est pourquoi elle mène campagne auprès des maires pour qu’ils n’acceptent pas n’importe quelle monnaie locale. Pour elle, l’urgence est de consolider le potentiel alternatif du troc «qui doit devenir le terrain d’une économie de l’abondance où le jeu n’est plus gagne/perd, comme dans le capitalisme, mais gagne/gagne, grâce à un partage efficace des richesses». «Le troc est pour la première fois, un chemin pour sortir les pauvres de l’exclusion sans faire la guerre, sans prendre les armes […] C’est un phénomène d’avant-garde et pas de régression». «Nous sommes à un point de sortie du paradigme de la rareté pour entrer dans celui de l’abondance. Il n’y a pas de rareté. Elle est artificielle»(51).

*

Bien d'autres monnaies locales ont été inventées, elles sont trop nombreuses pour être toutes citées, depuis le tabac et les cartes à jouer remplaçant la monnaie légale chez les colonisateurs aux Etats-Unis, jusqu'à celles qui foisonnent actuellement dans le monde entier. Par exemple «Au Brésil, la municipalité de Braga a décidé de payer ses employés en imprimant ses propres bank-notes. Baptisés “Bonus”, les billets peuvent servir à payer les impôts locaux et ils sont acceptés dans les magasins de la ville»(52). Ou bien «En Russie, dans la région de Novossibirsk, une entreprise imprime sa propre monnaie. Plus de 800.000 billets d’une valeur faciale d’un rouble ont été édités, puis distribués aux employés Cette émission a permis de payer trois mois de salaire en retard… Seuls trois magasins et une station-service, appartenant d’ailleurs à l’entreprise en question, pourront échanger des denrées contre ces billets, qui sont également acceptés par les autorités locales en paiement des impôts locaux, les municipalités payant alors leurs fonctionnaires avec ces billets»(53). Et aussi en Italie (Rete di economia locale), en Allemagne (Tauschring), au Japon, en Thaïlande (Thailand Community currency systems), en Nouvelle Guinée, en Indonésie etc.

*

Ces réseaux d'échanges recréent du lien social, et s'opposent ainsi, de fait, au système économique actuel qui exalte et développe l'individualisme du “chacun pour soi”, voire même le gratifie. Les gouvernements néolibéraux pourraient donc être tentés de voir dans leur développement le moyen de se débarrasser sur eux du problème de la survie des exclus de la compétition. Mais ils les guettent plutôt avec le piège du “travail au noir”, puisque les services échangés entre eux par les membres d'un réseau d'échanges ne donnent pas lieu à paiement d'impôts, et surtout parce que les professionnels de services marchands se plaignent qu'ils leur font concurrence et les considèrent comme des manques à gagner.

Un autre prétexte invoqué pour les condamner consiste à dire que les monnaies qu'ils créent sont illégales. Ce qui est rigoureusement vrai, mais alors pourquoi toutes les monnaies privées, toutes les autres monnaies parallèles, dont les plus nombreuses sont celles qu'émettent les chaînes commerciales, ne sont-elles pas interdites depuis longtemps en vertu de ce même argument ? Il paraît étonnant qu'aucun juriste n'ait été capable de dénoncer le déni de justice qui consiste à dire qu'une monnaie illégale est tolérable quand elle est à but exclusivement lucratif mais devient intolérable quand son seul objectif est de créer de la solidarité.

 

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Passer du local au global

Tous ces recours à des monnaies locales sont nés quasi spontanément, dans l’urgence :

un grave problème économique et social se révèle, alors des expériences sont lancées pour tenter de le surmonter localement, de façon immédiate et pragmatique. Mais même si leur conception n'a rien d’universel, s’agissant toujours d’accords ponctuels pour quelques heures d’un travail qui reste limité au domaine de l’artisanat, et même si la relance qu'ils permettent reste autocentrée, ces réseaux sont très efficaces sur le plan social : en rompant l’anonymat véhiculé par la monnaie capitaliste, ils créent des relations entre leurs membres alors que le marché, au contraire, développe l'égoïsme du “chacun pour soi”. Donc, quelle que soit la façon dont elle va évoluer, il est important que l'économie de demain adopte leur slogan : “le lien vaut mieux que le bien” et qu'elle s'organise pour encourager et développer au plan local ces “échanges de bons procédés”, qu'ils soient comptabilisés ou qu'ils ne le soient pas.

Mais l'économie de la société humaine ne se limite pas au niveau local. Non seulement il y a des services (transports, eau, énergie, soins médicaux lourds, recherche fondamentale, information, culture, entretien du patrimoine, etc., sans oublier la justice, car la vie en société nécessite un code qu'il faut pouvoir faire respecter sans que ceci tourne au règlement de compte…) qui doivent rester organisés à une échelle publique bien plus large, au minimum régionale. Voire nationale, comme la prise en charge d'une population qui vieillit. À l’échelle internationale, les SEL ne peuvent pas, par exemple, empêcher le commerce de la drogue, ni limiter le développement de la violence qu’engendre la misère créée par le système capitaliste. Et même en restant à petite échelle, on produit souvent bien mieux qu'individuellement quand on accepte de travailler en équipes pour que l'ensemble profite des compétences de tous, librement associés pour organiser intelligemment leur coopération. Toute une infrastructure est donc nécessaire, qui relève d'une organisation à plus large échelle, prenant en charge d'autres besoins que ceux qui se règlent par des échanges individuels, même multilatéraux.

Il est une autre raison, encore plus importante, qui fait qu'il y a urgence à avoir le courage d’innover, comme l'ont fait les SEL au plan local, mais en pensant et en agissant globalement pour toute la société. C'est que l'humanité se trouve plongée dans une véritable mutation ; héritiers de savoir-faire et de connaissances accumulées pendant des millénaires, nous savons aujourd'hui tout produire, et même le pire. Or c'est souvent le pire que produit l'économie actuelle, mise par les marchés au service d'une minorité qui se sent libre d'accaparer toutes les ressources. Et en outre elle produit n'importe comment. Il est donc urgent de réfléchir à une autre transformation de la monnaie qui orienterait les économies modernes de façon à assurer à l'humanité un avenir plus digne et plus sûr. Tel est bien le sens des conclusions qu’Héloïsa Primavera tire de sa propre expérience en Argentine quand elle met l’accent sur le fait que le capitalisme correspond à une économie de rareté mais se révèle incapable de partager les richesses alors que nous entrons dans une ère d’abondance.

C'est dans cette aspiration véritablement humaniste, car porteuse d'un projet pour l'ensemble de la société, que se situent les deux types de propositions suivants.

Le dividende social

Au début des années 1930, les propositions du Major écossais C.H.Douglas avaient une portée sociale nationale, sinon universelle. Mettant l'arbitraire de la création monétaire par les banques à l'origine du manque de pouvoir d'achat des populations pauvres, d'ailleurs condamnées au chômage par le machinisme, il fit remarquer que la véritable richesse d'un pays n'est pas celle qu'indique son système financier mais bien ses possibilités réelles de produire : ses terres, ses mines, ses routes et son savoir-faire. Ce patrimoine étant commun à tous les citoyens d'un pays, il estimait légitime que chacun d'eux en touche régulièrement le dividende, sous la forme d'une somme versée annuellement par un organisme national de crédit émettant pour cela une nouvelle monnaie. Encore appliqué en Alaska ce principe a valu à tous les habitants de cet État américain, homme, femme ou enfant, de recevoir en 2002 un dividende de 1.540 dollars gagé sur le pétrole du sous-sol.

Le projet SOL

Le projet d'une monnaie solidaire, le SOL, est conçu pour favoriser une société solidaire ayant l'humain et non plus le profit pour objectif.

Concrètement, un citoyen recevrait des SOL soit en achetant certains biens et services de l'économie sociale et solidaire (ESS : mutuelles, coopératives par exemple), soit en ayant un comportement civique en s'impliquant dans la vie sociale (alphabétisation par des bénévoles, par exemple). Ces SOL permettraient d'acheter des biens et services de l'ESS (commerce équitable, assurances ou même placements financiers), d'accéder à des biens collectifs (équipements sportifs d'une commune, par exemple) et culturels ou encore de soutenir des initiatives locales ou de grandes causes communautaires.

Cette initiative entre dans le cadre des nombreuses expérimentations actuelles dans la recherche d'une économie sociale et solidaire, analysées par Pantaleo Rizzo (54). Elle est la démonstration flagrante de la nécessité d'échapper aux impératifs du capitalisme qui domine aujourd'hui le monde, mais elle se heurte à ses propres limites s'il s'agit de s'accommoder de ce système et non pas de chercher comment le remplacer.

 

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(44) Jérôme Blanc, Les monnaies parallèles, unité et diversité du fait monétaire.

(45) Voir Le Monde du 20 août 2002, page 11.

(46) sous-titre de son livre “Kou, l'ahuri”, qui fut publié la première fois en 1934 et, 62 ans plus tard, tant la misère dans l'abondance qu'il décrivait était, hélas, encore d'actualité, il fut mis en scène au théâtre par Christine Delmotte en Belgique puis à Paris. Jacques Duboin, grand humaniste, a été amené lors de la grande crise de 1929, à expliquer la nature du changement de civilisation qui s’amorçait alors, et à conclure à la nécessité d’une économie de répartition qu’il définit ensuite sous le nom d’Économie Distributive.

(47) En fait, il existe plusieurs versions du crédito correspondant aux régions d’origine, mais ils circulent sans problème dans tout le pays.

(48) Certains creditos portent maintenant des filigranes et des numéros de série.

(49) Professeur d’administration publique à l’Université de Buenos Aires.

(50) dans Témoignage Chrétien, N° 3030, 3/10/2002.

(51) Heloisa Primavera, Rencontre internationale “Reconsidérons la richesse”, Paris, 1-2 /3/2002.

(52) Marianne, semaine 25-31/1/1999.

(53) Le Midi Libre, du 13/3/1999.

(54) P. Rizzo, L'économie sociale et solidaire face aux expérimentations monétaires. http://www.docstoc.com/docs/91268733/Pantaleo-RIZZO

Sources : http://www.france.attac.org/ et multiples références

Yves Herbo/MPSA/2014

Incursion dans un domaine trop réservé : la monnaie - Part 6

Incursion dans un domaine trop réservé : la monnaie - Part 6

Deuxième partie Part IV

 

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«Viens m'aider ! Celui qui fit comprendre à son semblable le sens de ces mots est le fondateur inconnu de toutes les sociétés humaines.»

Jacques Duboin (Libération)

IV b
Monnaie et société


Les conséquences d'une monnaie de dette.

Quel que soit l'aspect considéré, et contrairement à l'affirmation libérale selon laquelle la monnaie est neutre, la réalité montre que le fait d'utiliser des monnaies de dette non gagées sur une richesse manifeste et créées par des sociétés privées ayant leur seul profit pour objectif, est extrêmement lourd de conséquences, même si celles-ci ne sont généralement pas perçues comme telles :

Au plan national : un engagement commun.

On a vu plus haut que la loi (35) faisant obligation à tous les ressortissants d'une nation (ou d'un groupe de pays, tel que “l'Euroland" (36), d'accepter en paiement sa monnaie, celle-ci est devenue la reconnaissance d'une dette collective : elle engage tous les ressortissants de cette nation à fournir l'équivalent de la somme mentionnée à quiconque présente cette monnaie et qui a, de ce fait, un droit de tirage sur les biens et services mis en vente par cette nation.

La monnaie constitue donc un lien national (ou communautaire) entre les citoyens du pays (ou du groupe de pays) qui l'émet : ils sont unis, note Benjamin J. Cohen (37), par l'engagement commun que constitue leur monnaie comme ils sont unis, par exemple, par l'usage d'une langue nationale commune.

Alors une question se pose : qui peut prendre un tel engagement au nom d'un État ? Il nous semble évident que dans une démocratie ce ne peut être que les représentants élus du peuple, et c'est cette évidence qui fait que la plupart des gens croient, en toute bonne foi, faites-en l'expérience en interrogeant votre entourage, que ce sont les autorités publiques qui ont le monopole de la création de la monnaie et de son contrôle.

On a vu que le contrôle des gouvernements sur leur monnaie nationale s'est institué au début du XIXéme siècle et qu'il a eu son apogée au milieu du XXéme. Mais qu'au cours des années 1980, dans la foulée du fameux “tournant libéral” précédemment décrit, il a été abandonné.

Et les conséquences sont lourdes, sinon bien perçues : en abandonnant ce pouvoir, qui nous paraît pourtant légitime, les gouvernements ne se sont pas seulement privés de la possibilité pour l'État de recourir à la création monétaire pour faire face, en cas d'urgence, à des dépenses publiques nécessaires et imprévues. Ils ont aussi renoncé à un outil essentiel de gestion de l'économie, par la fiscalité (dont dépend la redistribution) et par l'intermédiaire des taux d'intérêt ou des taux de change : en créant plus de monnaie, l'État pouvait décider d'accepter l'inflation qui, en diminuant le poids des dettes, favorisait les débiteurs au détriment des prêteurs, ou, au contraire, en décidant de limiter la création monétaire, le gouvernement rassurait les créanciers. La dévaluation d'une monnaie était un avantage concurrentiel immédiat offert aux exportateurs du pays.

Enfin, le monopole public sur la monnaie renforce naturellement l'autorité du politique : il est évident que plus un gouvernement est capable d'assurer son monopole, moins sa politique est soumise à des influences étrangères. Or depuis que la libre circulation des capitaux a supprimé ces monopoles nationaux sur les monnaies, celles-ci peuvent être utilisées en dehors de leur territoire (entre autres, dans les paradis fiscaux) et elles s'offrent ainsi aux transactions et aux placements. Les gagnants sont les acteurs privés qui peuvent échapper aux contraintes de toute politique monétaire, et les perdants sont les gouvernements, donc ceux qui les ont élus

 

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Au plan international

Tant que la majorité des monnaies étaient convertibles en or, étalon universel de référence, les taux de change entre monnaies résultaient d'un simple calcul, purement mathématique, celui des rapports entre leurs poids respectifs d'or. Les transactions se réglaient dans n'importe quelle monnaie et seuls les soldes débiteurs entre pays étaient réglés par référence à l'or.

Depuis l'abandon de cette référence, les échanges commerciaux internationaux peuvent s'établir dans n'importe quelle monnaie ; le pays exportateur peut fixer son prix dans sa propre monnaie, le pays importateur peut exiger de payer avec sa monnaie nationale, ou, si l'acheteur et le vendeur le décident, ils peuvent utiliser la monnaie d'un pays non concerné par leur transaction.
En résumé : il n'y a pas de monnaie internationale, il n'y a plus de référence universelle définissant un taux de change entre monnaies, qui sont toutes des monnaies de dette dont la valeur fluctue en fonction des marchés.

Or nous avons vu que le fait d'utiliser, dans une transaction commerciale, une monnaie de dette introduit un délai et un risque pour le vendeur : celui-ci se retrouve, après avoir fourni sa marchandise, avec un titre de crédit qu'il va lui falloir ensuite faire accepter en paiement d'autres marchandises. Il est donc pour lui très important d'être payé dans une monnaie dont il pense qu'elle a et qu'elle va garder, ou mieux qu'elle va gagner du pouvoir d'achat. Une monnaie est dite forte parce que son pouvoir d'achat est en hausse : c'est la tendance qui est importante, plutôt que la valeur instantanée. De sorte qu’il se passe pour la valeur des monnaies ce qui se passe en Bourse pour la valeur des actions : un gros investisseur international peut agir sur les cours :

lorsqu'il mise sur une monnaie ou un titre en l'achetant en masse, la valeur de cette monnaie ou de ce titre monte et alors tout le monde en veut, et sa cote continue à monter. Et si brusquement, en sens inverse, un investisseur décide de se débarrasser d'un titre, ou de devises, ses semblables, comme les moutons de Panurge, pensent qu'il a des raisons de penser que ce titre va perdre de sa valeur, alors ils vendent aussi, et, effectivement, le titre baisse. Les cours des monnaies, comme ceux des actions, peuvent donc être amplifiés par la spéculation. Ainsi, depuis qu'elle obéit à l'idéologie libérale, l'économie mondiale, et avec elle les monnaies du monde, n'est pas pilotée dans l'intérêt général, mais vogue à la merci d'emballements ou de vents de panique dont il est impossible de prévoir l'amplitude et la portée.

 

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L'hégémonie pour le pays dont la monnaie est utilisée

Le commerce international a pris l’habitude d'utiliser le dollar pour les échanges extérieurs, au cours de la période 1933-1971 pendant laquelle cette monnaie est restée la seule à être théoriquement indexée à l'or. Cet usage fut conforté après la seconde guerre mondiale parce que l'économie des États-Unis était la première du monde, son industrie florissante était en pointe dans pratiquement tous les domaines, ses entreprises, qui, elles, n’avaient pas été bombardées, ont profité d'énormes marchés de reconstruction dans le monde entier.

Le déséquilibre de la balance des paiements des États-Unis avec l'échec de leur guerre contre le Vietnam a menacé ce rôle du dollar quand il était devenu évident que les banques américaines n’avaient pas en dépôt de quoi honorer de telles dettes. Mais à cette époque, aucune autre devise n’était parvenue à inspirer plus confiance que le dollar.

Depuis, l’Union européenne se construit au plan économique, la société Airbus en est un exemple : ses avions concurrencent ceux de l’Américain Boeing. Et pourtant Airbus, devenue EADS, établit encore ses prix en dollars, le comble est qu’elle se fait payer en dollars même lorsqu’elle vend ses produits en Europe. Il est vrai que la généralisation de l’usage de l’euro dans l’euroland est encore récente…

Une telle hégémonie se traduit par un formidable avantage : dès lors qu'il s’agit d’une monnaie scripturale (pour laquelle, nous l’avons vu, il n'existe pas de limite matérielle à sa création ex nihilo), et que tous les pays en demandent pour leur commerce extérieur, le pays qui l’émet peut en fabriquer à sa guise.

Les Etats-Uniens en profitent donc et, signant sans vergogne ces reconnaissances de dettes que personne ne leur ramène en demandant de les honorer, ils vivent depuis plusieurs décennies aux frais des autres populations, achetant le monde à crédit. Professeur d’économie politique de l’Université de Californie, Benjamin J. Cohen est bien placé pour l’expliquer : «Un pays dont la monnaie bénéficie d'un statut international finance ses déficits extérieurs en émettant sa propre monnaie: «Un pays dont la monnaie bénéficie d'un statut international finance ses déficits extérieurs en émettant sa propre monnaie (38)», en prenant les chiffres de 1999, il a estimé que ceci était équivalent à un prêt sans intérêt de 25 à 30 milliards de dollars par an consenti aux États-Unis par le reste du monde

Cette évaluation doit être depuis revue à la hausse, non seulement à cause du ralentissement de l’économie américaine, mais aussi parce que le budget fédéral, qui était excédentaire en 1999, a été mis en déficit par la politique de G.W. Bush (baisse des impôts de 637 milliards en 10 ans et énorme augmentation du budget militaire, qui atteint 400 milliards). On le prévoyait de plus de 300 milliards de dollars pour 2003 et de plus de 400 pour 2004 avant de prendre en compte les suppléments pour la guerre contre l'Irak. Ainsi le déficit commercial accumulé par les États-Unis est tel qu'ils doivent au reste du monde l'équivalent d'environ le quart de leur Produit intérieur brut (PIB). Pareille dette est impensable de la part de tout autre pays, qui serait, bien avant d'en arriver à de tels excès, sanctionné par la chute de sa devise… et l'intervention du FMI.

Exemple récent :
tous les comptes exprimés en Argentine en pesos y ont été brusquement amputés de plus du tiers de leur pouvoir d'achat exprimé en dollars.

Ce qui ne peut pas arriver aux comptes américains en dollars quand la référence est le dollar américain ! Donc aux États-Unis, personne n'épargne, ni l'État, ni les ménages, ni les entreprises et il y est devenu normal de vivre à crédit. La montée de leur niveau d'endettement a donc été foudroyante, triplant entre 1964 et 2002, jusqu'à atteindre près du tiers du PIB mondial (39).
La dette des ménages est passée de 200 à 7.200 milliards de dollars et celle des entreprises, avec leur frénésie de fusions et d'acquisitions financées par emprunts, est passée de 53 à 7.620 milliards (soit presque 7 fois le PIB). Un économiste américain a calculé (40) qu'entre 1995 et 2002, le déficit de leur balance commerciale avait permis aux États-unis de confisquer 96 % de la croissance mondiale.

 

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L'exploitation du risque

Le risque inhérent, comme nous l'avons vu, à la nature de la monnaie de dette est à l'origine d'une transformation de l'économie sinon à son dévoiement.

D'abord le risque a développé un commerce lucratif, celui des assurances. On peut juger du poids pris dans la société par les compagnies d'assurance en constatant la pression qu'elles exercent pour se voir confier la gestion des retraites (41). Certains scandales récents au Royaume-Uni et aux Etats-Unis ont montré les dangers de cette gestion privée.

Le risque est aussi à l'origine de nouveaux instruments financiers, basés sur la spéculation : marchés à terme, options, appels de marge, fonds de couverture, etc., qui sont appelés produits dérivés parce que ce sont des paris sur des variations de cours, ou d'indices, ou de taux d'intérêt. Ces nouveaux “produits” se sont mis à proliférer parce que dans tous les cas, que les cours montent ou bien qu'ils baissent, leur manipulation peut rapporter très gros… Toutes ces créations aboutissent soit à élargir la gamme de ce que les spéculateurs peuvent acheter et vendre, soit à utiliser l'effet multiplicateur du crédit pour permettre aux spéculateurs de payer à crédit (mais sans utiliser leurs fonds personnels) ce qu'ils espèrent revendre plus cher, en encaissant la différence.

Cette expansion augmente considérablement les dangers du système de crédit :
fragilisation de la monnaie, accroissement du nombre des rouages qui peuvent défaillir, et, si le système s'effondre, extension de la portée du désastre. Plus grand est cet "effet de levier", plus cette explosion prend de l'envergure
.

Et tout ceci se fait à très grande vitesse et entre initiés. Pour ces derniers, c'est une aubaine, mais le fait que les produits dérivés permettent de déplacer beaucoup d'argent d'un bout à l'autre de la planète «sans qu'aucun radar ne le signale» (42) fait courir des risques imprévisibles à tous ceux qui produisent les richesses réelles. D'où les multiples crises, krach, etc. qui ruinent brutalement des États. Par exemple, alors qu'un rapport de la Banque mondiale affirmait, en 1997, que la libéralisation des marchés se traduirait par un boom économique général y compris en Asie, ce fut la catastrophe des économies et des monnaies asiatiques qui commença dès l'année suivante : chute des indices boursiers : de 80% en Indonésie, de 74% en Malaisie, de 42% en Thaïlande, de 29% en Corée du sud, et effondrements de 73% de la roupie indonésienne, de 33% du won sud-coréen, et de 12% du baht thaïlandais, suivis par celui du ringgit malais, et qui précédèrent de peu celui du dollar de Singapour, après quoi ce fut le krach du marché boursier de Hongkong. Le yen était réputé sain parce que le Japon avait la plus grande réserve en devises du monde, mais le yen s'effondra aussi. De telles crises ne sont pas l'apanage des pays de l'est asiatique : la Russie eut la sienne en 1998, puis ce fut le tour du Brésil, et celle de l'Argentine fait des ravages depuis décembre 2001

Les pouvoirs de la monnaie

La monnaie nationale constitue un lien entre les citoyens en conciliant deux contraires qui sont nécessaires pour qu'une société existe et fonctionne : l'affirmation d'une autorité, celle qui émet la monnaie, et l'affirmation d'une liberté personnelle, celle de la façon de dépenser la monnaie dont on dispose.

L'autorité qui émet la monnaie a donc le pouvoir d'exiger des membres de la société, d'une part qu'ils croient en la valeur cette monnaie puisque celle-ci n'est plus gagée sur le réel, et d'autre part qu'ils reconnaissent le droit d'acheter leurs biens ou leurs productions à tous ceux qui disposent de cette monnaie, puisqu'elle a cours forcé.

Au-delà de ce pouvoir de l'autorité, on constate un véritable fétichisme lié à la monnaie et dont l'origine remonte peut-être à la fascination exercée par l'or des pièces utilisées pendant des millénaires.

Enfin l'argent est un vecteur de domination qui affiche les inégalités. Et il devient moyen d'accaparement, donc de violence, quand il est prêté contre intérêt.

Prêter : rendre service ou faire un placement ?

De tout temps, la plupart des religions ont prêché contre le prêt à intérêt, considéré sous son aspect moral : donner aux pauvres est une vertu, mais prêter un bien, ce n'est pas tout à fait le donner, c'est accepter de s'en priver momentanément, donc offrir un service. Or la société qui se dit “moderne” a détourné le mot service de son sens premier et tend à rendre payant tout service, même le plus banal. Tous les services qui étaient naturellement gratuits deviennent payants, au point que ce qui devient anormal, au contraire, est qu'un prêt soit gratuit.

Il convient cependant de distinguer entre :

— un prêt, pendant un certain laps de temps, qui est un service rendu contre paiement,
— un placement d'argent dont on n'a pas l'usage immédiat, il ne s'agit plus là de rendre service à quelqu'un dont on connaît le besoin, mais de faire “fructifier” son épargne
— une ouverture de crédits par une banque grâce à “l'effet multiplicateur”.
Dans le deuxième cas, l'argent est placé, en général par l'intermédiaire d'une banque, qui s'engage alors à verser un certain pourcentage sur les sommes qui lui sont confiées, pour une durée déterminée et dans ce but.

Dans le troisième cas, par contre, la banque encaisse l'avoir des clients dont elle gère les comptes et qu'elle ne rémunère pas. Ces dépôts lui permettent d'ouvrir des crédits, par jeux d'écriture et effet multiplicateur, et c'est elle qui perçoit des intérêts sur ces crédits ex nihilo. Or ces derniers empiètent sérieusement sur le pouvoir d'achat de l'emprunteur qui doit rembourser beaucoup plus qu'il ne lui a été prêté. Par exemple, s'il a emprunté au taux de 15%, il devra, en moins de 5 ans, rembourser le double de la somme qui lui a été créditée.

 

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Effet boule-de-neige du prêt à intérêt :

Le petit épargnant qui place ses économies sur un livret pour acheter plus tard sa voiture dépensera son épargne, augmentée d'intérêts, au moment de cet achat.

Il n'en est pas de même pour le gros épargnant, car son épargne lui rapporte de quoi vivre de ses rentes et même de placer toujours plus. Prenons un exemple chiffré pour voir l'importance de cet effet boule-de-neige qui est la nature-même du capitalisme. Imaginons que quelqu'un dispose d'un million d'euros et le place à 10%. Au bout d'un an, il reçoit 100.000 euros d'intérêts ce qui lui permet de vivre et d'augmenter son capital. Supposons qu'il dépense 40.000 euros pour vivre, il peut placer au bout d'un an 60.000 euros en plus de son premier capital et c'est 1.060.000 euros qui vont lui rapporter la seconde année.

S'il place toujours son capital à 10 % et vit sur ses intérêts, voici les chiffres :

capital au 1er janvier - dépenses annuelles - capital à placer en fin d'année

première année 1.000.000    40.000   1.060.000 
deuxième  1.166.000 42.400 1.123.600
troisième   1.235.960 44.944 1.191.016
quatrième  1.310.117 47.640 1.262.477
cinquième  1.388.725 50.498 1.338.227 
sixième  1.418.222  53.528  1.472.050
septième 1.560.374 56.740 1.503.634
huitième 1.653.997 60.144 1.593.852
neuvième 1.753.237 63.753 1.689.484
dixième  1.858.432 67.578 1.790.854
onzième  1.969.939 71.632 11.898.307
douzième   2.088.138

On voit que son capital aura doublé en une douzaine d'années, tout en lui permettant de vivre en augmentant son train de vie de 6% par an.

La dette dans le monde

Ce mécanisme des intérêts fait comprendre le problème de la dette du Tiers monde : les pays qu'on dit en développement et qui ont emprunté aux pays riches doivent en retour leur fournir beaucoup plus qu'ils n'ont reçu d'eux. Certains sont même obligés d'emprunter à nouveau pour payer l'intérêt dû pour des prêts précédents dont ils ont déjà remboursé le capital : c'est une spirale infernale, orchestrée par le FMI, dont nous avons évoqué le rôle.

Voici quelques chiffres éloquents sur la dette extérieure du Tiers monde :

En 1979, l'augmentation brutale des taux d'intérêt (passant de 5 à 20 %) oblige les pays du sud à emprunter à des taux usuraires pour payer les intérêts de leurs dettes précédentes. En trente ans environ, cette dette passe de 50 à 2.500 milliards de dollars, soit une multiplication par 50

À elle seule, l'Amérique latine, entre 1980 et 2000, a déboursé un supplément de 106 milliards de dollars sur ce qu'elle devait. De façon générale, au cours de ces 20 ans, les pays du sud ont transféré vers les pays du Nord 3.450 milliards de dollars, ce qui correspond à six fois la dette (567 milliards) qu'ils avaient en 1981.

En 1998, les 41 pays les plus endettés du Tiers monde ont versé aux pays riches du Nord 1,680 milliard de dollars de plus que ce qu'ils ont reçu.

En 1999, les pays en voie de développement ont dù verser 350 milliards de dollars pour le service de leur dette (remboursement + intérêts), en particulier l'État brésilien a dù payer 95 milliards de réals d'intérêts alors que son budget de santé publique n'était que de 19,5 milliards.

La dette des pays du Tiers monde (hors pays de l'Est) est aujourd'hui de 2.000 milliards de dollars (43). L'Afrique subsaharienne rembourse chaque année quatre fois plus qu'elle ne dépense pour la santé et l'éducation.

À quoi sert de donner au pauvre si les règles financières l'attachent à sa pauvreté ?

 

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Taux d'intérêt et taux d'inflation

L'inflation, par contre, allège la dette. Prenons l'exemple d'un prêt de dix millions à 10%.
Contracté aujourd'hui, cela signifie qu'il faudra rembourser en un peu plus de sept ans, 20 millions. Mais si d'ici là la monnaie a été dévaluée de 5%, ces 20 millions à payer auront, dans sept ans, un pouvoir d'achat équivalant à celui d'un peu moins de 14 millions d'aujourd'hui.

Celui qui fait crédit est favorisé par l'élévation des taux d'intérêt.
Celui qui est obligé d'emprunter est favorisé quand le taux d'inflation augmente.

Au cours des Trente glorieuses, le taux d'inflation était très élevé, il a dépassé les 15%, ce qui a favorisé de gros investissements et permis à tous ceux qui bénéficiaient alors de gros revenus de se constituer un patrimoine. Ensuite, le mot d'ordre a été de “juguler” l'inflation, ce qui a permis de maintenir la valeur de ces patrimoines. La politique imposée par le traité de Maastricht à la Banque Centrale Européenne, en lui donnant pour seule directive d'empêcher que l'inflation des prix dépasse 2%, va dans ce sens : elle protège les détenteurs de capitaux au détriment de tous ceux qui sont amenés à emprunter. Quand les taux d'intérêts des prêts sont supérieurs au taux d'inflation des prix, les intérêts des "bancassurances” sont assurés et le nombre de ménages surendettés augmente.

(35) “cours forcé ” et “cours légal” de la monnaie nationale. 

(36) ensemble des pays européens ayant adopté l'euro.

(37) Benjamin J. Cohen est Professeur d'économie politique de l'Université de Californie

(38) dans le numéro hors série sur la monnaie, N°45 de la revue Alternatives économiques, (3 ème trimestre 2000).

(39) Voir, par exemple, les chiffres rappelés par Frédéric Clairmont dans Le Monde Diplomatique d'avril 2003.

(40) Voir Monde du 20/11/2003.

(41) Nous l'avons compris en étudiant le problème des retraites. Lire à ce sujet le N°989, intitulé “Retraites, l'intox pour les fonds de pension”, et les numéros 1008, 1017, 1022, 1026, 1028, 1032 du mensuel La Grande Relève, BP 108, 78115 Le Vésinet, cedex.

(42) R. Hahnel, “La panique aux commandes.

(43) Tribunal des Peuples, Porto Alegre, Attac info 312, du 8 mars 2002.

Sources : http://www.france.attac.org/ et multiples références

 

Yves Herbo/MPSA/2014

Incursion dans un domaine trop réservé : la monnaie - Part 4

Incursion dans un domaine trop réservé : la monnaie - Part 4

 

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III )

De l'échange à la vente - La valeur  - Les fonctions de la monnaie


De l'échange à la vente

Pour comprendre comment a évolué l'échange économique, revenons aux trois façons d'échanger des biens ou des services. Soit on les échange directement, immédiatement, sans monnaie, soit on se sert d'une monnaie-marchandise comme bien intermédiaire, soit on utilise la monnaie de crédit actuelle.

*

L'échange direct, sans monnaie, est la façon la plus simple d'échanger biens ou services : Alice donne des carottes à Brigitte et Brigitte donne des pommes à Alice, elles se mettent d'accord sur les quantités pour estimer que l'échange est équitable. Dès que cet échange a eu lieu, les deux parties sont quittes. Alice peut manger ses pommes et Brigitte, ses carottes. Un tel échange direct entre personnes qui se connaissent et qui ont justement, par hasard, de quoi échanger, ne peut pas s'appliquer à l'ensemble des économies depuis que la production y a cessé d'être artisanale.

Il ne reste possible qu'à deux niveaux extrêmes.

— Soit entre individus qui se connaissent assez pour se faire confiance, il s'agit alors d'échanges de services entre amis, ou entre proches qui s’entre aident. 
C'est un peu cet “échange de bons procédés” que les systèmes d'échanges locaux (SEL) organisent : leur objectif est de créer des relations d'échange entre personnes qui vivent à proximité mais qui, au départ, ne se connaissent pas. Elles n'ont donc aucune garantie que l'échange sera équitable, d'où la nécessité d'établir une véritable comptabilité des échanges, tout en laissant une totale initiative aux membres du SEL. Ce qui n'est pas simple.

— Soit entre pays, mais il s'agit alors de contrats d'échanges, impliquant une préparation, des négociations, des clauses et des modalités établies par les deux parties conformément à une juridiction au niveau international… qui pourraient être organisés par une Organisation Mondiale des Échanges pour en assurer l'équité.

*

Le second procédé consiste à utiliser l'intermédiaire d'une monnaie-marchandise. 
Dans un premier temps, Alice donne des carottes à Brigitte, qui, n'ayant pas les pommes que cherche Alice, lui donne en contre-partie un autre bien ayant une valeur marchande dont elles estiment toutes les deux que sa valeur est équivalente à celle des carottes fournies par Alice.

Après ce premier temps, Brigitte peut manger les carottes. Par contre, Alice s'est séparée de ses carottes et se retrouve avec un objet dont elle n'a pas forcément l'usage, mais dont elle a l'assurance de pouvoir l’échanger plus tard, en sens inverse, contre, par exemple, les pommes de valeur équivalente dont elle a besoin. Quand elle aura trouvé à faire ce second échange, mais alors seulement, elle aussi sera quitte et pourra manger ses pommes.

Il y a donc un laps de temps pendant lequel celui qui a reçu la monnaie-marchandise à la place de ce qu'il cherchait n'est pas vraiment quitte parce qu'il faut qu'il trouve ensuite à l'échanger contre la marchandise dont il a besoin. Pendant ce temps, il peut perdre sa monnaie, se la faire voler, le prix des pommes peut augmenter, il peut y avoir pénurie de pommes ou seulement baisse de la valeur de l'objet intermédiaire, par exemple s'il est devenu plus abondant, etc.

L'intervention d'une monnaie-marchandise retarde le moment où les deux parties qui échangent sont quittes. Mais en attendant elles possèdent toutes les deux un bien qui garde une valeur réelle, même si elle peut varier.

Ce type d'échange a disparu en même temps que la monnaie-marchandise.

*

Le troisième cas comporte l'utilisation d'un reçu : Christian vend des pommes à Denise, qui n'a pas en contre-partie une marchandise de valeur équivalente. Elle remet à Christian un reçu par lequel elle s'engage à lui régler sa dette plus tard : Denise reste débitrice, Christian reste créditeur, ils ne sont pas quittes.

Bien que Christian ait fourni sa part, la vente continue à le concerner aussi longtemps que Denise n'aura pas produit la marchandise équivalant au reçu. Il peut avoir besoin de ce que sa débitrice lui doit. Quelle garantie a-t-il que Denise tiendra son engagement ? Elle peut être empêchée de le tenir par un accident, mourir ou perdre son emploi, et elle peut être malhonnête et disparaître sans avoir réglé sa dette. Et quelle garantie a Christian que quelqu'un acceptera d'accorder de la valeur à ce morceau de papier qui n'a aucune valeur propre ? Et s'il trouve quelqu'un qui l'accepte, est-ce que ce sera bien contre l'équivalent de ce qu'il a fourni ?

Au retard introduit par la monnaie-marchandise la monnaie de crédit, par son absence de tout lien avec une richesse concrète clairement définie, non seulement ajoute un risque, car la question se pose de savoir ce que vaut cet engagement à payer, mais en plus elle modifie doublement la nature de la transaction. D'une part, l'un des termes de l'échange a changé de nature, il s'est dématérialisé et pas l'autre. D'autre part, les deux échangeurs jouent maintenant des rôles différents, l'un, le vendeur, cède à l'autre un bien réel (ou un service) dont la valeur est ainsi concrétisée, alors qu'il ne reçoit de l'acheteur ni marchandise utilisable, ni service équivalent, donc incontestable : le vendeur est payé par une promesse symbolique, dont l'utilisation ensuite pour une opération en sens inverse reste aléatoire.

 

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Le bien (ou le service) ne va plus que dans un seul sens, du producteur vers le consommateur. En sens inverse c'est un symbole qui est transféré. Il n'y a plus échange mais vente et achat.

*

En fait d'échange, on ne rencontre plus dans nos économies, que cet achat-vente à l'aide de la monnaie de crédit qui est aujourd'hui en circulation : le métal des pièces est sans valeur, les billets n'ont jamais eu de valeur intrinsèque et la monnaie scripturale est faite par jeux d'écriture.

Le système actuel est donc une généralisation de la vente avec monnaie de crédit. Il y a généralisation du débiteur : tous les ressortissants du pays sont débiteurs, puisque la loi les oblige à accepter la monnaie nationale en paiement et qu'ils sont ainsi tenus d’honorer cette dette collective. Il y a généralisation du créditeur : quiconque possède de cette monnaie-reconnaissance de dette est créditeur de la nation puisqu’il a une créance sur elle.

Nous reviendrons plus loin sur les conséquences de ce système.

La valeur.

La valeur est une notion très générale, puisqu’elle va de la désignation d'un caractère abstrait quand il s’agit d’une valeur morale, celle d'un acte courageux par exemple, ou du talent manifesté par un artiste, jusqu'à une mesure aussi concrète que le prix du kilo de terre. Il faudrait au moins distinguer la valeur d'usage de la valeur d'échange.

La valeur d'usage d'un bien est très personnelle puisqu'elle relève de l'appréciation de celui qui est susceptible de l'utiliser et, comme l'a montré Ricardo, chaque homme a «un étalon personnel pour apprécier la valeur de ses jouissances» (27). Celle-ci dépend donc aussi de son environnement et de ses moyens personnels. Il en résulte qu'il n'est pas possible de définir une mesure de la valeur d'usage.

La conséquence est énorme au plan humain… car lorsque marchants, commerçants et économistes emploient le mot valeur, sans préciser, et c’est courant, chacun de nous a tendance, instinctivement, à penser à la valeur d’usage pour lui-même. Alors que c’est toujours de la valeur d'échange d’un bien qu’il s’agit. Et depuis que l'échange entre marchandises a disparu, cette valeur est devenue, de fait, le prix auquel un objet ou un service peut être vendu. Donc quand on entend parler de valeur en économie, il faut traduire par prix du marché.

… Et se demander comment ce prix est établi. Car la réalité est fort loin de la théorie classique du marché selon laquelle le prix serait la manifestation d'un équilibre établi en toute connaissance de cause par la confrontation de l'offre et de la demande venant d'agents économiques parfaitement informés et agissant de façon toujours rationnelle. En réalité, les prix sont affichés par le vendeur, et il n'y a que très rarement débat : quand un client éventuel tente de lui faire modifier son prix, on parle de marchandage et non plus de marché. La confrontation entre offre et demande ne se produit que sur les marchés des capitaux (à la Bourse des titres mobiliers ou à celle des matières premières) où le comportement des acteurs qui fixent les cours est celui des moutons de Panurge : se fiant à leurs impressions personnelles, ils cherchent à anticiper sur ce qu'ils appellent la tendance, à seule fin de profiter, en pariant à la hausse ou à la baisse, sur ce que va être, à leur avis, le comportement des autres. On ne saurait trouver témoignage plus compétent pour décrire cette attitude que celui du Directeur de la Fed (la Banque centrale desÉtats-Unis) : Alan Greenspan évoque «l'exubérance irrationnelle des marchés» !

De sorte que l'utilité générale, la finalité éthique, la qualité humaine et tous autres aspects sociaux sont des considérations qui n'entrent pas dans les préoccupations de ceux qui fixent la “valeur” économique d'une entreprise ou d'un bien.

N'est-il pas temps de réfléchir à la façon de fixer le prix de vente d'un bien plus sérieusement que les boursicoteurs… ?

(27) L'Anglais David Ricardo (1772-1823), un des premiers théoriciens de l'économie classique, est àl'origine de la “loi” de la rente foncière, et fut le premier à affirmer que le travail humain est la source de toute valeur.

 

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Les fonctions de la monnaie.

Dans quelle mesure peut-on encore admettre ce que tout manuel d'économie énonce comme étant les trois fonctions de la monnaie ?

*

La première de ces fonctions est d'être étalon de valeur et unité de compte parce que la monnaie est interchangeable contre un bien, quel qu'il soit. On dit pour cette raison que la monnaie est un “équivalent général” ce qui conduit à ne pas voir l'uniformisation, la perte d'identité que cela implique quand on sait que cette expression un “bien, quel qu'il soit” inclut le temps de travail humain.

En effet, et quel que soit son nom, franc, grain de sel, euro ou unité de valeur (“UV”), l'unité de compte est, par définition, le moyen de tout ramener à une référence commune de valeur. Cela mène à l'absurde car c'est prétendre mesurer “à la même aune” des biens aussi peu comparables qu'un dessin de Léonard de Vinci et plusieurs tonnes de riz.

Il faudrait, au moins, distinguer ce qui est mesurable, quantifiable, de ce qui ne l'est pas. Une tonne de riz vaut sans doute mille fois plus qu'un seul kilo de ce riz, mais la qualité d'une peinture ou celle d'un logiciel de traitement de texte ne se compare pas à celle d'une pâtisserie. 
Ces qualités ne sont pas mesurables et il n'est pas possible de les comparer de façon objective. Même avec des grandeurs de même nature !

Un étalon, par définition, est universel et invariable. Comment peut-on employer pour la monnaie le terme d'étalon de valeur alors que même quand l'étalon monétaire était défini par une masse d'or, il n'a jamais cessé de varier, et de façon officielle ? Alors, à plus forte raison, comment l'admettre depuis qu'il n'existe plus du tout de référence réelle et que la valeur d'échange nos euros actuels, par exemple, varie à chaque instant ? Pour mesurer une richesse, il faut la comparer à une richesse de même nature, comme pour mesurer une longueur, il faut une longueur universellement reconnue et le mètre a été défini pour cela. Imagine-t-on mesurer les longueurs avec un mètre élastique ?

Compte tenu de ce que nous avons rappelé sur l'évolution de l'échange, il serait donc plus correct de dire que la première fonction de la monnaie est d'être, non pas un étalon de valeur, mais un moyen de paiement.

Et si l'on voulait cesser de mélanger l'être et l'avoir, c'est-à-dire distinguer les biens matériels et tout ce qui est impondérable, il faudrait que l'économie cessât de vouloir tout rapporter à la monnaie, mais seulement ce qui est mesurable.

*

Nous avons vu qu'en perdant toute valeur intrinsèque et toute référence à une richesse réelle et disponible, la monnaie a fait disparaître des économies modernes l'échange de biens ou de services. Donc, contrairement à une expression très courante, nous ne sommes plus, à proprement parler, dans une économie d'échanges. Les manuels d'économie énoncent pourtant que la seconde fonction de la monnaie est d'être un intermédiaire des échanges et ils ajoutent que cet instrument d'échange est «admis partout et par tout le monde, en toutes circonstances dans nos économies monétaires [ce qui suppose] qu'il existe un consensus social et la croyance que l'on peut obtenir à tout moment n'importe quel bien en échange de monnaie (28)». Confiance… ou bien obligation quand l'État impose le cours forcé et le cours légal d'une monnaie nationale sans valeur de référence ?

*

La troisième fonction de la monnaie serait d'être une réserve de valeur. Ce qui suppose que la monnaie a une valeur, pour pouvoir la garder en réserve. Alors que, depuis qu'elle a cessé d'en avoir, elle a évidemment cessé du même coup d'en être une réserve

Il est évident que pour toutes les personnes qui ne disposent que de faibles revenus, la monnaie ne constitue pas une réserve de valeur puisqu'elle est vite et entièrement dépensée ! 

Quant à celles qui gagnent plus qu'elles ne dépensent, elles s'empressent de “placer” leur argent… justement pour éviter qu'il ne perde sa valeur !

De ces trois fonctions classiques, on peut conclure que seule la première subsiste, mais à condition d'être énoncée en disant que la monnaie est un pouvoir d'achat et que dans le système actuel, il varie constamment.

Des deux autres, nous avons retenu que lorsque l'économie n'est plus faite d'échanges individuels, une monnaie reste nécessaire pour permettre le transferts des biens entre les producteurs et les consommateurs, pour en assurer la gestion, éviter les gâchis, adapter la production aux besoins, etc. et aussi pour permettre de différer le moment d'opérer un achat, pourvu que la valeur nominale de la monnaie soit garantie pendant ce délai.

*

Mais la monnaie actuelle a, de fait, d'autres fonctions, alors que les manuels classiques ne les énoncent généralement pas…:

L'une de ces autres fonctions de la monnaie “moderne” est celle de “fructifier” : en ouvrant un crédit à un de ses clients, la banque offre au titulaire du prêt le moyen d'échanger sur les marchés financiers son titre de crédit contre un capital financier, par exemple contre un titre de propriété en actions ou bien contre des obligations, susceptibles de lui rapporter régulièrement un revenu. On voit donc que la monnaie de dette actuelle a la capacité de produire une rente, donc qu'elle a pour fonction supplémentaire d'être un facteur d'enrichissement.

Il faudra se demander qui fait les frais de cette rente.

Mais ce n'est pas tout. Puisqu'“on ne prête qu'aux riches”, cette fonction d'enrichissement ne joue qu'en faveur des (déjà) riches, ceux qui peuvent offrir une “garantie” à l'organisme de crédit, notre monnaie a donc aussi une fonction de renforcement des inégalités.

*

Concluons que la monnaie actuelle, capitaliste et moderne, est :

• pour les faibles revenus, seulement une monnaie de consommation,

• pour les hauts revenus, en plus, un moyen de s’enrichir sans rien fournir. 

(28) Voir l'introduction du livre de D. Plihon “La monnaie et ses mécanismes”.

Sources : http://www.france.attac.org/ et multiples références

 

Yves Herbo/MPSA/2014

Incursion dans un domaine trop réservé : la monnaie - Part 3

Incursion dans un domaine trop réservé : la monnaie - Part 3

 

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II) suite

Liquidités et agrégats, un autre monde

La monnaie scripturale s'étant considérablement développée, on distingue maintenant les moyens de paiement courants, que tout le monde utilise au quotidien, et tout ce qui permet de constituer un capital financier, par exemple les actions d'une société cotée en Bourse ou un livret d'épargne. Ce qui a conduit à la définition des agrégats monétaires, liés à la liquidité, c'est-à-dire à la disponibilité des moyens de paiement.

L'agrégat le plus "liquide”, appelé M1, ou ensemble de la monnaie circulante, regroupe tous les moyens de paiement immédiatement disponibles, c'est-à-dire la monnaie fiduciaire et les comptes à vue.

Le second agrégat, M2, est constitué de M1 auquel on ajoute tout le crédit à court terme, c'est-à-dire les sommes déposées sur des livrets ou sur des comptes à terme et disponibles en moins de deux ans. Une somme donnée peut passer d'un agrégat à l'autre, par exemple un dépôt de billets déposé au guichet pour être mis sur un livret passe de M1 à M2. Et si, étant dans M2, la banque le prête, elle le met sur un compte de dépôt et il repasse dans M1.

Pour former l'agrégat M3, on ajoute à M2 d'autres titres de créance et des titres du marché monétaire, qui sont de purs crédits.

L'endettement intérieur total regroupe tous les crédits, que ce soit sous forme de prêts bancaires ou d'émission de titres, et qu'il s'agisse de crédits aux entreprises, aux administrations publiques ou aux particuliers.

Quelques chiffres font comprendre que la monnaie circulante, celle qu'on manipule tous les jours, et à laquelle on pense quand il s'agit de monnaie, n'est en réalité presque plus rien en comparaison de tous ces crédits dont dépend l'économie, c'est-à-dire par rapport à l'ensemble des moyens de paiements : en 1999, l'agrégat M1 était évalué, en France, à 358 milliards d'euros alors que l'endettement intérieur total était près de six fois plus grand, presque 2.100 milliards d'euros, … soit plus d'une fois et demie le produit intérieur brut du pays !

Les moyens de paiement qui servent aux transactions sur les marchés financiers sont donc d'un montant bien plus considérable que la seule monnaie circulante. D'autant que ces transactions portent sur toutes sortes de titres négociables, non seulement les obligations émises par des entreprises pour financer leurs investissements, et qui sont du crédit, mais aussi sur les actions qui sont des titres de propriété. Nous y reviendrons.

Il y a ainsi beaucoup plus d’argent qui est dû aux banques que celui qui est en circulation. Il est évident que la dette ne peut jamais être complètement remboursée : si tous ceux (particuliers, industriels, commerçants ou État) qui ont un crédit dans une banque décidaient de rembourser leur banque, non seulement tout l’argent disponible serait nécessaire et il n’y en aurait donc plus du tout en circulation, mais, en plus, cela serait loin de suffire, il en manquerait encore beaucoup plus. Or, comment rembourser quand on n’a pas l’argent nécessaire ? — En empruntant à une banque, à qui il faudra payer des intérêts, etcC’est un cercle vicieux, une spirale ouverte vers l’infini.

Le système bancaire, un garde-fous ?

La Banque de France a été chargée d'apporter un certain sérieux à cette organisation.

Nous avons évoqué le fait qu'elle est l'Institut d'émission de la monnaie légale, c'est-à-dire que c'est elle qui commande la fabrication des pièces et des billets. C’est par paiements aux guichets des banques commerciales que ces “espèces” entrent en circulation : lorsque ces banques manquent de “cash” pour leurs clients, ou bien elles se procurent des “liquidités” déjà en circulation en “se refinançant” auprès d’institutions financières privées (le marché interbancaire), sinon elles s’adressent à la Banque centrale. Celle-ci joue alors pour elles le rôle de “prêteur en dernier recours” en leur fournissant de la monnaie centrale en échange de titres de créances qu'elles avaient “en pension” et qui sont dits alors “réescomptés”. La monnaie centrale ainsi créée en contre-partie de titres de créance est dite monnaie de crédit de premier niveau.

D’autre part c’est la Banque centrale qui tient des comptes courants de toutes les banques commerciales (qu'on dit secondaires pour les distinguer dans cette hiérarchie) y compris celui du Trésor public. Elle est donc “la banque des banques” dont elle exige qu'elles lui déposent des réserves obligatoires en monnaie fiduciaire, qu'elle porte sur leurs comptes et qu'elle inscrit à son passif. Ces réserves, dont le montant dépend de la taille de chaque banque, c'est-à-dire des crédits que cette banque émet, ont été, à l'origine, instituées pour obliger les banques à se garantir en cas de demandes massives de monnaie légale de la part de leurs clients.

Cette fonction est le moyen qui a été trouvé de permettre à la Banque centrale d'exercer une pression sur la création monétaire ex nihilo par les banques secondaires et autres institutions financières. Mais remarquons bien qu'il ne s'agit que d'une pression indirecte, la variation du taux de réserves ne permettant à la Banque centrale que d'encourager ou de freiner la création de monnaie par les banques commerciales.

Et y regardant de plus près, on découvre qu'il existe deux types de taux d'intérêts, suivant celui qui prête et celui qui emprunte.

Quand ce sont les clients qui prêtent aux banques (comptes courants, livrets d'épargne, plans d'épargne-logement), il s'agit de taux créditeurs. Pour attirer l'épargne populaire, ces taux sont garantis et souvent réglementés, mais ils sont peu élevés ou même nuls dans le cas des comptes courants traditionnels. La marge de manoeuvre des banques sur ces taux créditeurs est donc faible.

Mais quand au contraire ce sont les intermédiaires financiers qui ouvrent des crédits à leurs clients, ils leur appliquent des taux dits débiteurs, et bien que l'argent, dit-on, n'ait pas d'odeur, ces taux sont fixés cette fois “à la tête du client”, ils dépendent de la “qualité de l'emprunteur”, c'est-à-dire de ses capacités de paiement. En fait il existe un taux débiteur de référence, dit taux de base, qui est lié aux taux directeurs, ceux du refinancement des banques auprès de la Banque centrale. Ce taux de base est le même pour tous mais il ne correspond qu'à ce qui est demandé aux emprunteurs “de première catégorie”, ceux dont leur banque juge qu'ils “ont les reins solides”. Pour les autres clients, les banques appliquent une marge au-delà du taux de base, marge d'autant plus grande que le client est jugé moins sûr. Et en plus de ces taux d'intérêts débiteurs, les banques font en général payer à leurs clients des frais divers, frais de commission, frais de gestion de dossiers, etc., qui sont rarement affichés, et qui peuvent beaucoup varier d'une banque à l'autre. Ces taux libres peuvent être très élevés; on dit simplement qu'un intermédiaire financier prend un taux “usuraire” quand, commissions comprises, il dépasse de 33 % du taux moyen tel qu'estimé par des enquêtes !

 

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La démocratie confisquée

Jusqu'au début des années 1980, l'essentiel du financement de l'économie était ainsi assuré par des crédits octroyés par les banques et les institutions financières. Or celles-ci appartenaient en majeure partie au secteur public. En France, en 1984, les banques nationalisées
contrôlaient 87% des dépôts à vue et 76% des crédits distribués. C'est ce qu'on a appelé "l'économie d'endettement administré".

Ce régime, au cours des "Trente glorieuses", a permis de créer un environnement adapté aux besoins de l'économie en favorisant la croissance rapide des investissements productifs. Pouvant octroyer à certains secteurs des financements privilégiés, grâce à des prêts à taux bonifiés, inférieurs aux cours du marché, la politique avait un peu de pouvoir sur l'économie. Bien qu'abandonnée aux banques depuis longtemps, la création monétaire était, en majeure partie et de façon indirecte, régulée par la Banque centrale, qui assurait ainsi “l'encadrement du crédit”. Et l'État conservait, par cet intermédiaire, un "certain" contrôle sur l'activité financière du pays.

Et puis, patatras, en quelques années, tout ceci a été bouleversé, au nom d'une idéologie qui s'est imposée à toutes les économies dites “développées, les unes après les autres :

Au milieu des années 80, sous la pression des Think Tanks (20) inspirés des économistes tels que ceux de l'école de Chicago, dans le sillage du monétariste Milton Friedman, ou de Friedrich von Hayek, ce régime a fait place au régime "d'économie de marchés financiers libéralisés".

(20) Lire à ce sujet Les évangélistes du marché, par Keith Dixon.

Dès 1985 la part des crédits à taux administrés a été progressivement réduite.En 1987 c'est l'encadrement du crédit qui a été supprimé. Et en 1989 ce fut le tour du contrôle des changes.

Parallèlement, à partir de 1986, les banques nationalisées et les principales institutions financières ont été privatisées. (YH : historiquement, c'est bien la "gauche" qui a fait le travail que la "droite" n'avait pu faire avant avec le président Valery Giscard d'Estaing, bien que le mouvement ait été enclanché par les modifications de lois du président Pompidou...)

À la même époque a été créé le “marché unique des capitaux”, ce qui signifie que toutes les transactions, qu'elles soient au comptant, à court ou à long terme, sont maintenant accessibles à tous les agents économiques, qu'ils soient ou non financiers, qu'ils soient nationaux ou étrangers.

Le grand, le super-, l’hyper-marché des capitaux

Cette création du marché “unique” des capitaux fût l’explosion d’un marché… multiple, qui consacra la mainmise de la finance sur l’économie, mainmise d’autant plus totale que même l’État fut soumis à ce marché par la loi de 1993 (voir ci-dessus “quand l’État est contraint d’emprunter au privé").

Énumérons, sans insister, ses multiples facettes.

Citons d’abord le marché interbancaire qui permet aux banques de s’arranger entre elles, les unes pouvant avoir des liquidités disponibles dont les autres ont besoin. Il revient à la Banque centrale d’en fixer ce qu’on appelle les taux directeurs : le taux “de refinancement du marché interbancaire”, qui y sert de référence, et les deux taux dits “de facilité”, les taux plafond et plancher entre lesquels les taux d’intérêt peuvent évoluer. En fait, ces taux varient au jour le jour, de sorte que ce n’est pas la politique monétaire qui les impose au marché interbancaire, mais la loi de l’offre et de la demande, c’est-à-dire la loi du marché.

Le marché dont le public entend le plus souvent parler est le marché financier, c’est-à-dire la Bourse. Deux sortes de titres (ou “valeurs mobilières”) s’y achètent et s’y vendent : les actions des entreprises “cotées” et les obligations.

Acheter des actions d’une entreprise c’est acheter une fraction de son capital. Cela comporte évidemment un risque : si l’entreprise prospère, sa cote, ou plutôt la cote de ses actions, monte et il est possible de réaliser une plus-value si on réussit à les vendre plus cher qu’on les a achetées. Il peut même arriver, si les bénéfices sont très élevés, que l’assemblée générale des actionnaires décide d’en verser une fraction (un dividende) à tous les actionnaires. Mais rien n’est garanti et l’entreprise peut voir ses actions baisser, par exemple si un bruit qui court permet de penser qu’elle rencontre des difficultés. En échange de ce risque qu’ils partagent ainsi, les actionnaires ont le droit de participer à l’élection du Conseil d’administration de l’entreprise qui en désigne le patron et est censé le contrôler. Mais tout ceci se passe en général entre “gros” actionnaires, initiés, et les petits ne font pas le poids (une exception récente fera date : les petits actionnaires d’Eurotunnel viennent de réussir à s’entendre pour changer la direction, dont le comportement s’était révélé vraiment catastrophique).

En achetant les obligations émises par une entreprise, il ne s’agit plus d’en devenir copropriétaire, mais de lui prêter de l’argent. En effet, quand une entreprise a besoin d’un crédit et qu’elle ne souhaite pas le demander à une banque, elle émet des obligations en s’engageant sur la durée et le taux d’intérêt de cet emprunt. Ainsi assuré d’une rémunération et d’un remboursement à date fixée, l’acheteur de ces titres de dettes prend beaucoup moins de risque qu’en achetant une action et il n’a, par conséquent, aucun droit d’intervention dans la politique interne de l’entreprise.

Les marchés financiers servent ainsi à pomper l’épargne vers les grandes entreprises. Et cette pompe marche si fort qu’en 2003 elle avait pompé dans le monde la bagatelle de 19.554 milliards de dollars (à comparer avec le PIB mondial qui était de l’ordre de 30.000 milliards).

L’explosion des marchés financiers s’est aussi manifestée par la naissance d’un nouveau commerce, celui des contrats qui se négocient sur le marché des produits dérivés et qui servent aux entreprises à se protéger contre toutes sortes de risques financiers, tels que la variation des taux d’intérêt, la fluctuation des cours des monnaies et même le pris des matières premières.

Pour tous ces “produits financiers”, on distingue le marché du neuf du marché de l’occasion. C’est sur le premier, dit aussi marché primaire, que les nouveaux titres mobiliers sont offerts au public, alors que sur le marché secondaire sont négociés les titres émis antérieurement et revendus (éventuellement par des spéculateurs professionnels).

Depuis 1991, le marché bousier national est aussi organisé en compartiments : il y a le premier marché, l’officiel, où les valeurs sont déterminées au jour le jour, le second marché, créé en 1983, destiné aux PME (petites et moyennes entreprises), le nouveau marché, ouvert en 1996, orienté vers le financement des “jeunes pousses” technologiques, et le marché hors-cote concernant les entreprises qui ne sont pas encore ou ne sont plus cotées au marché officiel.

Citons pour finir le marché hypothécaire, qui facilite le financement de l’immobilier en donnant aux établissements de crédit la possibilité de vendre leurs créances hypothécaires. Ce marché a donné lieu à une innovation aux Etats-Unis, appelée la titrisation des créances. En gros, disons qu’elle permet aux prêteurs (banques et autres organismes de crédit) de se refinancer en vendant leurs créances à des investisseurs non bancaires et donc de gérer plus sûrement les risques liés à ces prêts.

Le but affiché de toutes ces transformations, qui constituent ce qui s'appelle une révolution, était de faciliter la confrontation mondiale de toutes les offres et demandes de capitaux, sous quelque forme que ce soit. De ne plus réserver aux banques le choix d'investir pour qu'il soit désormais exercé par “la main invisible du marché” sous prétexte qu'un tel marché à l'échelle planétaire était la clé du développement et de la prospérité, que les pays pauvres allaient avoir ainsi accès à celle des pays riches. C'était la fin de la pauvreté…

Or la réalité est à l'opposé de ces promesses : ce sont les grandes entreprises des pays riches qui ont profité de ce type de développement, au détriment des populations pauvres. Parce que le fonctionnement de cette “main” est une fable, comme l'explique un témoin, J.E.Stiglitz, et on
peut lui faire confiance puisqu'il fut chargé de la politique du développement en tant que Vice-président de la Banque mondiale, en 1997-1999.

Voici ce qu'en dit cet expert, Professeur dans cinq universités prestigieuses (Yale, Oxford, Stanford, Princeton et Columbia) : «La fameuse “main
invisible”, régulatrice du marché ? Elle est invisible parce qu'elle n'existe pas. Le marché ne se régule pas de lui-même. La “théorie du ruissellement”, chère à Reagan, pour qui l'enrichissement des riches “ruisselle” toujours sur les pauvres ? C'est tout simplement faux.» (21)

 

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La monnaie est devenue… capital (e)

En 1999, presque toutes les banques, en France comme dans tous les pays industrialisés, étaient revenues au secteur privé, et les marchés des capitaux avaient pris, dans le pilotage de l'économie, une part croissante par rapport aux financements bancaires. Qu’on se rassure, les banques n’y ont rien perdu, elles ont tout simplement élargi leurs activités pour participer autrement à l'économie mondiale, en y jouant un rôle supplémentaire grâce aux marchés financiers. Par exemple, qu’il s’agisse de la mise en vente de nouvelles actions lors d’une introduction en Bourse ou d’une augmentation de capital, ou d’une émission d’obligations, les sociétés sont obligées de passer par l’intermédiaire d’une banque, à qui elles doivent alors, bien entendu, verser une commission correspondante. Ce qui ne signifie pas que les banques ont renoncé pour autant à leur privilège d'ouvrir des crédits ex nihilo. En ce domaine, le taux de couverture (22), en leur fixant une limite, est en quelque sorte une bride sur leur cou. Les banques admettent que cette réserve obligatoire soit pour elles une garantie contre la faillite, mais si la bride est trop serrée, elles craignent de voir leurs clients investisseurs aller chercher ailleurs, c’est-à-dire sur les marchés financiers, leurs financements. On voit donc que les investissements, c’est-à-dire le dynamisme de l’économie, dépendent encore plus de ce taux depuis le grand tournant vers “l’économie de marchés financiers libéralisés”. De plus, les grandes banques américaines ont établi des systèmes d’évaluation de leurs risques, ce qui leur permet de déterminer elles-mêmes leur taux de réserve ce qui n’est évidemment pas sans conséquence sur la concurrence entre banques. Et c’est ainsi que l’ère du “ratio Cooke” (c = 0,8) vient de se terminer par un accord conclu à Bâle le 11 mai 2003 : le ratio “Bâle II” ne sera pas universel, il sera plus souple. Et s’il aidera, comme le dit un Professeur à Dauphine (ancien PDG de Paribas) “les meilleurs investissements” en faisant “payer les risques un à un”, il augmentera encore la marge de manoeuvre des géantes américaines. (YH  : prouvé de nos jours (2014) : Goldman Saks et JP Morgan par exemple, même avec quelques déboires... tiennent le monde entre leurs mains !)

Même sans comprendre le sens et la portée de toutes ces réformes, le grand public peut constater dans les bulletins quotidiens d'information, et depuis plusieurs années, que les mouvements de la Bourse ont la vedette, et même en général avant ceux du football, ce qui n'est pas peu dire ! On voit qu'il s'agit d'inciter le commun des mortels à jouer son avenir à la Bourse, de le persuader que rien ne vaut le marché pour lui faire gagner la fortune dont il faut qu'il rêve.

Ces bouleversements financiers ont effectivement laissé aux capitaux la bride sur le cou et l'économie a ainsi été mise à leur service. Mais les  bienfaits annoncés de cette manne se répandant sur les pays dits en voie de développement ne sont pas au rendez-vous. Les mouvements altermondialistes demandent un moratoire pendant lequel il serait possible de faire le point sur ces retombées. Ce moratoire est toujours refusé, et pendant ce temps, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) constate que 840 millions de personnes souffrent toujours de malnutrition, dans un monde qui n'a jamais tant produit… (en 2003). - 1 milliard en 2010...

Du crédit “à l'ancienne” au crédit “moderne”

Toutes ces transformations témoignent donc d'un changement radical dans les habitudes monétaires. Mais ce changement est insidieux parce que la grande majorité de la population continue à ne voir dans la monnaie qu'une valeur servant à acheter des biens économiques réels, et éventuellement une réserve pour différer ses achats. Effectivement, et nous y reviendrons, il n'y a plus d'échanges de marchandises, l'échange économique est devenu la vente-achat d'un bien ou d'un service contre de la monnaie, dont la nature est différente. Parmi ces transactions, les plus nombreuses, au quotidien, sont d'un montant relativement peu élevé, de sorte que le public ne voit de monnaie que la monnaie circulante. Il n'est pas conscient que la monnaie est devenue un symbole que les experts appellent la contrepartie du capital financier. Or ce symbole cache un pouvoir immense sur l'économie réelle, et il est un outil de décision utilisé pourtant de façon irrationnelle, car on sait bien que sur LE marché, devenu unique, la motivation rappelle plutôt celle
de joueurs au casino que celle de responsables de l'avenir du monde.

Sans que soient changés les mécanismes de la création monétaire, les attributions des banques ont donc été élargies, diversifiées et étendues à d'autres organismes financiers, également privés, et agissant magistralement sur l'économie en général, mais toujours avec pour seul objectif leur propre intérêt. Et le capitalisme a pu déployer son imagination, inventer de nouveaux marchés sur lesquels il est maintenant possible de faire fortune ou de se ruiner en vendant ou en achetant du risque, des options, etc. La spéculation est un art, réservé aux initiés, dont le menu peuple peut faire les frais, mais il ne peut pas le savoir.

Ainsi, pendant des millénaires, des Assyriens jusqu'à la Dame de Fer, soit, en gros, de 2.000 ans avant à 2.000 ans après J-C, le crédit a correspondu au délai entre le choix d'un achat et son paiement ; mais, comme l'exprime F. Rachline (23), «au départ comme à l'arrivée, indépendamment de la durée du crédit, une matière fait le poids», soulignant par ces termes le fait que les opérations bancaires sont toujours restées liées à des activités commerciales ou agricoles, qu'elles n'aboutissaient alors jamais à un commerce autonome, purement spéculatif, comme c'est le cas maintenant. Ce “crédit à l'ancienne” vient de faire place à un crédit pur qui «n'est fondé sur rien d'autre que sur lui-même», une avance comme une tête de pont qui serait lancée par-dessus un fleuve dont l'autre rive, si elle existe, est invisible.

Du franc à l'euro

Le principe de concurrence ayant été placé au coeur de la construction de la Communauté européenne, il était fatal que, dès sa création, l'euro soit placé sous un seul “contrôle”, celui du Marché. La création de l'euro n'a donc pas non plus changé l'essentiel du mode de création monétaire. Pire, le contrôle public tend un peu plus à disparaître. La Banque centrale européenne (BCE) décide maintenant du taux d'escompte de l'euro, mais elle n'est pas plus dirigée par des élus que ne l'était la Banque de France et il est moins possible que jamais de maîtriser l'évolution de la masse monétaire. Son Président est tenu à une complète indépendance vis-à-vis des gouvernements, il ne doit pas obéir à leurs directives, il n'a même pas à leur rendre compte.
Un seul objectif lui a été imposé par le traité de Maastricht : éviter que l'inflation dépasse environ 2% par an… pour ne pas pénaliser les investisseurs.

Tout se passe donc comme si les financiers, et les “économistes” à leur service, constituaient un monde à part, une espèce d'État international exerçant sa politique propreCet État a une organisation qui lui est propre et il gère ses affaires de façon autonome (24). En Europe, par exemple, son gouvernement est le directoire de la BCE, il établit ses lois financières, il a ses préfets, ce sont les banques centrales nationales, ses grands électeurs, ce sont les Ministres des finances des États, et ses administrés sont les opérateurs financiers.

Notons toutefois une nuance entre le rôle attribué à la BCE et celui de son homologue états-unien, la FED. En Europe, le traité de Maastricht impose respectivement et indépendamment à la BCE de veiller sur l'inflation et aux gouvernements de limiter leur déficit, quelles que soient les circonstances. Alors qu'aux États-Unis, les relations entre la FED et l'administration sont plus souples, c'est ce qui a permis au président G.W.Bush de diminuer les impôts tout en augmentant ses dépenses militaires pour atteindre le record de déficit déjà évoqué. Ainsi l'Europe copie sa révolution néolibérale sur les États-Unis, mais en y ajoutant une rigueur, sur ce point, qui entrave a priori sa compétitivité face à sa plus grande rivale !

 

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«Votre argent m'intéresse !»

Ce développement sans précédent de la finance internationale a bouleversé l'économie mondiale. Alors qu'avant «la fonction du système financier international était d'assurer le financement du commerce mondial et des balances de paiement, les flux financiers internationaux ont connu une progression explosive, sans commune mesure avec les besoins de l'économie mondiale» (25). En 1998, par exemple, 1.600 milliards de dollars, soit l'équivalent du PIB annuel de la France, ont transité, chaque jour, par les marchés des changes. Ces opérations financières sont en moyenne 50 fois plus importantes que celles qui sont liées au commerce des biens et services.

La finance internationale a dérivé du financement de l'économie pour suivre maintenant sa propre logique, comme le dénonce René Passet : «Quand le banquier nous fait savoir, dans une publicité qui eut son heure de gloire, que notre argent "l'intéresse", c'est bien de notre argent qu'il s'agit, mais c'est lui qui en retire puissance et influence. On peut en dire autant de toutes les institutions qui concentrent nos moyens de paiement : banques et sociétés de courtage, fonds de pension gérant l'épargne par laquelle les salariés entendent financer leur future retraite, hedge funds ou fonds de performance, constitués à des fins purement spéculatives, mutual funds, fonctionnant comme nos SICAV. Ces institutions concentrent une "puissance de feu" redoutable, très supérieure à celle des états» (26). Les institutions financières (banques, assurances, fonds de placement et autres fonds de pension) n'ont pour objectif que la recherche du meilleur rendement, passant d'une monnaie à l'autre, d'euros en dollars, de dollars en yens, d'une action à l'autre, d'une obligation à une autre. Et c'est pour mettre ces mouvements financiers à l'abri des fiscalités nationales, protégeant ainsi la criminalité financière, qu'ont été créés les paradis fiscaux.

Anonymat de l'argent et secret bancaire permettent le blanchiment et le placement lucratif de l'argent, propre ou sale (celui de la drogue, des armes, des mafias, etc.), de sorte que les entreprises et les terroristes utilisent les mêmes moyens pour faire prospérer leurs finances.

La taxe proposée par le libéral Tobin pour remettre un peu de régulation ne pénaliserait que les transferts spéculatifs sur le marché des changes et non pas ceux qui sont nécessités par les échanges du commerce international, car les premiers se distinguent des seconds par leur fréquence : «Le long terme, dit un de ces spéculateurs, c'est pour moi dix minutes !»

Évolution du FMI : protéger les investisseurs, pas les populations.

En 1944 à Bretton Woods, quand fut créé le Fonds monétaire international (FMI) pour réguler le marché monétaire international, le droit des particuliers et des entreprises à investir leurscapitaux à l'étranger avait été limité par la plupart des pays, dont les États-Unis, pour éviter que la
spéculation nuise aux relations commerciales. Mais les gestionnaires de capitaux ont fait pression sur les gouvernements républicains soutenus par un électorat fortuné (Reagan, puis Bush), pour que soient levées de telles barrières. Après quoi c'est l'administration démocrate (Clinton) qui a saisi cette initiative républicaine pour financer ses campagnes électorales ; et la charte du FMI fut amendée… Elle est alors devenue, aux dires des plus modérés, le manager du système de crédit, ayant pour objectif, à court terme d'assister les créditeurs internationaux, et, à long terme, d'augmenter le rendement de leurs capitaux. Par contre, le FMI n'est pas concerné par la dette intérieure, par exemple celle du consommateur états-unien, qui en moyenne, à la fin de 2002, devait 40 % de son revenu.

Ceci nous amène au problème de la Dette du Tiers monde. En effet, que se passe-t-il quand l'économie d'un pays, en général du Tiers monde, est malade et que ses entreprises locales sont amenées à emprunter à l'étranger ? — Le FMI intervient car «en dehors d'un accord conditionné avec le FMI, il n'y a pas de prêt international possible» et il oblige les gouvernements des pays emprunteurs à prendre, sous le nom de "pactes d'ajustement structurel" (PAS) les mesures nécessaires pour assurer le plus vite possible le remboursement des créditeurs internationaux, c'est-à-dire pour maintenir le cours de la devise locale. Ces mesures, qui impliquent privatisations, austérité pour limiter les importations et faciliter les exportations, réduction des dépenses publiques et interruption des investissements productifs, ce qui entraîne une aggravation du chômage et la baisse de la production, donc des revenus, etc. forment ce qu'on appelle le consensus de Washington. Elles sont dans la logique du système de crédit, même si elles sont désastreuses pour les populations. Parce que le FMI n'a pas été conçu pour venir en aide aux habitants des pays en difficulté, mais pour éviter aux prêteurs internationaux d'être lésés, c'est-à-dire de ne pas être remboursés intégralement et avec intérêt.

Les investisseurs invoquent ce risque pour exiger des intérêts d'autant plus élevés qu'il paraît possible que le pays emprunteur ne soit pas en mesure de les rembourser. Mais le comble est que ce n'est pas eux qui assument ce risque, parce que si, malgré les PAS, un pays ne peut pas payer, c'est le FMI qui paie, et aux frais des contribuables !

(21) Joseph E. Stiglitz, dans Quand le capitalisme perd la tête, éd Fayard, 2003

(22) Voir ci-dessus “la création ex nihilo par les banques

(23) François Rachline, «Que l'argent soit. Capitalisme et alchimie de l'avenir».

(24) On trouvera des précisions sur l'organisation de la BCE dans l'ouvrage La Banque centrale européenne, par Francesco Papadia et Carlo Santini. Mais ce petit livre, publié par Banqueéditeur et rédigé par deux banquiers, le premier de la Banque centrale européenne, le second de la Banque d'Italie, est surtout une défense, sans la moindre critique, des directives données à la BCE par le traité de Maastricht. Pour l'analyse et la critique, lire L'euro sans l'Europe, manière de voir N°61, janvier-février 2002, éd le Monde diplomatique.

(25) D.Plihon, Le nouveau capitalisme.

(26) Dans René Passet, Eloge du mondialisme. Chapitre I, Les véritables maîtres du monde, pages 31-32.

 

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Premières conclusions

À ce stade de notre étude, nous pouvons conclure qu'au moins deux idées fausses sont très répandues. D'abord on raisonne le plus souvent comme s'il existait une quantité d'argent fixée et qu'il faudrait “faire avec”. Alors qu’en fait, une telle contrainte ne s'exerce plus que sur l'État. Il semble également que beaucoup de gens soient persuadés que c'est le gouvernement d'un pays qui décide de la masse de sa monnaie en circulation, alors que ce sont au contraire des banques d'intérêt privé qui émettent la monnaie scripturale, qui en tirent profit et ont, en plus, le pouvoir de choisir les bénéficiaires de cette manne.

Nous avons compris que depuis qu'elle peut être créée très facilement, par de simples jeux d'écritures, la monnaie-symbole a perdu la garantie que constituait son lien avec une richesse matérialisée. L'évolution, d'abord progressive, insidieuse, mais qui s'est accélérée au cours des dernières décennies, fait qu'on constate aujourd'hui (écrit en 2003 et inchangé depuis...) :

• que la création monétaire échappe à toute décision politique, qu'elle n’a pas l'intérêt général pour objectif et qu'elle augmente les inégalités;

que ce mode de création ne permet pas, par exemple, de financer une entreprise d'utilité publique mais non "rentable", parce qu'elle ne pourrait pas rembourser, ni, à plus forte raison, payer les intérêts liés à la création bancaire. On peut citer mille exemples de conséquences dramatiques de la nécessité de rentabilité de tout financement. Par exemple, la recherche fondamentale : il n'y a que l'État qui puisse financer une recherche scientifique fondamentale, qui ne débouche pas immédiatement ou même jamais, sur une application marchande et rentable. Dans le cas particulier de la médecine, des laboratoires pharmaceutiques privés, de plus en plus gros, financent la recherche de médicaments dits “porteurs”, attendus par une clientèle riche, et ils en exigent l'exclusivité du marché par des brevets ; par contre, la recherche concernant les maladies dites “orphelines”, parce que rares, est abandonnée, la clientèle potentielle n'étant pas suffisante pour attirer l'investissement ! On rencontre en permanence des situations analogues dans tous les domaines : une commune, ou une région, se trouve en face d'un besoin manifeste, par exemple la construction d'un pont, d'une crèche ou d'une route, pour lesquels existent les compétences, les architectes, les ouvriers disponibles, et tous les matériaux et les machines nécessaires. Ne manque que le crédit. La construction ne peut pas se faire parce que les besoins humains ne commandent pas la création monétaire et que les pouvoirs publics sont soumis à ces contraintes ;

que ce mode de création monétaire ne pèse pas seulement de cette façon directe sur la société dans tous les domaines publics : il oblige toute entreprise qui a besoin de crédits à rembourser plus qu’elle n’a emprunté. Cette obligation oriente les choix des entreprises qui sont ainsi amenées soit à compenser cette augmentation de leurs coûts par des “économies” faites sur les conditions de travail ou à négliger “par économie” certaines précautions jugées trop coûteuses, soit à adapter leurs prix de vente pour pouvoir payer les intérêts de leurs emprunts, auquel cas ce sont les clients qui paient ces intérêts, et donc qui versent une rente au système bancaire.

Impossibilité de financer des entreprises non rentables, obligation de croissance des bénéfices, nécessité de réduire les coûts, ce mode de création monétaire pèse sur la société dans tous les domaines : santé, conditions de travail, environnement, connaissance, évolution, culture…

Ce qui devrait amener l'opinion à poser quelques questions :

• D'où vient ce choix du mode de création monétaire ?
— Nul débat politique n'est à son origine.

• A-t-il été spontané ?
— L'histoire a montré, en plusieurs circonstances (dont, en France, deux coups d'État napoléoniens) la pression exercée sur le pouvoir en place pour imposer les privilèges dont les banques jouissent encore.

 Ce choix est-il immuable ?

— Rien ne l'est, et surtout pas la monnaie, elle a changé tout au long de son histoire… (YH : et il y a même eu, il y a seulement 450 ans encore, des civilisations entières qui s'en passaient, sans faire non plus de troc...)

Sources : http://www.france.attac.org/ et multiples références

Yves Herbo 04-2012

Incursion dans un domaine trop réservé : la monnaie - Part 2

Incursion dans un domaine trop réservé : la monnaie - Part 2

 

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I) suite

La création ex nihilo par les banques

Expliquons cet effet à l'aide d'un exemple :

Imaginons que vous fassiez un dépôt de 1.000 euros en billets (monnaie centrale dite aussi “de premier niveau”) auprès de votre banque. Non seulement cette banque peut alors disposer à son gré de ces 1.000 euros, tout en sachant qu’elle vous les doit (c’est inscrit dans sa comptabilité), mais en plus, du fait de ce dépôt, elle est autorisée à ouvrir, pour un autre client, un crédit d’un montant légèrement inférieur, la différence étant ce qui correspond aux “réserves obligatoires”. Si cette réserve est fixée à 10 pour 100, soit un “ratio de réserve” ou “taux de couverture” c = 0.1, votre dépôt de 1.000 euros permet à votre banque d’ouvrir 1.000 x (1 -0,1) = 900 euros de crédit supplémentaire (ou crédit de second niveau) pour un autre client. Celui-ci, en le dépensant, tire un chèque qui va fatalement aboutir à une banque, la même ou une autre, et celle-ci pourra alors ouvrir, elle aussi, un crédit supplémentaire de 900 moins les 90 de réserve obligatoire, soit 810 euros de crédit de troisième niveau. Cette banque aura de ce fait 900 + 810 = 1.710 euros sur son compte de dépôt. Au quatrième niveau de cette chaîne de crédits, une autre banque créera de même 729 euros, une cinquième 656 euros, etc. Il s’agit d’une série mathématique dont la théorie montre que la somme de tous ces crédits ouverts à partir des 1.000 euros initiaux est 1/c, soit ici 1/0,1 = 10 fois la somme de départ. Autrement dit, si l’obligation de réserve impose un taux de couverture c, les banques peuvent multiplier les crédits qu’elles créent par le facteur multiplicateur N = 1/c

Jusque dans les années 1970 chaque pays était libre de fixer son propre taux de couverture. Mais l’activité des banques étant devenue de plus en plus internationale, il a fallu harmoniser ces taux. Un premier accord a été signé à Bâle, en 1974, puis une valeur commune a été adoptée d’abord par une dizaine de grands pays occidentaux, et acceptée ensuite par plus de 100 pays, en 1988, il s’agit du ratio Cooke, qui fixait la réserve obligatoire à c = 8%Ce système donnait donc alors aux banques secondaires la possibilité de multiplier par 12,5 le montant de la monnaie scripturale en circulation.

La seule limite à cette création est le risque que court la banque, si elle prête à des clients incapables de la rembourser, d’être entraînée dans leur faillite. Cette “couverture” n’avait pas d’autre raison d’être que d’éviter ce danger aux banques.

 

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Un pouvoir arbitraire, méconnu et dangereux

Ce privilège de prêter N fois plus que ce qui leur est confié confère aux banques privées et autres institutions de crédit un pouvoir arbitraire sur l’économie : elles ont le choix des clients pour qui elles créent cette monnaie, et elles en tirent tout le bénéfice grâce aux intérêts qu'elles en exigent. Alors qu'elles n'en supportent pas tous les risques parce que les crédits qui sont ainsi ouverts constituent une monnaie privée sans garantie légale, contrairement à la monnaie centrale.

C'est un énorme pouvoir dissimulé, donc méconnu, parce que monnaie privée et monnaie centrale alimentent les mêmes comptes à vue, qui permettent de tirer les mêmes chèques. Ainsi monnaie privée et monnaie légale se confondent à l’usage, les crédits créés ex nihilo servent bel et bien de monnaie pour ceux qui reçoivent des chèques en paiement, quelle que soit la façon dont ont été provisionnés les comptes sur lesquels ces chèques sont tirés.

Tout va bien tant que les clients ont confiance dans ce système bancaire. Mais quand ils viennent tous en même temps retirer “du liquide” soit-disant équivalent à leurs avoirs, c’est l’effondrement du système et la ruine pour tous ses clients, comme cela s'est vu fin 2001 en Argentine, s’était produit en 1998 en Russie, un peu plus tôt en Thaïlande, et en Malaisie, et en Indonésie, etc. Où la prochaine fois ?

Or les institutions de crédit ont non seulement le pouvoir de créer l’argent et de le ramener à elles, ce qui leur permet d’acheter ce qu’elles veulent, mais elles ont, du même coup, un droit sur le patrimoine de leurs débiteurs quand ceux-ci sont défaillants. Pour le comprendre, utilisons encore un exemple : vous possédez un terrain et vous avez besoin de 10.000 euros pour construire votre maison dessus; vous êtes obligé pour cela d’emprunter ces 10.000 euros à votre banque. Celle-ci, pour vous ouvrir ce crédit, ne les prend pas à un autre client. Elle inscrit dans sa comptabilité que vous lui devez 10.000 euros, plus tant pour cent d’intérêts (ce qui, à terme, peut faire, disons, 18.000 euros), et elle prend une hypothèque sur vos biens. Si, à terme, vous lui payez les 18.000 euros, elle annulera votre dette, mais elle encaissera les 8.000 euros d’intérêts

Et si vous ne pouvez pas régler les 18.000 euros, elle est en droit de se payer sur la vente, à laquelle elle vous forcera, de votre terrain ou de votre maison. De sorte que la permission donnée aux banques de créer de la fausse monnaie, pardon, de la monnaie privée, les rend gagnantes dans tous les cas, sauf si elles ont prêté à des clients insolvables.

On comprend tous les efforts, enquêtes, publicités, démarches, souvent en connivence avec des agences immobilières et autres commerçants (qui sont preneurs dans les ventes à crédit organisées, c’est le cas par exemple des concessionnaires d’automobiles) pour organiser la chasse aux clients à qui prêter pour en tirer le maximum, voire pour les… plumerLa lutte contre le surendettement vise à discipliner les clients piégés, mais pas à interdire ces pratiques. On comprend aussi pourquoi les sièges des banques sont des bâtiments somptueux… Comparez le bureau dans lequel votre banquier vous reçoit pour conclure un crédit, avec le “local” dans lequel vous reçoit l’instituteur de vos enfants pour parler de leur avenir !!

Comment, sinon par ces créations de monnaie ex nihilo, des entreprises comme France Télécom, Vivendi et combien d’autres encore, auraient-elles pu acheter tant “d’actifs” au point que leurs entreprises se sont retrouvées endettées de plusieurs dizaines de milliards d’euros…? Qui peut, non pas gagner des millions, mais s’endetter de tant de milliards ?

Ces quelques exemples laissent entrevoir le rôle joué par le crédit sur l’ensemble de l’économie. Et cet aperçu donne le vertige. On découvre que les organismes bancairesqui ne produisent rien de tangible, ont en fait, grâce à cette monnaie privée qu’elles créent de toute pièce (si on peut dire…), le contrôle des destinées des nations et de l’économie mondiale : elles peuvent contrôler les ressources monétaires mondiales, amener les gouvernements à quémander, elles peuvent même les manipuler, et donc faire et défaire des nations entières.

Imaginez, c'est de la fiction pure, qu’une de ces banques repère un homme politique suffisamment vénal pour qu’il accepte de lui emprunter de l’argent afin de se constituer une formidable machine à détruire, qu’elle l’incite ensuite à piller tout un pays pour lui rembourser sa dette avant de s’effondrer… il sera temps alors qu’elle prête à ce pays l’argent pour se reconstruire et fasse en sorte que les contribuables lui paient les intérêts… Ceci nous conduit à penser aux engagements financiers de l'État. 

Le Trésor public

L'institution chargée d'appliquer la loi de finances, qui fixe, pour chaque année civile, les recettes et les dépenses de l'État est le Trésor public. Cette mission lui pose deux problèmes d'équilibre. D'une part au quotidien, parce que le montant des recettes que perçoit l'État un jour donné n'est évidemment pas égal à celui des dépenses qu'il effectue le même jour. D'autre part le budget annuel de l'État est rarement équilibré, il est pratiquement toujours en déficit, de sorte que le Trésor doit, pour assurer la totalité des dépenses, jouer aussi un rôle de trésorier, et pas seulement de gestionnaire, pour trouver un financement supplémentaire aux rentrées fiscales, supplément qui constitue la dette publique.

Comment fait le Trésor public pour réaliser ces deux équilibres ? Il dispose d'abord de la monnaie divisionnaire, puisque l'État a le contrôle de sa fabrication comme nous l'avons rappelé. 

Mais cela fait très peu puisque le montant de toutes les pièces n'est guère qu'un pour cent de la masse monétaire en circulation. L'essentiel de la monnaie dont dispose le Trésor est essentiellement sous forme scripturale, mais, contrairement aux autres banques, sans avoir le droit d'en créer. Cette monnaie est constituée par les dépôts sur le compte du Trésor public et sur les comptes-chèques postaux (les CCP). Les premiers sont effectués par les correspondants du Trésor. Avant le 1er janvier 2002 n'importe quel particulier pouvait être correspondant du Trésor, c'est-à-dire y avoir un compte, mais depuis cette date, c'est interdit et les correspondants du Trésor ne sont plus, exclusivement, que des organismes publics ou semi-publics et des collectivités locales. Par contre, tout particulier, toute association et toute entreprise, publique ou non, peut avoir un CCP. Ces comptes courants sont gérés, comme des comptes bancaires, par la Poste (8), mais ils figurent au passif du bilan du Trésor.

Expliquons ceci : quand vous disposez d'un revenu, par exemple d'un salaire ou d'une retraite, vous avez le choix de le déposer soit sur un compte bancaire soit sur un CCP. Si vous choisissez un compte bancaire, la banque à laquelle vous vous adressez inscrit cette somme à son passif, ce qui veut dire qu'elle s'engage à vous la rembourser (et vous lui faites confiance), et elle inscrit en même temps cette somme à son actif, ce qui veut dire qu'elle en devient propriétaire, ce qui lui permet d'en disposer, par exemple pour le prêter ou pour ouvrir des crédits, qui rapporteront des intérêts à ses actionnaires. Si vous choisissez un compte aux chèques postaux, la Poste inscrit cette somme au passif du Trésor, ce qui veut dire que l'État s'engage à vous la rembourser (ce qui est une garantie a priori plus sérieuse que celle d'une banque privée), le Trésor peut alors en disposer, mais contrairement aux banques commerciales, pas pour ouvrir de nouveaux crédits et seulement pour lisser, au jour le jour, les recettes et les dépenses de l'État.

Et au passage que tout citoyen, et à plus forte raison tout fonctionnaire, n'ait pas scrupule à choisir un CCP pour aider plutôt les services publics, qui nous concernent tous, que les intérêts privés des banques, surtout depuis qu'aucune de celles-ci n'est nationalisée, c'est-à-dire que l'État ne les cautionne pas. Il est probable que cette attitude résulte, là encore, de l'ignorance du public vis-à-vis de tous ces mécanismes, ignorance doublée d'un état d'esprit entretenu par des idées toutes faites : par exemple la Poste est souvent désignée avec mépris comme “la banque des pauvres”, ce qui n'a pas de sens. (YH : Notez ici que même la Poste a perdu son statut d'intermédiaire avec l'Etat et a été privatisée depuis par les derniers gouvernements libéraux français !)

 

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Quand l'État est contraint d'emprunter… au privé

Puisque les dépôts sur les comptes du Trésor public ne constituent pas des ressources pour l'État, on se demande quelles ressources supplémentaires par rapport aux recettes fiscales le trésorier de l'État peut trouver quand le budget est en déficit. On découvre alors que la banque de l'État souffre d'un autre handicap par rapport aux banques commerciales. Parmi les attributions de la Banque centrale, nous y reviendrons, elle est le “prêteur en dernier recours” pour toutes les banques commerciales qui peuvent ainsi faire appel à elle quand elles ont besoin de financement

On pense naturellement que le banquier de la France peut, comme les autres, faire appel, si besoin, à la Banque de France. C'était possible, et celle-ci accordait alors un crédit à l'État, directement sur le compte du Trésor public, ce qui correspondait à une création directe de monnaie centrale
 

Mais la loi du 4 août 1993 a mis fin à cette possibilité en redéfinissant le statut de la Banque de France (qui comme beaucoup d’autres banques avait été nationalisée en 1945). Pour préparer l'Union économique et monétaire en Europe, cette loi imposait l'indépendance des Banques centrales vis-à-vis des gouvernements. Dans son article 3 elle interdit à la Banque de France «d'autoriser des découverts ou d'accorder tout autre type de crédit au Trésor public ou à tout autre organisme ou entreprise publics». La banque de l'État se voyait ainsi interdire les moyens dont disposent les banques de tous les particuliers et de toutes les entreprises ! Notons au passage qu'un tel transfert d'une partie des pouvoirs du gouvernement venait d'être jugé inconstitutionnel par le Conseil constitutionnel… Qu'à cela ne tienne, on a trouvé un arrangement !

Alors, quelles ressources reste-t-il à l'État, qui doit pouvoir faire des investissements publics, pouvant éventuellement profiter à plusieurs générations, alors que ses recettes courantes ne peuvent pas les assurer ?

Bien entendu, le gouvernement peut décider de “vendre les bijoux de famille”, tant qu'il en reste, c'est-à-dire vendre son patrimoine immobilier (9), privatiser les entreprises publiques, vendre les actions que détient encore l'État par exemple dans Air France, EDF, la SNCF, etc.

Et, bien sûr, faire appel au privé.

Le Trésor émet à cette fin des bons du Trésor, négociables à moyen terme, 2 à 7 ans, et des obligations à plus long terme. Ainsi les personnes qui en ont les moyens peuvent avancer, sans risque, de l'argent à l'État, et celui-ci est tenu, non seulement de les rembourser à échéance mais aussi de trouver un supplément de ressources pour leur payer les intérêts, qui sont également garantis.

L'État met ainsi un placement sûr à la disposition, peut-être pas des plus riches car ceux-ci préfèrent des rendements meilleurs et plus rapides, mais de tous ceux qui disposent de plus de moyens qu'ils n'en ont l'usage immédiat.

Et puisque les banques, elles, ont gardé le droit de créer de la monnaie, elles peuvent, comme les autres établissements de crédits privés, comme les fonds de pension américains ou autres, …prêter à l'État pour en tirer des intérêts garantis !

En résumé, comme il ne fait pas partie des “établissements de crédit ayant reçu l'agrément des autorités monétaires pour la création de monnaie scripturale” et qu'il a abandonné l'essentiel de son droit régalien de battre monnaiel’État est obligé, quand les rentrées fiscales sont insuffisantes pour investir dans le domaine public et pour financer le service public, d’emprunter à ces organismes privés. Et les contribuables doivent par conséquent les rembourser, en leur versant en plus des intérêts.

Dans un manuel de la collection “les Fondamentaux” de Hachette-enseignement supérieur, collection qui constitue la “Bibliothèque de base de l'étudiant en droit, politique, économie et gestion”, écrit par un Professeur à l'Université de Strasbourg, on lit que lorsqu'une collectivité de paiement, la France par exemple, a des besoins de financement qui dépassent ses capacités de paiement, «c'est le rôle» du système financier de combler ce déséquilibre par la création monétaire, qui constitue le mécanisme par lequel le système bancaire répond aux besoins quand la collecte de fonds ne suffit pasPoint. C'est enseigné comme si c'était une loi de la nature, une obligation aussi incontournable que l'attraction universelle. On semble ignorer, ou considérer que c'est sans importance puisqu'aucune allusion n'y est faite, le fait que cette façon dont est créée la monnaie condamne l'ensemble des contribuables à verser une rente aux institutions financières...

De sorte que personne ne se demande si ce n'est pas, au contraire, la banque de l'État qui devrait avoir seule le droit de création monétaire, quitte, bien entendu, à limiter ce droit par des règles de façon à ce que la monnaie soit créée dans la limite des possibilités productives du pays, mais dans l'intérêt général, sans paiement d'intérêts du public vers le privé.

 

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Une rente servie au privé par le contribuable

Ce n'est pas le fait que de la monnaie soit créée ex nihilo qui est anormal. Il est tout à fait nécessaire qu'une monnaie soit créée en préalable à une production, il est naturel que des fonds soient avancés et utilisés pour permettre de réunir les moyens de produire. Ce qui est intolérable c'est de donner à quelques particuliers le pouvoir de décider de ces investissements pour en dégager un profit pour eux et payé par les contribuables.

Car ces paiements d'intérêts, qu'on appelle élégamment le service de la dette, sont loin d'être de l'ordre de grandeur de “frais généraux”. Il est au contraire ahurissant de constater leur importance, ce qu'on peut faire facilement en lisant, tout simplement, la feuille envoyée chaque année par le Ministère des finances avec le formulaire de déclaration des revenus. Ce service correspond en effet à l’une des plus importantes lignes budgétaires :

En 2001, après la plus grosse dépense, celle consacrée à préparer l'avenir, c'est-à-dire l'éducation et la recherche (21 %), venaient cinq lignes budgétaires de même importance (entre 12 et 13 %) et le service de la dette, soit 240 milliards de francs, était l'une d'elles ! Le contribuable versait alors pratiquement autant pour payer ces intérêts, nés du choix du mode de création de notre monnaie, que pour l'ensemble de la justice, de la sécurité, de l'environnement, de la culture et de l'agriculture (soit 244 milliards de francs) !

Pour 2003, dans la répartition programmée des dépenses de l’État, la plus importante part est encore, heureusement, celle qui prépare l'avenir, soit 21 % pour l'ensemble de l’éducation, la recherche et le développement. La deuxième ligne, soit 15 %, est prévue au profit des collectivités locales (le gouvernement ayant entrepris de décharger l'État sur elles, il faut bien qu'une part du budget leur revienne). Et le service de la dette vient en troisième ligne, juste derrière, avec 12 % du budget, soit à égalité avec la dépense pour la défense nationale (10). Ainsi l'État a plus dépensé en 2003 pour “le service de la dette publique” que pour assurer l'emploi et la solidarité, soit 10 % du budget (11). Les contribuables ont payé 2 % de plus pour verser cette rente au privé que pour tenter de réduire “la fracture sociale”... (YH = on parle là de 2003... mais écoutez ces politiciens qui ne parlent que de rigueur et d'augmentations de taxes, TVA, remboursement de dettes partout dans le monde en 2012... comme si cela n'avais pas déjà été fait depuis des lustresen vain...)

En comparant aux rentrées budgétaires, on constate que les deux tiers des impôts sur le revenu des contribuables servent à payer ces intérêts à des particuliers privés.

(9) Il envisagerait même de vendre des bâtiments publics, tels que les préfectures, les mairies ou les écoles… sans doute pour les louer ensuite à leurs propriétaires ? (YH = notez qu'en Grèce, en 2012, il est devenu possible de louer les services et matériels de la police nationale..., que la majorité des ports et des services ferroviaires grecs sont passés à des intérêts totalement privés et... chinois...)

*

Tous les pays sont aujourd'hui endettés, mais le pompon revient aux États-Unis dont la dette nationale atteignait déjà 6.116 milliards de dollars en août 2000. Or ce déficit public vient d'être considérablement accru par les baisses d'impôts, par d'autres mesures fiscales et par l'augmentation des dépenses militaires de l'administration de G.W. Bush. En octobre 2003 il atteignait 400 milliards par an, que les prévisions du Congrès, ajustées le 17 novembre, faisaient passer à 480 milliards pour 2004 (12), n'entrevoyant un équilibre possible, on ne sait d'ailleurs pas comment, qu'à partir de 2012 (YH on sait aujourd'hui que c'est encore pire et qu'on ne parle plus d'équilibre mais de "limitations"). Pour financer cette dette de l'État fédéral, les États-Unis cherchent évidemment à vendre, en dollars, des emprunts d'État. Ils en doivent déjà pour la bagatelle de 3.500 milliards. Or depuis quelques années, les bons du Trésor américain étaient surtout achetés, non pas par quelques riches Américains (qui préfèrent aujourd'hui investir en Europe où les taux d'intérêt sont plus élevés…) mais beaucoup (40 %) par les Banques centrales du Japon et de la Chine.

 

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Bien qu'on en parle beaucoup plus, la dette des pays les moins avancés est moindre que celle du pays réputé le plus riche du monde, mais elle dépasse 2.500 milliards de dollars au total. Celle de la France est passée de 1.782 milliards de Francs (271.66 milliards d'euros) en 1990 à 948 milliards d’euros en 2003 (6.218 milliards de Francs)...

(10) dont le fameux désamiantage du Clemenceau qui vient d'errer à travers la Méditerranée sans trouver un port...

(11) Aux dernières nouvelles (2 mars 2004), la Dette publique de la France serait de près de 1.000 milliards d'euros, et son “service” serait de plus de 40 milliards d'euros, soit le deuxième budget civil après celui de l'éducation nationale.

(12) mais en février de cette même année il atteint déjà 540 milliards de dollars.

Partie II) 

Évolutions

De la fascination exercée par l'or, aux mesures empiriques prises dans l'urgence pour que le public ne perde pas confiance dans le système bancaire, jusqu'à l'installation récente de la dictature des marchés sur toute l'économie, l'histoire de la monnaie, sous chacune de ses trois formes, apparaît comme la lutte permanente entre l'avidité de ceux qui veulent en faire l'instrument de leur puissance et le souci de ceux qui sont chargés de limiter les dégâts.

Le système de l'étalon-or

Pendant des siècles, la monnaie de la France était définie par un certain poids d'or, c'est-à-dire qu'elle faisait partie du système dit de l'étalon-or. Cette référence ne garantissait pourtant pas la stabilité, le poids d'or de l'unité monétaire ayant diminué progressivement au cours du temps. Ainsi, le franc de Jean le Bon pesait 3,87 grammes d'or fin, tandis qu'en 1785, celui de Louis XVI n'en pesait plus que 0,29 grammes (13). La Convention, qui donna à la livre le nom de franc (14) et définit la taille et le poids des pièces (15), fixa par la loi du 7 germinal (28 mars 1803), la valeur du franc germinal à 0,290 grammes d'or fin. Mais les dévaluations ont continué (16 depuis).

Au milieu du XIXe siècle, le régime de l'étalon-or était perçu comme le moyen «d'unifier la performance et la politique économique des nations» (17). Il a effectivement régné pendant une cinquantaine d'années, l'or étant alors la référence unique des monnaies de 59 pays, ce qui facilitait les échanges entre elles. Ces monnaies restèrent convertibles jusqu'à la Première Guerre mondiale. Aux États-Unis la crise de 1929 entraîna de si nombreuses faillites bancaires (18 que, dès son arrivée au pouvoir en 1933Roosevelt fut obligé d'abord de fermer toutes les banques pour arrêter la ruée du public venant réclamer aux guichets son dû en or, puis d'abandonner la convertibilité du dollar, conservant néanmoins sa référence à l'or (35 dollars l'once, soit 31 grammes) pour les échanges contre les autres monnaies.

 

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Les accords de Bretton Woods, signés en 1944 entre 44 nations, instauraient un système international qui fixait les taux de change. L'or continuait à jouer un rôle monétaire à l'échelle internationale, par l'intermédiaire du dollar, qui garda de ce fait un rôle prépondérant sur les autres monnaies. Mais le déficit de la balance des paiements des États-Unis, lié à leur guerre contre le Viet-Nam, altéra la confiance des autres pays et la convertibilité externe du dollar n'y résista pas, Nixon la supprima officiellement le 15 août 1971. Depuis, les créanciers des États-Unis ne peuvent plus, comme l'avait fait De Gaulle, réclamer le paiement en or des sommes qui leur sont dues. La démonétisation de l'or au niveau international est effective depuis 1976 (accords de Kingston), lorsque toute référence à l'or a été supprimée dans les statuts du Fonds monétaire international (FMI). L'or n'est plus, nulle part au monde, une monnaie légale, mais les banques centrales en conservent tout de même dans leurs coffres, parce que ce métal est toujours considéré comme une valeur sûre…

(13 En 1541, l'écu d'or (2 livres) de François Ier n'en pesait plus que 1,46 grammes.

En 1602, l'écu d'or de Henri IV (3 livres 5 sous) pesait 0,99 grammes.

En 1640, le louis de Louis XIII (10 livres) pesait 0,62 grammes.

En 1700, celui de Louis XIV, 0,44 grammes.

En 1726, celui de Louis XV (24 livres), 0,31 grammes.

(14) loi du 18 germinal (7 avril 1795)

(15) loi du 28 thermidor (15 août)

(16) Celle du 25/ 6/1928 réduit le franc à 0,059 g d'or fin, soit 20,3% du franc germinal 

1/10/1936 0,044 g 15,2 %

21/ 7/1937 0,039 g 13,5 %

12/11/1938 0,025 g 8,6 %

8/11/1942 0,021 g 7,2 %

26/12/1945 0,0075 g 2,6 %

20/ 9/1949 0,0025 g 0,86 %

24/ 7/1958 0,0021 g 0,72 %

27/12/1958 0,0018 g 0,06 %

1/ 1/1960 0,000018 g 0,001 %

11/ 8/1969 0,000016 g 0,00005 %

(17) John Kenneth Galbraith Money, whence it came, where it went.

(18) (659 faillites en 1929, 1.352 en 1930 et jusqu'à 2.294 en 1931)

Le choix de l'or comme étalon n'était pas la panacée pour de nombreuses raisons. La référence à un métal, quelles que soient ses qualités physiques, est totalement arbitraire et le fait que ce choix n'assure pas la stabilité de la monnaie n'est pas son plus grand défaut. Il confère en effet un pouvoir injustifié aux producteurs de ce métal, du simple fait que la masse monétaire disponible dépend d'eux. C'est ainsi que l'économie européenne, au seizième siècle, a été dominée par les importateurs d'argent extrait des mines de l'Amérique du sud nouvellement conquise, alors que ce métal était, en fait, loin d'être une matière première vitale pour l'économie de l'Europe. De même on sait l'âpreté de la ruée vers l'or du Klondike et le pouvoir exercé par les propriétaires des mines d'or d'Afrique du sud. Non seulement le rôle économique du métal choisi ne correspond pas à la réalité, mais il n'y a pas non plus de raison objective qui fasse que la variation de la masse de métal extraite des mines soit celle qui convient aux besoins monétaires de l'économie.

En fait, c'est l'abandon de toute référence de la monnaie à la réalité qui est lourd de conséquences. Si elle n'est plus gagée sur une quantité physique mesurable, et si l'État ne s'en porte pas garant, il est si facile d'en augmenter arbitrairement la masse qu'on ne peut pas savoir ce qu'on reçoit quand on accepte cette monnaie en paiement.

 

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Les aléas de la monnaie légale

À propos de l'origine des billets de banque, nous avons vu que leur usage s'est d'abord librement répandu, puis qu'un groupe de banquiers acquit le privilège de pouvoir, seuls, les émettre, sous prétexte de limiter ainsi leur prolifération anarchique.

Plusieurs crises de confiance ayant eu lieu, qui se transformèrent parfois en paniques, il a fallu trouver des “instruments” pour éviter une catastrophe qui ferait perdre au public sa foi dans le système bancaire. Lesquels ? « Le précurseur de tous les instruments de réforme fut la Banque d'Angleterre. Aucune institution économique n'a jamais joui aussi longtemps d'un tel prestige… et c'est une réputation bien méritée, car l'art de gérer la monnaie, aussi bien que la presque totalité du mystère dont il est empreint, est né là.» écrit J.K.Galbraith (19) en expliquant comment la Banque d'Angleterre, de 1720 à 1780, s'affirma dans le rôle de gardienne de l'offre de monnaie et de gérante des problèmes financiers du gouvernement. Elle commença par éliminer les billets de ses concurrents londoniens. Ses propres billets étaient alors facilement convertibles en monnaie métallique, de sorte que… personne n'en demandait la conversion ! Les billets de ses petits concurrents étant loin d'inspirer la même confiance, la Banque d'Angleterre devint pratiquement la seule source de monnaie papier, les autres n'étant que des banques de dépôts, qui ne consentaient en prêt que ces dépôts. Puis quand un peu plus tard la Grande-Bretagne eut deux guerres à mener, contre ses colonies américaines et contre Napoléon, et qu'il fallut pour cela de l'argent, la Banque d'Angleterre suspendit la convertibilité de ses billets en monnaie métallique : ses billets avaient alors cours forcé.

En 1844, après plusieurs péripéties, le Premier ministre, Sir Robert Peel (1788-1850,) fixa, par le Bank Charter Act le montant global des émissions de billets autorisées (14 millions de Livres à l'époque), ce montant étant garanti par des bons d'État. Au-delà, les billets ne seraient garantis qu'à proportion du métal en caisse. La Banque d'Angleterre n'était plus en mesure de remplir une des fonctions qui aurait évité une catastrophe : fournir les fonds nécessaires si tous les titulaires de comptes venaient réclamer leur dû aux guichets des banques. L'application de la loi fut néanmoins suspendue à chaque fois qu'elle aurait trop gêné la Banque centrale…

De même, en France, le gouvernement dut intervenir chaque fois qu'une crise de confiance menaçait. Jusqu'en 1848, les billets n'avaient pas cours légal, c'est-à-dire que personne n'était obligé de les accepter en paiement, mais ils étaient convertibles. Au moment de la révolution de 1848, le cours légal et le cours forcé furent déclarés, puis alternativement supprimés et rétablis, et définitivement rétablis depuis 1939.

C'est donc l'exemple de la Banque d'Angleterre qui a été suivi par les autres pays pour définir les rôles des Banques centrales, comme la Banque de France ou le groupe des Banques constituant la Réserve fédérale (en abrégé la “Fed”), instituée aux États-Unis par le Federal Reserve Act du 13 décembre 1913.

La Banque de France n'a jamais été tenue de conserver un rapport entre le montant de son encaisse métallique et le montant de ses billets en circulation. Elle escomptait des effets de commerce et consentait des avances sur titres. La quantité de billets émis dépendait, en principe, des besoins du commerce, mais cette émission fut limitée en 1870 à un maximum fixé par la loi. Mais quand ce plafond menaçait d'être crevé… une nouvelle loi le rehaussait ! 

Tout changea en France avec la déclaration de la Première Guerre Mondiale. Dès le 5 août 1914 les "porteurs" de billets se précipitèrent aux guichets de leurs banques pour se faire remettre leur dû. Or il y avait évidemment trop de billets pour que l'engagement de rembourser, qui y était pourtant inscrit, puisse être honoré ! Alors le gouvernement décida que la Banque de France était dispensée de tenir sa promesse : il décréta le moratoire et le cours forcé des billets, qui, puisqu'ils n'avaient pas de valeur intrinsèque, ne représentaient désormais plus rien.

Une convertibilité très partielle fut rétablie de 1928 à 1936, mais depuis cette date les billets de la Banque de France ont eu cours légal et cours forcé, jusqu'à ce qu'ils laissent la place aux billets de la Banque centrale européenne.

(19)  dans Money, whence it came, where it went on trouvera toute l'épopée de la création des banques centrales et de la définition de leurs attributions.

Incursion dans un domaine trop réservé : la monnaie - Part 1

L'argent : Dossier vulgarisation sur l'économie

 

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Ce dossier regroupe tous les articles concernant l'explication sur notre système économique actuel, dans l'ordre des parutions, pour faciliter leur lecture et compréhension, ainsi qu'une proposition de réorganisation financière. Rappelons que la monnaie d'échange (argent) a été inventée il y a presque 3 000 ans et que toutes les corrections et apports suivants, au fil des siècles, ont été dans le même sens : empirer son utilisation au profit de quelques-uns. Plusieurs publications d'ethnologues et historiens affirment même que cette invention, suivi très rapidement de l'invention du commerce réel, a amené très rapidement la création de classes diverses, la plupart dominées par une seule, la famine, l'esclavagisme, les premières guerres entre humains et les grands empires... il serait temps pour l'humanité d'évoluer sur ce sujet, cela devient urgent...

 

Incursion dans un domaine trop réservé : la monnaie - Part 1

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Je reviens sur une très bonne étude faite par le groupe indépendant ATTAC qui non seulement revient sur l'historique fondamental qui nous a mené à la situation économique actuelle de la planète entière, mais avait largement expliqué et anticipé les risques qui sont survenus depuis cet ouvrage qui date de 2004... Le groupe continue ses observations et interventions, et je suis personnellement assez en accord avec leurs conclusions, ainsi que l'historique :

Incursion dans un domaine trop réservé : la monnaie

Avant-propos

Les thèmes principaux d’ATTAC, que ce soit la taxe sur les transactions entre monnaies, les paradis fiscaux et la criminalité financière, l’abolition de la Dette du Tiers monde et le rôle des institutions financières internationales (FMI, OMC, Banque mondiale), la retraite et les fonds de pension, la privatisation des services publics et le brevetage du vivant, tous tournent autour de l’argent. Et pourtant ce thème central n’y est pas directement abordé.

Pourquoi le citoyen qui refuse de subir la dictature des marchés ne remettrait-il pas en question l’outil de cette dictature ? Laisser ce domaine aux experts, c’est en faire un domaine réservé échappant à tout contrôle citoyen.

Même si la complexité des questions monétaires est rébarbative et décourageante, nous avons tenu à les aborder pour tenter de jeter un pont sur le fossé qui sépare ceux qui savent, et peuvent en tirer parti, de ceux qui ne savent pas, et en subissent les conséquences.

*

Nous partions avec une idée très familière de l’argent : c’est ce qui permet de faire des échanges avec notre entourage, c’est donc un lien social. Et nous étions prêts à croire que la monnaie n’est que cet intermédiaire entre les gens, autrement dit qu’elle est politiquement neutre.

Nous savions bien que sa forme avait évolué au cours de l’histoire, mais nous étions persuadés que cette évolution avait suivi naturellement celle des techniques, qu’elle n’avait donc pas d’autre conséquence sur les rapports entre les gens que faciliter leurs échanges… Certains d’entre nous étaient même persuadés, sans s’être vraiment posé la question, que la monnaie d’un pays était naturellement créée par décision de son gouvernement !!!

Nous avons compris d’abord que “l’argent”, dont nous parlons toujours, n’a plus cours. Nous avons découvert, mais avec stupéfaction, que la création de la monnaie légale relève, pour l’essentiel, de l’intérêt privé. Puis avons appris, entre autres choses,qu’elle n’est plus garantie par aucune richesse réelle, ce qui a ouvert le marché, fort lucratif, du risque. Et que les monnaies parallèles, comme celles des SEL, n’étaient pas plus illégales que des tickets-restaurant, les bons d’achat et autres cartes de fidélité que des chaînes commerciales offrent à leurs clients à titre publicitaire.

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Amenés à revenir sur bien des idées reçues, nous nous sommes posé beaucoup de questions. La discussion nous a conduit à quelques conclusions et propositions :

D’abord, que dans une démocratie, c’est au débat politique que devraient revenir les décisions essentielles relatives à la monnaie du pays, à savoir : sa création, sa masse totale et les rôles qui lui sont attribués.

Ensuite, que la masse monétaire d’un pays devrait représenter la richesse qu’il produit pour la mettre en vente.

Et enfin, qu’on cesse de confondre l’être et l’avoir en mélangeant, dans une même comptabilité, les matériaux avec les ressources humaines. Celles-ci, par nature, ne sont pas mesurables.

*

Ce qui nous amène à défendre une transformation de la monnaie, que nous esquissons pour terminer. Avec cette nouvelle transformation, l’économie serait la gestion des biens matériels.
Et le revenu que reçoit un individu ne serait plus le prix auquel il parvient à se vendre lui-même, il serait fondé sur ses besoins personnels et destiné à lui donner les moyens de s’épanouir selon ses goûts, ses aspirations et ses aptitudes.

Mais pour y parvenir, il faut d’abord qu’une majorité de citoyens prennent conscience de ces enjeux liés à la monnaie.

Merci à Jean-Pierre, Gerty, Gilbert, Guy, Jean et Annie pour les longues soirées passées ensemble, depuis juin 2000, à tenter de débroussailler ce domaine.

Sommaire

Contrairement à tout manuel classique d'économie qui aborde le chapitre sur la monnaie en affirmant que celle-ci a trois fonctions (unité de compte ou étalon de valeur, intermédiaire des échanges et instrument de réserve de valeur), nous avons préféré, pour comprendre le sens et surtout la portée de ces affirmations, commencer par faire connaissance, dans une première partie, avec les trois formes que peut prendre la monnaie : monnaie-marchandise, billet de banque et monnaie scripturale.

Dans un premier chapitre, nous examinons donc, pour chacune de ces trois formes, quelle est sa nature, quel est son mode de création et quelle garantie elle présente ; et, dans un second chapitre, nous rappelons comment a évolué au cours de l'histoire l'utilisation de ces trois formes de monnaie jusqu'aux transformations les plus récentes de libéralisation et de dérégulation.

Le troisième chapitre incite à réfléchir à la base sur laquelle tout échange économique est fondé et à la notion de valeur, avant d'énoncer les trois fonctions classiques attribuées à la monnaie pour les comparer à la réalité actuelle.

Dans le quatrième chapitre sont brièvement rappelées les grandes théories monétaires, celles des écoles de pensée classique et néoclassique, de Keynes et de Marx.

Cet ensemble permet de réfléchir aux relations entre monnaie et société qui sont abordées dans la deuxième partie.

Dans le cinquième chapitre sont évoquées les conséquences, tant au plan national qu'au plan international, du fait que la monnaie est une dette qui engage une collectivité nationale :
- exploitation du risque lié à cette forme de monnaie, effet boule-de-neige du prêt à intérêt et dette du Tiers monde. L'intérêt bancaire lié à la création monétaire est-il légitime ? Qui gagne et qui perd à la lutte contre l'inflation monétaire qui a été donnée comme seul objectif de la Banque centrale
européenne ?

Le sixième chapitre passe en revue les monnaies parallèles, qu'elles aient la forme, largement la plus répandue, de bons d'achat ou de cartes émises par de grandes chaînes commerciales pour fidéliser leur clientèle, ou bien celle de monnaies locales destinées à pallier des inconvénients de la monnaie officielle pour la population.

En conclusion, la troisième partie tente de répondre à la question : quelle autre transformation de la monnaie officielle pourrait supprimer les effets néfastes sur la société des transformations qui ont abouti à la monnaie actuelle ? Quelles pourraient en être les modalités et quelles ouvertures offrirait-elle ?

Première partie

« Les alchimistes du Moyen-âge s’efforçaient de fabriquer de l’or avec quelque vil métal, nos alchimistes modernes, qu’on aptise banquiers, ont découvert le moyen de faire de l’argent avecun peu d’encre.» Jacques Duboin (Les yeux ouverts).

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I)
Ni blé, ni oseille, l’air d’une promesse

Il n’existe pas de définition de la monnaie sur laquelle les économistes se soient mis d’accord. Alors les manuels d'économie commencent en général par affirmer que la monnaie remplit trois fonctions, comme s'il s'agissait d'une définition. Nous préférons commencer par rappeler l'origine et le mode de création des trois formes de la monnaie dont la première, la monnaie-marchandise, a été prépondérante pendant des millénaires, et la troisième, la monnaie scripturale, est, et de très loin, la plus importante depuis moins d'un siècle.

Les trois formes de la monnaie qui circule.

Les pièces, qui constituent la première forme de notre monnaie, sont le souvenir de la monnaie-marchandise primitive. Celle-ci, apparue quelque 5.000 ans avant notre ère, était un bien de consommation, comme des grains ou du bétail(1), destiné à être utilisé ou bien échangé plus tard contre un autre bien de consommation.

Le choix de cette marchandise intermédiaire a évolué ensuite vers le métal (cuivre, argent et or) préféré aux autres pour ses qualités : inaltérable, inoxydable et maniable. Les premières pièces métalliques seraient les statères d'électrum (alliage naturel d'or et d'argent) apparus en Lydie vers 680 avant J-C : un inconnu avait eu l'idée de fondre les lingots en petites plaques de même poids et de même titre, pour éviter d'avoir à les peser à chaque transfert puisqu'il suffisait désormais de les compter.

Mais dans les espèces qu'on dit “sonnantes et trébuchantes” de notre monnaie divisionnaire actuelle, il n'y a plus de métal précieux.

(1) troupeau se dit pecus en latin d'où vient le mot pécunier.

*

Même si on peut faire remonter son origine à la civilisation sumérienne, le billet de banque, la seconde forme de notre monnaie, vient de l’insécurité des routes au Moyen âge, qui faisait craindre aux marchands d’être dévalisés et ruinés s’ils transportaient leurs pièces d’or. Au XVIIe siècle, les voyageurs anglais prirent l’habitude de les confier aux orfèvres de la Cité de Londres, contre un reçu les assurant de pouvoir les récupérer quand bon leur semblerait, moyennant paiement d’un droit de garde justifié. Puis ces reçus, les goldsmith notes, ou bank-notes, furent utilisés comme mode de paiement et la population prit l'habitude de les accepter comme de la monnaie parce qu'ils étaient plus maniables que les pièces et que celui qui les recevait avait la garantie de pouvoir à tout moment les rééchanger contre l’or déposé.

Les orfèvres ne tardèrent pas à s’apercevoir qu’on ne leur réclamait jamais tout l’or qu’ils avaient en dépôt, mais seulement une très faible partie. Ils en conclurent qu’ils pouvaient sans trop de danger, prendre le risque de signer beaucoup plus de reçus qu’ils n’avaient d’or dans leurs coffres et ils utilisèrent de tels reçus “à découvert” pour leurs propres emplettes… Les anciens banquiers d'Italie et d'Amsterdam, qui délivraient, eux aussi, des récépissés de dépôts quand on leur déposait des espèces, procédèrent comme les orfèvres de la City de Londres. D'où la génération spontanée de billets de banque, copies multiples du reçu d'un seul dépôt. L'intérêt de l'opération est considérable pour celui qui la met en circulation : en effet, quand la monnaiecessant d'être marchandise, devient simple morceau de papier, faire de la monnaie permet d'obtenir la contre-valeur des billets en les écoulant sur le marché. C'est ce qu'ont compris tous les faux-monnayeurs depuis longtemps !

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Mais si n'importe qui pouvait ouvrir une banque, le risque était grand, surtout en période de troubles, que le public vienne réclamer son or en échange de tous ces billets trop nombreux et s'aperçoive ainsi que leur convertibilité prétendue était un leurre… Pour écarter ce risque, un groupe de banquiers entreprit d'obtenir l'exclusivité du droit de se livrer à cette opération. Mais pour l'interdire aux autres, il fallait l'intervention de l'Etat. Saisissant l’occasion d’un besoin d’argent de leur souverain, un groupe de banquiers anglais, en échange d'une avance, obtint de Guillaume III qu'il leur cède le droit régalien de battre monnaie (les autres droits régaliens étant le droit de lever une armée, de rendre la justice, de faire la guerre ou de signer un traité de paix). C'était un privilège ahurissant puisqu'il s'agit de la création de la monnaie nationale ! Mais c'est ainsi qu'est née la Banque d’Angleterre en 1694 (2)Et un scénario semblable, qui avait déjà été pratiqué en Suède, se produisit dans la plupart des autres pays à la même époque. La Banque de France, par exemple, est née à la faveur de deux coups d’État

En 1799, la Révolution étant proche de sa fin, deux banquiers parisiens, l'un répondant au nom remarquable de Jean-Barthélémy Le Coulteux de Canteleu et l'autre à celui de Jean-Baptiste Perrégaux, envoyèrent à Bonaparte, alors en Égypte, un messager chargé de lui proposer de l'argent pour, selon l'historien Dauphin-Meunier(3), fomenter un coup d'État. Quelques jours plus tard le Directoire était renversé «pour sauver la République» et deux semaines après, nos deux banquiers mirent 12 millions de Francs à la disposition du nouveau gouvernement. Bonaparte
saura les remercier : non seulement il les nommera sénateurs, mais peu après son coup d'état du 18 Brumaire, 13 février 1800, il accepta les statuts qu'ils lui présentèrent d'une nouvelle banque, privée bien qu'appelée Banque de France, au capital de 30 millions, dont ils devinrent administrateurs avec Bonaparte et ses frères, et avec deux autres "conjurés" Cambacérès et Lebrun. L'objet de cette banque était d'escompter des effets de commerce, mais elle avait des concurrents, dont le principal était la Caisse d'escompte et de commerce, que Bonaparte essaya d'abord de discréditer. N'y parvenant pas, il alla jusqu'à envoyer la troupe pour en saisir la comptabilité et en chasser le personnel. Et comme cette banque refusait encore de céder, le Consul Bonaparte, par la loi du 14 avril 1803(4) donna à sa banque une constitution organique et lui
concéda le monopole d'émettre des billets pendant quinze ans à Paris et dans les grandes villes où elle aurait des succursales. Puis, comme, à ses yeux, ses banquiers cherchaient à prendre trop d'indépendance, Napoléon en remania la constitution en lui donna des “statuts fondamentaux”, qui restèrent en vigueur jusqu"en 1936, selon lesquels elle avait à sa tête un gouvernement de type monarchie constitutionnelle : les actionnaires élisaient toujours les régents et les censeurs, mais la direction était sous la tutelle d'un gouverneur et deux sous-gouverneurs nommés par l'empereur. En outre, son privilège était prolongé de 25 ans et son capital porté à 90 millions. Ce privilège lui fut ensuite renouvelé, et après la révolution de 1848, devint exclusif sur l'ensemble du territoire.

C’est ensuite pour avoir fourni à Napoléon III les 12 millions dont il avait besoin pour faire ratifier son coup d’État du 2 décembre 1851 que cette banque, toujours appelée “de France”, obtint son indépendance.

*

La troisième forme, la monnaie scripturale, est née avec les premières banques : au temps des Grecs et des Romains, des virements entre comptes courants de marchands étaient déjà effectués par des banquiers.

Au XIVe siècle est inventée la lettre de change, ou traite, pour les règlements à distance : le banquier, moyennant rémunération, s'interpose entre les marchands pour centraliser les lettres de change, les évaluer et effectuer les opérations de compensation et de change entre monnaies différentes.

Au XVIIIe siècle est apparu l'escompte : la banque, en achetant une traite à son client, fait du crédit.

Ce n'est qu'au XXème siècle que la monnaie scripturale s'est diffusée dans le grand public, qui n'en est pourtant pas souvent conscient, ce que commente ainsi John Kenneth Galbraith : « Le processus par lequel les banques créent de l’argent est si simple que l’esprit en demeure confondu.(5) »

Cette monnaie n'est en effet qu'un jeu d’écriture dans la comptabilité des établissements qui la créent, et elle se transfère d’un compte à l’autre par l’intermédiaire d’un ordre, qui peut être écrit (un chèque) ou informatisé (une carte bancaire). Plus précisément le processus de création de la monnaie scripturale est l’augmentation simultanée de l’actif et du passif d'un compte tenu par un établissement financier.

(2) deux ans après sa fondation, elle avait émis 1.750.000 de livres en billets alors qu'elle n'avait en réserve que 36.000 livres d'or.

(3) Lire “Les banquiers de Bonaparte” par J-M Vaslin dans Le Monde Économie du 5 novembre 2002.

(4) Loi du 24 germinal an XI.

(5) John Keneth Galbraith "Money, whence it came, where it went", en traduction française "L'argent".

C'est si facile qu’on pourrait croire que l’émission de cette forme de monnaie est réservée aux pouvoirs publics, qui l’emploieraient pour adapter la masse monétaire nationale aux besoins de l’ensemble de la population… Eh bien, et aussi ahurissant que cela paraisse, non seulement cette facilité ne leur est pas réservée, mais elle n'est même pas du ressort des gouvernements !

Elle est le privilège de certaines banques et d’autres organismes de crédit définis en ces termes :
«Tout établissement de crédit ayant reçu des autorités monétaires un “agrément” pour la mise à la disposition de la clientèle ou la gestion de moyens de paiement et qui effectue des opérations financières avec les agents non financiers (c’est-à-dire les entreprises, les particuliers ou les
administrations) peut créer de la monnaie scripturale.» 

En France, ce privilège de “gestion des dépôts à vue transférables” était, en 1999, à 70,9 % réservé aux banques commerciales, à 9,4 % aux chèques postaux, à 6,2 % aux Caisses d’épargne (depuis 1978), à 11,6 % au Trésor public et à 1,9 % aux autres (dont la Banque de France). Mais au 31 décembre 2001, ce privilège a été supprimé pour le Trésor public

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Notre monnaie sous sa forme scripturale est donc créée par des établissements financiers qui sont en majorité des groupes d'intérêts privés.

La double inscription, ou “provision” d’un compte en banque peut être provoquée :

soit par la remise d’espèces (billets et pièces), soit par virement d’un autre compte, soit enfin grâce à un crédit accordé par la banque.

Dans ce dernier cas, le crédit donne lieu à une double inscription, exactement comme s’il y avait eu dépôt réel, ce qu’on exprime parfois en ces termes : «les crédits font les dépôts

Ce troisième procédé de provisionnement, généré par un dépôt virtuel tel qu’une traite, c’est-à-dire une promesse, génère donc ex nihilo de la monnaie scripturale : il est assorti des mêmes instruments de paiement (chéquiers ou cartes bancaires (6),) que dans les deux procédés liés à un dépôt non fictif, il provoque donc l’augmentation de la masse monétaire en circulation quand les flux de ces crédits nouveaux sont supérieurs aux flux des remboursements de crédits antérieurs.
Les crédits ouverts ainsi par une banque commerciale représentent plusieurs fois les sommes qui lui ont été déposées… et ceci grâce au miracle d'un procédé que nous rappellerons après avoir réfléchi à la garantie liée à chacune des trois formes de la monnaie.

La garantie ? — De moins en moins assurée

Lorsqu'elles étaient d'or ou d'argent, les pièces de monnaie avaient une valeur intrinsèque, celle du métal qu'elles contenaient. Cette valeur était garantie : fabriquées sous le contrôle d'un souverain, son effigie y figurait, ce qui attestait qu'il se portait garant de son poids et de son “bon aloi”. Le problème de cette forme de monnaie fut longtemps la diversité des pièces, après qu’au démembrement de l’empire de Charlemagne, tout seigneur voulut sa monnaie, valable dans son fief. Pendant des siècles, les rois échouèrent à reprendre ce droit pour établir l’unité des monnaies dans tout le royaume, malgré le nom de Franc que Jean II, dit le Bon, donna en 1360 à cette monnaie qui servit à payer la rançon qui le libéra des Anglais, qui l'avaient fait prisonnier. Il fallut attendre la Convention (avril 1795) pour que l’unité monétaire soit établie, en même temps que celle des poids et mesures.

Mais aujourd'hui nos pièces métalliques, sans métal précieux, n'ont plus aucune valeur intrinsèque et les billets de banque ne sont plus convertibles contre l'or dont ils sont censés attester le dépôt.

Et pourtant, et aussi incroyable que cela paraisse quand on découvre ce fait, ce sont ces deux seules formes de la monnaie qui constituent la monnaie légale ! On les désigne aussi par monnaie fiduciaire, du latin fiducia, la confiance. Pourquoi ? Parce que seule la monnaie sous la forme des pièces et des billets a “pouvoir libératoire illimité”, ce qui signifie que sa validité en tant que moyen de paiement est garantie, et elle l'est parce qu'elle est créée sous contrôle de la Banque centrale : celle-ci met en circulation les pièces métalliques qui sont fabriquées sur son ordre par l'Administration de la Monnaie et des Médailles et elle a gardé le monopole, acquis comme on l'a rappelé, de la fabrication des billets. Ce contrôle apparaît donc comme une sorte de survivance du droit régalien de battre monnaie et c'est ce reste d'un droit souverain qui confère à la Banque centrale le nom d'Institut d'émission.

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C'est probablement de ce terme que s'est largement répandue l'idée (ou le sentimentque toute la monnaie est créée sur ordre d'une institution d'État. Mais c'est une illusion. En réalité la monnaie légale, ou “fiduciaire”, n'est que de l'argent de poche ! Elle ne constitue qu'une part insignifiante, moins de 15%, de la masse monétaire en circulation. Car le montant des pièces est si peu élevé qu'elles ne servent que pour de menus achats. Et pour les paiements honnêtes et de montants un peu plus élevés, même pour les achats quotidiens, on préfère de plus en plus les chèques et les cartes bancaires aux billetsqui servent donc surtout pour le blanchiment de l'argent sale parce que leur anonymat permet de les transporter discrètement. Sans cet usage pervers, le montant total des billets serait donc encore bien moindre.

(6) qui sont souvent appelées “cartes de crédit” alors qu'elles sont des cartes de paiement par prélèvement d'un compte.

*

L'essentiel de la masse monétaire est donc de la monnaie scripturale (NDLR : des lignes comptables et informatiques). Or celle-ci n'a, par nature, aucune valeur intrinsèque et, en plus, contrairement à la monnaie fiduciaire, elle ne bénéficie en général d'aucune garantie légale. La confiance que chacun lui attache n'est que celle du client envers la banque commerciale qui tient son compte. Comme cette monnaie n’est qu’un jeu d’écritures dans les registres ou dans la mémoire de l’ordinateur de la banque, elle disparaît en effet si la banque fait faillite. Quand, client d’une banque, vous déposez des espèces ou remettez un chèque à son guichet, la somme correspondante est inscrite à l’actif de la banque : elle en est donc désormais propriétaire. La même somme est également inscrite à son passif, puisqu’il est entendu qu’elle vous la doit. Elle est désormais votre débiteur, vous êtes son créditeur. Et si elle est un jour déclarée en faillite, c'est-à-dire si elle est mise dans l'impossibilité d'acquitter ce qu'elle doit, vous n’êtes que l’un de ses nombreux créditeurs, dont certains sont souvent déclarés “prioritaires”…

Le risque que présente la monnaie sous la forme scripturale vient de son mode de création. Du seul fait qu'il est possible d'inscrire n'importe quelle somme sur un compte, il n'existe aucune limite naturelle à la masse monétaire sous cette forme. Nous verrons plus loin que cette facilité ayant évidemment mené à des abus, des règles et des contrôles ont été successivement introduits, modifiés, supprimés, etc. Auparavant, essayons de comprendre par quels mécanismes les banques commerciales, contrairement à une idée fausse mais souvent bien ancrée dans les esprits, sont loin de se contenter pour vivre de prêter à certains de leurs clients ce que d'autres leur ont déposé. Elles ont en effet acquis le pouvoir, d'autant plus grand que les dépôts qui leur sont confiés sont plus élevés, de créer de l'argent à partir de rien, “ex nihilo”. Et non seulement elles ont ce pouvoir de prêter ce qui ne leur appartient pas, mais en plus, elles ont celui de le prêter plusieurs fois, parce qu'elles profitent de ce qu'on appelle pudiquement “l'effet multiplicateur du crédit”.

Nous allons entrer un peu dans les détails pour expliquer ce mécanisme, tant il nous paraît déterminant pour toute l'économie (Part 2). Au préalable, montrons par trois citations que nous ne sommes pas seuls de cet avis.

D’abord celle de Thomas Jefferson, troisième Président des Etats-Unis : « Je crois que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés qu'une armée debout. Celui qui contrôle l'argent de la nation contrôle la nation. » Ensuite cette réflexion du célèbre industriel américain Henry Ford :« Si les gens de cette nation comprenaient notre système bancaire et monétaire, je crois qu'il y aurait une révolution avant demain matin ». Enfin Maurice Allais, “prix Nobel” d’économie, décrivait le processus en ces termes : « Dans son essence, la création de monnaie ex nihilo actuelle par le système bancaire est identique […] à la création de monnaie par des faux-monnayeurs […]. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents» (7) !

(7) Dans “La crise mondiale aujourd’hui” éd. Cl Jouglar.

Sources : http://www.france.attac.org/

Pour faire une pause après cette première partie importante mais déjà compliquée pour les moins habitués à l'économie (mêlée à l'Histoire), voici une vidéo du Mini-Show qui tente d'expliquer le processus de création monétaire, en 2010... Saurons-nous sortir de la spirale infernale ?... :

 

Petit Rappel : en automne 2008, 3 scénarios étaient donnés pour "sortir de la crise "...
 

Scénario A : La banque centrale refinance massivement les banques commerciales...

Nous l’avons vu, le problème actuel est un problème de liquidités (il manque aux banques commerciales de l’argent « banque centrale »). Certains peuvent se dire : facile ! Puisque ce n’est plus de l’or, les banques centrales n’ont qu’à mettre en marche la planche à billets, refinancer les banques commerciales et tout rentrera dans l’ordre (si les clients de ces banques viennent chercher des billets en masse, elles pourront fournir, pas de panique !).

Par ailleurs, d’un point de vue politique, il est intéressant de constater qu’une telle décision ne pourrait être prise que par une personne non élue (M. Trichet, gouverneur de la BCE en Europe ou M. Ben Bernanke, président de la FED aux Etats Unis ! (NDLR : à l'époque)). On notera qu’ils ont fait des gestes, notamment en baissant les taux d’intérêt ! Tout ceci est bien beau, mais aurait comme inconvénient de faire perdre confiance en la monnaie elle même ! (alors qu’aujourd’hui, c’est dans les banques que la confiance est perdue). En effet, comment pourrait-on croire que l’argent est « réserve de valeur » (une des propriétés que doit posséder l’argent) si on en émet autant qu’on veut, sans lien avec la richesse économique du pays ? En fait, ce scénario A est très inflationniste, et s’il était pratiqué à grande échelle, il y aurait des risques à ce que nous nous trouvions dans la même situation qu’au Zimbabwé (inflation de 100 000 % par an). La monnaie ne voudrait alors plus rien dire, et serait sans doute substituée par d’autres formes d’échange !

Scénario B : Les Etats rachètent les banques...

Si les banques ne sont pas refinancées par la banque centrale, une des solutions pourrait être celle utilisée jusqu’alors : les Etats eux mêmes rachètent les banques (en les nationalisant) et garantissent leurs solvabilités : Ainsi, les banques peuvent donner des billets aux déposants qui viennent chercher leurs dépôts puisque leur nouveau propriétaire (l’Etat) leur a donné des liquidités. D’un point de vue politique, cela pose un problème « éthique » : ce sont les contribuables qui vont éponger les faillites des banques ! Mais surtout ce scénario B n’est pas crédible car les Etats sont déjà eux-même hyper endettés. Ainsi, par exemple, la dette française atteint 1250 milliards d’euro au premier trimestre 2008, soit 63 % de son PIB ! Aux Etats Unis, la situation n’est pas meilleure : la dette fédérale atteint 10 000 milliards de dollars !

Autant dire, on demande à un borgne atteint de cataracte de conduire l’aveugle ! Avec le risque que les Etats eux même ne puissent un jour rembourser leurs dettes et être eux même insolvables, avec toutes les conséquences que cela implique : les fonctionnaires, les retraités, non payés, les bons du trésor non honorés etc !

Scénario C : Rien n’est fait : situation de crédit crunch

Un autre scénario pourrait être celui où les pouvoirs publics ne font rien. On se retrouve dans ce cas dans la même situation que celle de 1929, connue sous le nom de crédit crunch et décrite par Irving Fischer : en laissant faire, les faillites bancaires se multiplient, et nombre de déposants sont floués ! La conséquence, c’est qu’une bonne partie parmi eux se trouvent insolvables, sans argent, et il y a un effet domino. En fait, dans cette situation tout le monde recherche des liquidités et pour cela est prêt à vendre ses biens : il y a donc, sur l’ensemble des marchés de très nombreux offreurs et très peu d’acheteurs : les prix dans tous les domaines s’effondrent (on est dans le cas contraire que dans le scénario A), personne ne veut acheter, les entreprises n’arrivent pas à vendre leur production...  --  par €ric

Avril 2012 : on remarquera immédiatement qu'aucune réelle solution n'a été trouvée depuis ces scénarios de 2008, sinon plutôt un choix toujours ahurissant et contraire aux intérêts des citoyens, c'est à dire le scénario B sans même garantir réellement la possibilité d'un quelconque remboursement futur : protéger le privé et faire endosser les dettes passées, présentes et futures aux citoyens, avec toute l'aide possible des appareils d'Etats détournés de leurs objectifs initiaux, et en ne renationalisant que le plus évident... mais en évitant surtout de reprendre un quelconque contrôle ou une part du système scriptural... 

Yves Herbo 29-09-2014 - idem à ce jour : (2019) tout est confirmé...  crise 2020 : les banques centrales injectent des centaines de milliards virtuels (non fabriqués) pour soutenir la bourse... à suivre...

Chômage aux États-Unis : la descente aux enfers continue

Chômage aux États-Unis : la descente aux enfers continue

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L’ensemble de la presse est unanime, l’économie US va mieux et le chômage est en forte baisse... C’est pour cette raison que le nombre de SDF explose partout aux USA. New York a ainsi dépassé le cap des 17 000 enfants SDF ! 

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Le nombre de femmes SDF est lui aussi en pleine explosion, du jamais vu (graphique ci-dessus) !

Source : http://www.coalitionforthehomeless.org/ - http://etat-du-monde-etat-d-etre.net/de-la-societe/economie/chomage-aux-etats-unis-la-descente-aux-enfers-continue

De plus, la durée moyenne du chômage s’envole vers des sommets passant de 38,2 semaines en janvier 2012 à 39,1 en février 2012. Une semaine de plus en 1 seul mois, c’est vrai, tout va mieux !
Source : http://research.stlouisfed.org/fred2/series/LNU03008275?cid=32451

En fait, comme en Europe, les chiffres du chômage sont tronqués et les Etats ne comptabilisent que ce qu'ils veulent : on sort du comptage les gens qui ne sont plus indemnisés, on créé des cases suivant certaines catégories a exclure, etc... Alors bien sûr, le chômage baisse quand on exclus d'un seul coup une case du comptage (ce qui arrive souvent peu avant une campagne électrorale, hum), mais c'est artificiel et aucun problème n'est résolu pour personne, sinon l'augmentation de l'exclusion, de la discrimination, et en plus pour des gens qui coûtent beaucoup moins cher qu'un seul PDG ou actionnaire qui se plante et fait couler son entreprise... La mode des gens de droite est aussi très souvent de s'en prendre aux chômeurs ou à ceux qui, soit-disant, profitent du système... en ne voulant pas admettre que ceux qui profitent le plus du système sont obligatoirement les plus riches, qui ont tous les moyens et n'hésitent pas à tricher, détourner, blanchir, corrompre... et tout faire pour que le système en question ne soit pas remis en cause...

Les meilleures preuves que ce système économique est défaillant dans tous ces objectifs (sauf enrichir et entretenir les mêmes détenteurs des grandes fortunes mondiales) est que l'antre même du "capitalisme" se noie dans une boucle infernale qu'il n'a jamais vraiment su faire fonctionner vu les récurrences des "crises" passées, présentes et futures... Et rien du tout n'est réglé d'ailleurs, tous les Etats fuient en avant, promulguent essentiellement le fait de faire payer à leurs citoyens les escroqueries bancaires (qu'ils ont cautionnés auparavant d'ailleurs) et personne n'a envisagé de refuser purement et simplement, comme les Islandais, de rembourser quoique ce soit... Les mafias connues génèrent 500 milliards de dollars d'argent blanchi chaque année ? Les Etats n'ont qu'à les saisir, dans la mesure où ils sont les vrais responsables de toutes ces escroqueries boursicotières, immobilières et autres. Les Etats n'ont qu'à exiger, sous peine ne non remboursement de dettes publiques, à tous les banquiers de prélever sur les comptes mafieux (obligatoirement connus de ces chers banquiers) l'équivalent de TOUTES les dettes mondiales... (en fait, cet argent n'existent pas réellement : il n'y a pas assez de billets, de quelque monnaie que ce soit, dans le monde pour pouvoir rembourser l'ensemble de cette dette d'un coup..., il s'agit surtout de lignes comptables et virtuelles = des crédits accordés avec de l'argent "comptable" non existant physiquement, qui ont été dépensés pour X raison, donc la ligne comptable a juste changé de compte (générant au passage des intérêts qui eux, peuvent être matérialisés physiquement et donc créer de l'argent réel, puis on réclame la dette aux citoyens (et non pas au banquier privé qui avait prit le risque de la chose, vu que les Etats ont "sauvés" les banques privées en reprenant leur dettes !), qui vont la rembourser avec du vrai argent évidemment via les augmentations de TVA et taxes...)

Les citoyens doivent refuser l'allégeance de leurs propres gouvernements aux banques et mafias, refuser toute augmentation de taxes, impôts pour payer à nouveau les mêmes qui ont créés le problème (et le recréeront à volonté puisque ça marche = le public stupide paye, et repaye toujours pour la même chose, vu que leurs représentants n'y comprennent rien (ou sont corrompus) et votent à volonté ?). Personnellement, je n'ai vu aucun candidat remettre réellement en question le système tel qu'il est monté, je n'ai entendu personne remettre en question le pouvoir financier réel... autrement dit, personne pour remettre en question le système de crises en boucles et systématiques depuis des décennies...

Un autre exemple de ce que donne le capitalisme et le libéralisme ? Voilà encore pour le champion du système, ce n'est pas récent mais les choses ont plutôt empirées depuis, plutôt que l'inverse... :

Le maire de New-York exporte ses pauvres à Granville, station balnéaire normande. 
voir blog : http://avranchesinfos.canalblog.com/ 
source : F2 JT mercredi 12 août 2009, édition 20h00

Voilà le système que tous ces économistes, politiques et "bien pensants" encensent et veulent perpétuer... et comptent bien sur vos voix pour le faire... les amis américains sont l'exemple à suivre, n'est-ce pas ?...

Yves Herbo 04-2012

Economie : memoires d'un piege-3

Economie : mémoires d'un piege-3

stantis-thefedbw.jpg

 

Des confirmations historiques, des aveux (de culpabilité et d'impuissance) des politiques et économistes... il suffit de lire la presse entre les lignes pour s'en rendre compte... 2012, c'est peut-être aussi (enfin !) la révélation d'un système qui a trop (mal) duré... 

FED : Fraude Extrêmement Dangereuse... la BCE, c'est pire

 

 
Cette vidéo est à diffuser à vos contacts sceptiques sur la situation financière mondiale en mode "autodestruction".
 
 
Pour les nouveaux lecteurs de ce blog encore sceptiques sur l'effondrement inévitable de notre système économique. Cette vidéo pédagogique vous offre une base de connaissance sur la création monétaire.
 
 
Vous découvrirez le fonctionnement de la FED (machine à dette perpétuelle américaine).
 
 
Sachez que la BCE (Réserve Fédérale Européenne) utilise le même procédé, et plutôt que d'échanger son papier sans valeur réelle avec du papier d’État sans valeur réelle (bons du Trésor), elle le prête aux banques commerciales qui, elles-mêmes le prêtent aux États surendettés en achetant des bons du Trésor...

Ce mode opératoire de création monétaire est l’œuvre d'une entreprise criminelle hautement organisé qui a été dénoncé par les présidents Abraham Lincoln, John Fitzgerald Kennedy et aujourd'hui par le candidat, Ron Paul...
 
Pauvres européens, ce procédé est encore plus dangereux que la FED...
 
Bienvenue hors de la matrice et sur ce blog... J'espère pour vous que le réveil ne sera pas trop difficile... 

 

 

Source : http://gold-up.blogspot.com/2012/03/video-fed-fraude-extremement-dangereuse.html

 

«L'État et les banques, les dessous d'un hold-up historique» par Myret Zaki et Etienne Chouard

La Fonderie Kugler présente deux conférences de décembre 2011 en partenariat avec le journal bimensuel La Cité (http://www.lacite.info/) - (http://www.usinekugler.ch/)

Myret Zaki, rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan, «L'État, otage du secteur financier»

Étienne Chouard, professeur d'Économie-Gestion à Marseille, chercheur indépendant, «Enjeux pour le peuple du contrôle public de l'État et de la banque». Pour y accéder directement : http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&list=UUuqKwvlBmW_Z...

Modération par Fabio Lo Verso de La Cité

 



En complément à la conférence de Myret Zaki, un article qui revient sur les convives du dîner du 8 février 2010 :

http://blogs.mediapart.fr/blog/netmamou/030112/un-diner-de-malfrats-pour-mett...

Un autre article sur les agences de notations : Qui se cache derrière Standard & Poor's : http://www.abadinte.com/2011/12/qui-se-cache-derrire-standard-poors/

En complément à la conférence d'Etienne Chouard, une analyse qui questionne l'importance de la "loi de 1973" : http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/12/29/la-loi-pompidou-giscard-rothsc...

La réponse point par point d'Etienne Chouard : http://etienne.chouard.free.fr/Europe/forum/index.php?2011/12/30/178-analyse-...

Transcription écrite de la conférence réalisée par le blog creersamonnaie / (merci à eux:) http://creersamonnaie.over-blog.com/article-crise-financiere-grecque-origine-...

03-2012

Interview d'un trader indépendant britannique logique...

 Interview d'un trader indépendant britannique logique...
 
Wall strett 1929
 
Vidéo apparemment censurée...
C'était une intervention télévisée censée apporter le point de vue des traders en pleine crise financière. Une interview faite des centaines de fois par les médias de tous les pays. Mais lors de son apparition sur les antennes de la BBC lundi, Alessio Rastani, présenté comme un "trader londonien indépendant", a laissé ses interlocuteurs bouches bées. Sans fioritures et avec une honnêteté déconcertante, voire effrayante, il a calmement expliqué en trois minutes que son but était "de faire de l'argent" dans "des marchés dirigés par la peur", qu'il "rêvait de cette récession depuis trois ans" et que les véritables dirigeants de la planète ne sont pas "les gouvernement, mais Goldman Sachs". Ses paroles :
 
"Les marchés sont dirigés par la peur (…) L'argent, les fonds d'investissement, les institutions, ils ne croient pas du tout à ce plan de sauvetage [de la zone euro]. Ils savent que le marché est carbonisé, qu'il est fini. Il ne s'intéressent pas à l'euro (…) Ça ne va pas marcher.
"Je suis un trader. Quand je vois une opportunité pour faire de l'argent, j'y vais. Comme la plupart des traders, je ne me sens ni concerné par la situation économique, ni sur les façons de la résoudre. Notre job, c'est d'en tirer de l'argent. Personnellement, ça fait trois ans que je rêve de cet instant. Je vais vous faire une confession. Je vais au lit tous les soirs et je rêve d'une nouvelle récession.
"Les gens ne se souviennent pas que la récession des années 1930 ne se résumait pas à un krach boursier. Certaines personnes étaient prêtes à se faire de l'argent sur ce krach. Et tout le monde peut faire cela, ce n'est pas réservé à une élite. Quand le marché s'effondrera, quand l'euro s'effondrera, vous pourrez gagner énormément d'argent si vous savez quoi faire.
 
"Cette crise économique est un cancer. Si vous attendez, elle ne fera que s’agrandir. Mon conseil : préparez-vous (…) les gouvernements ne dirigent pas la planète. Goldman Sachs dirige la planète. Goldman Sachs n'en a rien à faire de ce plan de sauvetage. En moins de douze mois, les économies de millions de personnes vont disparaître. Et ce n'est que le début."
 
Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'honnêteté brutale de son passage télévisé n'est pas passée inaperçue. Comme le signale Arrêts sur images, la presse britannique a rebondi sur cet entretien quelque peu surréaliste.
 
The Independent titre sur "le trader qui lève le voile sur ce que pense vraiment la City" (…) Le tabloïd Daily Express lui fait dire : "Je souhaite la récession… elle va me rendre riche." A la fin de son article, The Independent remarque que si les déclarations de Rastani ont été largement relayées sur Twitter, sa sombre prédiction sur l'avenir de l'euro et sur la crise économique n'a "mystérieusement pas intéressé les marchés financiers" : les actions des banques françaises ont grimpé de 10 % en une journée, après des semaines de dégringolade.
Les marchés, qui sursautent pourtant après n'importe quelle rumeur en ce moment, ne prendraient-ils pas au sérieux les vérités brutales d'un trader à une heure de grande écoute sur le service public britannique ? Ou bien Alessio Rastani s'est-il tout simplement moqué de tout le monde en tenant le discours caricatural par excellence d'un trader ?
Sur le Web, le travail de décryptage sur les réseaux sociaux aboutit rapidement à une question : et si Rastani n'était, en effet, qu'un plaisantin qui a roulé tout le monde dans la farine ? "Arrêts sur images" rapporte les trouvailles du Guardian, qui relaie lui-même l'idée que le trader serait en réalité un membre des Yes Men, groupe d'activistes qui tourne en dérision multinationales, hommes politiques et organisations internationales en mettant en scène de faux événements. Une fausse interview de trader au plus fort de la crise financière est, après tout, un scénario qui colle à la méthode des Yes Men.
Le quotidien irlandais The Journal ressort pour l'occasion la vidéo d'un des cofondateurs des Yes Men, Andy Bichlbaum,  se faisant passer pour un porte-parole de Dow Chemical sous le nom de Jude Finisterra"Certains lecteurs ont noté que Finisterra ressemble beaucoup à Rastani, et qu'ils ont tous deux des tons de voix proches", note le site du quotidien.
Mais "si Rastani est bien un personnage de fiction, les Yes Men ont vraiment beaucoup travaillé dessus, ajoute l'article. Son compte Twitter est actif depuis deux ans, et son site a été enregistré en février 2010". Entre-temps, son site n'est plus en ligne.
Sa page Facebook semble également bien réelle, photos personnelles à l'appui. Les commentaires qui s'y accumulent depuis la diffusion de la vidéo alternent entre le respect — "Un homme qui dit tout haut ce que des milliers pensent…" —, le dégoût — "Alessio, tu symbolises tout ce qui ne va pas sur cette planète" —, et le déconcertant — "Alessio Rastani n'est pas un canular, si tu pensais vraiment qu'il s'agissait d'un canular. Le canular c'est qu'il ne s'agit pas d'un canular".
A l'heure actuelle, les Yes Men n'ont pas réagi à ces rumeurs, et la BBC assure avoir"mené une enquête" et n'avoir trouvé "aucune preuve qui suggère que l'interview d'Alessio Rastani était une farce".
Et l'homme en question, après avoir été temporairement injoignable, a répondu à plusieurs médias dans la journée de mardi pour confirmer qu'il s'appelait bien Alessio Rastani, qu'il était bien trader indépendant, et qu'il pensait tout ce qu'il avait dit. AForbes il confie : "Je crois que cela a été surmédiatisé. Je ne comprends pas pourquoi je suis au centre de tant d'attention (…) Je pensais que tout le monde savait déjà ce que j'ai dit (…) Les gens ont pensé que j'étais heureux à l'idée de me faire de l'argent sur la misère des gens. C'est probablement l'impression qu'ils ont eu en regardant la vidéo (…) Ce que j'essayais de dire, c'est, bon, tout le monde devrait être prêt. J'essayais d'être le mec bien."
Au Guardian, il dit suivre les répercussions de son apparition télévisée sur Twitter (à suivre sur #rastani) et refuse de faire tout commentaire avant d'avoir consulté "une tierce personne". Interrogé sur son appartenance aux Yes Men, il répond uniquement : "Ah, les théories de conspiration…"
Vous pouvez vous rendre sur la source pour trouver d'autres liens et voir les commentaires. Quoiqu'il en soit, les questions que se posent les médias, dont le Monde, à ce sujet paraissent bien stupides pour ceux qui connaissent les dessous de la finance : ce genre de discours EST très commun à la majorité des traders et c'est même basé sur ce qu'on leur apprend pour faire leurs classes... IL EST EVIDENT qu'aucun gouvernement élu de cette planète ne possède réellement du pouvoir de décision en matière financière... Tout à été fait pour le leur enlever il y a déjà des dizaines d'années, et ils ont même signé des deux mains pour ça... 
 
 
D'ailleurs, on le voit tous les jours : les Etats prennent des "mesures", se réunissent... et octroient de nouveaux "prêts" pour allonger un peu plus les dettes... fuite en avant donc en "rêvant" que l'argent prêté (à taux énormes) soit un jour remboursé... par des Etats qui s'endetteront de plus en plus pour payer les intérêts, et qu'il faudra à nouveau aider car n'importe comment un tel remboursement est matériellement impossible, même sur 100 ans ou 1000 ans...
 
 
Il est aussi évident que ce ne sont pas les mesures que la majorité des humains de ce monde souhaiteraient voir prises : ce qu'ils veulent, c'est une réelle remise en cause du système capitaliste et bancaire, puis "libéral" (mais ce n'est qu'une étiquette) tel qu'il existe aujourd'hui...
 
Ainsi, mais ça c'est mon avis bien sûr, il est anormal que dans des démocraties où le peuple est censé avoir le pouvoir (je sais, c'est une illusion), certains individus, au nom de la "liberté d'entreprendre", réussissent à obtenir plus d'argent qu'eux et leur famille puissent avoir besoin pour toute leur vie. J'insiste sur ce point : le rôle de l'Etat est de défendre d'abord les intérêts de la collectivité, pas de l'individu. Chose qui a été détournée par plusieurs lois, principalement commerciales et financières.
 
 
Je dis qu'il faut établir une limite haute pour tout individu/famille du point de vue financier, au nom de l'égalité et de la liberté justement. Ainsi, je suis pour que, tout comme il existe des minima sociaux (et partout dans le monde) un revenu maximum mensuel soit appliqué à l'individu/famille. Un revenu établi pour apporter un confort maximum, d'accord, mais ce revenu doit être l'objectif de tout état : il doit tout mettre en oeuvre pour que chacun y ait un jour accès. A cette date, je citerai le chiffre maximum de 5000 € net par mois pour TRES BIEN vivre partout dans le monde pour un individu et je dirai donc que toutes les sommes dépassant ce chiffre par individu doit être utilisé pour la collectivité et faire en sorte que chacun atteigne ce chiffre. En attendant, le rôle de l'Etat devrait être de TOUT faire pour que le revenu minimum de ses citoyens soit de 2500 € net (et c'est parfaitement possible quand on voit certains budgets qui ne sont pas là où il faut).
 
Il est anormal qu'au nom de la liberté d'entreprendre individuelle (si chère aux américains endoctrinés), la liberté et l'égalité collective soit lésée : c'était bien là l'objectif (réalisé) du capitalisme et accentué par le "libéralisme", et les successions de crises financières du système capitaliste prouvent qu'il n'a jamais été fonctionnel ni stable : c'était une erreur (ou plutôt le résultat de manipulations d'individus qui ont réussi contre l’intérêt collectif, que les descendants de ces derniers continuent d'ailleurs d'exploiter, puisqu'on retrouve quand même les mêmes familles depuis + 200 ans parmi les actionnaires des grands groupes financiers mondiaux).
 
 
Il est impératif que les Etats reprennent le système financier de leur propre état, qu'ils ont vendus à des intérêts privés (très tôt aux USA, en 1974 en France par Pompidou, De Gaulle avait pu empêcher ça... jusqu'en 1968) en main. 
Il est anormal, au nom d'une vraie démocratie, que la plupart des Etats, comme la France, ne puissent faire quoique ce soit sans l'intermédiaire de banques privées, aussi bien pour sortir de la monnaie que pour emprunter... 
 
Il est également anormal que les organismes chargés de la surveillance des même marchés financiers soient des organismes privés et même parfois inféodés à des individus financièrement impliqués. (Goldman SachsMorgan Stanley, Standard & Poor’s...).
 
Ce type de contrôle doit être fait de façon tout à fait indépendante et ne pouvoir subir aucune pression, aussi bien de la part des gouvernements (qui sont toujours provisoires) que des groupes financiers (qui le sont beaucoup moins), ce qui n'est pas le cas actuellement. 
 
 
Mais beaucoup de monde voudrait que les choses changent, surtout du point de vue financier, mais sans vouloir changer leur propre comportement et adhésion au système. C'est encore une illusion car ce système fonctionne précisément parce qu’il a été "implanté" dans l'Humanité au bon moment et par les gens qu'il "fallait" (je ne vais pas ici refaire l'Histoire de l'invention de la banque privée et du "papier-monnaie", puis de la "monnaie virtuelle" !), malheureusement.
 
 
Là, je sais que certains diront que n'importe comment, le système précédent était pire, que ce système a tout de même tenu un bon moment, même s'il n'a jamais été stable réellement tout au long de son existence. Mes grands-parents, mes parents et moi-même sommes témoins d'un nombre très élevé de "crises" financières du système (ayant ou non entraîné des guerres ou des infamies), comme chacun peu le réaliser soi-même. Ce système fonctionne surtout parce que tous les Etats du monde s'y sont inféodés (y compris les soi-disant pays "communistes" qui ne le sont pas restés en fait très longtemps économiquement ^^) et ont axé une grande partie de l'éducation publique et commerciale (car c'est aussi une éducation) pour que les habitudes et le mode de pensée des peuples, transmis par lui-même via sa famille, impliquent l'adhésion nécessaire au système (pour y survivre).
 
 
En fait, la question serait déjà de comprendre le comportement des gens vis-à-vis du papier-monnaie (et des cours boursiers inclus dans le deal), et leur compréhension. Ainsi, j'ai encore vu récemment une personne, dans un commentaire, se moquer de certaines associations qui remettent un peu partout dans le monde des systèmes de trocs, en affirmant qu'on n'allait pas revenir au troc vu qu'il y avait l'argent... Cet homme n'a manifestement pas compris que l'argent, C'EST aussi du troc... le troc étant un moyen d'échange ou de transaction. On a remplacé une grande partie du métal-monnaie par du papier-monnaie par exemple, et aussi de la monnaie virtuelle, n'existant que par des lignes informatiques codées. On aurait pu prendre des boutons de culottes en pierre pour épargner des arbres... l'important, c'est juste la valeur qu'on lui donne ^^
 
En fait, il m'est déjà arrivé de ne pas voir d'argent liquide du tout pendant plusieurs semaines : ma carte bancaire suffisait toujours, pas vous ? Ça m'a amené à une réflexion amusante en entendant les discours enflammés de l'UMP et du FN sur l'insécurité... et leur hypocrisie évidente...
Selon eux, la jeunesse délinquante est en augmentation, l'immigration est dangereuse et les cités hors de contrôle et il faut sévir bien sûr.
 
 
Georges clemenceauGeorge Clemenceau
 
 
 
1) Toutes les études sérieuses prouvent qu'il y a plus de sécurité au début du 21° siècle qu'au début du 20°... il suffit de revoir les discours de Clemenceau sur l'insécurité de l'époque (et la création des Brigades avec tractions avant) pour voir que ceux du FN ou de l'UMP en sont inspirés... 
2) Qui a créé ces cités-dortoirs-mouroirs ? La plus grande partie ont été construites par les Gaullistes (ancêtres de l'UMP) pour loger les victimes des gâchis colonialistes, puis par des "relances" de l'économie du bâtiment dans les années 70 par les gouvernements "centristes" !
3) Comment se fait-il que ces "champions" de l'insécurité ne proposent pas le seul moyen d'augmenter ENORMEMENT la sécurité publique ?
 
Après tout, réfléchissez : les délinquants, tout comme d'ailleurs les voleurs de banque ou les trafiquants de drogues ne veulent qu'une chose : de l'argent LIQUIDE... (qui sera aussi "blanchi" par des banques complaisantes ou complices).
 
Comment se fait-il que personne n'ait pensé à tout simplement supprimer l'argent liquide, depuis l'invention de la carte à puce ? Ah, parce que ça dérange de sortir sa carte plutôt que 1 euro du porte-monnaie ? Ah, parce que c'est un droit constitutionnel d'avoir plusieurs choix de paiement ? (droit hypocrite vu que tous les choix de paiement restent dans le domaine des banques, que ce soit chèque (qui sont de plus en plus refusés dans la plus parfaite illégalité par les commerçants), espèces ou virtuel via la carte ^^). Ah, parce qu'on a mis pas mal d'années à les habituer à se servir des billets... c'est pas pour rien...
Surtout parce que les intérêts financiers liés à la "monnaie" font partie du système et que celui-ci passe bien avant l'insécurité, y compris pour les "penseurs" de l'UMP et du FN...
 
Bon, je dis ça car c'est une réalité si on y réfléchi un peu, mais le système bancaire, tel qu'il est actuellement, aux mains de quelques individus qui s'entendent très bien, n'apporte pas la garantie suffisante pour un système entièrement virtuel, ACTUELLEMENT. Mais je le sais, pour en avoir moi-même discuté avec des ingénieurs de Thalès impliqués dans cette activité il y a déjà quelques années, la suite du système a déjà été commandée par des organismes liés aux banques : des systèmes d'implants cutanés, contenant les données bancaires et autres (y compris pour voter en temps réel) ont été mis au point dans plusieurs pays du monde (y compris la France), et il y a même eu un communiqué de presse de l'AFP à l'époque (milieu des années 90)...
 
Les Chinois seront d'ailleurs les premiers à faire le test en réel (volontaires ou non ?) puisque un milliard d'implants auraient été commandés par leur gouvernement (avec des lecteurs d'implants).
 
Je serai à la limite moi-même d'accord avec ce système entièrement virtuel (avant les implants, il y a les cartes bancaires, puis les bracelets ou puces "collables" (mais jugés peu fiables car + soumis aux pertes et vols que la carte), et seulement si ce système était contrôlé par une banque UNIQUE et MONDIALE, détenue par des experts formés pour et ELUS démocratiquement : le pouvoir financier est le pouvoir le plus important et doit donc être soumis au suffrage, et surtout pas remis à des intérêts privés. Toutes les banques privées doivent être nationalisées et regroupées en une seule entité, d'abord par Etats, puis mondialement...
 
 
Oui, je le dis simplement, et tout le prouve : la libre entreprise est un danger quand l’intérêt individuel supplante l'intérêt collectif, ce qui est toujours le cas vu l'éducation sur l'argent donnée par la société elle-même. Ça donne des Bill Gates qui tuent leurs concurrences pour créer des monopoles, provoquant des milliers de chômeurs en Europe dans les années 80, ça donne des traders et des banksters a qui on n'a appris qu'à gagner de l'argent par tous les moyens... Conclusion : il faut faire machine arrière et limiter beaucoup plus les possibilités (et l'intérêt) d'un seul individu a accumuler argent et pouvoir, et là je parle aussi évidemment au niveau des actionnaires d'entreprises. Ce n'est pas parce qu'un individu créé de l'emploi, de l'argent ou de la richesse qu'il doit être privilégié puis même autorisé à exploiter les autres : question changement de mentalité : la seule bonne réponse serait qu'il soit heureux de son action envers le genre humain et ne pas en attendre obligatoirement quelque chose... mais la société n'apprend pas ce genre de chose, évidemment, c'est plutôt le contraire...
 
 
Certains disent (y compris des banquiers) que le système est parti en cercle vicieux il y a déjà longtemps et que les Etats l'empêchent de s'écrouler depuis des années, régulièrement, en se ruinant petit à petit, au grand bonheur de certains trésoriers privés... d'autres disent que le moment est peut-être bien choisi pour faire s'écrouler l'édifice volontairement (c'est ce qu'il se passe en fait), afin d'une prise du pouvoir financier mondial par un seul organisme (le FMI ?) et le changement prévu (avec les implants et la disparition des monnaies réelles = le système des monnaies peu continuer à fonctionner pareillement avec des monnaies virtuelles) pourra se faire facilement après un crash mondial...
 
 
C'est à priori le futur de l'Humanité en ce qui concerne ses habitudes de consommateurs...
 
Wall strett 1929
 
La foule s'amasse devant la Bourse de New-York, 1929.
 
Une autre réflexion en lisant un article historique sur la grande crise économique des années 1928 à 1934 : que c'est-il passé quand toutes les banques ont fermé à l'époque, que tous les gens ne pouvaient plus toucher à leurs économies ou mêmes salaires pendant plusieurs jours ? Quelques pillages bien sûr et émeutes dans les villes... mais ailleurs ? Rien du tout : les gens ont continué a travailler et à aller se servir dans les commerces... :
Plus d'argent ? En attendant que ça revienne, la majorité des gens ont continué a agir comme d'habitude : les commerçants ont ouvert des "ardoises" aux clients, les fournisseurs ont ouvert des "ardoises" aux commerçants et tout à continué ! Mais alors finalement, si l'argent n'était pas revenu assez rapidement, qu'auraient-ils fait ? Peut-être se serait-il aperçu tout simplement que le système peut fonctionner sans argent du tout : il suffit de continuer à travailler, de produire, de cultiver et puis d'aller chercher gratuitement sa nourriture grâce à d'autres qui ont tout simplement aussi fait leur travail : c'était en fait la réalité de certaines peuplades avant l'invention de l'argent : travail pour la communauté et gains pour la communauté réparti à l'égalité... Le problème étant bien sûr qu'il y a toujours un humain pour penser qu'il mérite mieux ou plus ou est mieux que les autres, plus fort, plus intelligent, etc... c'est cet être humain qu'il faut rééduquer (y compris s'il a raison d'ailleurs sur ses capacités) et non encourager comme le système le fait actuellement...
 
Il faudrait tout de même un sacré changement de mentalité pour que les gens acceptent de produire pour le bien commun, sans contrepartie autre que d'avoir logement, santé, nourriture et vacances assurés (pas d'argent). Et pourtant, je serai pour personnellement. Après tout, c'est juste une question de comportement et d'habitude : a l'heure actuelle, les gens travaillent (ou pas car j'en connais beaucoup qui ont un emploi mais ne "font" rien !) et gagnent de l'argent en échange, pour qu'ils puissent payer logements, etc... les Etats se désengagent donc de leur lutte constitutionnelle sur l'égalité en acceptant (encourageant même) les inégalités salariales diverses et en créant même des "classes" avec des niveaux de salaires ou de possessions inégales (méritées ou non, ce n'est pas la question).
 
 
Des références intéressantes sur le sujet des implants bancaires :
 
http://www.jp-petit.org/BIG%20BROTHER/puces.htm

http://gbilderberg.blogspot.com/ (descendez jusqu'à la partie implants-assez instructif comme archives)
 

http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=14079 (rapport sur la réunion du Groupe Bilderberg de 2009)

ou de la crise économique de 1928/1934 (et la bidouille "New Deal" de Roosevelt) :