300 000 ans: durcissement des pierres au feu contrôlé

300 000 ans: durcissement contrôlé des pierres au feu

 

Grotteqesem fouilles2020

On sait depuis maintenant longtemps que les homininés ont domestiqué le feu il y a plusieurs centaines de milliers d'années, mais on a maintenant des preuves que l'un d'entre eux, probablement le néandertalien, l'a utilisé de façon très contrôlé pour chauffer les pierres de ses outils à différentes températures. En fait, l'utilisation contrôlée du feu par l'Homo erectus, il y a environ 1 000 000 d'années, est largement soutenue par plusieurs chercheurs (Kim Luke, Kenneth Miller par exemple), alors qu'une simple utilisation ponctuelle (à partir d'un feu naturel) dateraient de 1,7 millions d'années. Les preuves certaines des premiers foyers dateraient de 790 000 ans environ mais c'est à partir de datations de 400 000 ans environ que les découvertes de foyers sont multiples en Europe, les premiers étant attribués à Homo Hedelbergensis (assimilé par plusieurs chercheurs à des néandertaliens archaïques), avec le plus ancien allume feuconnu dans une grotte habitée par cet homininé (grotte Menez Dregan 1 en France).Vers il y a 300 000 ans, on semble assister à une utilisation du feu de façon plus technique, de la part de Néandertalien, mais peut-être aussi des premiers Homo Sapiens archaïques (découverte de lame de silex chauffées dans des incendies il y a environ 300 000 ans près de fossiles d'Homo sapiens anciens mais pas entièrement modernes au Maroc).

C'est une étude publiée dans la revue Nature Human Behavior qui révèle maintenant que les hominines de la région levantine utilisaient un feu contrôlé pour façonner des outils, il y a 300 000 ans.

Des recherches antérieures avaient révélé que la production d'outils en silex se produisait parmi les premiers hominidés du Levant au Paléolithique inférieur tardif (il y a 420 000 à 200 000 ans), dont certains présentaient même des preuves d'exposition au feu. Mais on ne savait pas très bien si ce traitement au feu était l'effort d'un artisan ou simplement un accident.

Les chercheurs de cette étude se sont penchés sur la grotte de Qesem dans le centre d'Israël, un site clé du Levant à la fin du Paléolithique inférieur qui s'est avéré être l'hôte d'une importante collection d'artefacts anciensIci, il a été constaté que l'utilisation du feu pour fabriquer des lames était à la fois étendue et habituelle parmi les hominines qui habitaient la grotte. Notons qu'il y a toujours un mystère concernant les habitants de cette grotte. En effet, la datation des spéléothèmes de la grotte indique qu'elle a été occupée à partir de 382 000 ans. Elle cesse d'être occupée vers 152 000 ans, peut-être plus tôt vers 207 000 ans !

Il  pourrait y avoir une succession de deux populations différentes d'homininés ou non : l'industrie lithique trouvée sur place en grand nombre (ainsi que les ossements de 4 740 animaux découpés, d'extraction de la moëlle et de cuisson) appartien à l'industrie Acheuléenne (l'une des plus anciennes existantes car existant de 1,76 Million d'années à 150 000 ans - attribuée dans l'ordre à Homo ergaster, Homo erectus, Homo rhodesiensis, Homo heidelbergensis) et l'industrie Yabroudien, qui est locale (Moyen Orient).

 

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Par 66AVI — צילמתי, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php

 

Certaines strates contiennent de nombreuses lames et outils de la même famille alors qu'ils sont absents d'autres strates. Néanmoins, des grattoirs sur éclats épais se trouvent dans la plupart d'entre elles, alors que les bifaces de type Acheuléen sont dans toutes les couches archéologiques. YH : nous aurions donc éventuellement une évolution locale du même Homininé de l'Acheuléen au Yabroudien (continuant à se servir de l'Acheuléen). Toutes les étapes du façonnage de la fabrication des outils sont observables dans la grotte. Beaucoup de nucléus sont conservés à proximité d'éclats, permettant une reconstitution de la pierre d'origine.

L'autre grand mystère est que 13 dents d'homininés ont été trouvées réparties dans toutes les couches de la grotte, de la plus ancienne à la plus récente, et qu'après avoir analysé ces dents en tomodensitométrie et aux rayons X, les chercheurs les ont jugées proches de celles d'Homo sapiens. Toutefois, l’article n’exclut pas que ces dents appartiennent à des ancêtres d’Homo Sapiens ou de l’Homme de Néandertal. Pour le chercheur britannique Paul Mellars, la probabilité qu'il s'agisse de dents d'Homo sapiens paraissait à l'époque de la découverte « très ténue, et même franchement peu vraisemblable. » Le crâne aurait permis de préciser l'espèce concernée, les dents seules n'étant pas assez fiables pour cette identification.

Une chose certaine, ces dents  ne sont pas de type Homo erectus (sensu lato), mais présentent des similitudes avec les populations locales du Skélien et de Qafzeh du Pléistocène supérieur, ainsi que certaines affinités avec les Néanderthaliens (50). Par conséquent, les fossiles humains peuvent appartenir à une lignée d'hominines locale encore inconnue du Levant (des premiers hybrides entre Néandertaliens et Homo Sapiens ?).

Lire la suite ci-dessous :

L'analyse des dépôts sur les dents montre des traces de nourriture faite de plantes, ainsi que des petites quantités de sang attestant d'une consommation de chair animale. Des fibres non comestibles, également trouvées, ont pu être utilisées par les hommes de Qesem pour nettoyer leurs dents. Les dents montrent également que des polluants irritants, tel que le charbon de bois issu du feu, ont pu avoir un impact sur leur santé.

 

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L'une des lames. Filipe Natalio

 

Aviad Agam, Filipe Natalio et leurs collègues ont examiné deux types d'outils en silex qui montraient des preuves d'exposition au feu. En utilisant une combinaison de spectroscopie et d'apprentissage automatique, ils ont pu établir les températures approximatives auxquelles les deux pièces ont été brûlées pour leur donner leur texture et leur forme. Leurs découvertes ont révélé que les lames étaient chauffées à une température plus basse de 259 ° C (500 ° F ) que les flocons à 413 ° C (775 ° F ) , tandis que les couvercles de pots en pierre étaient chauffés à une température qui dépassait les deux à 447 ° C (837 ° F ) .

Inspirés par le monde de leurs tout premiers ancêtres, ils se sont essayés à la production d'outils à la flamme et ont découvert que le contrôle de la température du silex avait un impact important sur le succès de la production de lames. Ils concluent que leurs recherches montrent que les hominines levantines étaient habiles dans la fabrication d'outils, stimulés par leur concept unique (à l'époque) de contrôle de la température pour améliorer la production d'outils en silex.

 

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La vue à l'intérieur de la grotte de Qesem. Filipe Natalio

 

En ce qui concerne les analyses des ossements des animaux : L'analyse des sens de découpe et les placements anatomiques des marques de couteau indiquent que la viande et le tissu conjonctif ont été coupés de manière planifiée à partir de l'os. Les restes de cerfs identifiés correspondent aux pattes et aux têtes, sans les autres parties du corps, suggérant que le dépeçage des carcasses était initié sur un autre site, le choix des pièces ramenées dans la grotte étant sélectif. En outre, la présence d'os de fœtus et l'absence de bois de cerf impliquent que l'essentiel de la chasse se déroulait de la fin de l'hiver jusqu'au début de l'été.

Autre technique étonnante pour cette périodeLorsque les éléphants ont disparu du Levant il y a environ 400 000 ans, les premiers hommes ont compté davantage sur leur cervelle que sur leurs muscles pour remplir l’immense vide calorique suscité : après une analyse à 360 degrés de bouts d’os de pieds de daims extraits d’une grotte israélienne, une nouvelle étude de l’université de Tel Aviv a découvert ce que les chercheurs considèrent comme la première trace de conservation de la nourriture.

L’étude, publiée le 9 octobre 2019 dans la revue spécialisée en accès libre Science Advances, démontre au moyen d’une méthodologie poussée comment les habitants de la grotte Qesem en Israël ont intentionnellement conservé de la moelle dans des os de daims. En reproduisant l’expérience, les scientifiques ont découvert que la méthode permettait de protéger les protéines graisseuses des bactéries pendant neuf semaines.

Cette nouvelle étude constitue une avancée et permet de déconstruire le mythe du chasseur-cueilleur qui vivait au jour le jour pendant le Paléolithique. Loin de là, affirment les archéologues : à l’aide de moyens techniques de l’âge de pierre, ils étaient capables de prévoir et d’anticiper.

https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/archeologie/il-y-a-400-000-ans-des-hominines-faisaient-des-conserves.html

 

YH : Notons qu'il vient d'être découvert dans le même pays moderne l'un des plus anciens fours à fusion de cuivre au monde : 6 500 ans... : https://www.timesofisrael.com/evidence-of-first-metallurgy-furnaces-from-6500-years-ago-found-in-beersheba/

 

Sources : Nature Human Behavior

https://www.iflscience.com/editors-blog/hominins-used-controlled-fire-to-shape-tools-300-000-years-ago/

Progrès de la science, 2019; 5 (10): eaav9822 DOI: 10.1126 / sciadv.aav9822

 

Yves Herbo et Traductions, Sciences-Faits-Histoires, 13-10-2020

 

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