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Pérou: Machu Picchu plus ancien, chrono de l'Inca erronée

Pérou: Machu Picchu plus ancien, chronologie de l'Inca erronée

 

Machu 1911h

Machu-Picchu, 1911, Bingham devant un rocher recouvert de pétroglyphes

 

Historiquement parlant, l'essentiel de nos connaissances sur la civilisation inca nous parvient des écrits souvent contradictoires et orientés des conquistadors espagnols, en l'absence d'une écriture identifiée de la part de cette culture. En fait, il y avait bien un système, le quipu, qui est toujours l'objet d'études et d'attente d'autres découvertes, car il existe toujours un doute sur ses utilisations.

" En effet, si l'on en croit des hypothèses récentes, le quipu n'aurait pas été seulement un moyen de numération mais également un instrument d'écriture qui aurait permis de consigner les événements de l'empire. Au lieu d'employer des signes graphiques, les Incas se seraient servis d'un système binaire tridimensionnel que l'on peut rapprocher du langage des ordinateurs. Grâce à sept nœuds et 24 couleurs, ils auraient eu à leur disposition 1500 unités différentes d'informations ce qui est du même ordre de grandeur que le nombre de signes de l'écriture cunéiforme sumérienne et beaucoup plus que les quelques 800 hiéroglyphes égyptiennes. Malheureusement, jusqu'à présent aucun des quipu trouvé n'a encore permis de vérifier cette hypothèse. Il est vrai que les conquistadors ont détruit la plupart des témoignages de la civilisation inca, qu'ils jugeaient démoniaques, et cette pénurie de matériel ne facilite pas la tâche des chercheurs. La découverte d'une pierre de Rosette sud-américaine, à savoir un groupe de quipu accompagné de textes rédigés en espagnol, seraient évidemment d'un grand secours.

Guamàn Poma de Ayala, un chroniqueur indigène du 17 ème siècle, mentionne trois personnages distincts: l'administrateur provincial, le comptable-trésorier et le secrétaire de l'Inca. Sa relation suggère que les quipu de ces différents dignitaires n'étaient pas similaires. Celui du secrétaire de l'Inca aurait été teint et ceux des fonctionnaires subalternes auraient été de couleurs naturelles.  Ces dernières auraient été associées aux fonctions en relation directe avec la vie quotidienne. Au contraire, les couleurs plus vives, provenant des teintures, auraient été le symbole du caractère sacré, quasi divin, de l'Inca. "

Sources du texte ci-dessus: Le Musée chilien d'Art précolombien de Santiago 

Les Incas ne furent pas les seuls à utiliser un système de numération basé sur l'emploi des noeuds d'une cordelette. On retrouve cet usage chez plusieurs peuples: Polynésiens d'Hawaii, Indiens d'Amérique du Nord, peuplades d'Afrique et d'Extrême-Orient. Des cordelettes liées ensembles sont encore utilisées dans certains rites polynésiens et malaysiens. Les Indiens d'Amérique croyaient que des figures de cordes avaient été inventées par des hommes-araignées mythiques. De nombreuses peuplades primitives pratiquèrent des rites basés sur des cordes entremêlées; ces rites sont encore en vigueur chez certains aborigènes d'Australie. Dans les îles Ryukyu, les travailleurs d'Okinawa enregistraient, au moyen des nœuds d'une cordelette, les jours de travail et la paye correspondante. De la même manière, dans la ville de Shuri, les usuriers consignaient le montant de leurs prêts. Le classique nœud au mouchoir, qui rafraîchit notre mémoire, n'est au fond que la survivance d'une méthode d'enregistrement des données qui connut dans les siècles passés une diffusion quasi universelle. On la retrouve dans les grains des rosaires, tant chrétiens que musulmans, où est noté le nombre d'invocations ou de prières à réciter. Ceux des moines tibétains, avec 108 grains de couleurs diverses, quoique beaucoup plus complexes, remplissent le même rôle. Chacune des couleurs se rapporte à la divinité à laquelle s'adresse la prière: jaune pour le Bouddha, blanc pour les Bodhisattva, rouge pour le maître qui convertit le Tibet au bouddhisme... Dans quelques régions africaines, les femmes enregistrent encore aujourd'hui la durée de leur grossesse sur une cordelette, avec une série de nœuds, de telle manière que, en dénouant un nœud à chaque pleine lune, elles peuvent prédire avec exactitude le moment de leur accouchement. Toujours en Afrique, l'homme qui part en voyage laisse à son épouse une cordelette avec autant de noeuds que de jours d'absence. De la sorte, la femme, en défaisant un noeud chaque jour, connaît la date à laquelle son mari sera de retour. Le même système, comme le rapporte Hérodote, fut employé par le roi de Perse Darius Ier lorsque, au cours d'une opération militaire, il laissa une corde de 60 noeuds aux soldats de garde à un pont de grande importance stratégique. Ces soldats reçurent l'ordre de défaire un noeud chaque jour et d'abandonner la position lorsque tous les noeuds auraient été défaits, que le roi soit ou non revenu. En Europe le plus curieux système de numération à noeuds fut celui employé, jusqu'au début du 20ème siècle, par des meuniers allemands. Ceux-ci, pour indiquer la quantité et le type de farine contenue dans un sac, réalisaient une série de noeuds à la ficelle qui fermait le sac. Enfin, l'usage des quipu n'est pas sans rappeler celui des "bâtons de messagers" qui furent utilisés en Chine, en Australie aussi bien qu'en Europe, sans parler des énigmatiques rongorongo de l'Île de Pâques.

 

Caralquipu2

Le Quipu découvert à Caral-Supe

 

Le système de numération à noeuds le plus original et le plus élaboré n'en reste pas moins celui des Incas. Son importance historique fut énorme puisqu'il constitua la seule forme d'écriture des fonctionnaires de l'empire. Il servait à la fois au recensement des populations comme à l'inventaire des biens stockés dans les magasins et au relevé des ressources des provinces. Les "gardiens des noeuds", appelés camayocs, de chaque province de l'empire, tenaient à jour les cordelettes du quipu qui était ensuite envoyé au gouvernement central à Cuzco. Les quipu centralisés, qui constituaient les archives nationales de l'empire, étaient conservés avec le plus grand soin. Ce système compliqué supposait des connaissances que bien peu de gens possédaient. Aussi les personnes qui savaient "lire" et "écrire" les informations d'un quipu jouissaient-elles d'un grand prestige. La couleur des cordelettes indiquait la nature de l'objet enregistré et une série de noeuds en précisait la quantité selon un système de numérotation décimale où, suivant sa position, un noeud pouvait prendre différentes valeurs. Le zéro était noté par une position vide. Les unités étaient représentées par un noeud simple ou double. Les chiffres de 2 à 9 étaient représentés par des noeuds complexes dont la valeur dépendait du nombre de tours. A la corde principale était attaché un système arborescent de cordelettes colorées qui permettaient de tenir une comptabilité très élaborée. Les unités inférieures étaient toujours les plus éloignées de la cordelette maître et les unités supérieures toujours les plus proches de cette dernière. Sur la cordelette maître des noeuds totalisaient les comptes des cordelettes subordonnées.  

Voici quelques autres éléments qui complètent les informations ci-dessus. Des tribus quechua fondèrent, à partir de Cuzco, un vaste empire. L'Inca, descendant du dieu solaire, y exerçait un pouvoir absolu sur ses sujets. Atahualpa, le dernier souverain, avait coutume de dire qu'aucun oiseau ne volait, aucune feuille ne bougeait dans son empire hors de sa volonté. L'immense empire inca était centralisé et son gouvernement supposait l'existence de moyens de recensement pour recueillir les informations économiques, démographiques et militaires nécessaires à son administration ainsi que des moyens d'archivage destinés à garder trace des événements importants. 

Le quipu (noeud en quechua) répondait à ces exigences. Il constituait à la fois un système comptable et un système d'écriture qui permettait non seulement le comptage de toute chose mais également la narration des chroniques passées. Il était constitué d'une cordelette principale d'une trentaine de centimètres, voire plus longue, à laquelle étaient attachées des ficelles multicolores. De ces dernières partaient d'autres brins noués à des distances variables. Le nombre de noeuds et la combinaison des couleurs étaient interprétés par des initiés. Si l'on sait que la cordelette principale se lisait de droite à gauche, en suivant chaque ficelle qui en partait, le déchiffrage des quipu ne repose aujourd'hui que sur des hypothèses d'autant plus hasardeuses que ces quipu sont souvent incomplets. Tout au plus peut-on imaginer que la position et le nombre des noeuds fournissaient des informations quantitatives alors que les couleurs représentaient la nature des objets. Ce système permettait de tenir des comptes très précis des denrées, des armes, des impôts et même de recenser les sommes imposées aux peuples vaincus. Les événements historiques importants y étaient consignés. Sur la cordelette principale, un fil noir précisait par exemple les années écoulées et dotait le lecteur de renseignements événementiels. Un fil rouge, noué à la cordelette principale, représentait le règne d'un empereur; trois noeuds indiquaient la survenance d'événements importants au cours de la troisième année du règne. C'est par un quipu qu'Atahualpa fut prévenu de l'arrivée des Espagnols en 1532: les nombres d'hommes et d'armes y figuraient. Certains procédés scéniques et le souvenir des textes joués dans les théâtres incas nous sont parvenus par le truchement de ces cordelettes.

Le déchiffrement des quipu était imparti aux quipumayocs ou camayocs ("gardiens des nœuds"). Ces derniers jouissaient d'un statut privilégié: ils n'étaient pas assujettis à l'impôt. Il en existait plusieurs par village, chacun étant chargé d'une fonction particulière. L'apprentissage du quipu s'imposait aux jeunes nobles. La conquête espagnole, suivie de la mise à mort d'Atahualpa, en 1533, détruisit la civilisation inca et fit disparaître un grand nombre de quipu. Mais ceux-ci seraient encore employés dans quelques régions montagneuses de l'Équateur, du Pérou et de la Bolivie.

Notons que la civilisation inca est elle-même probablement héritière de l'une des plus anciennes cultures de l'Amérique Latine, la culture de Caral, puisqu'il a été découvert dans la plus ancienne cité des amériques à ce jour (Caral-Supe) non seulement le plus ancien quipu des amériques, mais aussi la plus ancienne représentation du dieu-bâton, que l'on retrouve d'ailleurs aussi chez toutes les cultures suivantes du Pérou (Chavin par exemple), jusqu'aux incas. On peut aussi noter que l'origine du quipu se situe en Asie et que ce dernier était donc déjà inventé bien avant les migrations asiatiques et australiennes vers les amériques, puisqu'on le retrouve à Caral dès 3000 ans avant JC...

 

Les archéologues ont utilisé une datation au radiocarbone avancée sur le site historique inca de Machu Picchu, révélant que le site a été fondé plus tôt qu'on ne le pensait auparavant.

Le professeur Richard Burger de l'Université de Yale a déclaré : " Le Machu Picchu est l'un des sites archéologiques les plus célèbres au monde, mais jusqu'à présent, les estimations de son antiquité et de la durée de son occupation étaient basées sur des récits historiques contradictoires écrits par des Espagnols dans la période qui a suivi la conquête espagnole."

Pour répondre à certaines de ces contradictions, une équipe multi-institutionnelle a mené une spectrométrie de masse par accélérateur (AMS) pour dater 26 sépultures découvertes dans les trois cimetières du Machu Picchu. La quantité de sépultures a été choisie pour refléter l'étendue de l'histoire professionnelle du site.

 

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Figure 1 : Situation du site (DOI: https://doi.org/10.15184/aqy.2021.99)

 

La datation AMS est une forme avancée de datation au radiocarbone qui permet de dater des squelettes avec seulement de petites quantités de matière organique, élargissant ainsi le pool de restes pouvant être examinés.

 

Lire la suite ci-dessous:

« Il s'agit de la première étude basée sur des preuves scientifiques à fournir une estimation de la fondation du Machu Picchu et de la durée de son occupation », a déclaré le professeur Burger.

A prioriMachu Picchu était une citadelle inca, construite comme domaine pour l'empereur inca Pachacuti Inca Yupanqui près de la Vallée Sacrée, située dans l'actuelle province d'Urubamba au Pérou.

Les documents historiques (espagnols) suggèrent que Pachacuti est arrivé au pouvoir en 1438 après JC et a procédé à la conquête des régions environnantes autour du royaume de Cusco qu'il a transformé en l'empire inca. En tant que tel, le consensus pour la fondation du Machu Picchu était censé être après 1440 après JC, peut-être aussi tard que 1450 après JC.

L'étude de l'AMS a révélé que le Machu Picchu a été occupé de 1420 à 1530 après JC (ce dernier à l'époque où les Espagnols ont envahi l'Empire Inca). Cela signifie que le site a été utilisé plus de 20 ans plus tôt que prévu, et indique que Pachacuti est monté sur le trône et a commencé ses conquêtes bien plus tôt que ne l'indiquent les documents historiques acceptés.

" Les résultats suggèrent que la discussion du développement de l'empire inca basée principalement sur les archives coloniales nécessite une révision ", a déclaré le professeur Burger, " les méthodes modernes au radiocarbone fournissent une meilleure base pour comprendre la chronologie inca que les archives historiques contradictoires."

Extraits de l'étude :

Cet article présente les résultats de l'analyse radiocarbone AMS de 26 échantillons d'os et de dents humains récupérés dans des contextes d'inhumation à Machu Picchu, au Pérou. Cette série de mesures fournit la base d'une estimation scientifiquement dérivée de la fondation du Machu Picchu et de la durée de son occupation. Depuis sa « découverte scientifique » en 1911 (le site avait été découvert par des huaqueros des années auparavant), ce palais de campagne inca est devenu largement reconnu et est maintenant probablement le site archéologique le plus connu d'Amérique du Sud (Salazar & Burger 2018). En 1983, le Machu Picchu a été désigné site du patrimoine mondial de l'UNESCO et, avant le début de la pandémie de COVID-19, il était visité par plus d'un million de voyageurs chaque année. Le Machu Picchu a fait l'objet d'une attention scientifique considérable, mais malgré cela, il n'a jamais été directement daté à l'aide d'une analyse au radiocarbone AMS basée sur un grand nombre d'échantillons provenant de contextes sécurisés. Une tentative antérieure dans les années 1980 utilisant des méthodes radiométriques au radiocarbone a donné des résultats problématiques (Berger et al . 1988; Tableaux S1–2 et figures S1–2 dans le matériel supplémentaire en ligne (OSM)). Le développement et le raffinement ultérieurs de la technique AMS permettent désormais de produire des mesures de haute précision sur du matériel squelettique humain à faible teneur en matière organique.

 

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Figure 2 : Situation des tombes (DOI: https://doi.org/10.15184/aqy.2021.99)

 

Jusqu'à récemment, les travaux archéologiques à Cuzco ont produit peu de datations au radiocarbone pour les sites de la période Inca, et même des études approfondies récentes se sont appuyées sur des chroniques espagnoles pour la datation (par exemple Nair 2015 ). Une « chronologie absolue » pour la période inca basée sur des documents historiques a été publiée par John Rowe en 1945 et reste le cadre chronologique dominant (Rowe 1945).

Dans le cadre historique de Rowe, le Machu Picchu a été construit quelque temps après l'accession de Pachacuti au pouvoir en 1438 après JC et avant que son fils, Tupac Inca Yupanqui, ne prenne le commandement de l'armée impériale en 1463 après JC ou ne monte sur le trône en 1471 après JC. Bien que Rowe ait reconnu le manque de cohérence en ce qui concerne la chronologie impériale parmi les comptes espagnols et la difficulté de les démêler, il s'est appuyé sur des dates rapportées dans la chronique de 1586 par Cabello de Balboa parce que « ce sont les plus plausibles que nous ayons ou, en fait, jamais susceptibles d'avoir » (Rowe 1945 : 277)La source des dates de Cabello n'a jamais été déterminée (Covey 2006: 171), mais au moment de la publication du modèle chronologique de Rowe, aucune technique autre que l'analyse historique n'était disponible pour produire une chronologie absolue. Même après l'introduction de la datation au radiocarbone dans l'archéologie andine, les limites de la méthode et la rareté des mesures disponibles ont compromis son acceptation comme alternative à la lecture historiciste de Rowe.

Ces dernières années, la publication d'un grand nombre de mesures au radiocarbone provenant de sites incas, notamment au nord du Chili, en Argentine et en Équateur, loin du cœur de Cuzco, a provoqué un changement d'opinion au sein des études incas (D'Altroy et al . 2007 : 92 –93 ; Ogburn 2012 ; Marsh et al. 2017 ; Covey 2018). Beaucoup de ces nouvelles dates semblent être incompatibles avec la chronologie de Rowe, et ces divergences ont entraîné un scepticisme croissant quant aux dates historiques proposées pour l'établissement de l'empire Inca par Pachacuti et son expansion. Il y a eu des appels répétés pour une réévaluation de la chronologie de Rowe à l'aide d'analyses au radiocarbone, mais des échantillons de matériaux à courte durée de vie avec une provenance bien établie qui peuvent être liés à l'histoire impériale des Incas ont été difficiles à trouver (Burger 2007 : 427–29 ). Ainsi, les mesures rapportées ici pour des échantillons du domaine royal de Pachacuti au Machu Picchu non seulement éclairent la chronologie du site archéologique le plus célèbre du Pérou, mais ont également des implications pour le débat en cours sur la chronologie documentaire de l'histoire impériale inca.

Le Machu Picchu est situé sur la face orientale des Andes à 2450 m d'altitude sur une étroite crête granitique entre deux montagnesFigure 2 ). Les pentes abruptes menant à la rivière Urubamba 450 m plus bas rendent le site presque inaccessible sur trois côtés et avec la construction d'un fossé sec le long de la limite sud du complexe palatial, les constructeurs ont rendu le site presque imprenable. Malgré le terme « cité perdue » utilisé par Bingham ( 1948 ), le Machu Picchu était un palais de campagne, l'un des nombreux, dans le bassin versant de l'Urubamba (Niles 2015 ). Avant que le palais puisse être construit, la crête irrégulière sur laquelle il est construit a dû être complètement remaniée en une série de terrasses utilisant des remplissages de pierre massifs soutenus par des murs de rétention en maçonnerie (Wright et al .2000 ). Les zones ouvertes plates résultantes au sommet de la crête abritaient des résidences, des sanctuaires, des places ouvertes et d'autres éléments typiques de l'architecture impériale inca de haut rang. Un mur d'enceinte, avec une seule entrée, adjacent au fossé sec protégeait le côté sud vulnérable du complexe (Bingham 1930 ).

Les vestiges archéologiques récupérés au Machu Picchu sont cohérents avec les preuves documentaires, qui décrivent ce complexe architectural comme faisant partie d'un domaine royal appartenant à l'empereur Pachacuti et à ses descendants ; cette interprétation est largement acceptée par la plupart des chercheurs modernes (par exemple Valencia 2004 : 82 ; D'Altroy 2014 ; Niles 2015 ; Quave 2018 ). YH : mais le fait est que n'importe lequel des empereurs incas précédents pourrait aussi correspondre. Le noyau architectural du domaine royal correspond à un palais où la famille royale et ses invités pouvaient échapper aux pressions de la capitale à Cuzco et se livrer à des activités récréatives telles que banquets, chasse et jeux de hasard, ainsi que des activités religieuses associées à la famille royale. (Salazar & Burger 2004). La chasse d'animaux tels que le cerf et l'agouti était probablement pratiquée dans les forêts environnantes (Miller 2003 ).

Les températures plus chaudes et la végétation luxuriante du Machu Picchu en auraient fait une destination saisonnière attrayante pour l'élite de Cuzco, en particulier pendant les mois d'hiver de mai à août, lorsque la température nocturne tombe en dessous de zéro dans la capitale. Situé à seulement 75 km au nord de Cuzco, le domaine royal pouvait être atteint le long d'une route inca pavée en quatre à six joursÀ en juger par le nombre de structures d'habitation sur le site, il est peu probable que le nombre d'habitants ait dépassé 500, dont la plupart auraient été des serviteurs et des artisans (Salazar 2004 : 30). (...)

Les échantillons de radiocarbone dont il est question ici proviennent d'individus enterrés dans des grottes funéraires à Machu Picchu. Les fouilles de 1912 ont localisé 104 de ces sépultures (Eaton 1916 ), la plupart avec peu de mobilier funéraire. Il a été émis l'hypothèse que ces inhumations sont les restes de vassaux plutôt que l'élite de Cuzco (Salazar & Burger 2004 ; Salazar 2007 ). De tels serviteurs (camayoc ou yanacona) auraient été affectés au domaine royal de tout l'empire et auraient reflété l'histoire des conquêtes (Niles 2004 , 2015 ; Salazar 2007 ). Depuis que cette hypothèse a été proposée (Burger & Salazar 1993), le caractère multiethnique suggéré des individus enterrés au Machu Picchu a été confirmé par les résultats de recherches sur la déformation du crâne (Verano 2003 : 88-90), la morphologie crânienne (Verano 2003 : 90-97), les analyses du strontium 87 Sr/ 86 Sr (Turner et al . 2009 ) et les isotopes stables du carbone (δ 13 C) (Burger et al . 2003 ; Tableau S4). De même, l'analyse paléogénomique en cours a produit des résultats préliminaires qui confirment et élargissent les preuves de la diversité ethnique sur le site (Forst et al. 2019 ).

Les individus récupérés dans les grottes funéraires montrent peu de signes d'implication dans des travaux physiques lourds tels que l'agriculture ou la construction, et ne présentent pas de pathologies résultant de la violence (Verano 2003 : 97-104). Ainsi, la population de Machu Picchu était dominée par des serviteurs et aurait été ethniquement diversifiée et cosmopolite, et fondamentalement différente des villages agricoles du cœur de Cuzco (Salazar 2007 : 174 ; Andrushko & Torres 2011 ).

Les sépultures de Machu Picchu ont été placées sous des rochers, sous des surplombs de falaises et dans des grottes peu profondes, et ont été scellées pour la protection avec des murs de maçonnerie grossiers et enduits d'argile ( Figure 2 ; Eaton 1916 ). Les objets funéraires comprennent des céramiques de style impérial de Cuzco et des provinces, ainsi que des épingles à châle et des pincettes en bronze et en argent, et d'autres artefacts incas typiques. (...)

La plupart des sépultures connues sont regroupées dans des zones en marge du palais de campagne ( figure 2 ); un groupe (cimetière un) est situé parmi les rochers au nord-est du noyau architectural, un autre (cimetière deux) sur les pentes à l'est et un troisième (cimetière trois) le long des pentes nord de la montagne Machu Picchu au sud (Bingham 1930 : 102-105). Des sépultures supplémentaires ont été retrouvées sur les terrasses ouest et sont appelées ici cimetière quatre (Salazar 2001 , 2007 : 171). Dans certaines des grottes funéraires, il y a plusieurs inhumations, dans une seule sépulture. La relation sociale entre les cimetières est inconnue, tout comme la justification de la présence d'individus multiples ou uniques dans les grottes funéraires.

La présente étude de la datation au radiocarbone AMS d'échantillons d'os et de dents fait partie d'un projet d'ADN ancien plus large et en cours sur des échantillons ostéologiques qui étaient auparavant conservés au Yale Peabody Museum of Natural History. Tous les restes humains et autres matériaux archéologiques du Machu Picchu ont ensuite été renvoyés à Cuzco où ils sont maintenant conservés au Museo Machu Picchu, qui est administré par l'Universidad Nacional San Antonio Abad Cuzco (UNSAAC) (Salazar & Burger 2016). Les échantillons ostéologiques pour cette étude ont été choisis pour représenter les contextes d'inhumation de tous les cimetières connus et les valeurs aberrantes, pour représenter les inhumations avec plusieurs individus afin de clarifier l'étendue de la période au cours de laquelle les grottes ont été utilisées pour l'inhumation, et pour considérer la dimension chronologique de l'inhumation. diversité observée dans les objets funéraires, modifications crâniennes et autres indicateurs suggérant la diversité des origines géographiques des individus enterrés (Verano 2003 ; Salazar 2004 , 2007 ). Un résumé des déterminations de l'âge et du sexe des individus de l'échantillon, ainsi que des données pertinentes sur la déformation crânienne, les mesures 87 Sr/ 86 Sr et les objets funéraires sont fournis dans le tableau S4.

Une analyse des collections de l'expédition scientifique péruvienne Yale par Verano ( 2003) a conclu qu'un minimum de 174 individus étaient représentés dans les sépultures rupestres. (...)

 

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Figure 3 : Datations ossements (DOI: https://doi.org/10.15184/aqy.2021.99)

 

Comme on pense que les échantillons d'os se rapportent à des éléments de rétention du site, ces inhumations devraient couvrir l'histoire du Machu Picchu, depuis son utilisation initiale comme palais jusqu'à son abandon. Il est peu probable qu'ils reflètent la période pendant la construction du Machu Picchu. Comme indiqué, les squelettes récupérés montrent peu de preuves de travaux pénibles et il est probable que la main-d'œuvre pour la construction du domaine ait été fournie par une population rurale sans retenue qui n'aurait pas laissé ses morts sur le site. Les objets enterrés avec les morts au Machu Picchu sont cohérents avec cette hypothèse. Enfin, la date de construction initiale estimée pour le Machu Picchu doit être considérée comme un terminus ante quem relatif à la mort des serviteurs qui y ont servi.

(...) Les résultats des 26 nouvelles mesures AMS des sépultures du Machu Picchu sont présentés à la figure 3 . Comme chacune des sépultures rupestres constitue son propre bassin de dépôt, aucune relation stratigraphique ne peut être déterminée entre elles. Comme on peut l'apprécier à partir de la figure 3, les dosages présentent un modèle cohérent. Les mesures radiométriques non calibrées vont de 550 ± 20 BP à 345 ± 20 BP, et lorsque ces résultats sont calibrés et classés par ordre chronologique ( Figure 4), ils apparaissent comme une série de courbes superposées s'étendant sur la majeure partie du XVe siècle et jusqu'au début du XVIe siècle. Les inhumations sont espacées sur cette plage de temps, sans indication de lacunes évidentes, telles qu'une distribution bimodale qui pourrait suggérer un hiatus et une réoccupation du site. Les résultats indiquent donc une seule occupation ininterrompue du Machu Picchu entre c . 1420 et 1530 après JC. YH : 1420 étant donc la date de l'inhumation la plus ancienne, ce qui ne signifie pas que l'occupation réelle du site date de 1420, ne connaissant pas la date des constructeurs ni si ils ont occupé le site une certaine période.

 

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Figure 4 : Datations calibrées homogènes (DOI: https://doi.org/10.15184/aqy.2021.99)

 

(...) Comme discuté ci-dessus, une tentative antérieure de dater la population funéraire de Machu Picchu, publiée dans l'Antiquité (Berger et al. 1988 ), a utilisé la technique d'analyse radiométrique plutôt que AMS. Cette étude a analysé sept échantillons de la collection ostéologique récupérée par Bingham (tableau S2). Dans deux cas, aucune date n'a été obtenue en raison d'une fraction de collagène insuffisante. Les âges calibrés pour les cinq échantillons restants ont été publiés comme suit : AD 600, AD 1200, AD 1200 et AD 1400 (Berger et al. 1988: onglet. 2). Le cinquième échantillon a été publié sous le nom « AD/BC », mais s'il était calibré, il donnerait une date comprise entre 763 BC et 525 AD (intervalle de confiance de 95,4 %). Les écarts types pour les quatre premières analyses vont de 180 à 325 ans et sont encore plus importants pour la cinquième. Sur la base de ces résultats, Berger et ses collègues ont conclu que les dates osseuses à base de collagène soutenaient une occupation datant de c . AD 650, et a fait allusion à une présence humaine encore plus tôt sur le site. Ils ont soutenu que les dates osseuses soutenaient une occupation prolongée au Machu Picchu et non la seule occupation tardive à l'époque inca comme on l'avait supposé précédemment (Berger et al. 1988 : 710). Nous pensons que les différences entre nos résultats ( Figure 3) et l'étude radiométrique précédente sont dues aux limites du prétraitement et d'autres techniques utilisées dans le laboratoire de l'UCLA en 1988. En revanche, trois analyses AMS réalisées sur du bois carbonisé du noyau architectural du Machu Picchu publiées par Ziółkowski et al. ( 2020 ) sont cohérents avec les 26 analyses des grottes funéraires rapportées ici (tableau S3).

Dans le cadre historiciste proposé par Rowe1945 ), l'accession de Pachacuti est datée de 1438 après JC, et cette date s'est de plus en plus réifiée à travers des décennies de répétition. S'il est correct, le palais de campagne du Machu Picchu aurait dû être occupé au plus tôt en 1440 après JC et plus probablement en 1450 après JC, selon le temps que l'on suppose pour la conquête du bas Urubamba, le remaniement massif de la topographie locale du Machu Picchu et la construction du palais de campagne. Comme illustré à la figure 4, six des 26 mesures AMS présentées à la figure 3 indiquent cependant que le Machu Picchu était déjà occupé avant 1440 après JC. Si l'on considère les plages de 1 sigma pour ces six essais, qui ont une probabilité de 68,2 %, elles sont : 1406-1430 après JC (UCIAMS-222472), 1403-1425 après JC (UCIAMS-222473), AD 1409-1426 (UCIAMS-222474), AD 1420-1442 (UCIAMS-226318), AD 1414-1435 (UCIAMS-226319) et AD 1418-1440 (UCIAMS-226330). Les quatre zones de cimetière sont représentées dans ces premières mesures. Au moins deux des individus étudiés ont été enterrés au Machu Picchu avant 1440 après JC au plus tôt.

Si les dates AMS calibrées présentées ici sont étayées par des analyses futures, l'estimation textuelle traditionnelle de 1438 après JC pour l'accession de Pachacuti au trône et ses conquêtes initiales devrait être reculée d'au moins deux décennies. Cette suggestion est cohérente avec les conclusions tirées par plusieurs autres érudits incas sur la base de preuves au radiocarbone de Cuzco et des régions provinciales en dehors de Cuzco (D'Altroy 2014 : 64 ; Pärssinen 2015 ; Covey 2018). Notre AMS date du Machu Picchu, cependant, ne supporte pas la position des savants qui plaident pour une révision plus radicale de la chronologie impériale Inca dans laquelle le règne de Pachacuti et l'expansion de l'Empire Inca au-delà du cœur de Cuzco seraient repoussés au dernières décennies du XIVe siècle (Ogburn 2012 ; Marsh et al. 2017 ). Compte tenu des limites de la datation au radiocarbone, l'interprétation des dates AMS présentées ici doit être traitée avec prudence, mais étant donné le manque de fiabilité des preuves documentaires, le temps est peut-être venu pour les preuves au radiocarbone de prendre la priorité dans les reconstructions de la chronologie de l'Inca, des empereurs et la datation de sites monumentaux incas comme le Machu Picchu.

YH : Notons qu'il est aussi estimé que Pachacuti serait né vers 1400, ce qui fait qu'il serait devenu empereur vers ses 18 ans et non 38 ans, que Machu Picchu aurait été construite aussitôt et rapidement, et que des serviteurs y meurent aussi assez vite après leur arrivée. Il me semble plus logique de supposer que ce palais ait été construit à l'origine par le père de Pachacuti, Viracocha Inca, peut-être à l'occasion de sa fuite de Cuzco devant l'armée des Chancas, avant que son fils Pachacuti pourtant bani, n'inverse la situation (selon l'Histoire) et vainc les Chancas. D'où une forteresse pratiquement imprenable construite à Machu Picchu. Il y a aussi quelque chose d'étrange question nourriture et terrasses : les terrasses de cultures découvertes à Machu Picchu permettraient de nourrir 10 000 personnes selon Mass W., Neumann N., Oberländer H., Voss J., Benthues A., (100 Weltwunder, die grössten Schätze der Menschheit in 5 Kontinenten, Hamburger Verlagskontor GmbH, Hambourg, 1997), alors que le sommet et ses structures ne pouvait contenir qu'environ 500 personnes à 1200 personnes selon d'autres études, déjà mentionnées plus haut.

 

Sources : https://www.cambridge.org/core/journals/antiquity/article/new-ams-dates-for-machu-picchu-results-and-implications/323804857B6EE4DD85B5B337F9E3C933#

https://www.heritagedaily.com/2021/08/radio-carbon-dating-reveals-that-machu-picchu-is-older-than-previously-thought/139831

 

Une petite vidéo avec des images anciennes dans laquelle vous verrez Machu-Picchu en 1911 :

 

 

Les articles sur le Pérou sont très nombreux, un regroupement est prévu, en attendant vous pouvez faire une recherche avec Pérou comme tag (tags tout en bas du site).

 

Le Quipu est aussi un thème abordé par le chercheur, voyageur, auteur et dessinateur Franck Ferrandis, qui m'a partagé amicalement une partie de ses oeuvres et découvertes, que je vous conseille d'acquérir tant les photos, dessins et textes sont significatifs dans ses Carnets de Voyages : Secret Japon parus pour l'instant en 3 Tomes:

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Les Quipus au Japon et voisins, et dans le Pacifique. Notons qu'il y a aussi des quipus en Polynésie et au Pérou. Crédit Franck Ferrandis (merci) - vous pouvez cliquer pour agrandir toutes les images

 

Yves Herbo, Traductions et Compilations de données, Sciences-Faits-Histoires, 11-08-2021

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