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Après Zealandia, voici Icelandia, la suite avec Azorlandia ?

Après Zealandia, voici Icelandia, la suite avec Azorlandia ?

 

Icelandia geological society america

L’Icelandia s’étendrait sur 600.000 km2 (hypothèse basse, en rose foncé) à un million de km2 (hypothèse haute, en rose clair). Figure 2. Carte bathymétrique de l'océan Atlantique NE. Ligne magenta—limite de la croûte continentale ; magenta-Islande ; magenta + beige—Grande Islande ; GIR—Groenland-Islande Ridge ; IFR—Islande-Crête des Féroé ; Complexe de microplaques JMMC-Jan Mayen ; WTR—Wyville-Thompson
Crête; FR—Fugløy Ridge ; GBB—George Bligh Ban; LB—Ban Moche ; BBB—Bill Bailey's Ban; FB—Faroe Ban; RB-Romarin Ban.
Fond de carte : Google Earth. Crédit Geological Society of America 

 

Comme vous le savez certainement, ce blog participe activement à la recherche scientifique de part ses compilations de données, surtout sur l'archéologie ancienne. Depuis plusieurs années, la communauté scientifique mondiale a réussi a établir une certaine cohésion entre diverses disciplines, par la discussion et des études communes ou complémentaires, dans plusieurs domaines, dont ce qui nous intéresse ici, l'archéologie ancienne, l'Histoire ancienne, l'anthropologie et l'ethnologie s'alliant à la biochimie, la géologie, la paléoclimatique, etc. Des découvertes anciennes ont entraînées des discussions sur plus de 20 ans qui ont menées à la découverte du continent semi-englouti Zealandia, au large de l'Australie. Une découverte qui a remis en question des anciennes hypothèses quasiment admises et ont également entraîné des remises en question d'autres sujets, comme la notion de points chauds et de panaches mantelliques, surtout quant à leur réelle nature, comme par exemple :

https://www.wiley.com/en-gb/Plates+vs+Plumes%3A+A+Geological+Controversy-p-9781405161480

" Depuis l'avènement de l'hypothèse du panache du manteau en 1971, les scientifiques sont confrontés au problème que ses prédictions ne sont pas confirmées par l'observation. Depuis trente ans, la réaction habituelle a été d'adapter l'hypothèse de multiples façons. De ce fait, la multitude de variantes actuelles du panache constitue désormais une hypothèse infalsifiable.

Au début du 21e siècle, la demande est devenue implacable pour une théorie pouvant expliquer les anomalies de fusion d'une manière qui corresponde naturellement aux observations et qui soit prédictive. De là est née l'hypothèse de la Plaque, l'exact inverse de l'hypothèse Plume (Panache)L'hypothèse des plaques attribue les anomalies de fonte à des effets superficiels directement liés à la tectonique des plaques. Il rejette l'hypothèse selon laquelle le volcanisme de surface est entraîné par la convection dans le manteau profond.

La science de la Terre est actuellement au milieu du genre de débat de paradigme qui ne se produit que rarement dans n'importe quel domaine."

 

Veuillez noter tout de suite que l'accumulation de données récentes sur les Açores semble nous montrer une voie très identique à celle concernant l'Islande, et l'existence probable du micro-continent Icelandia, mais que seules bien sûr des études sérieuses peuvent ouvrir certaines portes au cours de ce long chemin, qui devrait nous réserver certaines surprises dans le futur :

https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/environnement-planete-terre/acores-des-morceaux-de-continent-englouti.html

 

Mais voyons ce qu'il en est de l'étude concernant l'Islande et l'annonce concernant la possible existence du continent ancien Icelandia, qui concerne bien sûr cette compilation de données sur ce sujet particulier, j'en profiterai pour comparer certaines choses au fur et à mesure avec la situation des Açores.

 

Icelandia geological society america2

L’Islande serait un morceau de Pangée de 45.000 km2, qui se serait étiré entre la Scandinavie et le GroenlandFigure 3. Caractéristiques structurelles et tectoniques du domaine de l'Atlantique nord-est sur une carte bathymétrique. CGFZ—Zone de fracture Charlie-Gibbs ; NAC—craton de l'Atlantique Nord; AR—la crête d'Aegir ; HB—Hatton Ban; EJMFZ—Zone de fracture est Jan Mayen ;
RR—Crête de Reykjanes ; FI—Îles Féroé; FSB—Bassin Féroé-Shetland ; JMMC—Complexe de microplaques Jan Mayen. rouge lignes-fronts de suture calédonienne ; lignes vertes : sutures et front sud de la suture Nagssugtoqidian ; lignes bleues—Front hercynien (d'après Foulger et al., 2020) ; lignes noires : failles majeures au sein de l'orogène calédonien.  Crédit Geological Society of America 

 

Cette nouvelle publication considère que l'Islande serait elle aussi la partie émergée d'un continent inconnu, l'Icelandia. D'une surface de 600.000 km2 à un million de km2, Icelandia s'étendrait du Groenland aux îles Féroé, englobant l’Islande et le rift océanique au nord-ouest de la Grande-Bretagne. Les auteurs sont Gillian R. Foulger du Department of Earth Sciences, Durham University, Science Laboratories et les français Laurent Gernigon du Norges Geologiske Undersøkelse (NGU)/Geological Survey of Norway et Laurent Geoffroy du Laboratory Geosciences Ocean, UMR 6538 CNRS, IUEM, Université de Bretagne Occidentale, France

https://doi.org/10.1130/2021.2553(04)

En voici le résumé : " Nous proposons un nouveau continent englouti sous l'océan Atlantique Nord que nous appelons Icelandia. Il peut comprendre des blocs de lithosphère continentale de pleine épaisseur ou des couches continentales étendues gonflées de magma qui forment une lithosphère hybride continentale-océanique. Il sous-tend la dorsale Groenland-Islande-Féroé et le complexe de microplaques Jan Mayen, couvrant une superficie d'environ 600 000 km ² . Il est contigu au plateau des Féroé et à des parties connues de la marge continentale riftée sous-marine au large de la Grande-Bretagne. Si ceux-ci sont inclus dans une «Grande Islande», la superficie totale est d'environ 1 000 000 km ² en taille. L'existence de l'Islande doit être testée. Les approches candidates incluent l'arpentage magnétotellurique en Islande ; profilage de réflexion ultralong et pénétrant entièrement la croûte le long de la crête Groenland-Islande-Féroé ; datation des zircons collectés en Islande ; forage profond; et réévaluation de la géologie de l'Islande. Certaines de ces méthodes pourraient être appliquées à d'autres continents engloutis candidats qui sont communs dans les océans."

 

Une hypothèse détaillée par les auteurs dans un chapitre du livre In the Footsteps of Warren B. Hamilton: New Ideas in Earth Science (« Dans les traces de Warren B. Hamilton : nouvelles idées en sciences de la Terre », non traduit en français), qui s'appuie comme pour Zealandia sur des arguments géologiques. L'existence de l'Islande a jusqu'ici été expliquée par la présence d'un rift sous-marin entre les plaques eurasiennes et nord-américaines, où le magma chaud remonte à la surface et se solidifie pour former une île. Mais les trois scientifiques de l'article ont noté une anomalie dans la croûte océanique de l'Islande : « Normalement, la croûte océanique est plus fine que la croûte continentale - généralement six à sept kilomètres d'épaisseurOr, la croûte sous l'Islande a 40 kilomètres d'épaisseur. » Les scientifiques expliquaient jusqu'ici cette anomalie par l’existence d'un « point chaud », où une grande quantité de magma en provenance du manteau remonte à la surface.

YH : Notons tout de suite que nous avons exactement la même configuration aux Açores, avec un large plateau anormalement très épais, et que l'explication les concernant étaient la même que pour l'Islande, avec la nuance que nous avons localement non pas un rift sous-marin entre deux plaques, mais possiblement entre trois plaques (avec la détection selon certaines études d'une micro-plaque locale), puisque les Açores se situent au niveau des plaques américaine, africaine et eurasiatique et une même explication concernant l'existence de plusieurs îles que pour l'Islande jusqu'à présent.

 

Lire la suite ci-dessous :

Mais selon Gillian Foulger, géologue à l'université de Durham et ses deux collègues, l'activité volcanique est insuffisante pour avoir créé autant de croûte. Les scientifiques suggèrent plutôt que l'Islande est en fait un morceau de continent, d'autant plus que la croûte est bien trop dense pour parvenir du magma (3.150 kg/m3). Pour appuyer leur démonstration, les auteurs avancent un autre point : la présence de zircons datant du Jurassique et de l'Archéen dans le sous-sol islandais, ce qui prouverait que la croûte islandaise est âgée de plusieurs milliards d'années (la croûte océanique étant toujours relativement récente car renouvelée régulièrement).

YH : Je note que les Açores détiennent également un zircon particulier : l'Azorite, découvert à la fin du 19ème siècle, selon cet ancien document :

https://www.persee.fr/doc/bulmi_0366-3248_1888_num_11_4_3186

Ce zircon Azorite a été principalement découvert à priori (mais il doit manquer des données à ce sujet) sur l'île San Miguel, et pourrait théoriquement provenir d'un morceau d'ancien continent du type Pangée grâce aux remontées magmatiques volcaniques, mais je n'ai pas pour l'instant trouvé de datations scientifiques de ce zircon.

D'après les auteurs, Icelandia serait une relique de la Pangée, ce supercontinent unique qui prévalait il y a 225 millions d'années. Ce morceau de Pangée exceptionnellement résistant ne se serait pas brisé comme aux autres frontières des plaques, mais se serait étiré comme un chewing-gum en s'amincissant, grâce à l'intrusion à plusieurs endroits de magma provenant du manteau et rendant la croûte visqueuse. « Cette hypothèse résout les problèmes de chevauchement des plaques et de déficit de croûte continentale que l'on constate aujourd'hui dans la région Nord-Atlantique », assure Gillian Foulger.

YH : Dans l'article concernant les Açores (lien en haut), cette hypothèse est aussi implicitement émise, avec également l'absence par endroit de création de nouvelle croûte océanique, le basculement d'un morceau de la plaque africaine sur l'américaine (chevauchement), un panache magmatique intrusif et visqueux, un large plateau s'étirant sur plusieurs centaines de kilomètres...

 

Icelandia geological society america3

De nombreux autres « microcontinents » (en rouge) se cacheraient sous la surface de l’eau - cette liste peut être complétée au fil du temps. En bleu, les plateaux sous-marins connus. Crédit Geological Society of America - cliquer pour agrandir l'image

 

En appliquant leur raisonnement à l'ensemble du globe, ce sont ainsi des dizaines de « microcontinents cachés » que recèlerait la planète. Il y en aurait par exemple sous les Seychelles, au sud de l'Inde avec les Maldives, ou au milieu de l'Atlantique Sud au niveau de la Géorgie du Sud. Cette nouvelle géographie pourrait avoir des répercussions géopolitiques considérables, souligne dans le Daily Mail Philip Steinberg, un géographe de l'université de Durham (et qui n'a pas participé à l'étude). En effet, selon la législation en vigueur par l'ONU, les États côtiers sont en droit de revendiquer les parties de surface continentale immergées contiguës à leur territoire. L'existence de ces continents cachés permettrait ainsi à de nombreux pays d'exploiter les ressources minières et sous-marines au large de leurs côtes. Derrière la science se cache aussi une affaire de gros sous.

Si cette théorie est confirmée, cela signifie que le supercontinent géant de la Pangée, dont on pense qu’il s’est disloqué il y a plus de 50 millions d’années, ne s’est en fait pas complètement désagrégé. Cette nouvelle théorie remet en question des idées scientifiques de longue date concernant l’étendue de la croûte océanique et continentale dans la région de l’Atlantique Nord, et la façon dont les îles volcaniques, comme l’Islande, se sont formées.

Ce travail pourrait impliquer des études de conductivité électrique et la collecte de cristaux de zircon en Islande et ailleurs. D'autres tests tels que le profilage sismique et le forage auraient besoin de millions de livres pour être financés, mais l'importance de ce travail est telle que le financement pourrait bien être à venir.

Le professeur Foulger est un géologue de renommée mondiale dont les recherches ont contribué à cartographier la composition géologique des fonds marins par rapport aux masses continentales.

Reste encore de nombreuses preuves à fournir pour étayer l'existence de l'Icelandia. L'équipe de recherche s'associe désormais avec des collaborateurs du monde entier sur des travaux visant à tester leur théorie (des forages profonds, notamment), qui commenceront dès que les restrictions liées au Covid-19 le permettront.

 

Sources : https://pubs.geoscienceworld.org/books/book/2323/In-the-Footsteps-of-Warren-B-Hamilton-New-Ideas-in

Icelandia spe553 04Icelandia spe553 04 (5.2 Mo)

https://www.geosociety.org/GSA/News/pr/2021/21-37.aspx

https://www-iuem.univ-brest.fr/icelandia-lislande-est-elle-le-centre-dun-vaste-continent-englouti/

https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/croute-continentale-islande-serait-partie-emergee-continent-englouti-appele-icelandia-92356/

 

Carte du plateau des acores et des principales structures tectoniques dapres vogt 2004

Le Plateau des Açores, qui n'est pas très visible sur la carte plus haut. Voici la carte du plateau des Açores établie par Vogt et Jung en 2004, mentionnant la dorsale, le rift de Terceira et la grande faille est-Açores. On note qu'aucune île des Açores ne repose directement sur la dorsale, que deux des îles sont situées à l'ouest de la dorsale et toutes les autres à l'est, dont trois directement sur le rift. Carte du Plateau des Açores et des principales structures tectoniques, d'après Vogt & Jung (2004). L'isobathe 2000 m est indiquée.

 

Rappel sur les données aux Açores : https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/environnement-planete-terre/acores-des-morceaux-de-continent-englouti.html

Et Zealandiahttps://www.sciences-faits-histoires.com/blog/preuves-autre-histoire/zealandia-un-continent-disparu-retrouve.html

Autres continents engloutis ? : https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/archeologie/un-ancien-continent-prehistorique-enfoui-sous-l-ocean-indien.html

https://www.sciences-faits-histoires.com/blog/archeologie/l-atlantide-de-platon-debuts-de-preuves-par-des-geologues-japonais.html

 

Yves Herbo, Traductions et Compilations de Données, Sciences-Faits-Histoires, 08-07-2021

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